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LA FRANCE A IMPERATIVEMENT BESOIN D’UN DEUXIEME PORTE-AVIONS !

Publié le par Felli Bernard

LA FRANCE A IMPERATIVEMENT BESOIN D’UN DEUXIEME PORTE-AVIONS !

 

Conformément à ses options éditoriales et ses priorités géopolitiques concernant les Proche et Moyen-Orient, le Maghreb, le Machrek ainsi que leurs prolongements africains, méditerranéens et asiatiques, prochetmoyen-orient.ch entend aussi intervenir régulièrement sur des questions plus transversales, de Défense, de Sécurité et de Cyber-sécurité touchant directement aux souverainetés nationales.

La rédaction
 
 
Les candidats à la primaire du Parti socialiste y font fait allusion cinq petites secondes : notre pays a impérativement – oui, impérativement – besoin d’un deuxième porte-avions. Malheureusement, les questions pressées des journalistes – notamment sur l’avenir personnel de Bachar al-Assad – n’ont pas laissé le temps aux concurrents de développer cette question pourtant essentielle, non seulement en termes de défense, de crédibilité stratégique et de diplomatie, mais aussi en matière d’emplois, de recherche, de diversification économique, sinon de croissance. En reparlerons-nous au cours de cette campagne bien étrange ? Rien n’est moins sûr…

Le porte-avions (PA) constitue l’instrument de projection de puissance et de souveraineté par excellence. A l’heure actuelle, douze pays possèdent un ou plusieurs PA ou porte-aéronefs de capacité plus ou moins importante et beaucoup de projets de construction sont lancés, que ce soit en Chine, en Inde ou en Russie notamment. Depuis 2001, avec la mise en service du Charles de Gaulle (CdG), la France s’est imposée comme la seconde nation dans le monde (avec les Etats-Unis) à posséder un PA à propulsion nucléaire : en clair, ce qui se fait de mieux dans le domaine. Et dans le paysage européen également, notre pays reste définitivement le seul à pouvoir aligner un PA à part entière, nos autres partenaires ne disposant que de porte-aéronefs aux capacités plus limitées. Tandis que le CdG devrait encore rester en service jusqu’en 2041, il est temps de prévoir la construction d’un second porte-avions (PA-2).

Au fil du temps, le dossier du PA-2 s’est transformé en une espèce de monstre du Loch Ness dont on parle de temps à autre lorsqu’il fait surface avant qu’il ne replonge dans les profondeurs abyssales des priorités électorales. De plus en plus rares sont les opportunités et les cercles où aborder cette question, également évacuée, sinon occultée par les Livre Blanc successifs consacrés à notre Défense et à notre Sécurité. De moins en moins de militaires tiennent la plume, tandis que les experts civils sollicités (hauts fonctionnaires, universitaires, chercheurs, etc.) se rattachent tous – peu ou prou – à une même école néo-conservatrice qui se soucie de la souveraineté de la France comme d’une guigne…

LES COÛTS ET LES GAINS

En 2001, alors qu’un rapport du sénateur André Boyer, l’avait jugé plus que nécessaire, la Loi de programmation militaire (LPM) 2003-2008 – concoctée en période de cohabitation -, le renvoya à plus tard. En 2007, alors candidat à l’Élysée, Nicolas Sarkozy avait affirmé que le PA-2 était une « évidence opérationnelle et politique ». Mais cette « évidence » ne constituait toujours pas une urgence pour la LPM 2009-2013, pas plus qu’elle ne l’est pour la LPM en cours d’exécution. Cela, en raison bien-sûr des sacrosaintes contraintes budgétaires. « Quand on veut faire quelque chose, on trouve les moyens. Quand on ne veut pas, on trouve des excuses », aimait dire le général George Patton.

En effet, avant de rappeler les évidences stratégiques et diplomatiques du dossier, c’est – avant tout – sur la dimension économique (et pas seulement budgétaire) qu’il faudrait absolument insister, tant celle-ci réclame une véritable révolution copernicienne dans l’habituelle façon de considérer nos efforts de Défense. En effet, au-delà des investissements directs – le Charles de Gaulle (CdG) a coûté environ 4 milliards d’euros et son IPER1 de 2017 est estimée à 1,3 milliards -, ce choix plus politique que budgétaire entraîne et consolide de multiples retombées en matière d’emplois, de sous-traitance et de recherche. Comme l’a rappelé à de nombreuses reprises l’amiral Bernard Rogel2 : « lorsqu’on parle du PA-2, on se demande toujours ce que cela nous coûte et presque jamais ce que cela nous rapporte… » Ce que cela nous rapporte est plus difficilement quantifiable, parce qu’évidemment moins immédiat que le montant d’une facture, moins appréhendable parce que touchant des secteurs divers peu connus du grand public.

A cet égard justement, il faut rappeler que deux filières françaises notamment ont beaucoup bénéficié – et continuent à le faire – de la construction et de la remise à niveau du CdG : la première est évidente concernant l’industrie nucléaire de notre pays et ses différents sous-traitants ; moins connues sont les conséquences et les apports à notre filière spatiale, elle-même niche d’excellence et d’investissements dont les retombées concernent l’ensemble du secteur des hautes technologies.

Même si comparaison n’est pas toujours raison, regardons seulement le coût de l’opération Sentinelle3, déployée au lendemain des attentats de 7, 8 et 9 janvier 2015, censée faire face à la menace terroriste et protéger les « points sensibles » du territoire. Ajoutée à une efficacité des plus discutables, celle-ci dépasse désormais un montant qui excède 500 millions d’euros ! Certes, eux-aussi difficilement quantifiables, les résultats sécuritaires de Sentinelle n’entraînent assurément aucune – mais alors aucune – conséquence en matière de création d’emploi, encore moins en termes d’investissement, de recherche et d’entraînement économique.

Autre niveau de comparaison : celui des OPEX (opérations militaires extérieures). Comme l’a encore souligné le chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM) devant la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées le 21 octobre 2015 (examen de la LFI 2016), la Marine émarge « très peu au surcoût des OPEX. En moyenne annualisée, la Marine met cinq mille marins en permanence à la mer. Ces cinq mille marins en opérations – qui incluent donc les déploiements du porte-avions – émargent pour moins de 100 millions d’euros sur le 1,2 milliard d’euros affecté aux OPEX ». 

Ainsi, en se revenant à la construction du CdG, on peut estimer celle du PA-2 à environ 4 milliards d’euros, une enveloppe certainement surévaluée. En effet, de substantielles économies pourraient être réalisées sur la base des plans existants du CdG, tout en recherchant une mise en commun optimale des équipements des deux navires. Prévoir une enveloppe plus large pour la construction du PA-2 est, sans doute, légitime et justifié au regard des expériences de plusieurs programmes d’armements français ou européens, qui dépassent souvent les montants des devis initiaux. Quoi qu’il en soit, le fait est que l’investissement devrait s’étaler sur près de quinze ans, soit environ 260 millions d’euros par an.

Dans tous les cas de figures, la décision de lancer le programme du PA-2 ramène à une décision foncièrement politique. De fait, celle-ci s’insère dans le cadre d’une volonté plus large d’assainissement des dépenses publiques afin de dégager les marges nécessaires pour la défense et la Sécurité, l’une des priorités du prochain président de la République. Mais surtout, ce choix doit s’accompagner du changement radical et copernicien de perspective ouvert par l’emblématique rapport du Sénat4 consacré à la maritimisation de l’économie mondiale qui démontre – chiffres à l’appui – comment l’effort français de Défense peut se transformer en axe de croissance, comment le lancement de la construction du PA-2 pourrait dégager nombre de gains en matière d’emplois, d’investissements et de recherche.

NECESSITE STRATEGIQUE

La possession d’un porte-avions nucléaire représente, au même titre que notre dissuasion nucléaire, un atout stratégique et symbolique déterminant pour tenir notre rang de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies. En quinze ans de service opérationnel, le CdG a ainsi parcouru l’équivalent de vingt-trois tours du monde et participé à de nombreuses missions de combat majeures. Ces états de service impressionnants sont appelés à s’étoffer encore largement, le PA devant rester en service au moins jusqu’en 2041.

« On essaie d’agréger la puissance maritime européenne autour de ce symbole qu’est le porte-avions », a aussi expliqué le CEMM aux sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, en commentant différents déploiements du CdG, dont le groupe aéronaval a intégré à plusieurs reprises des frégates belge et britannique ajoutant que « ce bâtiment est le dernier de ce type en Europe, au moment où la Chine va en construire quatre, l’Inde également ; où les États-Unis en ont onze qu’ils renouvellent ; où les Britanniques en construisent deux ».

L’amiral Bernard Rogel ajoute : « le savoir-faire de notre groupe aéronaval agit, dans ce contexte, comme un pôle d’attraction des marines occidentales et notamment européennes. Pourquoi les Français baisseraient-ils la garde précisément à cet instant ? Il y a là quelque chose que je ne comprends pas très bien, alors que nous avons réussi à nous maintenir parmi les meilleurs au monde jusque-là ! » Sur le plan stratégique, il ne veut pas que l’on « soit frappé du syndrome du poisson rouge, qui fait un tour de bocal, puis oublie ! ». Et il rappelle que le PA a été régulièrement engagé, notamment quand la France en avait deux, à savoir le Foch et le Clémenceau, au large des Balkans et du Liban.

