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Incertitude politique en Irak post-Daech

Publié le par Felli Bernard

Incertitude politique en Irak post-Daech


Par Andrew Korybko et Hamsa Haddad – Le 9 janvier 2017 – Source Oriental Review

Le futur politique de l’Irak est encore incertain à cause de l’approfondissement des divisions du pays entre ses différentes composantes chiite, sunnite et kurde, qui ont été exacerbées par Daesh au cours des dernières années. Certes, l’Irak est depuis 2003 miné par des violences communautaires, mais jamais auparavant ces trois communautés n’ont été aussi éloignées l’une de l’autre. Jusqu’à présent, aucune n’avait de base sérieuse pour proclamer sa quasi-indépendance, à part bien sur les Kurdes, mais même Erbil (capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, appelée Hewlêr en kurde, NdT) ne pouvait espérer proclamer son indépendance tant que l’armée irakienne projetait une image de puissance dans tout le pays.

Cependant, il s’agissait exactement de cela, une simple image de puissance, comme en atteste la rapidité avec laquelle l’armée irakienne a reculé devant l’offensive de Daech à l’été 2014. La situation actuelle de dramatiques divisions communautaires en Irak est directement liée à cette période au cours de laquelle le soi-disant État irakien unifié a cessé d’opérer dès lors que son pouvoir s’est retrouvé confiné à la seule ville de Bagdad, et encore pas dans tous les quartiers.

L’actuelle campagne de libération de la ville de Mossoul progresse au ralenti, une situation qui peut être attribuée à la dangereuse méfiance mutuelle que se portent toutes les factions « alliées », ainsi qu’à l’effort des États-Unis d’exacerber cette méfiance mutuelle afin de mieux « diviser pour régner » sur ce qui est de facto son ancienne colonie irakienne. De plus, l’intrusion de deux autres puissances étrangères, en plus des États-Unis, de la Turquie et de l’Iran, a transformé l’Irak en une zone de conflits par procuration, à l’instar de la Syrie et de l’Afghanistan.

Pour simplifier, la Turquie soutient le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak [abrégé en GRK, NdT] à cause des liens étroits avec Ankara cultivés depuis des années par son dirigeant Massoud Barzani, tandis que l’Iran soutient les milices chiites, et les États-Unis l’armée régulière irakienne et quelques tribus sunnites triées sur le volet. Même s’il existe des rapports faisant état de tensions entre les Kurdes et les chiites (et plus généralement on pourrait dire entre la Turquie et l’Iran par le biais de leurs alliés sur le terrain en Irak), le détonateur d’une guerre civile potentielle en Irak se situe entre les sunnites et chacun des deux autres groupes.

De plus, le pouvoir à Bagdad, quelle que soit la faction ethnico-religieuse qui le domine à un moment donné, est réticent à décentraliser l’État plus qu’il ne l’est déjà, ce qui signifie que le pouvoir à Bagdad résistera à toute tentative de développement d’un fédéralisme identitaire dans un environnement politique débarrassé de Daech, même s’il est difficile d’affirmer qu’il risquerait une guerre civile sur cette question.

Ceci nous amène à analyser l’éventualité d’une nouvelle période de violences communautaires après que l’Irak soit nettoyée de l’engeance que représente Daech. Ni l’Iran ni la Turquie ne veulent voir leur voisin commun plongé dans une guerre sans fin, même s’ils ont tous les deux des intérêts à protéger au sein même du territoire irakien. Toutefois, étant donné la nouvelle lune de miel dans laquelle convolent Téhéran et Ankara depuis l’échec du coup d’État fomenté par les États-Unis contre Erdogan, il est peu probable qu’ils se risquent unilatéralement à des manœuvres dangereuses qui pourraient être interprétées par l’autre partie comme susceptibles de déclencher une guerre civile. Ainsi, il est probable que ces deux puissances moyen-orientales soutiennent une initiative tendant à faire de l’Irak un État fédéral, avec la création légale de trois micro-États indépendants de fait les uns des autres, basés sur les trois communautés identitaires qui peuplent l’Irak aujourd’hui.

Pour être honnête, la minorité sunnite pro-américaine est aussi, d’une certaine façon, en faveur d’une telle solution, et a milité auparavant en ce sens. Le problème, tel que cette minorité le perçoit, est que les régions kurde et chiite de cet Irak fédéral contiennent la majorité des réserves pétrolières du pays et concentrent la majeure partie de l’activité économique du pays. Cela signifie que la partie sunnite de cet arrangement territorial serait la plus pauvre et sous-développée, ce qui ne manquerait pas de devenir un terreau fertile pour la propagation d’idéologies radicales, et la prolongation de sympathies pour Daesh. Même si la partie sunnite du pays parvenait à obtenir un partage des revenus pétroliers de la part des deux autres entités, ce qui est hautement improbable, cela ne constituerait aucunement un palliatif à ses lacunes économiques et idéologiques. Ainsi, quelle que soit la constitution de l’Irak post-Daech, de nature fédérale ou autre, il apparaît que la partie sunnite du pays restera la plus potentiellement belligène et sujette à des influences et provocations extérieures, ce qui semble expliquer pourquoi cette solution a la faveur des États-Unis.

Washington a compris que cette communauté sunnite peut constituer une plate-forme fiable pour la déstabilisation du champ de bataille interconnecté qu’est devenu le Syrak (Syrie et Irak). Même si les Kurdes peuvent fort bien remplir la même fonction stratégique, et ils le font déjà à l’heure actuelle du fait de leurs liens étroits avec les États-Unis et Israël, il y a de fortes chances que le concert tripartite des grandes puissances que forment la Russie, l’Iran et la Turquie réussirait à neutraliser, ou tout du moins à diluer cette menace stratégique.

À l’opposé, il est moins sûr qu’ils y parviendraient de la même manière avec les communautés transnationales et ultra-traditionnelles sunnites qui peuplent les zones rurales du Syrak : en effet, la diffusion d’images de la neutralisation des minorités sunnites serait extrêmement dommageable et pourrait provoquer des tensions régionales, sans parler d’un possible éclatement de cette tripartite russo-irano-turque naissante, si la majorité sunnite venait à être isolée [par les États-Unis et Israël, NdT] d’une Turquie musulmane influencée par les Frères musulmans.

Dans un avenir proche, le rapport de force en Irak post-Daech, qui dépend largement de la campagne actuelle de libération de Mossoul, nous donnera une indication claire de la direction politique que prendra l’Irak. La possibilité d’un conflit ethnique précédant ou suivant immédiatement la fin de cette campagne militaire est très élevée, et les États-Unis et leurs alliés du Golfe pourraient très bien créer les conditions pour la réalisation de ce scénario, afin de mieux pouvoir diviser pour régner dans la région du Syrak, tout en créant des difficultés nouvelles pour la Turquie et l’Iran.

Le scénario idéal verrait un Irak revenir à sa structure politique antérieure, à savoir un État reposant sur des tensions communautaires mais « unifié ». Cela semble toutefois impossible, ce qui signifie qu’il est bien plus probable qu’un fédéralisme identitaire soit largement instauré dans le futur. Cela amènera son lot de difficultés, à savoir sur la réorganisation territoriale du pays, en particulier au sujet des revendications kurdes sur la région de Kirkouk. Il faut anticiper d’autres problèmes au sujet du partage des revenus pétroliers, de l’organisation des forces armées de chaque micro-État, de la division de Bagdad, et de l’autorité hypothétique que détiendront le gouvernement central et ses différents corps (militaire, fiscal, diplomatique, etc.) sur chacune des trois entités.


Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence de presse Sputnik. Hamsa Haddad est un chercheur syrien basé à Moscou.

Article original paru sur New Eastern Outlook

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Vengeance et pétrole : « La guerre en Irak était la solution pour éviter d’instaurer une démocratie »,

Publié le par Felli Bernard

Subhi Toma est spécialiste du Moyen-Orient. Ancien opposant au régime baasiste, il a milité au sein de nombreux comités anti-guerre en Irak, en France et en Europe.

