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Turquie : Erdoğan et le réveil ottoman

Publié le par Felli Bernard

Turquie : Erdoğan et le réveil ottoman

 

La Turquie change. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan (AKP, islamiste) a mis au pas l'armée, s'est rapproché de l'Iran et éloigné d'Israël et de l'Europe. La nostalgie de l'empire ottoman revient en force...

Les Européens croyaient avoir affaire à un État pauvre, désireux de se fondre dans l'Union européenne et de bénéficier de sa manne financière, comme en d'autres temps la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

En 2010, ils découvrent un peuple « fier et sûr de lui », qui défie les Occidentaux en débattant avec le Brésil et l'Iran de l'avenir nucléaire de ce dernier (17 mai 2010) puis jette aux orties son amitié avec Israël et défie l'État hébreu en tentant de forcer le blocus de Gaza avec une flottille « humanitaire » (31 mai 2010).

Ces événements prennent tout leur sens dès lors qu'on les rattache à l'Histoire longue de la Turquie (75 millions d'habitants sur 780 000 km2 en 2010, avec une densité comparable à la France).

L'oeuvre d'Atatürk

La République turque a été fondée le 23 octobre 1923 sur les décombres de l'empire ottoman par le général Moustafa Kémal. Surnommé Kémal Atatürk (« Père des Turcs ») ou le Ghazi (le « Victorieux »), cet émule de Mussolini voulait libérer son peuple de l'emprise de l'islam et bâtir un État-Nation sur le modèle occidental. Son principal soutien était l'armée, qui lui était reconnaissante de ses victoires sur les Grecs.

En 1937, un an avant sa mort, Atatürk fit inscrire le principe de laïcité dans la Constitution. Ses successeurs peinèrent toutefois à le mettre en application. Mécontents des dérives du régime, les généraux commirent trois coups d'État en 1960, 1971 et 1980.

- 1980 : la tentation européenne

Encore instable et fragile, la Turquie kémaliste joue à fond la carte occidentale. Elle ne perçoit pas d'autre choix, avec une économie en dents de scie, une rébellion persistante dans les régions kurdes (25% de la population totale) et la montée des mouvements islamistes dans les campagnes.

Membre de l'OTAN et du Conseil de l'Europe, partenaire privilégiée d'Israël, elle voit sa candidature à l'Union européenne agréée au sommet d'Helsinki en décembre 1999. Ses élites, à Instanbul et Ankara, rêvent à haute voix d'une prochaine entrée dans l'Union européenne, comme la Grèce voisine, rivale jalousée.

- 1990 : la tentation « pantouraniste »

Suite à l'éclatement de l'URSS et à l'émancipation des républiques turcophones d'Asie centrale, la Turquie a, brièvement, la tentation de renouer avec le « pantouranisme » d'Enver Pacha, rival malheureux de Moustafa Kémal : il s'agirait d'unir tous les peuples issus des nomades turcs originels, si différents soient-ils par leur histoire, leur environnement culturel et même leur apparence physique !

- 2002 : le renouveau avec Erdoğan

Là-dessus, coup de théâtre. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) arrive au pouvoir à la faveur des élections législatives du 3 novembre 2002. Les militaires voient dans ce parti ouvertement islamiste une menace pour la République laïque de Moustafa Kémal, même si les commentateurs européens persisteront longtemps à le qualifier d'« islamiste conservateur », d'« islamiste modéré » ou même d'« islamo-démocrate ».

L'oeuvre d'Erdoğan

Recep Tayyip Erdoğan, né le 26 février 1954 à Istanbul (DR)fondateur de l'AKP et ancien maire d'Istanbul, le nouveau Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan peut compter sur le soutien des classes populaires empreintes d'une profonde religiosité et rétives à la laïcisation kémaliste.

Dans un premier temps, il consolide donc les institutions démocratiques. Il fait des ouvertures en direction des Kurdes et autorise les langues minoritaires dans les médias. Il impose l'élection au suffrage universel du président de la République, contre l'avis de l'armée.

À l'extérieur, il pacifie les relations de la Turquie avec ses frères ennemis, la Grèce et l'Arménie, pour ne plus les avoir contre lui et couper l'herbe sous le pied des militaires. Il donne aussi quelques gages à l'Europe en abolissant la peine de mort mais se montre ferme sur la question chypriote. Ainsi la Turquie, prétendûment candidate à l'Union, maintient-elle en état de guerre l'un des États de cette Union...

Il modernise la Turquie avec un doublement du Produit Intérieur Brut et du revenu par habitant depuis 2002. L'Anatolie se dote d'infrastructures modernes tandis qu'Istamboul et Ankara feraient pâlir d'envie bien des métropoles de la vieille Europe par leur modernisme tonitruant. Cela montre que le pays n'a pas besoin de faire allégeance à l'Union européenne pour prospérer. Le revers de cette modernisation est la montée de la corruption, jusque dans l'entourage du Premier ministre et président.

Fort de ces succès, Erdoğan met l'armée au pas. Pas moins de 200 arrestations en deux ans jusqu'au coup de force du 22 février 2010. Ce jour-là, la justice turque arrête cinquante officiers de haut rang. Ce coup de filet sans précédent met un point final à la guerre d'escarmouches que mène l'état-major laïciste contre le gouvernement islamiste.

Erdoğan a dès lors les mains libres pour mener une diplomatie selon ses vœux : rapprochement avec l'Iran, rupture avec Israël, éloignement de l'Europe... Dans le même temps, le Premier ministre turc exalte le « glorieux passé » de la Nation et invite ouvertement ses compatriotes établis dans les pays occidentaux, en France comme en Allemagne, à rester fidèles à leurs racines. « L'assimilation est un crime contre l'humanité », lance-t-il à ses compatriotes de Cologne, en 2008.

Retour aux racines ottomanes

On assiste au retour en force d'un « néo-ottomanisme » qui magnifie le passé ottoman et la prise de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453). Ce courant orientalisant était déjà manifeste dans l'exposition « De Byzance à Istanbul », qui s'est tenue en 2009 au Grand Palais, à Paris.

Seul de tous les médias français, nous nous étions étonnés dans la lettre d'Herodote.net que la conservatrice turque de cette exposition ait souligné à gros trait la césure de 1453. Ainsi l'exposition présentait-elle au rez-de-chaussée la capitale byzantine et au premier étage la capitale ottomane. L'escalier monumental qui menait les visiteurs à l'étage était orné par la lourde chaîne qui barrait la Corne d'Or lors du siège de 1453 par les Turcs. Tout un symbole !

Qui plus est, l'exposition n'évoquait nulle part Sainte-Sophie, trait d'union majeur entre toutes les civilisations qui se sont succédées dans la ville. Cet « oubli » reflétait tout simplement le point de vue dominant dans la Turquie d'aujourd'hui, à savoir que celle-ci est fille de l'empire ottoman, en opposition avec l'Occident... et que Sainte-Sophie a vocation à redevenir ce qu'elle est, la plus belle mosquée de Turquie.

D'Atatürk à Erdoğan

Par ses choix politiques, Erdoğan se pose en héritier d'Atatürk plus sûrement que ses officiers d'état-major laïcs.

Atatürk a créé la Turquie sur le modèle des prestigieux États-Nations européens d'avant 1914 pour la détacher de ses racines orientales et lui éviter de perdre son identité dans un fumeux « panislamisme ».

Nullement désireux pour autant de se mettre à la remorque des Occidentaux, il n'a pas craint de défier les vainqueurs de la Grande Guerre en déchirant le traité de Sèvres.

Erdoğan, quant à lui, encourage l'islamisation de son pays pour prévenir sa dissolution et la perte de sa singularité dans l'Europe anomique d'aujourd'hui. Mais, tout musulman qu'il soit, c'est, comme Atatürk, un nationaliste résolu, aux antipodes du panislamisme d'al-Qaida. 

C'est aussi un homme à poigne qui aspire à une démocratie vigoureuse, respectueuse des intérêts nationaux et de l'identité religieuse ; tout le contraire des démocraties européennes actuelles.

D'ailleurs, les cercles dirigeants européens pourraient-ils sérieusement s'accommoder d'une « laïcité » turque qui interdit à tout citoyen né dans la religion d'État (l'islam) de renoncer à celle-ci et oblige tout citoyen de cette même religion qui épouse un(e) non-musulman(e) à élever ses enfants dans l'islam ?

Dans ses rapports avec Chypre, l'Iran et Israël, Erdoğan ne craint pas de défier les Occidentaux lorsqu'il y va selon lui de l'intérêt national. Autant de raisons qui lui valent une grande popularité non seulement en Turquie mais aussi dans les pays arabes.