Comme le souligne le géo-politologue Jean-Sylvestre Mongrenier : « alors que les Etats-Unis redistribuent une partie de leurs moyens navals vers l’Asie-Pacifique, l’enjeu consiste à « partager le fardeau » de la sécurité transatlantique et renforcer la défense de l’Europe. De fait, l’environnement stratégique de l’Europe se durcit. Depuis l’Arctique et la Baltique jusque dans le bassin pontico-méditerranéen (mer Noire et Méditerranée orientale), les forces occidentales sont confrontées à des stratégies anti-accès qui visent à interdire l’ouverture vers ces espaces maritimes. Au plan mondial, les puissances dites « émergentes » accroissent leurs capacités navales et se contestent le principe de liberté des mers, au fondement du mode de vie des « sociétés ouvertes ». Avec quatre porte-avions, l’Europe disposerait en permanence d’un groupe aéronaval. Elle aurait la capacité d’imposer le respect de ses intérêts sur l’océan mondial et pèserait dans les équilibres planétaires ».

Dans le cadre de ces nouvelles cartographies imposées par la mondialisation, le PA « a fait la démonstration que lorsqu’on ne peut pas arriver par les airs ou par la terre, on peut toujours, toujours arriver par la mer. En Afghanistan, c’est le porte-avions français qui est arrivé le premier sur zone ! », plaide le CEMM : « militairement, l’intérêt du porte-avions est évident. Sa possession est une question politique, et pas seulement militaire ». Mais pour être crédible, cet outil de défense global doit assurer – comme c’est le cas pour notre dissuasion nucléaire – une permanence à la mer. La dualité Foch/Clémenceau permettait cette posture : lorsque l’un des deux PA était en révision, l’autre prenait le relais et inversement. Aujourd’hui, avec le seul CdG, nous voguons sur une seule nageoire : lorsqu’il se trouve en « indisponibilité périodique pour entretien et réparations », comme c’est le cas actuellement – et pour seize mois – le Groupe aéronaval et ses capacités de contrôle aéro-maritime, de frappe aéro-terrestres et de renseignement sont indisponibles.

En effet, malgré ses capacités intrinsèques de projection, le CdG possède une disponibilité avoisinant les 60% – soit environ 200 jours de mer par an -, principalement à cause du lourd entretien que nécessitent la propulsion nucléaire et plus largement le niveau technologique d’un tel bâtiment. Les périodes de mer alternent ainsi avec plusieurs phases de maintenance incompressibles (maintenance lourde (ATM), maintenance intermédiaire (IEI) et l’entretien courant, etc.).

Au regard de l’ensemble de ces réalités, le choix de lancer la construction du PA-2 permettrait de pouvoir disposer en permanence d’une capacité souveraine de projection et de dissuasion, la disponibilité du Groupe aéronaval étant ainsi assurée à 100% ! Ayons bien à l’esprit que la construction du PA-2 devrait prendre environ quinze ans, ce qui signifie qu’il ne rentrerait en service qu’en fin de vie du CdG. Par conséquent – à plus long terme – et si l’on veut tenir les objectifs opérationnels fixés, il faudrait en réalité prévoir la mise en chantier d’un troisième porte-avions.

Richard Labévière
13 février 2017

1 IPER : indisponibilité périodique pour entretien et réparations.
2 Amiral Bernard Rogel : ancien chef d’état-major de la Marine nationale. Il est actuellement le chef d’état-major particulier du président de la république.
3 Après les attentats du 13 novembre 2015, l’effectif de Sentinelle est porté à 10 000 militaires. 6 500 sont déployés en Île-de-France et 3 500 en Province. Au total ce sont 50 unités qui ont été mobilisées pour faire face à cette augmentation du nombre de militaires participants à l’Opération Sentinelle. À cela s’ajoutent les 1 500 marins qui assurent la défense des approches maritimes de la France et les 1 000 militaires de l’Armée de l’Air qui assurent la sécurité permanente de l’espace aérien français. Cela porte donc à environ 13 000 militaires qui assurent la sécurité sur le territoire métropolitain. Selon le ministre de la Défense, la mission de Sentinelle va au contraire « s’élargir » en étant « plus déployée en province » et en agissant « à la fois sur la sécurisation des frontières », avec les forces de sécurité intérieure, et « sur les flux », notamment dans « les zones touristiques » et « au moment des grands événements culturels ou de musique ». En février 2017, on dénombrait 7.000 militaires (pouvant aller jusqu’à 10.000) déployés sur tout l’ensemble du territoire.
4 Maritimisation : la France face à la nouvelle géopolitique des océans. Rapport d’information de MM. Jeanny LORGEOUX et André TRILLARD, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées n° 674 (2011-2012) – 17 juillet 2012.

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Financer l’industrie de défense. Un tabou se brise

Publié le par Felli Bernard

Financer l’industrie de défense. Un tabou se brise

 
(crédit : Airbus)

Flotte de drones « Team Birdport », finaliste d’un des concours d’idées (crédit : Airbus / Archives B2 mai 2015)

 

(BRUXELLES2) Quand on lit rapidement le plan d’action sur la défense, présenté par la Commission européenne, mercredi (30 novembre), cela peut paraître un rien flou, avec beaucoup de conditionnel, des références, et de la littérature (1). On cherche vainement le fameux « Fonds européen de défense » tant vanté. Et on ne trouve qu’une « fenêtre » d’opportunités pour les capacités. Cela parait faible… Rassurez-vous ! Ce flou n’est pas tout à fait anodin. C’est même voulu…

On marche sur des œufs…

La défense n’est pas tout à fait un secteur comme un autre. C’est un domaine où, à la fois, il existe une claire emprise de la souveraineté nationale, sur le plan des choix de défense (nucléaire ou non, territoriale ou expéditionnaire…) comme du format de l’armée (conscription ou professionnelle) ou des équipements (le fournisseur national ou l’allié « historique » sera toujours préféré). Un choix dicté tout autant par des éléments objectifs que proprement historiques voire psychologiques. Croire qu’on peut changer ces fondamentaux par une simple impulsion politique, une installation des instruments de marché, ou par un discours incantatoire est illusoire. Pour l’exécutif européen, il faut aller donc, à dose homéopathique, pour installer l’idée que, oui, la défense est aujourd’hui une question très européenne digne d’une vraie politique industrielle…

Un mai 1968… à l’envers

Le point de départ de la réflexion européenne est de voir : 1) ce qui manque à la défense européenne, 2) ce qui peut être fait. Tout converge vers un point fondamental : les financements et l’incitation à coopérer. C’est ainsi à une vraie petite révolution (toute proportion gardée) qu’invite demain la Commission Juncker. D’une part, l’exécutif européen ne s’interdit plus de financer la construction de capacités de défense par les Etats membres, soit avec de l’ingénierie financière (prêts, leasings, garanties d’emprunts, etc.), soit même voire directement à l’aide des instruments communautaire. C’est écrit noir sur blanc !

« La Commission est disposée à examiner toutes les possibilités de financement du «volet capacités» sur le budget de l’UE, dans le respect des traités. »

C’est la levée d’un interdit, que dis-je, d’un dogme qui a opéré durant des années et suscite encore au sein de l’institution quelques remous. Ce n’est plus sous les pavés… la plage. Mais sous le goudron, le drone 🙂

Des capacités menées par les États membres

Bien entendu, il ne s’agit en aucun cas de doter l’Union européenne de capacités propres. Il n’y pas d’unités d’hélicoptères, de pelotons de forces spéciales, de véhicules blindées qui vont être garées dans les entrailles de la Commission européenne, prêts à bondir sur l’intrus, le couteau entre les dents 🙂 Cela, c’est bon pour les films et les phantasmes non assouvis de quelques utopistes ou tabloïds britanniques en mal de tête de turc… Ce sont bel et bien les États membres qui gardent la haute main pour définir les capacités qui leur manquent, qui vont les construire, les utiliser et, au final, les commander. La règle de la souveraineté nationale est pleinement respectée.

Un coup de pouce bienvenu

Simplement les États pourront désormais faire appel à l’Europe et bénéficier de (sérieuses) incitations, pour travailler ensemble. Une des seules solutions est donc d’injecter de l’argent frais dans le dispositif et un certain esprit nouveau, pour travailler davantage en commun. Personne ne va trouver à y redire. Si les États membres définissent ensemble des projets en commun d’achat capacitaires sur des cibles précises (répondant à des besoins), l’Europe est prête à combler le gap avec certains de ses moyens… C’est plutôt étonnant pour une organisation civile, qu’on dit affaibli. Même l’OTAN, avec sa force intrinsèque, n’est jamais arrivée à une telle possibilité de « levée de fonds » (2).

Déminer la route

L’objectif de ce document de la Commission, c’est avant de passer « à l’action » proprement dite de « déminer la route » — obtenir un mandat du Conseil européen — qui va permettre ensuite de déterminer la route à suivre — définir des options, des concepts, des contrats cadres — pour paver et goudronner la route — au besoin avec des financements européens. Voilà l’enjeu…

Cela peut paraitre sans doute bien chétif aux yeux des habituels détracteurs de la « chose » européenne qui dès qu’ils entendent le mot « Europe » s’empressent de foncer tête baissée, comme un taureau sur un chiffon rouge. Cela peut paraitre sans doute bien timide aux yeux de quelques utopistes qui croient encore que Jean Monnet est vivant, que l’Europe se construit à Six et que la CED (la Communauté européenne de défense) aurait été une si belle chose…

Rattraper le retard

En fait, c’est un vrai saut qualitatif qui vient d’être franchi. S’il est endossé par les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement les 15 et 16 décembre prochains, s’il est bien suivi, il devrait permettre d’enclencher toute une série de mesures. Elles ne permettront sans doute pas de rattraper un retard de plusieurs dizaines d’années, en quelques mois. Mais cela permettra au moins de ne plus accumuler de retard et d’essayer de combler quelques lacunes. C’est concret, utile, en un mot stratégique.