Source : Subhi Toma, 30-12-2016

Un employé d'un site pétrolier essaie d'éteindre l'incendie lancé par des combattants de Daesh d'un champs pétrolier à Qayyara, au sud de Mossoul. © Goran Tomasevic Source: Reuters

Un employé d’un site pétrolier essaie d’éteindre l’incendie lancé par des combattants de Daesh d’un champs pétrolier à Qayyara, au sud de Mossoul.
© Goran Tomasevic Source: Reuters

Dix ans après l’exécution de Saddam Hussein, l’expert en géopolitique et ancien opposant au régime baas, Subhi Toma, revient sur l’invasion américaine motivée par le pétrole et le désir de revanche et dont les conséquences semblent interminables.

 Vous étiez militant irakien de gauche et un opposant à Saddam Hussein. Vous avez été emprisonné à ce titre. Plus tard, après votre arrivée en France, vous vous êtes néanmoins mis à militer contre les embargos et contre l’intervention américaine en Irak. Que représentait Saddam Hussein pour vous?

Subhi Toma (S. T.) : Je me suis engagé contre l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas dès le premier jour. Je m’y opposais car Saddam Hussein s’appuyait sur les forces armées pour régler les problèmes politiques. Saddam Hussein était d’ailleurs assez connu en Irak pour être quelqu’un de violent qui n’hésitait pas à recourir à la force. Nous étions dans les années 1968 et ma génération avait d’autres aspirations pour l’Irak. On souhaitait sortir de l’infernal cycle de coups d’Etat qui propageait une violence aveugle dans le pays. Nous avons alors organisé des grèves dans le milieu universitaire et syndical pour nous opposer à lui. C’est dans ce contexte que j’ai été emprisonné un an dans la prison célèbre à l’époque qu’on appelait le «palais de la fin» et où beaucoup de militants sont morts. Après ma libération, j’ai quitté l’Irak où je ne pouvais plus étudier ou avoir d’activité professionnelle. Je suis alors arrivé à Paris et je me suis occupé de l’association des étudiants irakiens de l’opposition en France. J’ai failli être arrêté dans l’ambassade irakienne en France. Ils ont fini par m’enlever mon passeport. Je n’avais plus la possibilité d’aller en Irak. En 1991, lorsque l’Irak a envahi le Koweït, j’ai commencé à militer contre l’embargo total décidé par la résolution de l’ONU. Je me suis senti concerné car je savais que cette décision allait surtout toucher les catégories d’Irakiens les plus fragiles : les pauvres, les enfants, les vieillards… J’ai voulu essayer de sensibiliser le monde au sort de cette population avec l’association «La coordination pour la levée de l’embargo imposé à l’Irak».

Je considérais que ce choix de renverser Saddam Hussein ou non devait revenir aux Irakiens eux-mêmes.

Durant plusieurs années, cette association a joué un rôle important auprès de la communauté internationale et m’a permis de me rendre en Irak dans le cadre d’une délégation européenne pour l’évaluation des besoins de populations souffrant de l’embargo. Lors de cette visite, les autorités irakiennes se sont montrées plutôt intéressées par notre action, même s’il s’agissait de personnes de l’opposition comme moi. Mais, à mes yeux, tout cela n’avait rien à voir avec le destin de Saddam Hussein, ni avec sa survie ou sa chute. Ce qui comptait pour moi, c’était le peuple irakien. Or, il n’a plus eu de pouvoir sur le sort de Saddam Hussein à la seconde où la communauté internationale et les pays les plus puissants du monde ont déclenché la guerre. Saddam Hussein ne pouvait plus être renversé par quelqu’un d’autre que ces grandes puissances. En tant qu’Irakien, je considérais que ce choix devait revenir aux citoyens eux-mêmes.

Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu’il était la raison qui avait empêché la réélection de son père

Etait-ce aussi pour vous une erreur que de renverser le régime de Saddam Hussein ? Quelle solution aurait-été préférable ? 

S. T. : Tous ceux qui ont participé à la guerre, en partant des responsables américains et britanniques, considèrent aujourd’hui qu’ils ont commis une erreur fatale en la déclenchant. Tony Blair a été contraint de présenter ses excuses au peuple irakien. Même s’il défend ce qu’il a fait, il a reconnu que cette guerre mal préparée a eu pour résultat de propager le terrorisme à l’échelle planétaire. L’ex-secrétaire de la Défense américain et l’ex-responsable de la CIA le reconnaissent aussi. De mon côté, je m’y suis opposé immédiatement par le biais de comités anti-guerre et du collectif d’intellectuels européens et américains «Pas en notre nom». Là aussi notre propos n’était pas de savoir s’il fallait faire avec ou sans Saddam Hussein, mais de dire que leur guerre entraînerait l’apparition d’un chaos généralisé. Pourquoi ont-ils été aussi pressés de faire cette guerre ? De renverser Saddam Hussein ? Ils étaient aveuglés par d’autres motivations. Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu’il était la raison qui avait empêché la réélection de son père à la présidence. Il a donc tout fait pour aller punir l’Irak.

C’est une parfaite imbécillité que de s’imaginer qu’on peut par la violence, en tuant un peuple signer des contrats pétroliers

Il y avait aussi des considérations économiques et géostratégiques : la possibilité de maîtriser 80% de la production du pétrole du Moyen-Orient. Cette mainmise était vitale pour la communauté internationale. Le complexe militaro-industriel américain était intéressé par le résultat de la guerre et les perspectives de nouveaux contrats de construction et d’armement dans un pays totalement détruit. Cela s’est vu dès la première année de guerre lorsque le contrôle des concessions d’exploitation des gisements de pétrole a été placé sous la tutelle des grands groupes pétroliers américains, retirant au peuple irakien la maîtrise de cette richesse. Si la communauté internationale avait été sincère et fidèle à ses valeurs, elle aurait dû utiliser d’autres moyens. Elle aurait dû aider les véritables démocrates irakiens pour qu’ils soient eux-même capables de changer leur gouvernement. Mais ils ont choisi cette solution pour éviter d’instaurer une démocratie en Irak. Selon moi, le pétrole et la démocratie sont incompatibles. On ne peut pas gérer l’exploitation de pétrole de manière parfaitement démocratique et transparente. Leur objectif était motivé par de la pure vengeance contre Saddam Hussein et l’envie de s’accaparer la richesse du pays. Ils étaient convaincus que c’était la seule solution. Pour moi, c’est une parfaite imbécillité que de s’imaginer qu’on peut par la violence et en tuant un peuple signer des contrats pétroliers. En démantelant l’Etat irakien, ils ont menacé non seulement le peuple irakien, mais aussi le peuple européen, car de cette guerre a résulté une grande partie des tragédies que l’Europe a connues.

C’est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens

Treize ans après l’intervention américaine, dix ans après la mort de Saddam Hussein, l’Irak est toujours dans une situation chaotique. Vous qui êtes originaire de Mossoul, vous connaissez les dégâts de Daesh dans cette ville. Que faut-il faire pour sortir de cette crise à la fois politique et confessionnelle ? 

S. T. : Personne n’avait préparé la suite. Personne ne la prépare aujourd’hui. Après la guerre, lorsqu’on était amené à réfléchir sur le destin de l’Irak, je pensais que pour trouver une issue plus pacifiée à l’Irak, la communauté internationale allait prendre ses responsabilités. Il incombait au Conseil de sécurité et à l’ONU, avec des intentions sincères, d’organiser les discussions et pourparlers autour du processus démocratique de sortie de crise. Il fallait mettre en place un projet de reconstruction du pays en compagnie de l’ensemble des factions et communautés du pays. Les Américains n’ont pas voulu de cette solution et ont choisi de nommer une sorte de «proconsul de l’empire» Paul Bremer. C’est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens. Le résultat a donné cette guerre confessionnelle que l’on connait encore aujourd’hui.