Équivoque européenne

Arrivé au pouvoir alors que la Turquie était déjà en train de négocier son entrée dans l'Union européenne, Erdoğan a laissé le processus se poursuivre cahin-caha pour ne contrarier ni l'armée ni la bourgeoisie d'affaires d'Istanbul. Il n'a rien fait non plus pour hâter les choses et, aujourd'hui, a tout lieu de s'en féliciter.

Beaucoup de Turcs, il y a dix ans, fondaient leurs espoirs sur la générosité de l'Union européenne. Ils attendaient d'en profiter comme, avant eux, la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande. Submergés par l'argent « gratuit » de Bruxelles, ces pays sont aujourd'hui au bord de la faillite et sous tutelle de la Commission et du FMI. L'Union est elle-même à la dérive après avoir désarmé les États-Nations qui faisaient sa force.

Revenus de leurs illusions devant le désastre grec, les Turcs ne rêvent plus d'une intégration dans l'Union européenne mais se gardent de le dire à haute voix à leurs homologues européens. Ces derniers supportent sans protester les piques turques, y compris l'organisation d'une filière d'immigration clandestine via la frontière gréco-turque (voir ci-dessous) et le soutien feutré aux djihadistes de Syrie et d'Irak.

Plaque tournante de l'immigration vers l'Europe

Le gouvernement Erdogan a sciemment transformé la Turquie en plaque tournante de l'immigration clandestine vers l'Union européenne. Année après année, quelques centaines de milliers d'Africains et d'Orientaux traversent le pays avec la complaisance des autorités qui les poussent vers la frontière grecque. Les migrants accédent ainsi à la zone Schengen de libre circulation sur tout le territoire européen.

Tétanisés par la crainte de déplaire à un gouvernement qu'ils persistent à voir comme un allié et même un futur membre de l'Union européenne, les dirigeants du Vieux Continent n'osent d'abord réagir.

En mars 2016, débordée par une vague massive de réfugiés venus de Syrie et d'ailleurs, la chancelière allemande Angela Merkel négocie de son propre chef avec les Turcs un accord par lequel ces derniers s'engagent à retenir les migrants sur leurs côtes en échange d'un colossal tribut (3 milliards d'euros) et de la promesse de visas pour les Turcs ! L'accord, jamais appliqué, demeure comme une épée de Damoclès au-dessus des Européens, menacés par la reprise des flux de migrants à tout moment. Erdogan qui, lui, ne mâche pas ses mots quand l'identité turque ou islamique est en cause, a tout lieu de se féliciter de ce jeu de dupes qui affaiblit l'Union.

Recep Tayip Erdogan reçoit le président palestinien Mahmoud Abbas dans son palais néo-ottoman d'Ankara, le 12 juin 2015 (DR)

Usure du pouvoir ou apothéose ?

Les Turcs ont découvert de nouveaux motifs de satisfaction dans les offensives diplomatiques de leur Premier ministre qui en ont fait, au moins pour Herodote.netla personnalité de l'année 2010  (rapprochement avec l'Iran ou encore le Brésil, tentative de briser le blocus de Gaza, soutien au Syrien Assad etc). 

Ensuite sont venues les déconvenues et notamment un brutal ralentissement de la croissance économique. On a pu croire - nous les premiers - que Recep Tayyip Erdogan allait être ébranlé par les manifestations des citadins de la place Taksim, à Istamboul, en 2013 (comme de Gaulle par les événements de Mai 68). Il a toutefois montré une étonnante capacité de rebond grâce au soutien du « pays réel » jusqu'à se faire élire au suffrage universel dès le premier tour à la présidence de la République le 10 août 2014.

Les électeurs lui sont gré d'avoir amélioré leur sort pendant la décennie écoulée et surtout d'avoir ramené leur pays au premier plan de la scène euro-méditerranéenne. Membre rebelle de l'OTAN, candidat improbable à l'Union européenne, interlocuteur incontournable dans les conflits moyen-orientaux, la Turquie est crainte et donc respectée, y compris des Occidentaux qui ne peuvent se passer d'elle.

Erdoğan rêve alors de devenir le nouveau « sultan » d'une Turquie régénérée. Le 15 juillet 2016, une étrange tentative de coup d'État lui permet de lancer une brutale répression contre ses opposants réels ou supposés, dans l'armée, l'administration, la magistrature et les médias. À la suite de quoi, il organise le 16 avril 2017 un référendum qui renforce considérablement ses pouvoirs (c'est un processus bien connu dans l'Histoire : l'attentat de Cadoudal permet à Bonaparte de se faire couronner empereur et celui du Petit-Clamart à de Gaulle d'organiser l'élection du président au suffrage universel).

En 2018, à 64 ans, Erdoğan pourra se flatter d'avoir dirigé la Turquie plus longtemps que Kémal Atatürk lui-même et de l'avoir autant transformée. Mais nous ne sommes pas à l'abri de nouvelles surprises...   

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2017-04-17 18:11:55

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Game over, sultan

Publié le par Felli Bernard

Game over, sultan

30 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Sans surprise, la Turquie a annoncé la fin de son opération Bouclier de l'Euphrate en Syrie :

Istanbul - La Turquie a annoncé mercredi la fin de son opération militaire dans le nord de la Syrie, sans préciser si elle allait en retirer ses troupes.

Le conseil de sécurité national dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé que l'offensive de six mois avait été "couronnée de succès", mais le Premier ministre Binali Yildirim, tout en confirmant la fin de l'opération, n'a pas exclu d'autres campagnes en Syrie.

La Turquie a lancé en août dernier une opération baptisée "Bouclier de l'Euphrate" visant le groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais également les FDS, dominées par les Kurdes, qu'Ankara considère comme des "terroristes".

Dans le cadre de cette opération, les rebelles syriens appuyés par la Turquie ont repris aux jihadistes plusieurs villes dont Jarabulus, Al-Rai, Dabiq et enfin Al-Bab, où l'armée turque a subi de lourdes pertes.

Quelques formules pour sauver la face fleurissent ça et là mais, en réalité, cette opération fut un bide. Six mois pour mettre difficilement la main sur quelques arpents de sable au prix de pertes relativement lourdes. Certes, cela a empêché la jonction des cantons kurdes mais ces derniers n'en bordent pas moins la Turquie sur des centaines de kilomètres : parfaite base arrière pour le PKK.

Depuis le grand rapprochement américano-russo-syro-kurde sur le dos d'Erdogan, les options d'Ankara s'étaient réduites à peau de chagrin. Le sultan n'a fait qu'entériner ce que nous avons montré à plusieurs reprises : l'aventure néo-ottomane en Syrie est terminée. La goutte qui a sans doute fait déborder le vase a été l'établissement d'une base russe dans le canton kurde d'Afrin comme nous l'avions rapporté il y a une dizaine de jours.

Un pertinent article d'Al Monitor revient sur cette affaire et interroge divers officiels kurdes. Il en ressort plusieurs points très intéressants :

- D'après un commandant YPG, Ankara devait, au terme d'un accord turco-russe, rendre Al Bab à l'armée syrienne mais ne l'a pas fait, d'où le coup de semonce russe matérialisé par l'implantation de la base protégeant les Kurdes d'Afrin.

- Les Américains n'ont rien trouvé à redire à l'alliance russo-kurde.

- Les Kurdes sont plus que disposés à participer à une offensive générale contre l'Idlibistan ("les gangs d'Idlib"). Leur ennemi n'est pas seulement Al Qaeda mais aussi Ahrar al-Cham. Ils l'ont même proposé dans le passé à Moscou qui a botté en touche, le temps de voir si Ankara pourrait convaincre le groupe de participer aux pourparlers d'Astana.

- Les YPG ont fermement rejeté une proposition américaine d'inclure les peshmergas de Barzani ("traître à la solde des Turcs") aux opérations contre Raqqa. [Aucune surprise : il n'y a jamais eu d'amour débordant entre les Kurdes syriens et le président de la Région autonome du Kurdistan irakien].

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Bibifoc, sultan insulté et autres nouvelles

Publié le par Felli Bernard

Bibifoc, sultan insulté et autres nouvelles

10 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie

Coïncidence (ou pas) du calendrier, deux importants voisins de la Syrie sont à Moscou pour rendre visite au boss du conflit. Commençons par Netanyahou, arrivé hier. Bibi l'a mauvaise en ce moment, voyant l'Iran reprendre plus que jamais pied en Syrie et l'arc chiite se reconstituer. Ses déclarations délicieusement biaisées en témoignent :

Ces dernière années, nous avons vu de grands progrès dans la lutte contre l'islamisme sunnite radical porté par l'Etat Islamique et Al Qaeda.

Jusqu'ici, tout va bien...

Mais il y a la menace de l'islamisme chiite radical, pas seulement pour notre région mais pour le monde entier.