Demain, la défense ne sera pas une politique communautaire au sens classique (comme l’agriculture ou les transports) mais bel et bien une politique européenne, partagée, commune… Voilà l’enjeu, au-delà des termes techniques, de ce plan d’action. Car aucun État ne peut plus aujourd’hui faire à l’ensemble des menaces présentes en Europe tout seul.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Des fonds pour la défense, éléments-clés du plan d’action de la Commission européenne

(1) Même si l’exercice d’une « Communication de la Commission européenne » reste avant tout un exercice technocratique, ce plan d’action vaut la lecture. Certains passages se lisent très bien, sont très bien écrits, presque comme un roman.

(2) L’OTAN est d’ailleurs très très intéressée par les projets européens. Un déjeuner devait réunir en tête, hier, les leaders des différentes institutions : J.C. Juncker (Commission européenne), D. Tusk (Conseil européen), et J. Stoltenberg (OTAN) dans un restaurant bruxellois sélect, De Warande, à deux pas de l’ambassade des États-Unis à Bruxelles.

 

Rédacteur en chef de B2 - Bruxelles2. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Ouest-France, Sud-Ouest et Lettre de l'expansion. Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale).

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Les forces spéciales interviennent à Florennes (exercice)

Publié le par Felli Bernard

Les forces spéciales interviennent à Florennes (exercice)

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Des soldats déposés par des hélicoptères (Crédit: EDA)

Des soldats déposés par des hélicoptères (Crédit: EDA)

(BRUXELLES2) C’est dans un froid glaçant que 400 membres des forces spéciales et 13 hélicoptères venus de quatre pays (Belgique, Slovénie, Autriche, Italie) ont clôturé, ce mercredi (30 novembre), un exercice « grandeur nature » sur la base aérienne de Florennes (près de Charleroi). Intitulé Black Blade, cet exercice organisé (comme chaque année) par l’Agence européenne de défense avait pour objectif d’intégrer unités terrestres et aériennes de plusieurs États membres pour les entraîner à travailler ensemble autour de scénarios aussi proches que possible de certaines réalités troublés : missions de reconnaissance, de protection de convois (au sol comme dans l’air), attaque d’objectifs menaçants, arrivée de forces spéciales pour libérer des otages, évacuation de ressortissants ou de blessés…

(Leonor Hubaut)

 

Leonor Hubaut

Journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Mémoire sur les politiques européennes au Sahel. Je suis pour B2 de près le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines

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Europe de la défense, ou défense sans Europe (Vincent Desportes)

Publié le par Felli Bernard

Europe de la défense, ou défense sans Europe (Vincent Desportes)

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generalvincentdesportes(BRUXELLES2) Le processus de construction de la défense européenne, « cela ne fonctionne pas ». Faisant le constat d’une nouvelle réalité, tout est à reprendre depuis zéro, en commençant par le bas, c’est-à-dire par un renforcement des capacités nationales. C’est le message d’alerte lancé par le général Vincent Desportes, dans le cadre des Journées européennes de Strasbourg… Fidèle à lui-même l’ancien officier de la cavalerie blindée, qui a dirigé le Centre de doctrine et d’emploi des forces puis le Collège interarmées de défense (l’école de guerre) ne mâche pas ses mots.

Déciller les yeux

Même aux plus aveugles, la réalité doit déciller les yeux : le monde a pris feu autour de nous et la guerre y est revenue en force. Au nord-est, avec l’Ukraine, à l’est avec l’incendie qui ravage le Moyen-Orient, au sud, en Libye, au Nigeria puis au Sahel jusqu’au Mali.

Une seule évidence : contrairement à nos schémas parfois « simplistes » d’occidentaux chrétiens, le monde ne progresse pas de manière linaire du mal vers le bien. Le monde post-moderne est une utopie de nantis et notre perception du monde, née des rêves de San Francisco en octobre 1945, était une illusion du monde.

Le retour de la guerre et de la force brute

Il y a, et il y aura toujours des retours en arrière brutaux et nos manières de guerre devront pouvoir retrouver leurs caractéristiques les plus brutales lorsqu’aucun compromis n’est possible. Monsieur Poutine nous a rappelé que la force brute est un atout autant stratégique que tactique pour celui qui la possède et ne craint pas de s’en servir. Il nous a montré, en creux, que notre force, sans volonté, sans vision, n’avait rien à voir avec la puissance.

A cela, s’ajoutent deux coups de semonce récents : le Brexit et l’élection de Donald Trump. Prenons-les pour ce qu’ils sont : de véritables opportunités à saisir mais, également, de nouvelles exigences, à court terme.

Le fait est que : le monde a pris feu autour de l’Europe. L’Europe, et la France d’ailleurs, n’en tirent que des conclusions trop lentes et trop modestes quant au nécessaire renforcement de leur défense.

L’Europe doit reconstruire l’esprit de défense

Le problème de l’Europe est qu’elle a tué l’esprit de défense en même temps qu’elle a tué la guerre. Elle a retiré de l’esprit des jeunes générations d’Européens toute légitimité à la guerre comme outil de consolidation ou de défense d’un projet politique ; donc aussi, une grande part de légitimité aux dépenses de défense.

Une Europe trop lente, trop modeste…

Le grand problème de la défense européenne c’est qu’elle s’est fondée sur l’idée que la guerre était illégitime. Les processus européens freinent les progrès et empêchent, dans les faits, les interventions. L’Europe intervient moins vite que l’ONU ! Belle performance.

Personne n’est venu aider la France dans sa phase offensive lorsqu’elle s’est engagée au Mali défendre la sécurité des Européens. La mission européenne de formation de l’armée malienne a été difficile à mettre sur pied. La constitution de l’EUFOR RCA (en Centrafrique) a relevé du feuilleton. Et la force n’a été constituée qu’avec un apport massif de la France d’une part et d’États non membres d’autre part.

… et peu visible

Dans la lutte contre l’État islamique — qui concerne pourtant tous les Européens —, l’Europe, en tant que telle, est absente et les Européens presque autant … de la même manière qu’en Afghanistan, l’Europe a conduit sa plus longue et sa plus massive opération sans jamais y exister. Plus que beaucoup d’autres, les Français ont été Européens, en matière militaire en particulier.

Urgence à re-investir dans la défense

La succession des désillusions nous contraint au réalisme. La première conclusion relève du principe de précaution. Allons vers l’Europe ! Mais arrêtons de nous départir des moyens nécessaires à l’exercice de nos responsabilités et à la protection de nos intérêts. L’Europe elle-même en a besoin pour que soient remplies les missions dont seules les armées françaises sont capables. Les réinvestissements rapides et massifs de l’État français et des États européens dans leur défense sont aujourd’hui d’une cruciale urgence.

Construire une vision et des intérêts communs 

Cependant, la défense ne peut être que la défense d’une vision partagée et d’intérêts stratégiques communs. Force est de constater que l’un et l’autre font défaut. Tant qu’il n’y aura pas de vision stratégique commune, d’intérêt stratégique commun, il n’y aura pas de défense commune car, dans chaque État membre, le sentiment de solidarité européen n’est pas assez fort pour imposer le risque politique national. Plus même, tant qu’il n’y aura pas de vision opérationnelle partagée, il n’y aura pas de forces mutualisées.

Prenons l’exemple des équipements blindés. Quand l’Allemagne parle de blindés légers, elle pense à la classe 30 tonnes alors que la France rêve à des véhicules inférieurs à 10 tonnes

Les interventions au sol : une prérogative qui reste nationale

Pour longtemps encore, ne pourront être partagées que les capacités, aériennes et navales, dont l’engagement ne constitue justement pas un risque politique. Le « pooling and sharing » ne fonctionne que quand il n’y a pas de risque politique.

[Pour les forces terrestres, c’est une autre question] L’intervention de troupes au sol est trop dangereuse pour dépasser les égoïsmes nationaux. Si nous voulons maîtriser notre action extérieure, nous devons augmenter les nôtres.

On peut mutualiser des capacités mais pas des forces. Le temps n’est plus aux chimères dangereuses, au rêve longtemps caressé mais visiblement vain. Le temps est d’abord celui du retour à la dure réalité du monde et donc à celui de la restauration de nos capacités nationales de défense.

Être réaliste : tout recommencer depuis le bas

Aujourd’hui, il faut juste être réaliste. La démarche « bottom up » ne fonctionne pas : en soixante ans, l’accumulation de petits morceaux de défense européenne n’a jamais permis de créer la vision espérée. Il faut donc reprendre totalement la démarche, en repartant du bas, en exigeant la communauté de vues. Il faut cesser d’ériger l’argument de l’Europe de la défense comme excuse recevable pour la stagnation des budgets de défense.

Le temps est ensuite au sacrifice de nos vaches sacrées, à la prise de conscience du paradoxe de la Reine Rouge de Lewis Carol. Cela fait soixante ans que le processus de construction de la défense européenne ne fonctionne pas, que dans un monde qui va très vite la politique des petits pas nous fait reculer. Cela fait soixante ans que nous touillons l’Europe de la défense, et il ne se passe rien.