Les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh

Mossoul est symptomatique de ce choix de ne rien préparer. Aujourd’hui, les responsables américains déclarent que la lutte contre Daesh à Mossoul prendra six mois, voire peut-être 24, parce qu’ils n’étaient pas assez préparés, n’avaient pas pris en compte l’après libération de Mossoul. Ils n’ont toujours rien prévu pour le destin de cette ville à la fin de l’offensive. Tout cela nous indique quand même que les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh. Daesh est devenu un instrument supplémentaire de manipulation et de domination de la région. On peut utiliser Daesh contre ses voisins. Les terroristes étaient indispensables à leur arrivée à Mossoul car les Etats-Unis négociaient fermement avec l’Iran leur accord sur le nucléaire. Daesh pouvait être une menace éventuelle contre Téhéran. C’est devenu un instrument comme un autre dans la guerre politique américaine. Il faudra voir maintenant ce que fera Donald Trump. Il a promis lors de sa campagne qu’il mettrait en place un plan de libération de Mossoul et Raqqa dès le premier mois de son mandat. Attendons de voir cela.

Le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix

Etes-vous optimiste pour l’avenir de votre pays ?

S. T. : Malheureusement non. Ce qui est certain c’est que la coalition internationale arrivera à chasser Daesh. Mais depuis treize ans, le tissu social a été tellement abimé et l’Etat totalement démantelé. Je ne vois pas dans leur plan comment les problèmes des différentes communautés et minorités vont être réglés. Ce que le peuple yézidi a subi, ce que les petites communautés ont vécu ne sera pas oublié. Tous les groupes religieux ne pourront pas être appelés à revivre ensemble en un instant à la seconde où Daesh sera chassé. Il reste des questions importantes à régler : quel sera l’avenir des Kurdes ? Que deviendront les communautés qui ont été chassées de leurs terres ? Je ne suis pas très optimiste. Si leur projet s’avère être celui de la partition de l’Irak en trois ou quatre états – un Etat kurde, un sunnite, un chiite – la situation s’aggravera. Cela pourrait déclencher des conflits supplémentaires avec les pays voisins. Je pense que le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix.

Source : Subhi Toma, 30-12-2016

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MOSSOUL, PAS DE MASSACRE ? (L’Imprécateur)

Publié le par Felli Bernard

MOSSOUL, PAS DE MASSACRE ?
(L’Imprécateur)

C’est affreux ! À Alep, c’est le gouvernement légal de Syrie qui va gagner… “Un gouvernement légal” ? Vous savez, c’est cette chose admirable parce qu’assez rare dont le ministre des Affaires Étrangères, Jean-Marc Ayrault, disait récemment que « la France respecte toujours le gouvernement légal d’un pays ».

La presse arabe parle tous les jours de “massacres à Mossoul” quand Le Figaro titre « Les forces irakiennes décimées à Mossoul ». D’un côté, les Arabes apprécient modérément que se soient des Sunnites qui soient très majoritairement tués à Mossoul, de l’autre que ce soit les soldats des forces alliées contre Daesh qui le soient. Tous des menteurs, certainement, tout le monde sait que les massacres se passent à Alep, et à Alep uniquement. À Palmyre peut-être, que vient de reprendre l’État Islamique aux cris de « Daech baqyia ! » (l’État Islamique demeurera !) ? − Non, pas de massacres à Palmyre non plus, donc on n’en parle pas. Il n’y a que l’armée légale et légitime du gouvernement syrien et ses alliés bombardiers russes qui commettent des massacres, bombardent exprès les écoles et les hôpitaux, achèvent les djihadistes prisonniers, malmènent les populations qui fuient les combats. Et cela à Alep uniquement.

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Grâce à Assad, il y avait, il y a encore des Chrétiens à Alep. La nomenklatura internationale américaine et française n’aiment pas ça.

Et Mossoul ? C’est où ça, Mossoul ? En Irak ? − Ah oui… Bon, d’accord, il y a eu quelques bombardements américano-franco-danois ratés, mais d’autres réussis, comme tous les ponts de ville détruits, isolant les quartiers.

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À Mossoul nous bombardons avec des confettis : pas de massacres de civils.

Ouaiiis, ils ont détruit aussi des écoles et des hôpitaux, OK ! OK, nos alliés irakiens, kurdes, et les milices chiites, qui eux sont au sol, commettent quelques bavures, égorgent un peu, violent a minima, mitraillent, mais attention, avec des armes légères, les civils sur lesquels ils ont un doute. Ce n’est rien, des menues exceptions qui confirment la règle : à Mossoul, tout se passe bien, la coalition americano-franco-germano-belgo-iraqo- saoudi-san_marino-monégasque, etc., progresse et se comporte magnifiquement. Pas une goutte de sang n’est versée inutilement !

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Soyons honnêtes. À Mossoul comme à Alep, ce sont les djihadistes sunnites qui versent le plus de sang et rivalisent de cruauté. Daily Daesh, un site local qui réalise des revues de presse, raconte comment « Les terroristes apparaissent dans les quartiers de la ville vêtus avec les uniformes de soldats irakiens pour piéger les civils et les faire sortir dans la rue. Ils sont alors arrêtés et exécutés par la suite » et comment « la reprise de Mossoul par l’armée irakienne s’accompagne de violents massacres perpétrés par les djihadistes, en guise de représailles. »

mossoul-1Photo Daily Daesh

Et il y a les civils qui servent de boucliers humains sur lesquels ni les soldats irakiens et pershmergas, ni les milices chiites issues de tribus locales, n’hésitent à tirer. Comment feraient-ils autrement quand « Plus on approche du cœur de la ville, plus les djihadistes sont mêlés à la population… les kamikazes très difficiles à discriminer jaillissent en quelques secondes » (Le Figaro 04/12). Dès qu’ils aperçoivent le suspect, les soldats irakiens essaient de le stopper, mais pas comme Lucky Luke ou James Bond, pas d’une seule balle bien ajustée, ils rafalent au fusil d’assaut. Et ils ne toucheraient que le kamikaze et pas le groupe de civils d’où il jaillit ? De même, les éclats des 6 à 700 voitures et camions piégés (source Washington Post) qui ont explosé dans la ville et ses alentours n’auraient touché que des militaires irakiens ?

Les victimes militaires sont nombreuses à Mossoul, plus de 2.000 soldats irakiens, quelques centaines de peshmergas et miliciens (le nombre est incertain) et plus de 2.000 daeshis aussi. Combien de civils ? 926 en novembre selon une agence de l’ONU incroyablement précise alors qu’il n’y a pas presque pas d’observateurs sur place. En réalité, disent les Arabes, presse et ONG, probablement dix à vingt fois plus.

C’est bien d’un massacre dont il est s’agit à Mossoul.

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Irakiens au Sud, Kurdes au Nord-Est, Daesh à l’Ouest.

Il faut dire que les choses sont compliquées et n’ont pas grand-chose à voir avec une guerre classique “à l’européenne”. Il s’agit à Mossoul, comme à Alep, d’un mélange à la fois sophistiqué et primitif, de guerre urbaine et de méthodes terroristes. Dans les deux cas les civils y sont étroitement mêlés et il est malhonnête de prétendre qu’à Alep les tirs des méchants soldats de l’armée régulière syrienne et les vilains bombardements russes qui tuent des civils sont des crimes contre l’humanité, mais qu’à Mossoul les tirs de la gentille armée régulière irakienne, des peshmergas et des milices, et les doux bombardements américano-franco-machins ne tueraient que les méchants renégats de l’islam que seraient les troupes de Daesh.

Il est tout aussi malhonnête d’occulter le fait que Mossoul était une ville majoritairement sunnite, d’où la colère de nombreux Arabes qui voient leurs frères massacrés par des attaquants mécréants et chiites. Alep était une ville où l’État légal syrien avait, jusqu’à la prise de la ville par nos alliés d’Al_Qaïda et autres sectes islamo-terrorises d’abord qualifiées de modérées, aujourd’hui de rebelles, réussi à maintenir une paix relative entre les communautés religieuses, juifs inclus même s’ils étaient dhimmis. On ne peut pas en dire autant de nos alliés irakiens qui exterminèrent la totalité des juifs de Bagdad sur ordre du président Al Bakr sous pression de l’Arabie Saoudite, ces deux pays étant corresponsables d’un véritable génocide commis de 1949 à 1960, essentiellement par pendaisons de masses de juifs dans les rues. Personne ne nous fera croire que le détachement des forces spéciales irakiennes (ISOF − Iraqi Special Operations Force), la fameuse Division d’Or, et l’Iraqi Counter Terrorism Service (qui déplore 25 % de pertes) sont des tendres dans cette bataille de rues qui se déroule à Mossoul. Ils épargneraient très attentivement les civils, ne tuant que des combattants djihadistes ? On peut toujours rêver.