Pardon ? On ne sache pas que le Hezbollah ou l'Iran aient mis le monde à feu et à sang, faisant sauter des bombes ou égorgeant de Paris à Dhaka, de San Bernardino à Kaboul... Pauvre Bibi, tout tourneboulé par l'évolution du conflit syrien. Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, il a été pris d'une inspiration historico-eschatologique à laquelle Poutine a mis fin en le remettant gentiment à sa place :

Vladimir Poutine a invité jeudi Benjamin Netanyahu à tourner la page quand le Premier ministre israélien a évoqué la volonté ancestrale des Perses et de leurs "héritiers" iraniens de "détruire le peuple juif", le président russe estimant qu'il s'agissait là d'histoire ancienne.

Reçu au Kremlin, le Premier ministre israélien a violemment critiqué l'Iran, allié de la Russie au Proche-Orient. "Il y a 2.500 ans, il y a eu une tentative en Perse de détruire le peuple juif. Cette tentative a échoué et c'est ce que nous célébrons à travers la fête" de Pourim qui aura lieu dimanche et lundi en Israël, a déclaré M. Netanyahu au chef de l'Etat russe. La fête de Pourim célèbre, selon la tradition juive, la victoire des juifs contre un vizir de l'empire perse, Haman, au Ve siècle avant J-C.

"Voilà qu'aujourd'hui l'Iran, héritier de la Perse, poursuit cette tentative de détruire l'Etat juif. Ils le disent de la façon la plus claire, ils l'écrivent sur leurs missiles balistiques", a-t-il affirmé.

"Oui, enfin, c'était au Ve siècle avant notre ère", a répondu, ironique, le président russe. "Aujourd'hui, nous vivons dans un monde différent. Alors parlons-en", a-t-il ajouté.

L'Iran est considéré comme l'ennemi numéro Un par l'Etat hébreu (...) Benjamin Netanyahu dénonce régulièrement le soutien militaire de l'Iran au régime de Bachar el-Assad dans son conflit face à la rébellion syrienne. Dimanche, Netanyahu avait déclaré qu'il allait tenter de convaincre Vladimir Poutine d'empêcher une présence militaire iranienne permanente en Syrie.

Plus encore que Bibi la terreur, le sultan est consterné par l'évolution récente du conflit. Ses rêves néo-ottomans de percée vers le centre de la Syrie et de recomposition du pays sont morts et enterrés. Qui plus est, ses manigances dans le nord syrien ont eu l'incroyable résultat de rapprocher Russes et Américains sur le terrain, même si la nouvelle direction prise par Trump y est aussi pour beaucoup. Nous étions les premiers à en parler (nous en avions même esquissé la possibilité dès novembre), l'info commence maintenant à être reprise par certains observateurs.

La rencontre militaire tripartite turco-américano-russe d'il y a quelques jours, à la demande de la partie turque affolée des intentions de Moscou et Washington, n'a semble-t-il rien donné. L'accord entre Kurdes (donc les Américains derrière) et Syriens (donc les Russes) pour Manbij commence à se mettre en place. Des forces spéciales russes accompagnent les militaires syriens pour bien montrer à Erdogan que la partie est finie. Aiguille dans le coeur ottoman, Syriens, Kurdes et Russes se retrouvent dans la bonne humeur, entamant des danses endiablées pendant que les Turcs et leurs affidés rongent le canon de leur fusil à quelques kilomètres :

Ne manquaient que les Américains... C'en est trop pour le sultan, en plein casse-tête. Des combats ont lieu en certains points, les sbires turquisés bombardant les nouveaux arrivants, se prenant une volée de bois vert par les YPG en retour. Certains rapports non confirmés font état de la mort de 8 soldats syriens. Si c'est le cas, il va vite falloir qu'Ankara mette le holà sous peine de provoquer la colère du Kremlin.

Ca tombe bien, Erdogan vient d'arriver à Moscou. Des premiers éléments qui ressortent, le sultan est tout miel avec le tsar : la coopération militaire avec la Russie est fondamentale... les entreprises russes ne devraient pas être sanctionnées par l'Occident... notre coopération énergétique est indépassable... des discussions de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie devraient avoir lieu sous médiation russe...

S'il espère, en contrepartie, en retirer un feu vert pour marcher sur Manbij et/ou Raqqa, il en sera pour ses frais. La route est complètement bouchée et la présence de soldats russes et américains est un message clair visant à refroidir ses ardeurs. Comment dit-on game over en turc ?

Un peu plus au sud, l'armée syrienne continue son inexorable avance contre Daech, profitant de l'épuisement des petits hommes en noir après des mois de rudes combats à Al Bab contre des Turcs tout aussi épuisés. Faire faire le sale boulot par un tiers pour venir tirer les marrons du feu à la fin de la pièce, ça aussi c'était prévu...

Il y a trois jours, les troupes loyalistes ont atteint le lac Assad pour la première fois depuis... 2012 ! Hier, c'est la base aérienne de Jirah qui est tombée, le tout sous le déluge de l'aviation syro-russe. Le territoire repris sans coup férir en dix jours (rectangle rouge) est considérable, au prix de pertes minimes :

Si l'on dézoome, on voit trois saillants prêts à se lancer au coeur du fief califal pour faire la jonction avec les Kurdes venant du nord et éventuellement les milices chiites irakiennes en provenance de l'est où le territoire de Daech se réduit comme peau de chagrin. La grande bataille contre l'EI est-elle sur le point d'être lancée ? A moins que...

Reste l'Idlibistan qui, sans surprise, s'enfonce dans le chaos inter-"modérés". Un jour après un éphémère accord passé entre Ahrar al-Cham et Tahrir al-Cham, la nouvelle fédération d'Al Qaeda, de violents combats ont déjà lieu. Damas et Moscou attendront-ils que le fruit soit pourri pour le cueillir ? Peut-être pas si l'on en juge par la nouvelle de l'envoi de combattants qaédistes près d'Alep en prévision d'une offensive des loyalistes.

L'armée syrienne est trop affaiblie par six années de guerre pour pouvoir mener de front et pleinement ces deux campagnes. Est ou ouest, désert ou Syrie utile ? Les prochains jours nous le diront...

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La Turquie peut-elle basculer dans le camp russe ?

Publié le par Felli Bernard

La Turquie peut-elle basculer dans le camp russe ?

Même si la Russie a historiquement un lourd passé avec la Turquie, et même si elle se souvient du rôle personnel de l’actuel président Erdoğan contre elle, lors de la première guerre de Tchétchénie, elle ne peut qu’être intéressée par une éventuelle sortie d’Ankara de l’Otan. À l’inverse, l’État profond US, qui poursuit son ambition impériale malgré l’élection de Donald Trump, est prêt à tout pour maintenir la Turquie dans l’Alliance atlantique.

| Damas (Syrie)
 
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Ce que John Kerry fait le jour, Victoria Nuland le défait la nuit.

Pour garantir sa survie personnelle, le président Recep Tayyip Erdoğan a lancé une vaste purge de tous les éléments pro-US de son pays ; une purge qui s’ajoute au combat qu’il mène déjà contre la Syrie, contre le PKK, et désormais contre ses anciens mercenaires de Daesh.

La destruction de l’influence états-unienne est d’abord passée par l’éradication du Hizmet de Fethullah Gülen, le prédicateur islamiste qui travaille pour la CIA depuis la Pennsylvanie. Elle se poursuit aujourd’hui avec le limogeage et souvent l’arrestation non seulement de tous les militaires liés aux États-Unis, mais des militaires laïques en général. On n’est jamais trop prudent.

450 des 600 officiers supérieurs turcs en poste à l’Otan ont été rappelés en Turquie. Plus de 100 d’entre eux et leurs familles ont demandé l’asile politique à la Belgique, siège de l’Alliance atlantique.

Première conséquence de cette purge anti-laïque, l’armée turque est décapitée pour longtemps. En cinq mois 44 % des généraux ont été remerciés. Et ceci alors que, lors du scandale Ergenekon 70 % des officiers supérieurs de l’époque avaient été limogés, arrêtés et emprisonnés. Privée de son commandement, l’opération « Bouclier de l’Euphrate » piétine.

Erdoğan est donc contraint de revoir à la baisse ses ambitions militaires pour les prochaines années ; que ce soit en Syrie, en Irak ou à Chypre —trois États qu’il occupe partiellement—. Il a donc laissé tomber Alep-Est (Syrie) —mais pas Idleb— et s’apprête à se retirer de Bachiqa (Irak).

Vu de Washington, une possible sortie de la Turquie hors de l’Otan, ou tout au moins hors du Commandement intégré de l’Alliance atlantique, provoque des sueurs froides à la faction impérialiste du pouvoir. En nombre d’hommes, l’armée turque est en effet la seconde de l’Otan après celle des États-Unis. Au contraire, une possible sortie de l’Alliance suscite plutôt du soulagement à la faction de Donald Trump pour qui la Turquie est un pays à la dérive.