Ma grand-mère me disait : si au bout d’une demi-heure ta mayonnaise n’a pas pris, jette l’ensemble, reprend un nouvel œuf et de la moutarde nouvelle et mets toi sérieusement au travail. Cela relève désormais de l’urgence vitale

Général de division Vincent Desportes

Ingénieur, docteur en histoire, diplômé d’études supérieures en administration d’entreprise et en sociologie, Vincent Desportes cumule une carrière opérationnelle qui l’a conduit à exercer des commandements multiples. Depuis 2008, il commande l’Ecole supérieure de guerre. Il est aujourd’hui conseiller spécial du président de Panhard General Defense. Il publie en octobre 2015, un « cri d’alarme » chez Gallimard, avec un essai intitulé « La dernière bataille de France. Lettre aux Français qui croient encore être défendus« . 

 

Leonor Hubaut

Journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Mémoire sur les politiques européennes au Sahel. Je suis pour B2 de près le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines

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UNE LEçON MÉRITÉE!

Publié le par Felli Bernard

UNE LEçON MÉRITÉE!

Eric Denécé

04-11-2016
 

 

 

 

Achat d'hélicoptères américains par la Pologne, rejet de la résolution française sur la Syrie à l'ONU, annulation de la visite de Vladimir Poutine à Paris : courant octobre, en quelques jours, notre diplomatie a connu trois revers majeurs, dont elle s'offusque, alors même qu'elle en porte l'entière responsabilité en raison de la politique erratique conduite par nos dirigeants.

Des revers en cascade

La « trahison » polonaise n'a surpris que ceux qui ne s'intéressent pas à ce pays, car il est clair que la défense de ses intérêts nationaux - et sa défiance légitime à l'égard de son voisin russe - a toujours conduit Varsovie, depuis 1991, à privilégier l'alliance avec Washington plutôt que la solidarité européenne. On ne peut guère reprocher aux Polonais de nous l'avoir caché, car ils ont montré à plusieurs reprises, sans ambigüité aucune - notamment sur le dossier ukrainien - de quel côté leur cœur penchait. Mais nos politiques se bercent d'illusions. Non seulement ils n'ont pas voulu tenir compte de cette évidence, mais pire, ils se sont persuadés que notre refus de livrer deux navires amphibies Mistral à la marine Russe - sous la pression américaine - conduirait notre partenaire européen à choisir notre offre. Bien sûr, il n'en a rien été et l'annulation de la visite présidentielle à Varsovie comme les critiques du ministre des Affaires étrangères illustrent à quel point nos dirigeants ont pris leurs désirs pour la réalité... laquelle semble totalement leur échapper.

 

L'émotion de nos gouvernants au sujet de la bataille d'Alep en est un autre exemple. Leur « révolte » face aux « exactions » des forces russes et syriennes se fonde sur une vision totalement partiale de la situation, diffusée par les médias occidentaux.

A Alep, tout ceux qui connaissent la situation de terrain savent que les djihadistes d'Al-Nosrah pilonnent quotidiennement depuis plusieurs années les quartiers dont la population est restée fidèle au gouvernement de Damas[1] - ciblant prioritairement les quartiers chrétiens -, faisant de nombreuses victimes innocentes ; mais sans doute ces vies ont-elles moins de valeur que celles de ceux qui soutiennent les djihadistes. En effet, les témoins locaux confirment que tous les quartiers bombardés par les aviations russe et syrienne sont ceux dans lesquels la population a pris ouvertement parti pour les islamistes et où flotte ostensiblement le drapeau de Daech... ce que le médias ne nous montrent jamais[2].

Cette présentation totalement déformée de la réalité est insupportable. Pourtant elle est à l'origine des envolées lyriques et outragées de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, qui se sont même montrés menaçants à l'égard de Moscou. Voir nos autorités réagir à partir d'éléments aussi faux conduit à s'interroger sur leur connaissance réelle du dossier ou leur indépendance d'esprit vis-à-vis de Washington. De plus, ces positions de Matamore ne sont d'aucun effet. Les dirigeants français ont peut être l'illusion d'être des acteurs entendus et écoutés ; mais il n'en est rien. Ils sont aussi insignifiants qu'inaudibles. Notre proposition de résolution à l'ONU a été rejetée et nous ne sommes même plus invités aux négociations internationales sur la Syrie à Genève.

 

En toute logique, devant l'hostilité manifestée à son égard par nos gouvernants, les menaces de poursuivre Moscou devant la Cour pénale internationale (CPI), la surenchère de nos médias qui font du Poutine Bashing leur sport favori et la présentation totalement partiale du conflit syrien, le président russe a décidé d'annuler sa visite dans notre pays, jugeant le contexte peu favorable à des discussions sereines. Cette décision semble avoir pris au dépourvu notre président qui pensait pouvoir tancer son homologue russe sans que celui-ci ne réagisse, puis sans doute l'accueillir pour lui faire la leçon.

Une perception des faits totalement orientée

Il n'est pas question de faire l'apologie de Vladimir Poutine ou de Bachar El-Assad, ni de nier que la guerre tue, à Alep ou ailleurs ; mais il est bon de rétablir certaines vérités qui sont délibérément dissimulées par les stratèges de la communication américains et les médias Mainstream à leur service.

 

Depuis qu'ils sont devenus l'unique superpuissance, les Etats-Unis n'ont cessé de prendre des libertés vis-à-vis du droit international. Pourtant, rares ont été les médias à dénoncer leurs méfaits et les ONG ou les Etats les ayant menacé de poursuites juridiques internationales ou déclaré qu'ils en porteraient la responsabilité devant l'histoire. Rappelons quelques faits :

- l'invasion illégale de l'Irak - passant outre le véto de la ONU -, laquelle a permis la naissance de Daesh et a provoqué la mort et la désolation dans ce pays, faisant plus de victimes encore que la dictature de Saddam Hussein. Cette action a tout autant violé le droit international que l'action russe en Crimée ;

- les nombreuses victimes collatérales des frappes de drones dans le cadre de la Global War on Terrorism (GWOT)[3] ;

- la légalisation la torture et la multiplication des arrestations extra-judiciaires (Rendition) et des prisons secrètes dans le cadre de la GWOT ; la généralisation de l'espionnage de leur population et de leurs alliés. Pourtant ni l'une ni l'autre de ses mesures n'ont été d'une grande efficacité dans la lutte contre le terrorisme ;

- le soutien à l'Arabie saoudite et au Qatar - deux Etats qui exportent leur islam radical archaïque dans le monde et soutiennent les djihadistes -, à la confrérie des Frères musulmans - dans le cadre du « printemps arabe » - et aux djihadistes liés à Al-Qaïda pour renverser le régime syrien.

Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls dans ce cas. Ces pratiques concernent aussi plusieurs de leurs alliés.

 

L'Arabie Saoudite, non contente d'exporter le wahhabisme de par le monde et d'avoir soutenu les djihadistes, est intervenue au Bahrein à l'occasion du printemps arabe (2011) pour mater une révolte populaire sans que personne ne s'en offusque. Elle semble pourtant incapable d'assurer la sécurité des pélerins se rendant à La Mecque pour le hadj, ainsi qu'en témoignent les incidents à répétition survenus ces dernières années ayant entrainé la mort de centaines de croyants. Surtout, depuis dix-huit mois, elle a déclenché une guerre sanglante au Yémen (opération Tempête décisive), laquelle semble ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien.

Depuis mars 2015, une coalition internationale[4] menée par Riyad s'attache à remettre au pouvoir le gouvernement d'Abd Rabo Mansour Hadi, afin d'empêcher l'installation d'un régime chiite à sa frontière méridionale. Dans ce conflit, les Saoudiens sont aidés par les Etats Unis qui leur fournissent armement, renseignements et ravitaillent leurs avions. Les combats ont déjà provoqué plus de 10 000 morts dont beaucoup de civils. L'Arabie saoudite bombarde systématiquement les infrastructures du pays - y compris les hôpitaux - et exerce un blocus sur les zones rebelles au point que des millions de Yéménites n'ont plus de quoi se nourrir ; trois millions ont fui les zones de combat. Le 8 octobre dernier, les avions saoudiens ont pris pour cible une cérémonie funéraire à Sanaa, tuant au moins 140 personnes et en blessant 500. Ces frappes relèvent pleinement d'un crime de guerre ; pourtant aucun Etat occidental ne l'a signalé ni n'a protesté. Tout juste les Américains ont-ils fait savoir qu'ils allaient reconsidérer leur soutien aux Saoudiens dans ce conflit.

 

A noter également que plusieurs milliers de véhicules Toyota ont été achetés par les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis et Jordanie) pour être livrés à l'État islamique, en Syrie et en Irak. C'est le constructeur japonais, accusé à tort de commercer avec Daesh, qui a révélé la liste de ses principaux clients dans la région. Ainsi, 22 500 véhicules auraient été vendus aux Saoudiens, 32 000 aux Qataris et 11 650 aux Emiratis. Puis, selon des informations provenant des services russes - à considérer naturellement avec circonspection -, l'armée jordanienne aurait facilité le transfert de ces véhicules en Syrie et en Irak. Une fois encore, les dénonciations de ce soutien des monarchies pétrolières à l'Etat islamique, sont rares.