Parce qu’à Mossoul, l’enjeu est double. Pour le gouvernement irakien, la reconquête de Mossoul ne déterminera pas seulement l’avenir de la ville, la deuxième plus importante d’Irak, capturée par l’État Islamique en juin 2014. Sur le plus long terme, c’est bien celui de l’État irakien en tant que tel qui est en jeu. Ce sont donc des dizaines de milliers de soldats irakiens qui sont aux portes de Mossoul, attendant (c’est eux que son voit dans les reportages sur Mossoul) pour entrer dans la ville et la sécuriser que les tueurs de l’ISOF, de l’ICTS et des milices chiites l’aient nettoyée des terroristes. Et il n’y aurait pas de massacres ?

Pour les Américains et leurs alliés disparates, il s’agit de prouver qu’ils sont au moins aussi forts que les Russes et Assad qui viennent de les ridiculiser en reprenant Alep. Il s’agit de savoir qui contrôlera ensuite les territoires repris à l’État Islamique en Syrie, peut-être en ne laissant à Bachar el Assad que la “Syrie utile”, l’ouest riverain de la Méditerranée, gardant les champs pétrolifères et gaziers des déserts.  Les territoires de Daesh en Irak étant totalement restitués au gouvernement irakien qui est déjà sous contrôle. Il faut s’attendre à des reconfigurations géopolitiques complexes dont les intérêts des différentes ethnies et religions, les Kurdes notamment puisque Erdogan s’y oppose, seront comme d’habitude écartés.

Un vrai patchwork à reconstruire.

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Ce ne sera pas facile à l’issue d’une guerre qui est à la fois civile, internationale, économique, ethnique, médiatique, démographique et religieuse. Chacun de ces critères devra être pris en compte sous peine d’échec. Il n’y a qu’à voir les difficultés rencontrées pour simplement faire sortir d’Alep, à la demande de l’ONU, les civils et nos alliés djihado-terroristes de toutes les bandes armées du coin, dont la principale est Al Nosra filiale d’Al Qaïda. Ceux-là vont aller renforcer les combattants de Daesh encore actifs à Mossoul et l’ONU en portera la responsabilité. Le bons sens serait de les enfermer dans des camps, de les juger pour les atrocités commises sur la population d’Alep et de ne relâcher éventuellement que ceux qui auraient prouvé qu’ils n’en ont commise aucune. Et cela seulement après la prise définitive de Mossoul. Le bon sens…?

Parce qu’au Pentagone, à l’ONU, comme au Parti Socialiste, on ne connaît que les raisonnements binaires : à Alep il y a les bons, la coalition arabo-américano-franco-turco, etc., et les méchants “bombardeurs” : Bachar el Assad, la Russie et l’Iran. À Mossoul c’est l’inverse, ce sont les bons alliés américains qui bombardent les méchants de l’État Islamique qui se défendent avec la même énergie que mirent les Américains à se défendre contre les Mexicains à Fort Alamo, selon la formule bien trouvée du Figaro.

Les Américains sont toujours du coté des bons, c’est un principe établi. Mais N’oublions pas qu’ils n’hésitent jamais à envahir des pays, à renverser, quand ça les arrange, des gouvernements parfaitement légaux, ceux que respecte Ayrault-le-Naïf. À Alamo, les États-Unis tentaient simplement de voler le Texas mexicain à ceux qui le gouvernaient. Rien de bon ni d’humanitaire dans leur vol comme tente de le faire croire la propagande historique américaine. Les spéculateurs américains et les colons yankees convoitaient les immenses terres du Texas et le gouvernement voyait dans son annexion un moyen de maintenir l’équilibre entre États esclavagistes et abolitionnistes.

C’est à la même histoire que nous assistons en Syrie : les États-Unis et l’Arabie Saoudite veulent contrôler le pétrole et le gaz que veulent aussi contrôler les Russes et les Iraniens, ils pensent qu’une Syrie durement islamisée par le Sunnisme salafiste et wahhabite sera plus malléable que la Syrie multi-religieuse et multi-ethnique tenue par le dictateur socialiste et laïc qu’est Bachar el Assad. Ils sont furieux que Bachar et les Russes aient repris Alep aux mains, depuis 2014, des Sunnites salafistes financés par l’Arabie et le Qatar, armés par les États-Unis et la France, il vont tenter de le faire payer cher aux Russes par leurs idiots utiles de l’ONU, la France en tête. Heureusement pour les Russes, les Chinois les soutiennent à l’ONU.

Voyez comme la diplomatie guerrière est une chose complexe *. Fabius était déjà complètement dépassé par ces enjeux, alors que penser d’Ayrault ?

L’Imprécateur

* Et je ne vous parle pas (on n’en sortirait plus) de l’ingérence turque au nord du pays pour contrebalancer l’influence iranienne et celle de ses partenaires locaux (au premier plan desquels les milices chiites) en mettant en selle de nouveaux acteurs sunnites, en majorité originaires de Mossoul. C’est pourquoi Erdogan n’est pas content non plus de l’assaut mené contre Mossoul et bombarde les positions Kurdes qui attaquent Daesh.

 

(L’Imprécateur)

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2011] Bataille nucléaire en Irak

Publié le par Felli Bernard

16
Déc
2016

3 500 victimes civiles à Fallouja en 2004, tuées par les Américains (Wikipedia). Comparez avec la couverture média d’Alep aujourd’hui…

Source : Europe 1 le JDD, Jean-Luc Bertet, 29-10-2011

Les Etats-Unis ont-ils utilisés des armes illicites? Une enquête diffusée lundi renforce les soupçons.

Des enfants qui

Des enfants qui “jouent” à Fallujah. (Reuters)

“Shake and Bake” (secouer et cuire). C’est le nom donné à l’opération militaire de la bataille de Fallujah, ville irakienne dont les Américains peinèrent à prendre le contrôle en novembre 2004. Les combats firent 3 500 victimes civiles. Depuis, les malformations à la naissance se sont multipliées, affectant un bébé sur cinq. Feurat Alani, un journaliste dont les parents sont originaires de la ville, a pu pénétrer dans l’agglomération toujours sous contrôle américain. Dans Les Enfants sacrifiés de Fallujah, il a enquêté pour Spécial Investigation, relevant les témoignages des habitants et des médecins, puis les confrontant avec ceux d’ex-militaires américains ou l’avis d’experts. À l’évidence, les États-Unis ont utilisé des armes prohibées comme le nucléaire, les bombes incendiaires ou thermobariques.

Des vidéos révélatrices

Les vidéos qui permettent de repérer l’usage des bombes à phosphore blanc parlent d’elles-mêmes, avec leur bouquet incandescent qui les font ressembler à un feu d’artifice. Près de 500 cadavres irakiens, desquels il ne restait que les os et les vêtements, ont été retirés des décombres. Ont-ils été victimes de ces armes ou des thermobariques, une nouveauté qui aurait pour double effet d’élever la température et de faire chuter la pression, avec pour conséquence l’implosion des poumons? Seule certitude pour un expert britannique, l’extraordinaire croissance des cas de cancers est bien pire qu’à Hiroshima. Ceux du sang ont été multipliés par 38, ceux du sein par 10 et ceux des enfants par 14. Les manifestations d’irradiations ne font pour lui aucun doute. Un gradé américain, qui souffre de multiples maladies après avoir été en contact avec des cibles détruites par ces armes, affirme que les munitions utilisées à Fallujah comportaient de l’uranium appauvri.