D’où le forcing des néo-conservateurs pour ramener la Turquie dans le « sens de l’Histoire » (celui du « Nouveau siècle américain »). Ainsi, l’assistante du secrétaire d’État, Victoria Nuland, tente d’offrir Chypre à Recep Tayyip Erdoğan ; un projet qu’elle avait conçu suite aux élections de novembre 2015, lorsque le président Barack Obama a ordonné d’éliminer le président turc.

Exerçant un chantage sur le président chypriote Níkos Anastasiádis, Madame Nuland l’a prié d’accepter son « plan de paix » pour Chypre : l’île serait réunifiée et démilitarisée —c’est-à-dire privée de son armée— tandis que l’Otan —concrètement les troupes turques— s’y déploierait. Ainsi, l’armée turque pourrait achever sa conquête de l’île sans combattre. Dans le cas où il refuserait ce marché de dupes, le président Anastasiádis pourrait être poursuivi en justice à New York au motif de son implication en tant qu’avocat dans les affaires de la société Imperium de son ami russe Leonid Lebedev ; une affaire à 2 milliards de dollars.

Ainsi, la rupture avec l’Otan coûterait à la Turquie le Nord-Est de Chypre qu’elle occupe, tandis que son maintien dans l’Alliance atlantique lui offrirait la totalité de l’île.

Certes, dans quelques semaines Victoria Nuland devrait être remerciée par le nouveau secrétaire d’État, Rex Tillerson, mais le groupe qu’elle représente ne devrait pas perdre pour autant tout pouvoir. Madame Nuland est membre de la famille des fondateurs du « Projet pour un nouveau siècle américain », qui participa à la planification des événements du 11-Septembre. Son beau-père, Donald Kagan du Hudson Institute, a formé les néo-conservateurs et les disciples de Leo Strauss à l’histoire militaire de Sparte. Son beau-frère, Frederick Kagan de l’American Entreprise Institute, a assuré les relations publiques des généraux David Petraeus et John R. Allen. Sa belle-sœur, Kimberly Kagan, a créé l’Institute for the Study of War. Son époux, Robert Kagan est aujourd’hui rémunéré par l’ancien émir du Qatar à la Brookings Institution. Quatre figures, cinq think tanks, mais une seule idéologie.

Victoria, quant à elle, fut successivement ambassadrice à l’Otan, porte-parole d’Hillary Clinton, et organisatrice du coup d’État de Kiev, en février 2014. Elle a aidé les présidents Petro Porochenko et Erdoğan a créer officiellement la « Brigade internationale islamique » qui a organisé de vastes sabotages en Russie. Son action sera poursuivie par l’État profond US contre l’administration Trump.

C’est le groupe qui se tient derrière les Kagan qui poursuit la guerre en Syrie, sans autre objectif que de se maintenir au Pouvoir. Non seulement le président Barack Obama n’a pas été en mesure de les chasser de son administration, mais une personnalité comme Victoria Nuland qui était considérée comme une figure de proue de l’administration Bush n’a pas eu de difficulté à monter en grade dans l’administration démocrate et à organiser une vague de russophobie. Si elle travaillait en bonne intelligence avec Hillary Clinton, elle n’a pas cessé, avec son ami Jeffrey Feltman, le véritable patron de l’Onu, de saboter la diplomatie du secrétaire d’État, John Kerry.

Connaissant la capacité d’Erdoğan à changer brusquement de stratégie, Moscou va devoir soit calmer les angoisses d’Anastasiádis, soit proposer quelque chose de plus alléchant à Ankara pour le garder au milieu du gué, entre les États-Unis et la Russie.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Le retournement de la Turquie

Publié le par Felli Bernard

Le retournement de la Turquie

Le président Vladimir Poutine a annoncé avoir conclu un cessez-le-feu en Syrie avec la Turquie, jusqu’ici principal soutien opérationnel des jihadistes. Comment s’explique ce coup de théâtre ? Le président Erdoğan parviendra-t-il à faire basculer son pays de l’influence états-unienne vers celle de la Russie ? Quelles sont les causes et les conséquences de ce grand retournement ?

| Damas (Syrie)
 
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La Turquie est membre de l’Otan, alliée de l’Arabie saoudite, patron du jihadisme international depuis l’hospitalisation du prince Bandar ben Sultan en 2012, et parrain des Frères musulmans depuis le renversement de Mohamed Morsi et la brouille entre Doha et Riyad en 2013-14. En outre, elle a attaqué la Russie en novembre 2015, détruisant un Sukhoi-24 et provoquant la rupture des relations diplomatiques avec Moscou.

C’est pourtant la même Turquie qui vient de parrainer le cessez-le-feu en Syrie, imaginé par la Russie [1]. Pourquoi ?

Depuis 2013, Washington ne considère plus Recep Tayyip Erdoğan comme un partenaire de confiance. La CIA a donc lancé diverses opérations non pas contre la Turquie, mais contre M. Erdoğan en nom propre. En mai-juin 2013, elle organise et soutient le mouvement protestataire du parc Taksim Gezi. Lors des élections législatives de juin 2015, elle finance et encadre le parti des minorités, le HDP, de manière à limiter les pouvoirs du président. Elle rejoue la même tactique lors des élections de novembre 2015 que le Pouvoir truque. La CIA passe alors de l’influence politique à l’action secrète. Elle organise quatre tentatives d’assassinat, dont la dernière en juillet 2016 tournera mal, poussant les officiers kémalistes à tenter un coup d’État sans aucune préparation.

Recep Tayyip Erdoğan se trouve donc dans la position du Premier ministre italien des années 70, Aldo Moro. Les deux hommes sont à la tête d’un État-membre de l’Otan et doivent faire face à l’hostilité des États-Unis. L’Otan est parvenue à éliminer l’Italien en manipulant un groupe d’extrême-gauche [2], mais a échoué à tuer le Turc.

Par ailleurs, pour gagner les élections de novembre 2015, Erdoğan a flatté les suprémacistes turco-mongols en rouvrant unilatéralement le conflit avec la minorité kurde. De fait, il a ajouté à sa base électorale islamiste de l’AKP, les prétendus « nationalistes » du MHP. En quelques mois, il a fait tuer plus de 3 000 citoyens turcs d’ethnie kurde et a rasé plusieurs villages, voire des quartiers de grandes villes.

Enfin, en transmettant à al-Qaïda et à Daesh les armes que lui faisaient parvenir l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Otan, il a lié une relation étroite avec les organisations jihadistes. Il n’a pas hésité à utiliser la guerre contre la Syrie pour se faire de l’argent à titre personnel. D’abord en démontant et en pillant les usines d’Alep, puis en trafiquant le pétrole et les antiquités volés par les jihadistes. Progressivement tout son clan s’est lié aux jihadistes. Par exemple, son Premier ministre, le mafieux Binali Yıldırım, a organisé des ateliers de contrefaçon dans les territoires administrés par Daesh.

Cependant, l’intervention du Hezbollah dans la seconde guerre contre la Syrie, à partir de juillet 2012, puis celle de la Fédération de Russie, en septembre 2015, ont fait basculer le sort des armes. Désormais, la gigantesque coalition des « Amis de la Syrie » a largement perdu le terrain qu’elle occupait et a de plus en plus de difficulté à engager de nouveaux mercenaires. Des milliers de jihadistes ont déserté le champ de bataille et se sont déjà repliés en Turquie.

Or, la plupart d’entre eux sont incompatibles avec la civilisation turque. En effet, les jihadistes n’ont pas été recrutés comme une armée cohérente, mais pour faire nombre. Ils ont été au moins 250 000, peut-être beaucoup plus encore. Au départ, il s’agissait de délinquants arabes encadrés par les Frères musulmans. Progressivement, on y a ajouté les soufis Naqchbandis du Caucase et d’Irak, voire de jeunes occidentaux en quête de Révolution. Cet invraisemblable mélange ne peut pas tenir si on le déplace en Turquie. D’abord parce que désormais les jihadistes veulent un État à eux et qu’il apparaît impossible de proclamer à nouveau le Califat en Turquie. Ensuite, pour toutes sortes de raisons culturelles. Par exemple : les jihadistes arabes ont adopté le wahhabisme des donateurs saoudiens. Selon cette idéologie du désert, l’Histoire n’existe pas. Ils ont donc détruit de nombreux vestiges antiques, prétendument parce que le Coran interdit les idoles. Si cela n’a pas posé de problème à Ankara, il n’est pas question de les voir toucher au patrimoine turco-mongol.