 

La Turquie est dirigée par un président membre de la confrérie internationale des Frères musulmans, qu'il a soutenu en Tunisie, Libye, Egypte et Syrie à l'occasion des « printemps arabes ». Erdogan a aussi longtemps laissé à Daesh la libre utilisation de son territoire pour son approvisionnement et ses opérations en Syrie et en Irak. Par ailleurs, il ne cesse de renforcer son pouvoir personnel - dans le but de devenir président à vie - et d'encourager l'islamisation de la société. A la suite d'une tentative avortée de coup d'Etat contre lui[5], il s'est livré à une gigantesque purge afin de liquider ses opposants et d'installer ses affidés. C'est-à-dire que l'un des pays membre de l'OTAN est dirigé par un islamiste radical aux tendances despotiques, bafouant les droits de l'homme, sans que cela ne choque personne ni ne remette en cause notre politique à l'égard d'Ankara. Et l'on parle toujours d'une éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union européenne... Rappelons également, les forces turques ont pénétré illégalement dans le nord de la Syrie et de l'Irak et occupent une portion du territoire de ces deux Etats sans que la communauté internationale ne trouve à y redire.

 

Les faits ci-dessus montrent sans ambigüité que le droit international est, depuis quinze ans, davantage bafoué par Washington et ses obligés que par Moscou ou Damas ; et que les victimes civiles du « camp de la liberté » sont tout aussi innocentes et bien plus nombreuses que celles qui tombent lors des opérations russo-syriennes. Mais dès lors que des actions de force sont américaines ou alliées de Washington, elles sont, par essence, « justes, légitimes et utiles ». Seuls ceux qui n'appartiennent pas à ce camp ou qui ne soutiennent pas cette politique sont coupables : Moscou, Damas, Téhéran, etc.

Il faut le réaffirmer sans cesse : contrairement aux idées reçues, la société de l'information dans laquelle nous vivons n'a que très marginalement permis d'améliorer la qualité et l'objectivité des données à la disposition du public. Au contraire, en dépit de la multiplication des canaux médiatiques, leur concentration entre les mêmes mains permet encore davantage de manipulation des faits qu'avant son émergence. Les événements actuels en sont la flagrante illustration.

La provocation délibérée du Russian Bashing

Pour envenimer la situation, dirigeants politiques, responsables militaires et journalistes occidentaux ne cessent d'évoquer la montée en puissance de la menace russe et le retour d'une nouvelle Guerre froide... voire pour certains, le spectre d'une nouvelle guerre mondiale[6] !

Mais le Russian Bashing impulsé par les milieux anglo-saxons ne reflète pas la réalité. Rappelons que le budget de la défense des Etats-Unis (près de 600 milliards de dollars) est de très loin le premier au monde et qu'il est supérieur aux budgets cumulés des dix pays qui le suivent ; la Russie (avec un budget de moins de 70 milliards de dollars) n'arrive elle-même que loin derrière la Chine et l'Arabie saoudite. Moscou dépense ainsi pour sa défense huit fois moins que Washington. La « menace » doit donc être fortement relativisée. Elle est pourtant largement utilisée par Hillary Clinton dans le cadre de sa campagne présidentielle, comme si elle cherchait par avance à remettre en cause une éventuelle victoire de Donald Trump... avec le soutien des hackers russes !

Il convient également de réfuter la soi-disant volonté hégémonique de Moscou. Poutine n'a d'autre but que de mettre fin aux humiliations répétées dont son pays a été victime depuis vingt ans et au grignotage de ses marges. Il n'accepte plus sans réagir que la Russie soit provoquée ou que ses intérêts soient bafoués. Pourtant, c'est aujourd'hui Moscou qui apparaît comme « fauteur de troubles ».

A l'opposé, il faut être aveugle pour ne pas mesurer le comportement impérialiste croissant de Washington, tant par ses interventions extérieures qui ne résolvent rien, que par l'application extraterritoriale de son droit au monde entier.

 

Bien sur, il ne fait aucun doute que de tels propos seront immédiatement qualifiés de « pro Poutine » et que leur auteur sera accusé d'être un relais de l'influence russe. En effet, c'est une technique régulièrement utilisée ces dernières années que de mettre systématiquement en doute l'objectivité et l'indépendance de ceux qui critiquent la politique Mainstream. Ainsi, les médias nous rebattent régulièrement les oreilles au sujet des réseaux d'influence russes en France - ce qui est une réalité, tout comme l'espionnage de Moscou -, mais sans jamais parler des réseaux d'influence et d'espionnage infiniment plus puissants des Américains

Nous vivons une période difficile dans laquelle les esprits sont l'enjeu des stratégies des uns et des autres et où les médias sont devenus un véritable champ de bataille. En la matière, par leur maîtrise des canaux de communication mondiaux, les Etats-Unis disposent d‘un net avantage ; ils ont réussi à imposer leur vision du monde, laquelle répond à la promotion et la défense de leurs intérêts... mais en rien à ceux de la démocratie ni de l'Occident - et surtout pas de la France. Ils ont également réussi à convaincre que leur point de vue était « la » vérité objective et que tous ceux qu'ils désignent comme leurs adversaires sont le « mal ». Evidemment, la réalité est quelque peu différente. Mais nos élites ne semblent pas le percevoir.

Pour nous Français, l'enjeu n'est pas Moscou, Damas ou Alep, ni Poutine ou Bachar. Il est de retrouver une indépendance de vue et une objectivité d'analyse que nous avons abandonnées depuis plus d'une décennie et d'échapper à la vision sectaire du monde qu'imposent les Américains.

D'autant plus qu'à la différence des Britanniques, nous ne reconnaissons ni ne cherchons à analyser nos erreurs. Le parlement du Royaume Uni a publié, en juillet et  en septembre dernier, deux rapports remettant en cause la décision de David Cameron d'intervenir en Libye, jugeant que les informations l'ayant conduit à lancer cette opération étaient infondées. Qu'avons nous fait en France ? Strictement rien ! Interviewé par la presse, Nicolas Sarkozy a persisté, déclarant qu'il avait pris alors « la bonne décision ».

 

 

*

 

 

La très grande majorité des spécialistes de géopolitique, des relations internationales et des diplomates nous répètent à l'envi depuis un quart de siècle que le monde a changé. Certes. Cela est indéniable. Nous le mesurons chaque jour.

Ce qui n'a pas changé en revanche, c'est la grille de lecture sur laquelle ils fondent leur analyse. Elle est restée, pour l'essentiel, basée sur des critères d'évaluation datant de la Guerre froide : le bien, la vérité et la justice sont américains ; le mal, le mensonge et l'injustice demeurent russes ou iraniens. D'où leurs jugements erronés et leurs conseils inadaptés pour la conduite des politiques étrangères européennes... et les erreurs à répétition de celles-ci.

Le monde évolue donc plus vite que les analyses qu'en font ces « experts » et les choses ont changé de manière bien plus profonde qu'ils ne l'observent, même si des constantes demeurent. C'est pourquoi il est nécessaire d'adopter une nouvelle lecture de la situation internationale afin d'essayer de redonner à la France - et plus largement l'Europe - la boussole dont elle semble démunie.

Seule lueur de lucidité dans ce sombre tableau, le remarquable rapport récemment publié par les députés Pierre Lellouche et Karine Berger, relatif à l'application extraterritoriale du droit américain[7]. Voilà enfin une réflexion de fond sur un sujet stratégique pour notre économie et nos entreprises, auquel le gouvernement ne s'est guère intéressé, en dépit des affaires BNP et ALSTOM. A lire absolument.

 
  • [1] Il convient également de rappeler que depuis cinq ans la population fidèle au régime n'a cessé d'être ciblée par les djihadistes : coupures d'eau et d'électricité, bombardements, blocus du ravitaillement, assassinats, enlèvements, tortures...
  • [2] Voir à ce sujet l'excellente analyse de Richard Labévière : http://prochetmoyen-orient.ch/mossoul-alep-la-diagonale-du-fou/
  • [3] Outre les frappes de drones - qui créent plus de terroristes qu'elles n'en éliminent - ces frappes ont eu lieu à plusieurs reprises en Afghanistan à l'occasion fêtes de mariage, faisant chaque fois une centaine de victimes civiles. Rappelons également que les forces aériennes américaines ont bombardé, le 3 octobre 2015, un hôpital à Kunduz, en Afghanistan, faisant 42 morts et 37 blessés, parmi lesquels des membres Médecins sans frontières ; et qu'elles ont tué une centaine de soldats syriens, mi-septembre 2016, dans un bombardement effectué « par erreur », ce qui a par ailleurs permis à Daesh de s'emparer d'une position stratégique.
  • [4]  Elle comprend une dizaine de pays arabes et sunnites : les membres du Conseil de coopération du Golfe (Oman excepté), le Maroc, la Jordanie, le Soudan et l'Egypte.
  • [5] La genèse de cet événement n'est toujours pas claire. De fortes suspicions existent quant à la parfaite connaissance de ce complot par Erdogan, qui pourrait avoir laissé faire afin de procéder à une purge radicale dans tous les domaines de l'appareil d'Etat.
  • [6] Cf. Alain Rodier, « Autour des conflits syriens et irakiens : Etats-Unis et Russie, ils sont tous devenus fous ! », Note d'actualité n°456, www.cf2r.org, octobre 2016.
  • [7] Pierre Lellouche et Karine Berger, Rapport d'information des commissions des Affaires étrangères et des Finances sur L'Extraterritorialité de la législation américaine, Assemblée nationale, Paris, 5 octobre 2016.

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A Varsovie, l’OTAN prépare-t-elle une crise des missiles de Cuba à l’envers?

Publié le par Felli Bernard

A Varsovie, l’OTAN prépare-t-elle une crise des missiles de Cuba à l’envers?

A Varsovie, l’OTAN prépare-t-elle une crise des missiles de Cuba à l’envers?