Ce recyclage des déchets de l’atome domestique serait très performant pour percer les blindages les plus épais, et les éclats d’obus auraient un formidable pouvoir de combustion. Vingt et un de ses compagnons de mission sont morts, d’autres militaires sont malades, certains de leurs enfants conçus depuis leur retour d’Irak souffrent de malformations. À Fallujah, les médecins, devant cette épidémie, ne peuvent qu’inciter la population à s’abstenir de procréer.

Irak : les enfants sacrifiés de Fallujah, lundi, 22.45, Canal +

Jean-Luc Bertet – Le Journal du Dimanche

Source : Europe 1 le JDD, Jean-Luc Bertet, 29-10-2011

jdd

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Irak Les enfants sacrifiés de Falluja (Canal +)

Source : Dailymotion, 27/02/2012

“Shake and Bake” (secouer et cuire). C’est le nom donné à l’opération militaire de la bataille de Fallujah, ville irakienne dont les Américains peinèrent à prendre le contrôle en novembre 2004. Les combats firent 3.500 victimes civiles. Depuis, les malformations à la naissance se sont multipliées, affectant un bébé sur cinq. Feurat Alani, un journaliste dont les parents sont originaires de la ville, a pu pénétrer dans l’agglomération toujours sous contrôle américain. Dans Les Enfants sacrifiés de Fallujah, il a enquêté pour Spécial Investigation, relevant les témoignages des habitants et des médecins, puis les confrontant avec ceux d’ex-militaires américains ou l’avis d’experts. À l’évidence, les États-Unis ont utilisé des armes prohibées comme le nucléaire, les bombes incendiaires ou thermobariques.

Source : Dailymotion, 27/02/2012

44 réponses à [2011] Bataille nucléaire en Irak 

Pour lire les 44 réponses ,cliquez sur le lien :http://www.les-crises.fr/2011-bataille-nucleaire-en-irak/

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Trump et le général Flynn s’occupent déjà du problème syrien et irakien

Publié le par Felli Bernard

Trump et le général Flynn s’occupent déjà du problème syrien et irakien


Le 23 novembre 2016 –Syrie

Contrairement à la plupart des présidents américains élus, Donald Trump n’attend pas d’être officiellement assermenté le 20 janvier. Les sources exclusives de Debka file à Washington et dans l’armée nous ont révélé qu’il s’est déjà investi, sans le dire, dans le contrôle du rôle de l’armée américaine dans les conflits syrien et irakien. Son conseiller en sécurité nationale, le lieutenant-général Michael Flynn, s’est secrètement mis en contact étroit avec le chef du Conseil de sécurité russe, Nikolai Patrouchev, ainsi qu’avec le président Tayyip Erdogan de Turquie et le roi Abdullah de Jordanie. Leurs discussions secrètes préparent le terrain pour une attaque conjointe sur les bastions d’État islamique en Irak et en Syrie, peu de temps après que Trump se sera installé à la Maison Blanche. Leur plan d’opération impliquerait également les armées régulières turque, jordanienne, irakienne et des pays du golfe Persique.

 

Le rôle d’Israël dans ces négociations secrètes a commencé à apparaître avec les nouvelles dispositions à la frontière du Golan, déjà annoncées par Debka file le 21 novembre :

Israël, la Jordanie et la Syrie ont engagé des discussions secrètes pour la stabilisation de leurs frontières dans le sud de la Syrie en rétablissant le statu quo antérieur qui régnait dans le Golan avant que la guerre civile syrienne ne débute, en 2011.

Cette information est rapportée exclusivement par Debka file grâce à nos sources dans le monde du renseignement, à Washington et Moscou.

La future administration de Trump à Washington et le président russe Vladimir Poutine sont de la partie, de même que le dirigeant des Émirats arabes unis, le Sheikh Mohamed Bin Sayed Al Nahyan.

Bien qu’étant encore à leur stade préliminaire, les négociations ont produit un premier résultat tangible : une avant-garde de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (la FNUOD) s’est installée du côté syrien du Golan. Elle a pris position dans son ancien camp de base de Fawwar, à 4 km à l’est de Quneitra, qu’elle avait évacué pendant les combats en Syrie. Le corps principal de la force, soit environ 1 000 soldats des Nations Unies et 70 observateurs, devrait reprendre la tâche de reconstituer l’ancienne zone démilitarisée qui séparait Israël et la Syrie en vertu de l’accord d’armistice de 1974.

Cette zone démilitarisée s’étend sur 80 km le long de la chaîne Hermon, jusqu’à la frontière libanaise au nord et jusqu’au triangle israélo-syro-jordanien au sud de la Syrie, puis jusqu’à la frontière jordanienne. Dans cette zone du Golan, longue de 25 km et ayant de 500 mètres à 10 kilomètres de profondeur, les forces israéliennes et l’armée syrienne étaient limitées quant au nombre de soldats et au type d’armes qu’elles étaient autorisées à utiliser. Cette bande de terre retournera à l’administration civile syrienne sous le contrôle de la FNUOD et le point de passage frontalier israélo-syrien sera rouvert dans la zone de Quneitra, sous la supervision conjointe d’officiers de l’ONU, d’Israéliens et de Syriens.

Les accords militaires sont toujours en discussion et des changements peuvent y être introduits.

Le principal obstacle au retour des conditions datant d’avant la guerre syrienne dans cette région frontalière sensible est la présence de forces rebelles syriennes radicales dans le sud de la Syrie, principalement l’armée Khalid bin Walid dont les dirigeants ont prêté serment au commandant d’État islamique Abu Bakr al-Baghdadi.

Ces forces rebelles feront face au choix d’accepter l’autorité de l’armée syrienne ou de mener une ultime bataille.

Israël a un intérêt supplémentaire et impérieux à rétablir la zone de désengagement avec la Syrie dans la mesure où cela ne laisse aucune excuse à une force militaire pour s’installer face au Golan israélien et à la Galilée, comme ce fut le cas ces derniers mois, par l’Iran et son proxy libanais, le Hezbollah, afin d’ouvrir un nouveau front permettant de mener des attaques terroristes contre Israël – comme DEBKA file a été le premier à le révéler.

Un indice indirect au sujet de ces négociations diplomatiques secrètes en cours est venu du président syrien Bachar el-Assad dans une interview qu’il a donnée le 16 novembre à une station de radio portugaise, quand il a dit : «Si – je dis bien si – Trump combat les terroristes, il est clair que nous allons devenir un allié naturel, ensemble avec les Russes, les Iraniens et de nombreux autres pays désirant vaincre les terroristes.»

Les parties ayant des degrés divers de participation à la restauration de la zone démilitarisée contrôlée par l’ONU sur la frontière du Golan sont donc la future administration Trump, Moscou, Damas, Amman, Abou Dhabi et Jérusalem. La Russie, la Jordanie et les Émirats ont, pour la première fois, gagné en importance politique dans la région en raison des changements dans l’équilibre stratégique engendré par la guerre syrienne.

Debka File

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«Le temps de la victoire est venu» : l’Irak lance une opération pour reprendre Mossoul à Daesh

Publié le par Felli Bernard

«Le temps de la victoire est venu» : l’Irak lance une opération pour reprendre Mossoul à Daesh

© Azad Lashkari Source: Reuters

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé le début de l’opération militaire à Mossoul, principal bastion de l'organisation terroriste en Irak, et où se trouvent plus de 1,5 million d'habitants.

 

«J'annonce aujourd'hui le début de victorieuses opérations pour vous libérer de la violence et du terrorisme de Daesh. […] Le temps de la victoire est venu et les opérations pour libérer Mossoul ont commencé», a déclaré le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, dans une allocution à la télévision irakienne à destination des habitants de la région de Mossoul, la deuxième plus grande ville d'Irak.

L'offensive sur Mossoul a été planifiée pendant des mois. Les forces irakiennes ont récemment repris des positions clés près de Qayyarah, une ville située à environ 60 kilomètres au sud de Mossoul. Cette dernière est entre les mains des terroristes depuis plus de deux ans. En juin 2014, le leader de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi, y avait proclamé la création du califat.