De fait, aujourd’hui Recep Tayyip Erdoğan a —outre la Syrie— trois ennemis simultanés :
 Les États-Unis et leurs alliés turcs, le FETÖ de l’islamiste bourgeois Fethullah Gülen ;
 Les Kurdes indépendantistes et plus particulièrement le PKK ;
 Les ambitions étatiques sunnites des jihadistes, particulièrement de Daesh.

Si l’intérêt de la Turquie serait prioritairement d’apaiser ses conflits intérieurs avec le PKK et le FETÖ, celui d’Erdoğan est de se trouver un nouvel allié. Il fut celui des États-Unis à leur apogée, il souhaite devenir celui de la Russie, désormais première puissance militaire conventionnelle au monde.

Ce retournement semble d’autant plus difficile à réaliser que son pays est membre de l’Alliance atlantique ; une organisation que personne n’est jamais parvenu à quitter. Peut-être pourrait-il, dans un premier temps, sortir du commandement militaire intégré, comme le fit la France, en 1966. À l’époque, le président Charles De Gaulle avait dû faire face à une tentative de coup d’État et à de nombreuses tentatives d’assassinat de l’OAS, une organisation financée par la CIA [3].

À supposer que la Turquie parvienne à gérer cette évolution, elle devrait encore affronter deux autres problèmes majeurs.

En premier lieu, bien que l’on ignore précisément le nombre de jihadistes en Syrie et en Irak, on peut estimer qu’ils ne sont plus aujourd’hui qu’entre 50 et 200 000. Sachant que ces mercenaires sont massivement irrécupérables, que va-t-on en faire ? L’accord de cessez-le-feu, rédigé de manière volontairement imprécise, laisse ouvert la possibilité d’une attaque contre eux à Idleb. Ce gouvernorat est occupé par une kyrielle de groupes armés, sans liens les uns avec les autres, mais coordonnés par l’Otan depuis le LandCom d’Izmir, via des ONG « humanitaires ». À l’inverse de Daesh, ces jihadistes n’ont pas su s’organiser correctement et restent tributaires de l’aide de l’Alliance atlantique. Celle-ci leur parvient via la frontière turque, qui pourrait être bientôt fermée. Cependant, s’il est facile de contrôler les camions qui empruntent des routes bien définies, il n’est pas possible de stopper le passage des hommes à travers champs. Des milliers, peut-être des dizaines de milliers de jihadistes pourraient bientôt fuir vers la Turquie et la déstabiliser.

La Turquie a déjà débuté son changement de rhétorique. Le président Erdoğan a accusé les États-Unis de continuer à soutenir les jihadistes en général et Daesh en particulier, laissant entendre que s’il l’a fait lui aussi par le passé, c’était sous la mauvaise influence de Washington. Ankara ambitionne de gagner de l’argent en confiant la reconstruction de Homs et d’Alep à sa société de bâtiments et travaux publics. Toutefois, on voit mal comment après avoir payé des centaines de milliers de Syriens pour qu’ils quittent leur pays, après avoir pillé le Nord de la Syrie, et après avoir soutenu les jihadistes qui ont détruit ce pays et ont tué des centaines de milliers de Syriens, la Turquie pourrait éluder toutes ses responsabilités.

Le retournement de la Turquie, s’il se confirme dans les mois à venir, provoquera des conséquences en chaines. À commencer par le fait que le président Erdoğan se présente désormais non seulement comme l’allié de la Russie, mais comme le partenaire du Hezbollah et de la République islamique d’Iran, c’est-à-dire des héros du monde chiite. Fini donc le mirage d’une Turquie leader du monde sunnite, bataillant les « hérétiques » avec l’argent saoudien. Mais le conflit artificiel intra-musulmans que Washington a lancé ne s’arrêtera pas tant que l’Arabie saoudite n’y aura pas renoncé elle aussi.

L’extraordinaire basculement de la Turquie est probablement difficile à comprendre pour les Occidentaux, selon qui la politique est toujours publique. Sans évoquer l’arrestation d’officiers turcs dans un bunker de l’Otan à Alep-Est, il y a deux semaines, il est plus facile à interpréter pour ceux qui se souviennent par exemple du rôle personnel de Recep Tayyip Erdoğan durant la première guerre de Tchétchénie, alors qu’il dirigeait la Millî Görüş ; un rôle dont Moscou n’a jamais parlé, mais sur lequel les services de renseignement russes ont conservé de nombreuses archives. Vladimir Poutine a préféré transformer un ennemi en allié, plutôt que de le faire tomber et de devoir continuer à se battre contre son État. Le président Bachar el-Assad, sayyed Hassan Nasrallah et l’ayatollah Ali Khamenei lui ont volontiers emboité le pas.

À retenir  :
 Après avoir espéré conquérir la Syrie, le président Erdoğan se trouve, du seul fait de sa politique, contesté sur trois fronts : par les États-Unis et le FETÖ de Fethullah Gülen, par les Kurdes indépendantistes du PKK, et par Daesh.
 À ces trois adversaires, pourrait à nouveau s’ajouter la Russie qui détient de nombreuses informations sur son parcours personnel. Aussi le président Erdoğan a-t-il choisi au contraire de s’allier avec Moscou et pourrait-il sortir du commandement intégré de l’Otan.

[1] « Les documents du cessez-le-feu en Syrie (complet) », “Resolution 2336 (Syrian Ceasefire, Astana Talks)”, Réseau Voltaire, 31 décembre 2016.

[2] « La guerre secrète en Italie », par Daniele Ganser, Réseau Voltaire, 6 février 2010.

[3] « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.

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Gülen assassin… ou le tropisme eurasiatique de la Turquie ?

Publié le par Felli Bernard

Gülen assassin… ou le tropisme eurasiatique de la Turquie ?


andrew-korybkoPar Andrew Korybko – Le 23 décembre 2016 – Source Katehon

Gülen a-t-il commandité l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara ?

La meilleure question à se poser est la suivante : « Est-ce que cela importe ? » Eh bien, oui, en ce sens que l’important est de savoir qui soulève ces accusations, quelle que soit finalement leur véracité prouvée ou non. Deux des individus les plus influents de l’État turc suggèrent que le suspect et le supposé terroriste américain Fethullah Gülen avaient quelque chose à voir avec l’assassinat de l’ambassadeur de Russie en Turquie.

 

Le Président Erdogan a affirmé ceci :

« Cet homme (Mevlut Mert Altintas) était membre du FETO [l’organisation terroriste Fethullah Gülen], il n’est pas nécessaire de dissimuler ce fait. L’endroit où il a grandi et son dernier statut sont assez explicites. Il faut dire ouvertement que des membres de cette sale organisation peuvent encore se trouver dans les rangs de notre police et dans nos forces armées. »

Ses déclarations ont été appuyées par le ministre des Affaires étrangères Cavusoglu, qui aurait dit à son homologue américain que Ankara et Moscou « savaient que le FETO était derrière cette attaque ».

Ce qu’il est important de noter n’est pas nécessairement la véracité de ces allégations, mais le fait qu’elles soient exprimées par le politicien le plus important du pays et son plus haut diplomate. C’est le maximum qu’un dirigeant du monde puisse faire pour blâmer les États-Unis au sujet d’une attaque terroriste sans les accuser directement, ce qui, en un sens, confirme les soupçons des Russes depuis le début.

Il ne faut pas oublier que le président Poutine a exprimé publiquement sa conviction que l’assassinat de l’ambassadeur avait pour but de faire échouer les pourparlers tripartites qui se tiendraient le lendemain à Moscou entre la Russie, l’Iran et la Turquie, laissant ainsi fortement supposer que l’événement était connecté à quiconque voulait voir échouer ce cadre historique de changement de donne géostratégique.

On ne s’attend pas à ce qu’une preuve concluante soit révélée, d’une manière ou d’une autre, et qui prouverait, sans aucun doute, les liens avec le commanditaire – s’il y en avait un et non pas un loup solitaire. Néanmoins, le fait que Erdogan et Cavusoglu insistent sur l’implication de Gülen dans cette attaque terroriste pourrait aussi être un stratagème domestique pour blâmer tout ce qui va mal dans le pays sur la figure sombre de ce dernier.

Ce comportement d’Erdogan, au lieu d’être présenté comme une réaction réflexe – selon ce que prétendent les critiques de la Turquie –, demande à être analysé avec plus d’attention. En effet, de façon spectaculaire et sans précédent un membre de l’OTAN accuse ouvertement les États-Unis d’abriter un terroriste international qui est officiellement blâmé pour complicité dans l’assassinat d’un ambassadeur russe dans sa capitale. De plus, le gouvernement turc a partagé ces préoccupations avec son homologue russe, qui a choisi, de façon ambiguë, de ne pas les commenter, afin de préserver une aura d’incertitude diplomatique qui peut empêcher les États-Unis de deviner ce que pense vraiment Moscou.