© Flickr/ UK Ministry of Defence

Points de vue

20:11 03.06.2016(mis à jour 13:09 04.06.2016) URL courte

Victoria Issaïeva

Dossier:

Renforcement de la présence de l'Otan en Europe (268)

215662515

Au temps de la Guerre froide, l’OTAN luttait contre le Pacte de Varsovie ! Et en juillet, l’Alliance Atlantique se réunira à Varsovie pour discuter du renforcement de son dispositif militaire en Europe de l'Est.

© REUTERS/ Eric Vidal

L'Otan promet des "décisions majeures" pour le sommet de Varsovie

Parmi les menaces principales de l'Alliance figure traditionnellement la Russie. Christine Bierre, rédactrice en chef de "Nouvelle solidarité", estime qu'aujourd'hui l'histoire de la guerre froide se répète mais en sens inverse. L'OTAN qui luttait contre le Pacte de Varsovie, se réunit aujourd'hui à Varsovie pour forcer l'encerclement de la Russie.

« On est dans une espèce de crise des missiles de Cuba à l'envers sauf que bien pire. A l'époque de la crise des missiles de Cuba, c'étaient des missiles qui étaient à une centaine de kilomètres des Etats-Unis. Aujourd'hui c'est une politique d'encerclement de la Russie qu'on voit avec un renforcement continue des moyens de l'OTAN aux frontières de la Russie, avec des pays de l'Est qui ont été surexcités par les Etats-Unis et l'Angleterre notamment pour exiger de plus en plus de régiments, de systèmes antimissiles chez eux. Et c'est ça qui va être discuté au sommet de l'OTAN, ensuite la finalisation du déploiement des systèmes antimissiles dont la première phase en Europe est le dernier déploiement du système antimissile en Roumanie. Il y a aussi un système radar en Turquie, le quartier général en Allemagne, des systèmes Aegis en Espagne. Donc c'est tout un encerclement de la Russie qui a lieu ce qui est extrêmement dangereux et qui doit être dénoncé ».

© AP Photo/ Mindaugas Kulbis

L'Otan plagie le tournoi russe de biathlon en char d'assaut

Le contre-amiral François Jourdier fait pourtant remarquer que, même si certains membres de l'OTAN se montrent belliqueux, il ne faudrait pas négliger l'opinion des pays comme la France.

« Il est bien certain que le sommet de l'OTAN à Varsovie va traiter principalement des rapports avec la Russie. Mais les positions ne sont pas les mêmes dans toute l'Europe. Il y a d'abord les pays Baltes et la Pologne mais il y a aussi certains pays comme l'Allemagne et la France qui veulent normaliser progressivement leurs relations avec la Russie moyennant le respect des accords de Minsk par les deux camps, d'ailleurs. On peut espérer à mon avis un réchauffement entre USA et Russie comme le montre la gestion de la crise syrienne par M. Kerry et M. Lavrov ».

Cependant, la création du segment européen du bouclier anti-missile américain va bon train, malgré les appels de Moscou à ne pas contribuer au déséquilibre stratégique en Europe. En Roumanie, un premier site de missiles antimissiles vient d'être inauguré. La Pologne commence les travaux d'un deuxième site.

© AFP 2016 Raul ARBOLEDA

L'Otan sort la grosse artillerie en mer Baltique

« Il est bien certain que la Russie cherche à garder son influence dans les pays mitoyens où il y a les minorités russes. Personnellement, je ne vois pas l'intérêt pour l'Europe de s'étendre dans cette direction. Déjà l'Europe soutient l'Ukraine à bout de bras. C'est un pays failli et corrompu. Je pense que l'intérêt de l'Europe c'est d'établir des rapports politiques industriels et économiques avec la Russie. Cela profiterait à nos deux économies. L'Europe a tout intérêt que la Russie soit un pays calme et prospère… On peut estimer que l'OTAN a perdu sa raison d'être. L'OTAN a entraîné l'Europe dans des guerres qui n'étaient pas les siennes — Irak, Serbie. Les pays européens en sont conscients et commencent à investir d'avantage dans leur défense. On peut espérer que l'UE va reprendre son indépendance, d'autant qu'il y un certain dégel des relations avec Moscou. M. Junker prévoit de se rendre au forum de St. Pétersbourg ».

La question de l'intégration de l'Ukraine et de la Géorgie à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord devrait être également abordée lors du sommet à Varsovie. François Jourdier est pourtant persuadé que ces pays n'adhéreront pas prochainement à l'OTAN:

© AFP 2016 Paul CROCK

Les Etats-Unis dépêchent des bombardiers B-52 en Europe

Le sommet de l'OTAN en Pologne est annoncé comme historique. Pour son secrétaire général, cette réunion sera cruciale mais il faudrait que les décisions soient mises en place. Il a confirmé la volonté de l'Alliance de déployer les troupes et les armes sur la frontière Est de l'OTAN. Quatre bataillons seront déployés en Estonie, Lituanie, Lettonie et en Pologne pour mieux « protéger » ces pays voisins de la Russie de la « menace russe »… Un terme d'autant plus paradoxal que la Russie joue ces derniers temps le rôle pacificateur dans toute une série de conflits.

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Dossier:

Renforcement de la présence de l'Otan en Europe (268)

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L'éco-terrorisme, la menace du 21ème siècle ?

Publié le par Felli Bernard

> Défense & Sécurité



L'éco-terrorisme, la menace du 21ème siècle ? Entretien avec Eric Denécé, Directeur du CF2R

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Publié par Arthur Alleaume le 27 Mai 2016

La consécration de la démocratie au cours du siècle dernier ne s'est pas accompagnée d'une baisse de la violence politique dans nos sociétés. La multiplication de micro-idéologies semble au contraire avoir généré des courants de revendication radicaux promptes à employer des modes d'actions toujours plus violents. Dans leur dernier ouvrage, Eric Denécé, directeur du centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), et Jamil Abou Assi, chercheur associé au CF2R, se sont intéressés à l'émergence de l'éco-terrorisme comme une manifestation de ces radicalisations d'un genre nouveau. Nous sommes allés à la rencontre d'Eric Denécé afin de mieux comprendre ce phénomène.

Eric Denécé

Quel phénomène caractérisez-vous par la notion d'éco-terrorisme ?

L’éco-terrorisme est une action criminelle de nature politique, perpétrée par les groupuscules d’individus radicaux, affiliés idéologiquement le plus souvent à l’extrême-gauche. Le préfixe "éco" rassemble dans une même chapelle idéologique trois courants de revendications distincts les uns des autres : le mouvement altermondialiste, le mouvement écologiste et le mouvement animaliste. Le terme "terrorisme" se réfère quant à lui à l’utilisation d’une violence meurtrière, anonyme et orientée à l’encontre de cibles civiles dans un but de déstabilisation politique.

Quand et comment ce phénomène est-il apparu ?

L’éco-terrorisme est un phénomène relativement ancien qui est apparu dans les années 1970 et se limite encore majoritairement aux pays anglo-saxons. Il est essentiellement né des critiques du modèle de consommation consumériste et de l’effritement des grandes idéologies, qui jusque là structuraient les mouvements politiques autour de l’affrontement avec entre le communisme et le libéralisme. La multiplication de micro-idéologies cantonnées à des causes partielles a servi de terrain fertile à l’action violente. Leurs partisans les plus radicaux ont effet cru plus efficace de se soustraire à la « contrainte institutionnelle » de la démocratie en privilégiant l’action violente.

Quel est le degré de violence des différents groupes que vous citez ?

Il existe un spectre d’actions violentes qui va de l’occupation physique d’espaces privés à l’action terroriste proprement dite. C'est-à-dire l’action meurtrière, anonyme et dirigée contre la société civile. Si ce stade ultime concerne une minorité de militants, il se traduit régulièrement par des actes de nature criminelle comme des incendies d’établissements publics ou privées, des actes de sabotage, et même des attentats à la bombe. Les premières actions éco-terroristes sont apparues avec le front de libération des animaux et les divers groupuscules écologistes radicaux qui en sont issus. Les modes d’actions se sont par la suite « banalisés » comme en témoigne les revendications émises sur le site Biteback. Désormais, la question est surtout de savoir comment sur le fondement de revendications légitimes, les militants ont pu sombrer dans le délire de l’action terroriste.

Ainsi, comment une cause légitime peut-elle se transformer en source de violence ?

Par un processus de fanatisation comme c’est souvent le cas en matière d’idéologie politique. A l’origine, il y’a un gourou qui à l’aide d’un discours politico-philosophique agrège autour de lui un nombre de plus en plus large de fidèles. Convaincus de la justesse de leurs causes, les croyants s’enferment dans un idéal de nouveau monde pour l’avènement duquel il faut militer. Cependant l’action militante n’est jamais assez efficace pour satisfaire les revendications des éléments les plus radicaux. Ces derniers continuent de croire que l’opinion publique est aveugle à la justesse des causes défendues. Or, si le peuple est aliéné, il faut le libérer y compris, contre son gré. Pour lui "rendre la vue", l’activisme violent devient alors une option.

Qu'en est-il des pirates informatiques, les placeriez-vous sur la même échelle que les éco-terroristes ?

Les techniques de piratage informatique font en effet parti du spectre d’actions évoqué précédemment, et l’hacktivisme est très utilisé par les mouvements éco-terroristes. A l’instar de la cyber-guerre que se livrent parfois les Etats entre eux par le biais de groupes infra-étatiques. Les dégâts causés par le piratage informatique peuvent être extrêmement préjudiciables aux administrations d'un pays, voire à ses entreprises.

En France, les diverses mouvances que vous citez représentent-elles un risque sérieux pour la sécurité de l'État ?