Le Premier ministre a précisé que seules l'armée et la police irakiennes entreraient dans Mossoul, mais de nombreuses autres forces seraient déployées à l'occasion de cette offensive, dont des combattants peshmergas kurdes et des milices sunnites et chiites. «La force qui mène les opérations de libération est la courageuse armée irakienne avec la police nationale, et ce sont elles qui entreront dans Mossoul, personne d'autre», a-t-il ainsi affimé.

Des dizaines d’ambulances ont été envoyées sur la ligne de front pour aider les potentielles victimes. Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires et l'aide d'urgence, Stephen O'Brien, a exprimé sa préoccupation «pour la sécurité de quelque 1,5 million de personnes vivant à Mossoul qui pourraient être affectées par les opérations militaires». Selon lui, «les familles sont exposées au risque extrême d'être prises entre deux feux ou prises pour cibles par des snipers

Bagdad déclare avoir dispersé par avion des dizaines de milliers de tracts, prévenant les résidents de la ville du début de l’offensive. La veille du lancement de l'opération, l’émissaire spécial américain pour la coalition de la lutte contre Daeh, Brett McGurk, a prévenu que l'issue de la bataille à Mossoul était «imprévisible».

«Il s’agit d’une opération d'envergure, dont la fin est incertaine et imprévisible. Nous ne savons pas ce que les terroristes vont faire à Mossoul», a-t-il précisé.

Lire aussi : Irak : au moins 34 morts dans un attentat de l'EI contre la communauté chiite

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Irak et Syrie: dates-clés de la guerre contre le groupe EI

Publié le par Felli Bernard

Principales étapes de la guerre en Syrie et en Irak depuis août 2014 contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).
Principales étapes de la guerre en Syrie et en Irak depuis août 2014 contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Irak et Syrie: dates-clés de la guerre contre le groupe EI

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Islamic civilization

Principales étapes de la guerre en Syrie et en Irak depuis août 2014 contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

- COALITION INTERNATIONALE CONTRE L'EI -

- Le 8 août 2014, en Irak, les Etats-Unis s'impliquent directement pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes en 2011, en bombardant des positions de l'EI.
Bagdad réclamait ces frappes depuis le début en juin de l'offensive des jihadistes, bien implantés en Syrie voisine et qui contrôlent de vastes pans du territoire irakien.
Début septembre, Barack Obama promet de vaincre l'EI avec "une vaste coalition internationale", et le 23, Washington aidé de ses alliés arabes mène les premiers raids contre le groupe en Syrie.

- L'EI CHASSE DE KOBANE -

- Le 26 janvier 2015, l'EI est chassé de Kobané, ville syrienne frontalière de la Turquie, après plus de quatre mois de violents combats menés par les forces kurdes avec le soutien des frappes quotidiennes de la coalition.

- REPRISE DE TIKRIT (IRAK) -

- Le 31 mars 2015, Bagdad annonce la "libération" de Tikrit (160 km au nord de Bagdad), reprise par les forces gouvernementales soutenues par des milices chiites, après une vaste opération contre l'EI, qui contrôlait la ville depuis près de 10 mois.
Mais en mai, l'EI s'assure du contrôle total de Ramadi, chef-lieu de la province irakienne d'Al-Anbar puis prend l'antique Palmyre, dans le centre de la Syrie, ville classée au patrimoine mondial de l'humanité.

- L'EI CHASSE DE TALL ABYAD -

- Le 16 juin 2015, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) chassent l'EI du poste-frontière vital de Tall Abyad, avec le soutien de raids de la coalition.
Tall Abyad était l'un des deux principaux points de passage empruntés par l'EI depuis la Syrie vers la Turquie, pour le transit des armes et des combattants.

- LA TURQUIE DECLARE LA GUERRE AUX JIHADISTES -

- Le 24 juillet, la Turquie lance une "guerre contre le terrorisme", à la suite d'un attentat suicide survenu à Suruç (sud) qui a fait 34 morts. L'offensive turque vise l'EI, à qui l'attentat a été attribué, et la rébellion kurde. Dans les faits, l'aviation turque cible essentiellement les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

- FRAPPES FRANCAISES ET RUSSES EN SYRIE -

- Le 27 septembre, la France lance ses premières frappes en Syrie contre l'EI qu'elle bombarde déjà depuis un an en Irak dans le cadre de la coalition.

Le 30 septembre, la Russie entame en Syrie une campagne de frappes aériennes, qui vise, selon elle, les groupes "terroristes", dont l'EI. Mais l'intervention de Moscou est critiquée par les rebelles et des pays occidentaux qui l'accusent de vouloir secourir son allié Bachar al-Assad plutôt que de combattre les jihadistes.

- REPRISE DE SINJAR (IRAK) -

- Le 13 novembre, les forces kurdes irakiennes reprennent avec l'appui aérien de la coalition la ville irakienne de Sinjar à l'EI qui l'occupait depuis 2014, coupant aux jihadistes une route essentielle entre l'Irak et la Syrie.

- INTENSIFICATION DES OPERATIONS -

Le 15 novembre, deux jours après les attentats de Paris (130 morts) revendiqués par l'EI, la France bombarde le fief des jihadistes à Raqa en Syrie. Le 17, Moscou annonce que ses bombardiers stratégiques ont ciblé pour la première fois l'EI en Syrie après l'attentat contre un avion civil russe dans le Sinaï (224 morts le 31 octobre), revendiqué par l'EI.
Le 3 décembre, la Grande-Bretagne conduit ses premières frappes aériennes en Syrie contre des installations pétrolières de l'EI.

- OFFENSIVE SUR RAMADI -

Le 8 décembre, les forces irakiennes, qui bénéficient du soutien de la coalition, reprennent un quartier-clé de la ville sunnite de Ramadi (ouest), puis entrent le 22 décembre dans le centre-ville.

Le 27 décembre, les derniers combattants de l'EI quittent un complexe gouvernemental stratégique de Ramadi laissant entrevoir une importante victoire aux forces irakiennes.

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Le drapeau irakien flotte sur toute la ville de Falloujah

Publié le par Felli Bernard

Le commandant général des forces armées irakiennes Haydar Abadi a annoncé dimanche la libération totale de la ville de Falloujah et hissé le drapeau irakien sur les bâtiments de la ville, promettant de libérer « prochainement » la ville de Mossoul.
Le commandant général des forces armées irakiennes Haydar Abadi a annoncé dimanche la libération totale de la ville de Falloujah et hissé le drapeau irakien sur les bâtiments de la ville, promettant de libérer « prochainement » la ville de Mossoul.

Monde arabe

Le commandant général des forces armées irakiennes Haydar Abadi a annoncé dimanche la libération totale de la ville de Falloujah et hissé le drapeau irakien sur les bâtiments de la ville, promettant de libérer « prochainement » la ville de Mossoul.

Dans un discours télévisé, retransmis par le site Sumaria news, Abadi a félicité devant des dizaines de combattants irakiens le grand exploit « survenu malgré les campagnes mensongères visant à freiner l’avancée de nos forces. La victoire a été enfin réalisée ».

« Pas de place à Daech en Irak, nous allons les pourchasser partout. Nos forces héroïques ont libéré Falloujah et vont libérer prochainement Mossoul. Cette victoire réconforte tous les Irakiens. Nous appelons le peuple à descendre dans toutes les rues du pays pour fêter cette victoire », a-t-il dit.

Et de poursuivre : « Nous n’allons pas permettre aux politiciens de même esprit que Daech de détruire l’homme, les villes et les infrastructures du pays ».

Abadi a par ailleurs appelé les Irakiens à une réconciliation sociétale qui favorise la coexistence entre les différentes composantes du peuple irakien, rappelant que Daech n’a pas distingué dans ses attaques entre sunnites, chiites ou chrétiens.


Libération du dernier quartier de Falloujah

Les derniers combats à Falloujah ont commencé dès les premières heures du matin. Les forces irakiennes, soutenues par les avions irakiens, ont réussi à libérer le village al-Joulane, le dernier bastion de Daech à Falloujah.