Parallèlement à la coordination entre la Russie et la Turquie à travers le format tripartite, Washington est fondé à croire que Moscou et Ankara sont plus proches que jamais dans l’Histoire, en raison de la façon dont leurs deux présidents travaillent maintenant ensemble pour déterminer qui a commandité l’attentat contre l’ambassadeur, avec d’un côté Erdogan disant que le commanditaire est Gülen, basé [et protégé,NdT] par les États-Unis et de l’autre Poutine choisissant habilement de conforter cette théorie en refusant de la nier.

En analysant cet événement sous un angle plus large, il apparaît évident que la Turquie veut signaler son dégoût total des États-Unis et qu’elle pivote de façon décisive vers l’Eurasie, comme l’avait prédit l’auteur de cet article immédiatement après la tentative ratée, cet été, de coup d’État pro-américain.

Pour conclure, bien que l’argument de la Turquie puisse sembler fragile, l’accusation selon laquelle Gülen a ordonné l’attentat contre l’ambassadeur de Russie ne devrait pas être accueillie par des sarcasmes du côté des partisans d’un monde multipolaire, mais plutôt avec joie, en raison de la façon dont il exprime puissamment le rejet de Washington par Erdogan, et l’acceptation par ce dernier du nouvel ordre mondial multipolaire.

Andrew Korybko

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Shanghai et Istanbul écrivent une nouvelle histoire

Publié le par Felli Bernard

Shanghai et Istanbul écrivent une nouvelle histoire


Par Hurriyet Daily News – Le 22 décembre 2016

Une feuille de route en neuf étapes pour rendre les relations économiques entre la Turquie et la Chine durables et équilibrées a été publiée par la Commission des relations économiques étrangères (DEİK) et le Conseil des affaires Chine-Turquie.

 

Le rapport rédigé par l’expert Alta Atlı de la Sabancı University Istanbul Policy Center comprend une feuille de route complète et de haute qualité à l’attention  des décideurs et du monde des affaires.

Le chef du DEİK, Ömer Cihad Vardan, a souligné l’importance des relations historiques entre la Turquie et la Chine.

« Les deux extrémités de la Route de la Soie historique, Shanghai et Istanbul, peuvent écrire de nouveau l’Histoire. Dans ce contexte, en 2017, nous parlerons beaucoup de la Chine et de l’Asie-Pacifique », a déclaré M. Vardan.

« Alors que l’économie mondiale est de plus en plus « asiatique », en tant que deuxième puissance économique mondiale, la Chine, avec ses initiatives, devient le pionnier du processus de mondialisation», a-t-il déclaré.

Vardan a également affirmé que c’était une obligation plutôt qu’une option d’établir une coopération économique durable, de haute qualité, à gros volume et à valeur ajoutée élevée, avec la Chine.

Selon les données sur le commerce extérieur entre la Turquie et la Chine, son volume total en 2015 était de 27 milliards de dollars. Les exportations de la Turquie vers la Chine atteignent 2,4 milliards de dollars, principalement constituées de marbre et de pierre naturelle, de minerai de chrome, de minerai de cuivre, de minerai de plomb, de minerai de zinc et de produits chimiques. Les importations de la Turquie en provenance de Chine s’élèvent à 24 milliards de dollars, principalement des appareils téléphoniques, des dispositifs automatiques de traitement de données, des produits semi-finis en fer et en acier et des fils de filaments synthétiques. Le solde total du commerce extérieur est de 22,4 milliards de dollars en faveur de la Chine.

Le rapport comprend six chapitres principaux, sur les exportations, les importations, les investissements, le commerce des services et les composantes de soutien.

Le déficit du commerce extérieur entre la Chine et la Turquie augmente en faveur de la Chine. Pour chaque dollar exporté par la Turquie, celle ci importe plus de 10 dollars de biens et services. Si cette tendance se poursuit, si l’objectif de 100 milliards de dollars de volume de commerce extérieur est atteint en 2020, cela représenterait un fardeau de 80 milliards de dollars de déficit des comptes courants pour la Turquie.

Le plan d’action pour renverser cette situation contient plusieurs suggestions. Les produits intermédiaires importés par la Turquie en provenance de Chine contribuent à la production et aux exportations de la Turquie. Ces importations de biens intermédiaires devraient être conçues pour apporter la plus grande valeur ajoutée à l’économie turque. Les produits intermédiaires de haute qualité devraient être encouragés.

La Chine augmente ses investissements étrangers d’une moyenne de 10 pour cent par an. Plusieurs domaines, en particulier ceux qui aideraient la Turquie à atteindre ses objectifs de développement, devraient être axés sur les investissements en provenance de Chine, rendant possibles des avantages mutuels.

La Chine offre des occasions d’investissement intéressantes pour les entreprises turques. Les zones de libre-échange en Chine, certaines régions où la concurrence est faible et les incitations élevées et le secteur des services devraient être les priorités des entreprises turques.

De plus, la classe moyenne en croissance rapide et en développement en Chine a de plus en plus besoin de biens et services d’origine étrangère. Dans ses exportations de services vers la Chine, la Turquie semble avoir le plus grand potentiel dans le secteur du tourisme.

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Ankara : le false flag flotte irrésistiblement

Publié le par Felli Bernard

Ankara : le false flag flotte irrésistiblement

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Ankara : le false flag flotte irrésistiblement

Ils sont si nombreux à l’écrire qu’on s’en voudrait, pour cette fois dans tous les cas, de ne pas céder au charme très suspect du règne de la quantité ; Guénon ne nous en voudra pas car c’est vraiment, de notre part, très exceptionnel. Nous parlons bien entendu de l’assassinat de l’ambassadeur de Russie en Turquie, – terre d’élection, on le sait, puisque terre d’expérimentation, depuis fort longtemps, des cellules apparentées à Gladio et berceaux expérimental et originel de l’emploi de l’expression Deep State. Ces symboles anecdotiques purement gratuits pour un raisonnement rationnel finissent par influencer la recherche de la vérité-de-situation tant celle-ci vous sollicite dans le sens qu’on explore ici.

Encore une anecdote... Lorsqu’une chroniqueuse aussi innocente que Kathleen Parker, – du Washington Post/CIA et d’un anti-trumpisme élégamment hystérique, – salue la victoire au Collège Electoral du président Trump de ce souhait si également élégant “bienvenu en Enfer” (“Welcome to Hell”), elle désigne l’enfer sous la forme de cette terrible journée du 20 décembre avec ces trois attaques terroristes qui figureraient bien dans son esprit comme quelque chose de pire encore que l’amorce d’une Guerre Mondiale (on a égaré le numéro d’ordre : Troisième ? Quatrième ? Nième ? — ces jeunes gens ont encore tant à apprendre de la cruauté de l’histoire).. Mais, nuance, alors qu’elle ne dit rien de particulier à propos des deux autres attaques, elle précise à propos d’Ankara « In Ankara, a Turkish police officer assassinated Russia’s ambassador to Turkey, shouting, “Don’t forget Aleppo” », – et alors l’on a bien compris, nous qui avons l’esprit vif. L’ambassadeur russe assassiné, c’est bien fait, il a payé pour l’horreur sans précédent ni équivalent pour les massacres innommables et archi-russes d’Alep. Miss Parker n’est pas la seule dans le monde progressiste-sociétal de Washington à écrire de la sorte qui se réjouirait presque de la mort de l’ambassadeur, dans le genre Mission Accomplished, car ainsi fonctionnent sur le même rythme déterministe-narrativiste les neurones des zombies-Système, – point final, verdict prononcé et pensée interrompue.

Point final pour l’anecdote, mais pas pour la logique des explications type-false flag qui claquent comme autant de fausses bannières au vent des commentaires après l’assassinat de l’ambassadeur Andrei Karlov. Ils sont nombreux à écrire dans ce sens sans s’en dissimuler à la manière de la courageuse Kathleen Parker, c’est-à-dire en se mouillant et en écrivant droitement les choses : oui, l’assassinat de l’ambassadeur russe, ce serait bien le genre d’une de ces opérations subtiles de certaines “forces obscures”... Un officiel turc emploie l’expression, comme on le voit un peu plus loin.