Le degré de menace est très variable selon les pays. Les groupes les plus radicaux sont nés au Royaume-Uni et se sont par la suite disséminés aux Etats-Unis. Dans ces deux Etats, ils ont mené de très nombreuses actions violentes. Londres et Washington ont d'ailleurs inscrit plusieurs groupes de ces mouvances sur leur liste noire des organisations terroristes, au même titre qu'Al Qaeda ou Daech. Plusieurs lois visant à lutter contre ce type de menace ont été votées et les renseignements intérieurs se sont dotés de cellules qui leurs sont consacrés. En France, les groupes radicaux ne sont pas encore parvenus au stade du terrorisme.

Pourquoi la contestation violente reste-t-elle un moyen de revendication privilégié dans notre système démocratique ?

De manière toujours plus marquée, il semblerait qu'une partie des militants affiliés à des courants situés aux extrémités de l'échiquier idéologique ne considère plus la démocratie comme un moyen efficace de faire de la politique. Ce sentiment croît par ailleurs dans un contexte de consommation (informationnelle, économique, etc.) qui laisse supposer qu'il est possible de tout obtenir immédiatement. Il n'est dès lors pas difficile d'imaginer l'insatisfaction et la frustration que secrète le temps forcement long du changement politique en démocratie. Ajoutez à tout cela une pincée de désœuvrement social et vous obtiendrez une radicalisation de plus en plus rapide et de plus en plus violente.

Est-ce que l'usage de la violence par des citoyens peut-elle être légitime dans certains cas ?

Dans un Etat de droit où la totalité des libertés (comme celle de manifester ou bloquer) sont reconnues et respectées, l'usage de la violence n'est jamais légitime. Il existe de multiples façons de faire entendre sa voix autrement que par l'action violente.

Tags : ALF, CF2R, écoterrorisme, écoterroriste, Eric Denécé, Front de libération des animaux, ZAD

 Eric Denécé, Directeur du CF2R

Eric Denécé, Directeur du CF2R

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Frappes contre l'EI: il y aura bien des troupes au sol

Publié le par Felli Bernard

Irak
Publié le 11-09-2014 Modifié le 11-09-2014 à 23:37

Frappes contre l'EI: il y aura bien des troupes au sol

Par Olivier Fourt

Le porte-avions américain USS Carl Vinson a appareillé depuis son port d'attache de San Diego (Californie) à destination du Moyen-Orient.REUTERS/Mike Blake

Barack Obama a dévoilé sa stratégie militaire pour lutter en Irak contre l'organisation Etat islamique. Les frappes aériennes vont s'intensifier, et le Pentagone va envoyer de nouveaux conseillers. Des troupes aux sol, certes, mais le stricte nécessaire afin de mener à bien une guerre qui ne dit pas son nom. On est bien loin des quelque 145 000 hommes déployés durant la guerre de 2003 en Irak. Les troupes au sol devraient avant tout servir à coordonner et guider les frappes.

Si l'essentiel des destructions proviendra des frappes aériennes, Barack Obama a clairement annoncé l'envoi de 475 conseillers supplémentaires après un premier renfort de 700 hommes en juin. Au total, ce sont officiellement 1 600 Américains qui sont de retour sur le sol irakien. Une présence destinée à assurer la protection de l'ambassade, aider l'armée irakienne qu'elle a formée pendant dix ans, et participer à son équipement et son soutien technique...

Car bombarder le pays ne suffira pas. Pour déployer un véritable plan de bataille face à l'EI, l'armée américaine va devoir participer à un important travail de coordination. Que ce soit d'ailleurs avec les combattants kurdes au nord du pays ou avec l'armée régulière irakienne et les différents partenaires de la coalition internationale.

Pour cela, il faudra insérer des officiers américains dans les structures de commandement de l'armée irakienne mais aussi déployer des forces spéciales sur le terrain, capables de récolter du renseignement et de guider les frappes alliées (TACP-FAC pour Tactical Air Control Party-Forward Air Controller).

De ce point de vue, la stratégie américaine n'est pas très éloignée de celle choisie par les Français en 2011 en Libye, où quelques dizaines d'éléments du Commandement des opérations spéciales (COS) avaient été envoyés discrètement pour désigner les objectifs, alors que dans le même temps des « observateurs », comme on les appelait alors, faisaient le lien entre l'armée française et les combattants de la révolution libyenne.

Côté français, cette semaine l'entourage du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n'excluait pas une présence militaire française au sol en Irak afin de mener des opérations contre l'organisation Etat islamique.

Le porte-avions américain USS Carl Vinson a appareillé depuis son port d'attache de San Diego (Californie) à destination du Moyen-Orient.REUTERS/Mike Blake

Le porte-avions américain USS Carl Vinson a appareillé depuis son port d'attache de San Diego (Californie) à destination du Moyen-Orient.REUTERS/Mike Blake

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ITW de Stefano Chmielewski, Président de Renault Trucks Defense (Groupe Volvo) par @SDBRNews

Publié le par Felli Bernard

ITW de Stefano Chmielewski, Président de Renault Trucks Defense (Groupe Volvo) par @SDBRNews

photo Volvo Group

08.09.2014 - par Alain Establier- SECURITY DEFENSE Business Review (n°111 - 9 sept 14)

SDBR : Renault Trucks Defense (RTD)* a successivement racheté Acmat puis Panhard ? S’agit-il d’une juxtaposition de filiales ou bien d’une intégration au groupe RTD, avec les économies d’échelle qui peuvent en résulter ?

SC : Il ne s’agit nullement d’une juxtaposition mais bien comme vous l’évoquez d’une intégration. Nous avons acheté Panhard dans le but de compléter notre gamme. Comme vous le savez, il s’agit d’un traditionnel leader mondial en matière de blindés légers et d’engins de reconnaissance en particulier. C’est un segment qui complète parfaitement la gamme de véhicules blindés légers et médians de RTD, grâce au savoir-faire mondialement reconnu de Panhard. En effet il peut en résulter des économies d’échelle, puisque Panhard peut désormais s’appuyer sur le Groupe Volvo en termes de R&D comme de composants, car la plupart des composants sont sur étagère au sein du Groupe. Enfin, les fonctions Corporate (Achats, RH, R&D) ont fusionné avec celles de RTD/ACMAT.

Etes-vous satisfaits de ces acquisitions et êtes-vous toujours en ligne avec les perspectives d’origine concernant ces deux entités ?

Bien sûr, nous assumons pleinement cette acquisition et en sommes contents. Il reste que le marché mondial est toujours extrêmement volatile et la concurrence impitoyable, en matière de défense comme dans la plupart des secteurs. Il s’agit donc d’un défi à relever et c’est le carnet de commandes qui nous donnera raison ou tort. Nous comptons sur les savoir-faire et la créativité des entités du Groupe, dont Panhard est justement un fleuron, pour remporter le challenge de la rentabilité.

Y a-t-il une spécialisation des sites industriels entre défense et sécurité ?

Il y a une histoire qui détermine logiquement des préférences. Par exemple, le VAB est traditionnellement un produit de Limoges. Limoges reste donc un acteur incontournable si l’on parle VAB et ce sont les lignes de production de Limoges qui ont fabriqué les cinq premiers exemplaires du VAB MK3**, dont une première série pourrait sortir demain. De même, Fourchambault est un site historiquement dédié au maintien en condition opérationnelle, capable d’en assumer tous les savoir-faire depuis la réparation jusqu’à la reconstruction et même jusqu’au démantèlement. C’est le cas actuellement de la reconstruction de 80 VAB de l’Armée de Terre par an. Ceci étant, il y a au contraire la volonté de rendre tous les sites les plus interchangeables et complémentaires possibles pour assurer d’une part souplesse et flexibilité dans la production, mais aussi pour garantir la stabilité des ressources humaines à travers le transfert de certaines des charges. Actuellement la réalisation de programmes comme le MIDS***, qui est un produit d’origine RTD, est répartie entre Fourchambault et Marolles-en-Hurepoix, car ces partages de charge permettent de faire face à une période particulièrement difficile pour l’industrie de défense.

L’activité des matériels terrestres militaires est hautement concurrentielle. Comment pensez-vous garder vos parts de marché ?

Garder ses parts de marché est quelque chose d’illusoire. La vie économique est telle qu’il a toujours fallu justifier la confiance que nous faisaient les Etats auxquels nous nous adressions. Aujourd’hui c’est encore plus vrai. Nous devrons nous adapter à la demande export qui est notre planche de salut, compte tenu de la difficulté liée en particulier aux difficultés budgétaires de notre pays. Pour cela, nous avons développé des produits comme par exemple le VAB MK3 qui, compte tenu de leur rapport prix/performances, doivent intéresser de nouveaux acquéreurs. Un 6X6 apte à tous les contextes d’emploi à 50% du prix d’un 8X8 est une vraie alternative. Nous avons aussi des propositions en termes de MCO qui doivent nous donner l’avantage dans un certain nombre de cas, à l’exemple de ce que nous faisons avec les VAB et les VBL pour l’Armée de Terre française, permettant de prolonger la vie des équipements par un concept d’entretien pour toute la durée de vie de ce matériel, à coût maîtrisé.

La fin des espoirs sur Nexter et l’interdiction de votre maison-mère (Volvo) de faire des alliances avec des sociétés russes ne signent-ils pas de facto le début d’un désengagement prévisible des activités de défense ?