Des voitures appartenant aux miliciens de Daech et portant des plaques immatriculées saoudiennes et qataries ont été retrouvées.

Selon le correspondant de la chaine de télévision iranienne arabophone alAlam, les soldats irakiens pourchassent les derniers terroristes de Daech, retranchés dans les ruelles et les quartiers. « En général, la situation est calme. Des citoyens ont fêté cette victoire des forces irakiennes alors que les corps des miliciens tués de Daech jonchaient les rues », a-t-il rapporté.

Actuellement, les forces irakiennes sont déployées dans toutes les régions libérées alors que la région du quartier Andalous a été complètement sécurisée.

De même source on indique que les miliciens qui ont fui via l’Euphrate ont été la cible des hélicoptères irakiens qui ont éliminé un grand nombre d’eux, dont des dirigeants.

Les forces irakiennes ont par ailleurs saisi d’énormes quantités d’informations et de noms de dirigeants de Daech, de nationalité arabe et occidentale. De grosses quantités d’armes et de munitions ont été aussi retrouvées dans un dépôt par les soldats irakiens dans la ville.

Source: Alalam et Sumaria news

Source: Sites web

27-06-2016 - 13:54 Dernière mise à jour 27-06-2016 - 13:54

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L’armée irakienne encercle Daech à Ninive, les terroristes subissent des pertes

Publié le par Felli Bernard

L’armée irakienne encercle Daech à Ninive, les terroristes subissent des pertes

La 15ème brigade de l'armée irakienne, les forces des peshmergas, et celles de la mobilisation populaire (Hached Chaabi) ont lancé la bataille de la libération des deux villages Al-Nasr et Hmeidane à 50 km au sud de Ninive, dans le cadre de la bataille visant à reprendre ladite province aux terroristes de Daech.

Selon une source sécuritaire s'exprimant au site Soumariya news, "les forces irakiennes mènent de violents affrontements avec les terroristes dans ces deux villages", précisant que "leur nettoyage prendra fin dans les prochaines heures".


S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, cette même source a indiqué que "les forces militaires agissent selon un plan stratégique visant à couper les voies de ravitaillement de Daech".

Vendredi, une force conjointe de l'armée et du Hached Chaabi a libéré les deux villages de Kherbet Daran et Khattab au sud- Ouest de la province de Makhmour.

Les responsables médiatique et militaire de Daech tués

Dans la province d'al-Anbar, précisément à l'Est de Ramadi, le président du conseil de la province de Khaldiya (Anbar) Ali Daoud, a confirmé la mort du "responsable médiatique et le responsables des armes" du groupe terroriste Daech, dans un bombardement de la coalition.

Interviewé par Soumariya news, Daoud a indiqué que les avions de guerre de la coalition internationale, et en coordination avec les forces de l'armée, ont bombardé un siège de Daech à Boubali, à 23 km de l'Est de Ramadi. Le siège a été complètement détruit.

Al-Asriya enterre ses morts

Le village d'Al-Asriya, au sud de Bagdad, a enterré ses morts ce samedi au lendemain d'un attentat suicide revendiqué par le groupe terroriste wahhabite Daech (EI) qui a fait 32 morts, en majorité des mineurs, après un match de football.

Le kamikaze, vraisemblablement un adolescent selon une photo diffusée par l'EI, s'est fait exploser dans la foule au moment de la remise des trophées.
"Il y a 32 morts et 84 blessés, dont 12 dans un état critique", a indiqué à l'AFP un responsable du département santé de la province de Babylone.
"Dix-sept des personnes décédées sont des garçons âgées de 10 à 16 ans" a-t-il ajouté.

Al-Asriya se situe près de la localité d'Iskandariyah, à environ 40 km au sud de la capitale irakienne.

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montre un homme s'exprimer devant une table recouverte de trophées et appeler le nom d'un joueur avant une énorme explosion.

"Le kamikaze a fendu la foule pour approcher le centre du rassemblement et s'est fait exploser alors que le maire présentait les récompenses aux joueurs", a raconté à l'AFP Ali Nashmi, un témoin âgé de 18 ans.

Le maire du village, Ahmed Shaker, a été tué de même que l'un de ses gardes du corps et au moins cinq membres des forces de sécurité.
Des photos postées sur les réseaux sociaux montrent des poteaux de but abîmés et maculés de sang.

Condoléances du président de la Fifa

Le président de la Fifa Gianni Infantino s'est dit dans un communiqué "choqué et terriblement attristé" par l'attentat suicide dans le village d'Al-Asriya.
"J'ai été choqué et terriblement attristé après avoir eu connaissance de l'affreuse tragédie survenue hier à Iskanderiyah", adressant ses "plus profondes condoléances aux familles des victimes".

"A travers le monde le football réunit les gens. C'est un jour très triste lorsque les gens qui vont ensemble à un match deviennent les victimes d'une telle violence" s'est ému le président de l'instance suprême du football mondial.


Ban Ki-moon à Bagdad

Sur le plan politique, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon est arrivé ce samedi à Bagdad pour s'entretenir avec des hauts responsables sur les moyens d'aider l'Irak.

Ban, dont la dernière visite dans la capitale irakienne remonte à un an, voyage en compagnie du directeur de la Banque mondiale Jim Yong Kim et du président de la Banque islamique de développement Ahmad al-Madani.

Ils sont arrivés du Liban, où ils étaient jeudi et vendredi, et ont directement rejoint le ministre des Affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari pour des pourparlers.

Ibadi: poursuite des pourparlers pour un remaniement ministériel

Au cours d'un point de presse avec Ban Ki Moon, le Premier ministre Haydar Ibadi a indiqué que les pouparlers politiques se poursuivent pour effectuer un remaniement ministériel, considérant que cette mesure s'inscrit dans le cadre des réformes qui comprennent aussi la lutte contre la corruption.

Ibadi a précisé avoir débattu des modalités d'aide que devraient fournir l'organisation internationale et les deux institutions financières d'Irak pour une meilleure lutte contre la corruption.

De son côté, Ban a insisté sur l'importance de stopper le flux des terroristes et le directeur de la Banque mondiale Jim Yong Kim a estimé que la renaissance de l'économie irakienne favorise la lutte contre le terrorisme.

AFP et Alalam

Source: Divers

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Les "dommages collatéraux" de la coalition internationale en Irak

Publié le par Felli Bernard

Les "dommages collatéraux" de la coalition internationale en Irak

Les "dommages collatéraux" de la coalition internationale en Irak
Asma Mechakra

|

23 février 2016

Article en PDF :

En réponse à l'expansion de l'état islamique (EI) en Irak, dès août 2014, les Etats-Unis ont amorcé des raids aériens sur une zone de la province de Ninive, au nord du pays. Ils se sont étendus par la suite à d'autres territoires, avec la participation de la coalition internationale. Rafat Alzrari, journaliste irakien, nous fait part de la situation désastreuse : civils morts, risque de famine, destruction des infrastructures...



Plus de 6700 raids auraient été menés par la coalition, faisant des centaines de victimes civiles. La responsabilité des pays est très difficile à engager car, à l’exception du Canada, les autres ne fournissent que très peu voire pas du tout d’informations concernant leurs frappes. Jusqu’à présent, la coalition n’a admis la mort que de 4 victimes civiles. Rappelons que le droit international interdit les attaques sans discrimination des personnes ou des objets civils, même si la zone contient des objectifs militaires, tout comme les attaques pouvant induire incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile. Nous avons contacté Rafat Alzrari, journaliste Irakien et directeur du média NRN news, un réseau de journalistes indépendants de la province de Ninive, pour faire le point sur la situation.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, parlez-nous de NRN news.