• Quelques officiels russes, prompts à embrayer, se sont aussitôt manifestés sans s’attarder à mâcher leurs mots : pour eux, l’affaire a été menée par les diverses officines subversives du bloc-BAO qui compensent l’intelligence par le nombre ... « “It was a planned action. Everyone knew that he was going to attend this photo exhibition,” said Frantz Klintsevich, a Kremlin senior senator. “It can be ISIS, or the Kurdish army which tries to hurt Erdogan.” “But maybe – and it is highly likely – that representatives of foreign NATO secrets services are behind it.” [...]  Vladimir Zhirinovsky, head of the nationalist Liberal Democratic Party of Russia, declared it likely the killing was “a false flag operation by the West.” Russian MP, Alexey Pushkov, voiced similar sentiments, calling the shooting “a result of political and media hysteria around Aleppo sown by the enemies of Russia.” »

• Tandis que le président du Parlement turc Ismail Kahraman évoque ces fameuses “forces obscures”, – alors qu’on sait que Daesh n’est pas du tout une “force obscure”, –  pour expliquer l’attaque qui a eu lieu contre l’ambassadeur de Russie (« I wish that relations between the two countries will not be harmed after the attack which, I think, has been conducted by dark forces »), un ancien général turc, Nejt Eslen, interviewé par Spoutnik, explique que l’attaque avait pour but de torpiller l’axe Moscou-Ankara-Téhéran (une réunion de ces trois pays qui se rassemble pour garantir des conditions de cessez-le-feu à Alep et trouver une solution au conflit syrien, avait lieu le lendemain de l’attentat) ; il s’agit de cet axe nouveau-venu dont on s’aperçoit brusquement qu’il en est fait très grand cas :

« Certaines forces en Occident considèrent la Russie, personnifiée par Vladimir Poutine, et la Turquie, avec Recep Tayyip Erdogan à sa tête, comme leurs cibles principales. L’Union européenne emploie des sanctions contre la Russie. Le secrétaire américain à la Défense cite Daech et la Russie à titre de principales menaces. La situation de la Turquie est aussi très compliquée. Dans ce contexte, à la lumière des événements en Syrie, la Turquie, la Russie et l'Iran ont décidé de tenir une rencontre tripartite afin d'élaborer une résolution politique de la crise syrienne. L'Occident ne peut l'accepter... [...]  À côté de ces deux pôles de force que forment les États-Unis et la Chine, un troisième pôle va apparaître dans le monde, ce que la structure occidentale ne veut admettre en aucun cas. Et c’est justement de ce point de vue que je considère la tragédie d’hier. »

• Pépé Escobar, lui, voit plus large comme à son habitude. Il repousse immédiatement l’absurde parallèle Sarajevo-1914/Ankara-2016, – car l’assassinat de l’ambassadeur n’a rien à voir avec le déclenchement de la Troisième, Quatrième ou Nième Guerre mondiale ; mais tout à voir, semble-t-il au travers de telle ou telle ligne renvoyant à l’assassinat de l’ambassadeur, aux mêmes “forces obscures” du bloc-BAO. Là encore, il est question de l’axe Moscou-Ankara-Téhéran, auquel Pépé ajoute ici ou là la Chine, mais sans trop insister, et surtout pour nous dire que l’alliance du bloc-BAO est si furieuse de ce développement qu’il y a et qu’il y aura nécessairement du “ressentment” de la part du bloc, en d’autres mots “qu’il y aura du sang” (« There will be blood »), et celui de l’ambassadeur Karlov vient aussitôt à l’esprit. (A noter que Pépé, dans ce texte du 20 décembre sur RT, rappelle que l’assassin, Mevlut Mert Altintas, avait été suspendu de son poste de la police nationale turque pour ses liens suspectés avec les réseaux Gülen qu’on a coutume d’associer avec diverses organisations du bloc-BAO, avant d’être réintégré en novembre.)

« ...On the bilateral front, Moscow and Ankara are now working close together on counter-terrorism. Turkey’s defense minister was invited to Russia for anti-air defense system negotiations. Bilateral trade is booming again, including the creation of a joint investment fund. On the all-important energy front, Turkish Stream, despite the Obama administration’s obsession about its derailment, became the subject of state law in Ankara earlier this month. Atlanticists are appalled that Moscow, Ankara and Tehran are now fully engaged in designing a post-Battle of Aleppo Syrian future, to the graphic exclusion of the NATO-GCC combo.

» It’s under this context that the recent alleged capture of a bunch of NATO-GCC operatives – deployed under the US-led-from-behind “coalition” - by Syrian Special Forces in Aleppo must be interpreted. [...]

It was President Putin who all but established a de facto Russia-Iran-Turkey axis dealing with facts on the Syrian ground – in parallel to the rhetoric-heavy, zero-solution UN charade going on in Geneva. Moscow diplomatically emphasizes that the work of the axis complement Geneva. In fact, it’s the only reality-based work. And it’s supposed to sign and seal definitive parameters on the ground before Donald Trump enters the White House. In a nutshell; the five-year (and running) NATO-GCC combo’s multi-billion dollar regime change project in Syria all but miserably failed. Wily Erdogan seems to have learned his realpolitik lesson. On the Atlanticist front nevertheless, that opens myriad avenues to channel geopolitical resentment. [...]

» For all that to happen, Erdogan has concluded Ankara must be on board the Russia-China-Iran long-term strategy to pacify and rebuild Syria and make it a key hub as well of the New Silk Roads. Between that and an “alliance” of fleeting interests with Qatar, Saudi Arabia, and the US, it’s certainly a no-brainer.

» But make no mistake. There will be blood. »

Il est donc remarquable de constater avec quel ensemble l’interprétation false flag est acceptée par tant de monde ; d’ailleurs, est-ce bien un false flag ? On sait bien que Daesh, c’est le bloc-BAO et personne d’autre, aussi s’agit-il de la même boutique. Mais on sera tenté tout de même d’accepter la version directe bloc-BAO (CIA/OTAN), parce que la stupidité de l’acte est suffisamment sophistiquée pour qu’on y souscrive. L’idée serait donc que l’assassinat de l’ambassadeur, bien plus que d’être une vengeance pour les massacres uniquement russes d’Alep (autre false flag), est une tentative de torpiller l’“axe Moscou-Ankara-Téhéran” en rétablissant une tension furieuse entre Moscou et Ankara.

Cette subtile manœuvre est basée sur l’analyse psychologique d’un Poutine-dictateur, brute épaisse, ne connaissant que le langage de la force, et dont on attendait par conséquent qu’il tirât aussitôt une salve de missiles Kalibr sur Ankara, dès qu’il aurait été informé de l’assassinat – bref, une sorte de Brennan (directeur de la CIA) russifié. Or, Poutine est le contraire de tout cela, il ne cesse de le montrer depuis quatre ans pour la séquence en cours ; évidemment, si les pitres-bouffes de la CIA et de l’OTAN se fient à leur déterminisme-narrativiste pour en juger du comportement de Poutine, ils aboutissent effectivement à cette opération... En retour, ils obtiennent le contraire : l’assassinat a plutôt rapproché les Turcs et les Russes, notamment parce qu’Erdogan ne cesse de mesurer combien la fréquentation du bloc-BAO est chose dangereuse, non seulement pour l’équilibre de son pays, mais pour lui-même, y compris pour sa sécurité personnelle. Quant aux Russes et pour le vrai, et selon leur comportement habituel, ils savent où est leur intérêt et la perte d’un ambassadeur, fût-il homme estimable, ne saurait déclencher une vendetta aveugle du type qu’elle provoque en général en face ; par contre, cette terrible circonstance est utilisée avec efficacité pour accentuer l’appel à la lutte commune contre le terrorisme, chose qui est primordiale pour eux.

Oui bien sûr, tout cela ; mais non finalement, il y a mieux... Il y a encore plus intéressant et c’est, au travers des diverses déclarations, l’apparition de cette idée conceptualisée d’un “axe Moscou-Ankara-Téhéran”. Si l’attentat a eu un résultat remarquable, c’est bien celui d’officialiser ce concept, de le faire entrer de plain-pied dans l’univers de la communication, – et l’on sait que cette sorte d’opération revient à donner l’essentiel de sa substance à un événement. Ainsi l’association ponctuelle des trois pays pour la résolution du problème syrien, association dictée par les événements même si les intérêts divergent, prend une nouvelle allure, presque structurelle et conceptuelle. Il est remarquable que le témoin turc qui est interrogé différencie ce nouvel “axe” des USA mais aussi de la Chine (« Dans ce contexte, à la lumière des événements en Syrie, la Turquie, la Russie et l'Iran ont décidé de tenir une rencontre tripartite afin d'élaborer une résolution politique de la crise syrienne... [...]  À côté de ces deux pôles de force que forment les États-Unis et la Chine, un troisième pôle va apparaître dans le monde... », – nous avons volontairement supprimé toutes les allusions à l’antagonisme du bloc-BAO, qui est évident certes, pour mieux mettre en évidence cette idée d’un nouveau “pôle”). Bien entendu, c’est de l’intérêt du Turc de parler ainsi, mais n’est-il pas en train d’énoncer la possibilité très forte désormais d’une nouvelle vérité-de-situation ? (Au reste, Pépé Escobar, pourtant grand partisan de l’alliance Russie-Chine, décrit effectivement cet axe entre la Russie, la Turquie et l’Iran, même s’il le relie, mais d’une façon assez secondaire, à certaines entreprises chinoises.)