En aucun cas. Les activités de défense ont certes tendance à se stabiliser dans les pays occidentaux, pour des raisons que tous connaissent. Mais elles ont clairement tendance à la hausse dans les autres régions du Monde, aujourd’hui. Il n’est donc pas question d’oublier notre cœur de métier qui reste la Défense. En revanche, et c’est peut-être le sens de votre question, le domaine de la sécurité est une opportunité de développement qu’il convient de saisir, car il est très proche de nos activités traditionnelles. La sécurité a de beaux jours devant elle avec le changement de centre de gravité, dans beaucoup de pays, des dépenses de Défense en direction des dépenses de Sécurité. Au gré de l’évolution politique de nombreux pays vers la démocratie, les effectifs et les missions des forces armées ont tendance à baisser, au profit des effectifs et des missions des forces de sécurité. La consolidation des budgets de ces forces doit donc être mise à profit pour gagner des parts de marché dans ce «nouveau» domaine.

Envisagez-vous des diversifications en dehors de vos activités traditionnelles ?

La diversification réclame beaucoup de moyens financiers et humains, et personne ne nous attend sur d’autres secteurs d’activités…

Comment se portent donc vos marchés à l’export ?

Ils ont vocation à s’accroître ! Nous faisons face à une concurrence serrée, en particulier de la part des pays émergents dont le coût du travail est nettement inférieur au nôtre, avec la cohorte de questions que cela pose en termes de droit du travail ou de respect des droits de l’homme. Donc nous n’avons d’autre choix que de travailler dans les directions suivantes : innovation et rationalisation des coûts, montée en gamme et haut niveau d’intégration système. C’est ce que nous faisons lorsque, comme cette année, nous nous obligeons à des restructurations drastiques et à des coupes claires dans les budgets. La géopolitique ne nous est pas toujours favorable, comme vous l’avez suggéré dans une de vos questions précédentes, en raison de crises difficilement prévisibles. Néanmoins, de très nombreux prospects et de très nombreux projets sont en cours de traitement, et je reste optimiste dans la tourmente actuelle.

Vous venez d’être élu à la Présidence du GICAT. C’est un honneur que vous rendent les acteurs du marché avec cette nomination. Quelles sont vos ambitions pour le GICAT dans les deux ans ?

C’est en effet un grand honneur pour moi que ce choix de mes pairs pour présider le GICAT. Je vois deux actions majeures à conduire pour répondre à la situation actuelle. D’une part je veux trouver tous les moyens possibles pour que les entreprises du secteur de la Défense terrestre, notamment les PME, puissent trouver à l’export les débouchés qu’ils ne trouvent plus sur le marché français de la Défense, dont les budgets sont en diminution. D’autre part il faut que nous trouvions un équilibre entre Défense et Sécurité, autant dans les structures de gouvernance interne du GICAT que pour les actions vers les instances décisionnelles nationales et internationales. Nous devons nous positionner aujourd’hui en tirant parti du succès croissant d’Eurosatory, qui reste le premier salon de Défense terrestre du monde.

* RTD : http://www.renault-trucks-defense.com

** VAB Mk3: basé sur le concept du VAB, c’est un modèle de 20 tonnes blindé en version 6x6, comme ses prédécesseurs, avec des capacités améliorées en matière de vitesse, de mobilité, de protection, d’habitabilité.

***MIDS : véhicule de maintien de l’ordre http://www.renault-trucks-defense.com/Securite/MIDS

 Stefano Chmielewski, Président de Renault Trucks Defense (Groupe Volvo)

Stefano Chmielewski, Président de Renault Trucks Defense (Groupe Volvo)

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Thales et l'Etat freinent DCNS dans son développement en Inde

Publié le par Felli Bernard

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 12:35

Thales et l'Etat freinent DCNS dans son développement en Inde

Le sous-marin Scorpène, l'un des grands succès à l'export de DCNS en Inde - photo DCNS

03/09/2014 Michel Cabirol - LaTribune.fr

Thales et l'Agence de participations de l'Etat (APE) ont retoqué un projet de prise de participation du groupe naval dans le chantier naval indien Pipavav.

Copie à refaire pour DCNS. Un projet de participation dans le chantier naval indien Pipavav du groupe français a été retoqué au début de l'été par ses deux actionnaires, Thales et l'Agence des Participations de l'Etat (APE), selon des sources concordantes. Un peu avant son départ en juillet, l'ancien PDG du groupe Patrick Boissier a reçu un veto de ses deux actionnaires pour ce projet évalué par DCNS à 50 millions de dollars pour monter dans le capital de Pipavav, basé dans l'état du Gujarat, fief du Premier ministre indien, Narendra Modi.

Pourquoi un tel refus ? Projet mal ficelé, explique-t-on à La Tribune. "Prendre un ticket dans Pipavav pour voir, c'est comme jouer 50 millions de dollars à la loterie", précise-t-on. Du coup, c'est au nouveau patron de DCNS, Hervé Guillou, de reprendre le dossier à zéro, qui n'est pas mort, et de trouver les arguments afin de convaincre Thales et l'APE du bien fondé de cette opération pour DCNS, selon plusieurs sources. "Le projet est toujours vivant", confirme-t-on chez le groupe naval. Hervé Guillou pourrait d'ailleurs aller en Inde prochainement en vue de discuter avec le patron de Pipavav. Il devra notamment se forger la conviction que le gouvernement indien peut passer des contrats avec des chantiers privés comme Pipavav.

Déjà partenaires

DCNS et Pipavav avaient conclu en juin 2012, un partenariat stratégique. L'objectif du groupe naval, à travers ce partenariat, est de proposer à la Marine et aux garde-côtes indiens le meilleur niveau d'expertise et de process de réalisation, adaptés à la mise sur le marché de navires toujours plus performants et à la pointe de la technologie. DCNS avait expliqué qu'il effectuera les transferts de technologies nécessaires pour répondre aux besoins de sécurité nationale de l'Inde. Pour autant, Pipavav a également des alliances avec SAAB AB (Suède), Babcock (Grande-Bretagne), Rosoboronexport (Russie), Northrop Grumman et Textron (Etats-Unis) ainsi que Sagem (groupe Safran).

Ce partenariat entre DCNS et Pipavav doit contribuer au développement de la fabrication locale de matériel de défense. Car DCNS a en projet de fabriquer en partenariat avec Pipavav pour le compte de la marine indienne des portes-hélicoptères (BPC) de type Mistral. L'Inde en voudrait quatre (4 milliards de dollars). Par ailleurs, Pipavav a une société commune (joint-venture) avec Mazagon Dock Limited (MDL), le partenaire de DCNS pour la fabrication à Mumbai de six sous-marins Scorpène pour la marine indienne (projet P75), dont le premier doit être désormais livré en septembre 2016. Un projet considéré comme très important pour l'Inde et la marine.

Vers de nouvelles commandes de sous-marins

DCNS et MDL, qui maîtrise désormais la construction de sous-marins, lorgnent sur de nouvelles commandes de l'Inde qui pourraient fournir de la charge de travail au-delà de 2018, date de livraison du dernier Scorpène. D'autant que l'Inde a besoin très rapidement de nouveaux sous-marins face à la puissance navale de Pékin. New Delhi souhaiterait disposer de 24 nouveaux sous-marins modernes à l'horizon 2030, dont 18 encore à commander (24 milliards de dollars). C'est dans ce contexte géopolitique que les deux partenaires ont proposé à New Delhi de fournir à la marine indienne deux nouveaux sous-marins Scorpène dans le cadre d'une procédure d'urgence (« fast track »). Ces deux nouveaux navires seraient assemblés en un temps record à Cherbourg mais DCNS achèterait les deux coques à MDL.

Ensuite, il a été convenu en 2005 lors de la signature du contrat P-75 qu'il y ait un "repeat order", une clause équivalente à des options pour la fourniture de trois à six sous-marins supplémentaires fabriqués par MDL. Ce qui fournirait au chantier naval indien une charge de travail pour une quinzaine d'années supplémentaires après 2018. Enfin, l'Inde est sur le point de lancer un nouvel appel d'offre international (P-75 I) pour l'acquisition de six sous-marins supplémentaires après une décision du conseil d'acquisition du ministère de la Défense. Quatre sous-marins seront construits par deux chantiers navals indiens - MDL (3 sous-marins) et Hindustan Shipyard Limited (1) contre initialement six fabriqués en Inde - sur la base d'un nouveau transfert de technologies et les deux autres par le chantier naval étranger sélectionné. Pipavav ?

Ouverture accrue du capital des groupes de défense indiens

L'Inde a entériné début août l'ouverture accrue des entreprises de défense et de transport ferroviaire aux investisseurs étrangers pour pallier son fort déficit d'investissements dans ses équipements et infrastructures. Le gouvernement du nationaliste hindou Narendra Modi, qui a promis de relancer l'économie, a décidé d'autoriser les investissements étrangers dans les projets ferroviaires sans plafond de participation.

Le secteur de la défense en Inde, premier importateur d'armes au monde, est également concerné mais les investissements directs étrangers ne pourront excéder plus de 49 % d'un partenariat industriel ou capitalistique. Narendra Modi veut libéraliser le complexe militaro-industriel indien en favorisant les investissements étrangers, qui jusqu'à présent ne pouvaient dépasser 24 %, à travers des joint-ventures, et privatiser certains groupes étatiques. Ces annonces semblent avoir dopé la valorisation des entreprises de défense indiennes.

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Le sous-marin Scorpène, l'un des grands succès à l'export de DCNS en Inde - photo DCNS

Le sous-marin Scorpène, l'un des grands succès à l'export de DCNS en Inde - photo DCNS

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