Fin 2013, avec des collègues journalistes, nous avons mis en place ce réseau pour diffuser les nouvelles de façon neutre, loin des lignes éditoriales imposées par les chaines télé et les journaux dans lesquels nous travaillions (très souvent, l’information était traitée en fonction de l’orientation politique de ces médias). Par manque de moyens, nous avons créé deux plateformes de diffusion (facebook et twitter) en attendant la mise en place d’un site internet. Après l’accélération des événements suite à la prise du Mossoul par l’EI, notre travail s’est concentré sur : la documentation des crimes commis par l’organisation contre les citoyens, le recensement des victimes des raids aériens de la coalition internationale, en plus de bulletins d’informations.

Mossoul est la ville la plus bombardée par la coalition internationale. Un mot sur la situation dans cette ville ?

Je tiens à tirer la sonnette d’alarme sur la faim et l’extrême pauvreté subies par la population civile de Mossoul. Selon nos sources, la ville vivra prochainement une famine (plus tragique que celle de Madaya en Syrie car entre 1,5-2 millions de personnes sont concernées), et ce pour diverses raisons : (1) Le gouvernement Irakien a arrêté de verser les salaires depuis plus de six mois (2) La ville est assiégée de tous les côtés et la route commerciale alternative a été intensivement bombardée, rendant l’approvisionnement en nourriture quasi impossible et conduisant à la flambée des prix (3) l’EI empêche les habitants de quitter la ville et les utilise comme boucliers humains, mais aussi à cause de ses instructions et ses lois extrémistes qui interdisent plusieurs professions, faisant exploser le taux de chômage.

Quelles sont les données en votre possession sur les victimes civiles des frappes aériennes menées par la coalition internationale contre l’EI ?

Selon nos rapports (établis, entre autres, par nos propres correspondants au Mossoul), le nombre de morts civils des frappes aériennes de la coalition s’élève à 370 victimes (47 civils en 2014, 294 civils en 2015 et 29 civils en 2016) et plus de 400 blessés. Ces chiffres concernent la province de Ninive seulement.

De nombreux médias arabophones (Al Ahram, Al Quds, RT arabic...), ont relayé une information relative à la mort de 28 enfants le 25 Novembre 2015 suite au bombardement de leur école au Mossoul par l’aviation française. La source de l’information provient d’un tweet de la chaine d’information allemande Deustche Welle sur le fil en arabe, qui l’attribue à un militaire Irakien du nom de Al Sabaaoui. Nous avons reçu un témoignage* niant ce nombre de morts. Quel sont les informations dont vous disposez ?

Cette information a été diffusée le jour même du supposé bombardement alors que l’identité des avions ne peut être reconnue (étant impossible de le voir à l’œil nu), à part si c’est officiellement déclaré. Des demandes doivent êtres adressées aux commandants de la coalition internationale. Nous ne disposons d’aucun rapport sur un bombardement en cette date. Les attaques mentionnées dans le témoignage sont survenu plus tard, le 21 Décembre 2015. La coalition internationale a bombardé une maison se situant dans le quartier du 17 Juillet au Mossoul, près de la mosquée Barakat Al-Rahman et du marché s’étendant sur les deux côtés de la rue. Elle était utilisée par les membres de l’organisation de l’EI. Selon notre correspondant, 15 éléments de l’organisation et 20 civiles, dont des femmes et des enfants, ont été tués, en plus de 30 civils blessés. Les bombardements ont été perpétrés à une heure de pointe.

Quelle sont les démarches légales entreprises par les familles des victimes ?

Selon des informations fournies par des organisations humanitaires internationales ainsi que des fonctionnaires du gouvernement irakien, il n’existe aucune clause prévoyant l’indemnisation des victimes civiles des bombardements de la coalition dans l’accord de sécurité conclu entre la coalition internationale et le gouvernement Irakien. Les familles des victimes réclament des indemnisations au gouvernement Irakien. Si leurs démarchent n’aboutissent pas, ils nous ont informés qu’ils prévoient d’engager des poursuites contre les pays de la coalition concernés.

Comment les habitants voient-ils l’avenir ? Pensent-ils que les frappes (occidentales et russes) viendront à bout de l’EI ? Ont-ils espoir dans les négociations sur la Syrie ? Un an et demi après la prise de la ville par l’EI, l’avenir est flou pour la population de Mossoul. Les gens ne croient pas que les frappes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis ou de la Russie viendront à bout de l’EI. Cependant, les faits sont têtus : les gens constatent que les frappes de la coalition induisent plus de dommages dans les infrastructures et de pertes civiles qu’elles n’atteignent les éléments de l’organisation. La seule solution, à leurs yeux, serait une intervention terrestre qui mettrait fin à l’EI et à la mort lente qu’ils vivent, à la merci des terroristes et des missiles largués par les avions de la coalition. Quant aux négociations sur la Syrie, en dépit de leur importance et de leur étroite relation avec la situation en Irak et dans la région, elles ne suscitent pas un intérêt particulier pour la population, autant dire qu’ils n’ont aucun espoir dans ces négociations. Les gens sont conscients qu’ils payent le lourd tribut des jeux d’intérêts au Moyen-Orient impliquant les puissances internationales (Russie, Etats-Unis et Cie.) et régionales (Iran, Arabie Saoudite, Turquie et Qatar).

Le gouvernement irakien est-il en mesure d’apporter une solution au conflit confessionnel ?

Le gouvernement irakien est dans l’impasse : une situation financière difficile, des affaires de corruption qui l’éclaboussent de toutes parts, la guerre contre Daesh et les questions régionales, et pour compliquer le tout, il procède de nouveau à la restructuration des ministères. Difficile d’imaginer que la question confessionnelle soit une priorité, et quand bien même elle le serait, toutes les expériences précédentes ont prouvé l’échec des gouvernements irakiens successifs à résoudre le conflit sectaire et à avoir un vrai projet de réconciliation nationale. Le gouvernement actuel n’a pas les outils nécessaires pour atteindre cet objectif.

Quelle serait donc la solution selon vous ?

En ce qui concerne le gouvernement irakien et la situation en général, la solution sera complexe, difficile et longue, mais je vais essayer de résumer les points les plus importants à mon sens :

1. Changer le système judiciaire irakien et le restructurer pour que le gouvernement puisse lutter contre la corruption.

2. Nominer (Nommer) de nouveaux ministres, non pas sur le principe des quotas comme c’est le cas actuellement mais sur le principe de la technocratie et apporter des réformes structurelles dans tous les appareils de l’Etat.

3. Recourir à des experts en économie irakiens et étrangers afin de résoudre la crise et de créer un plan d’action pour la mise en place d’un projet de développement stratégique afin de sortir de la dépendance au pétrole.

4. Assurer la sécurité du pays et lutter contre le terrorisme en interdisant la possession d’armes et en éradiquant toutes les formes de milices armées et se basant sur les services de renseignement, plutôt que sur la politique de la terre brûlée.

5. Refonder des institutions régies par les principes de transparence et d’intégrité pour venir à bout de la corruption politique et financière.

6. Permettre la formation de régions autonomes afin de satisfaire les différentes composantes de la société irakienne, dans un cadre d’état central.

7. trouver un terrain commun pour le dialogue entre les différents acteurs de la vie politique et faire des concessions pour parvenir à une solution en un temps record déterminé à l’avance.

* Selon le témoignage d’une famille Irakienne locale : " Il y effectivement eu un bombardement de la zone dite du 17 Tamouz (Juillet) et une école a bien été touchée ainsi qu’un complexe médical, des marchés et des logements de civils. Il n’y a pas eu ce nombre de morts parmi les enfants, mais il y a toujours des innocents parmi les victimes des bombardements. Plus exactement, la cible était un siège de Daesh où se tenait une réunion. Plus généralement, les bombardements ciblent actuellement les ponts, les maisons abritant des membres de Daech, les lieux de stockage d’arme, voire quelques fois, les voitures les transportant, surtout lorsqu’il s’agit de leurs chefs comme ce qui s’est passé dernièrement dans une rue du quartier El Mathna à Mossoul. Une voiture appartenant à Daech a été bombardée et des voitures civiles autour ont brulé faisant vingtaine de victimes civiles vs. une seule voiture de Daech avec tout au plus 5 personnes à bord. Les civils sont toujours beaucoup plus touchés".

Source : Investig’Action

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