Alors que les USA, avec Trump, pourraient devenir beaucoup moins dangereux et beaucoup plus coopératifs pour la Russie, l’alliance de la Russie avec la Chine pourrait par enchaînement logique automatique devenir moins impérative. D’autre part, la retenue de la Chine dans les affaires fondamentales du Moyen-Orient (Syrie), sinon son abstention malgré de nombreuses annonces d’intervention qui ne se sont jamais concrétisées, peuvent aussi bien avoir encore plus refroidi le sentiment de l’urgence de l’alliance chinoise chez les Russes, d’autant plus que leur engagement en Syrie est devenu un point capital de leur politique depuis septembre 2015. De ce point de vue, l’arrivée de Trump ouvre largement le jeu pour la Russie et lui permet d’envisager de nouvelles formules, en réaffirmant une autonomie nouvelle, et même allant jusqu’à prendre des risques calculés en raffermissant ses liens avec un personnage aussi fantasque qu’Erdogan, – mais lui-même, de son côté, de moins en moins à l’aise dans la manipulation des divers terrorismes, donc de plus en plus poussé à une attitude raisonnable de proximité de la Russie... Qui plus est, l’“axe” nouveau, s’il permet effectivement une stabilisation en Syrie, aura l’effet de donner une certaine couverture, disons une certaine vertu internationale à l’Iran, intégré dans un nouveau bloc essentiel au Moyen-Orient, face à ceux qui, dans l’équipe Trump, montrent une grande agressivité à son encontre.

Il est remarquable d’observer combien la situation s’est modifiée depuis la “coup de Kiev” de février 2014, qui était censé “isoler” la Russie, – narrative pour les bas-de-gamme, – et dans tous les cas de l’enfermer dans une alliance fondamentale avec la Chine. Manifestement ce n’est plus le cas. Pour les amateurs de rangement on pourrait dire que le monde devient “multipolaire” mais le terme serait bien trop rigoureux … La multipolarité dans une telle dynamique et à une telle rapidité, et dans une confusion si considérable où les alliances et les blocs deviennent fluides et en constants mouvements, devrait plutôt s’apprécier comme un ajustement constant des relations internationales au tourbillon crisique qu’est devenue la situation générale, et dans cette sorte de bouleversement la Russie se montre d’une capacité d’adaptation inégalable dans la mesure où elle se tient appuyée sur la solidité de ses principes. Tout cela se déroule sous les yeux vides de la structure moisie et quasiment en cours de désintégration du bloc-BAO, avec ses propres termites intérieures de type-Trump pour accélérer la chose. (Il est vrai, hommage du cul-de-jatte à l’hémiplégique, que la grande préoccupation secrète de la diplomatie de l’UE aujourd’hui est de déterminer si et comment elle va prendre contact officieusement, – on n’en est pas encore au stade officiel, – avec l’équipe Trump. On ne sait pas encore, à Bruxelles, si “ces gens-là” sont fréquentables, aussi faudrait-il les informer que “ces gens-là” vont diriger les États-Unis d’Amérique à partir du 20 janvier 2017.)

 

Mis en ligne le 21 décembre 2016 à 15H59

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L’UE prévoit un sommet avec la Turquie

Publié le par Felli Bernard

L’UE prévoit un sommet avec la Turquie

Les dirigeants des institutions européennes ont reçu le mandat de planifier un sommet avec la Turquie dans les mois à venir, a expliqué Donald Tusk après le sommet du 15 décembre.

« Nous avons un mandat pour organiser un sommet dans les mois à venir », a annoncé le président du Conseil lors d’une conférence de presse à l‘issue du sommet du 15 décembre.

Ce sont Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, qui représenteront l’UE lors de cette rencontre. Bruxelles a encore beaucoup de choses à discuter avec Recep Tayyip Erdoğan et son gouvernement, a souligné Donald Tusk, notamment en ce qui concerne l’accord UE-Turquie, qui a permis de réduire le nombre de migrants arrivant en Europe.

Les relations entre Bruxelles et Ankara se sont refroidies depuis la tentative de coup d’État de cet été, qui a été suivie par une répression de l’opposition et des médias très critiquée par l’Europe. La Turquie a déclaré en avoir « marre » de la condescendance européenne vis-à-vis de sa possible adhésion au bloc.

Le gouvernement turc a également critiqué l’UE à de nombreuses reprises, l’accusant d’accueillir des « terroristes » kurdes ou sympathisants de Fetullah Gülen.

>> Lire : L’Occident ne comprend pas Gülen, selon Ankara

Les dirigeants européens ne veulent cependant pas rompre leur dialogue avec la Turquie. Selon les diplomates, le sommet décidé par le Conseil se penchera soit sur la conclusion des discussions sur la libéralisation des visas, soit sur un élargissement de l’union douanière.

>> Lire : La CSU met en garde contre la libéralisation des visas pour la Turquie

Une nouvelle alternative pour la Turquie

Jean-Claude Juncker a récemment déclaré qu’une alternative à l’adhésion pourrait être créée pour la Turquie et le Royaume-Uni, qui souhaite graviter le plus près possible de l’UE sans pour autant en faire partie. De leur côté, l’Autriche et les Pays-Bas font pression pour le gel des négociations d’adhésion de la Turquie, mais demeurent isolés sur le sujet au sein des Vingt-huit.

Ankara a pour sa part fait savoir à l’UE qu’il était temps de trancher la question de l’adhésion, puisque le pays a des « alternatives » à un rapprochement avec les Vingt-huit.

Malgré la fermeté des déclarations turques et le peu de goût de l’UE pour cet élargissement, les diplomates estiment que ni Bruxelles ni Ankara n’ont intérêt à exacerber les tensions.

>> Lire : Les eurodéputés réclament un gel des négociations sur l’adhésion de la Turquie


Par : Georgi Gotev | EurActiv.com

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Erdogan en a marre de l’UE, il veut adhérer au “Shangai Five”

Publié le par Felli Bernard

Erdogan en a marre de l’UE, il veut adhérer au “Shangai Five”

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« Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré dimanche que son pays ne voulait pas adhérer à tout prix à l’Union européenne et qu’il considérait aussi la possibilité que son pays rejoigne le “Shanghai Five”, un bloc dominé par la Chine, la Russie et un certain nombre de pays d’Asie centrale.

Membre de l’OTAN, la Turquie négocie depuis 11 ans son adhésion à l’UE, mais le leadership européen se montre de plus en plus rétif face à l’attitude d’Ankara à l’égard des libertés démocratiques, ce qui est interprété par Erdogan comme une forme de «condescendance ». « L’UE fait traîner le processus d’adhésion depuis 53 ans », a déclaré le président turc.

« La Turquie doit se sentir à l’aise, elle ne doit pas dire « Pour nous, c’est l’UE à tout prix », a déclaré Erdogan au journal Hurriyet à son retour d’une visite au Pakistan et en Ouzbékistan.

« Pourquoi la Turquie ne ferait-elle pas partie du Shanghai Five ? J’ai dit cela à M. Poutine (le président russe) et à M. Nazarbayev (le président kazakh), à ceux qui sont dans le Shanghai Five aujourd’hui. J’espère qu’il y aura des développements positifs dans ce sens. Je pense si la Turquie rejoignait le Shanghai Five, cela nous permettrait d’agir avec plus d’aisance ».

Les 5 du « Shanghai Five » sont en fait 8

Le Shanghai Five comprend en fait 8 membres. En 2001, la Chine, la Russie et quatre pays d’Asie centrale – le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan – se sont regroupés pour former l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dans le but d’améliorer la sécurité de ces pays et de former un bloc contre l’islam radical et le trafic de drogue de l’Afghanistan voisin.

Cette année, elle a admis deux nouveaux membres : l’Inde et le Pakistan.

La Turquie est l’un des partenaires de discussion de l’OCS, tandis que la Biélorussie, la Mongolie, l’Iran, et l’Afghanistan sont des Etats observateurs. Les partenaires de discussion peuvent participer aux réunions de l’OCS, mais ils ne disposent pas de droits de vote.

L’OTAN

L’adhésion de la Turquie à l’OCS enverrait probablement un signal d’alarme au siège bruxellois de l’OTAN. Erdogan a demandé aux Turcs la semaine dernière de rester patients à l’égard de l’Europe jusqu’à la fin de cette année, mais il a également indiqué qu’il envisageait la possibilité d’organiser un référendum sur l’adhésion de l’UE. Ce dernier serait organisé en 2017″.

Express live, le 21 novembre 2016

Rappels :

Le Brexit redistribue la géopolitique mondiale

La nouvelle politique étrangère britannique (Th. Meyssan)

 

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières

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