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Lavrov: l'assassinat de Kadhafi est un crime de guerre

Publié le par Felli Bernard

Mouammar Kadhafi,
Mouammar Kadhafi,

Lavrov: l'assassinat de Kadhafi est un crime de guerre

© Sputnik. Alexei Druzhinin

International

13:39 31.05.2016(mis à jour 13:42 31.05.2016) URL courte

Dossier:

Libye après la mort de Mouammar Kadhafi (136)

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L'assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en 2011 était un crime de guerre, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

"Là aussi il y a eu une erreur, une erreur non pas parce qu'ils (l'Occident, ndlr) ont violé le mandat du Conseil de sécurité (de l'Onu, ndlr), qui n'était destiné qu'à fermer le ciel, qu'à ne pas laisser l'aviation voler. Mais ils n'ont fait que bombarder à partir du ciel, et finalement ils ont brutalement tué Kadhafi. Peu importe l'attitude qu'on peut avoir envers lui, c'est aussi un crime de guerre", a indiqué le chef de la diplomatie russe.

© Sputnik.

Et dire que Kadhafi avait raison…

Les bombardements du territoire libyen ont été effectués par les forces de la coalition menée par les Etats-Unis, notamment la France et la Grande-Bretagne. Après des frappes françaises sur la colonne automobile dans laquelle se trouvait Kadhafi, celui-ci a été capturé et assassiné par les rebelles.

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Dossier:

Libye après la mort de Mouammar Kadhafi (136)

Tags:

crimes de guerre, Mouammar Kadhafi, Sergueï Lavrov, Libye

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Washington et Bruxelles dissuadent Juncker de venir en Russie

Publié le par Felli Bernard

 le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker
le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker

Washington et Bruxelles dissuadent Juncker de venir en Russie

© Sputnik.

International

09:59 31.05.2016(mis à jour 12:19 31.05.2016) URL courte

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Les Etats-Unis et certains pays de l'UE craignent que la visite du président de la Commission européenne en Russie puisse influer sur la décision concernant les sanctions antirusses.

© AFP 2016 John Thys

Le chef de la Commission européenne accepte une invitation en Russie

Lundi, on annonçait que Jean-Claude Juncker avait accepté de se rendre en Russie le 16 juin pour le Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

"Le président Juncker a été invité et compte participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg le 16 juin", a déclaré la porte-parole de l'exécutif européen à Bruxelles.

Les détracteurs craignent que la visite de Juncker en Russie puisse être considérée comme un signe d'appui au président russe Vladimir Poutine à la veille de la prise d'une décision par l'UE au sujet de la prorogation des sanctions antirusses.

© Photo: AP/Michel Euler

Résolution sur la levée des sanctions antirusses: "Un signe très fort"

En juillet prochain, l'Union européenne envisage de prendre une décision au sujet de la prorogation de six mois des sanctions sectorielles contre la Russie et du renforcement de ces mesures restrictives. L'UE lie la possibilité d'atténuer et de lever les sanctions avec la réalisation complète des accords de Minsk sur l'Ukraine sans qu'une évaluation objective de ce processus soit réalisée.

Selon les dirigeants de l'UE, dans l'ensemble, le compromis sur la prorogation des sanctions a été réalisé. Dans le même temps, des voix s’élèvent, y compris en Allemagne, en Italie et en France, en faveur d’une révision de la politique des sanctions ainsi que du dommage qu'elle présente pour l'agriculture et le secteur industriel de l'Europe.

© REUTERS/ Eugene Hoshiko/Pool

Le G7 menace de renforcer les sanctions antirusses

Auparavant, le président de la Commission européenne s'était à maintes reprises prononcé en faveur d'un renforcement des liens commerciaux avec la Russie. Il a notamment souligné que l'Europe "ne devait pas permettre à Washington de dicter ses relations avec la Russie".

Les sanctions européennes ont été introduites contre Moscou à l'initiative des Etats-Unis suite au rattachement de la Crimée, que certains pays occidentaux ont qualifié d'"annexion". Cependant, la péninsule est redevenue russe suite à un référendum à l'issue duquel l’écrasante majorité des habitants se sont prononcés pour le rattachement.

Ce plébiscite a eu lieu un mois après le coup d'État perpétré en février 2014 en Ukraine, quand des hommes politiques soutenus par des forces nationalistes, ouvertement russophobes, sont arrivés au pouvoir à Kiev.

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Libye : l’invitation du Premier ministre El-Serraj aux Européens remise en cause ?

Publié le par Felli Bernard

Libye : l’invitation du Premier ministre El-Serraj aux Européens remise en cause ?

31 Mai 2016 EUNAVFOR Med, Federica Mogherini, Formation, Frontières, Garde-côtes, Immigration, Libye

(BRUXELLES2) Contrairement aux apparences, il n’y a pas vraiment de consensus au sein du Conseil présidentiel libyen, sur les questions de sécurité (armée, police, comme garde-côtes). B2 en a eu confirmation directement auprès d’un des deux membres du Conseil présidentiel libyen, opposants à la politique de Fayez El-Sarraj, sur ce point. Omar al-Aswad, qui représente Zintan au sein du Conseil présidentiel. Un langage qui tranche et qui est intéressant.

  • Al-Aswad n’est pas n’importe qui. Après la chute de Kadhafi, il a fait partie du gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Abdel Rahim al-Kib, comme ministre de l’Intérieur. Sous Kadhafi, il avait été chargé en 2007-2008 de la lutte anti-corruption, ciblant une centaine de membres et personnalités du régime d’alors (dont Ahmed Miltig, aujourd’hui… vice-président du Conseil présidentiel…d’où quelques rancunes tenaces de part et d’autre). Au sein du Conseil présidentiel, il représente la ville de Zintan, même s’il entend « représenter tous les Libyens ». Zintan, c’est cette ville à l’ouest de Tripoli, dans le Djebel de Nefoussa, qui a pris une part active dans la chute de Kadhafi (Lire : Les rebelles à Tripoli, le plus dur commence ?) et est surtout opposée à la milice de Misrata. Elle en a été « expulsée » de Tripoli après la bataille de l’aéroport en 2014. Et, d’une certaine façon, elle est l’alliée à l’ouest du général Haftar, présent à l’est du pays.

Les principes fondamentaux de sécurité pas respectés

Al-Aswad estime que certains « principes fondamentaux » ne sont pas respectés, que les décisions sur la sécurité et l’armée libyenne ne vont pas dans le bon sens et que la lettre de El-Sarraj demandant l’aide de l’Union européenne pour former les garde-côtes et les forces de sécurité est nulle. « Cette demande n’est pas valable. Car il n’y a pas eu de consensus. L’article 3 de l’accord présidentiel prévoit que toute demande d’accord doit être faite de manière consensuelle. C’est cela le mot important. »

Réorganiser le commandement avant de former

Sur le fond il affirme ne pas « avoir d’hostilité de principe » à recourir à l’aide de l’Union européenne, si « nous en avons besoin de manière précise et ponctuelle ». Mais avant de mettre en place une formation, il faut réorganiser le corps de garde-côtes qui est partie intégrante de la marine libyenne, victime des bombardements des alliés en 2011. C’est « une force importante pour le pays. On a des hommes et du matériel. (…) Je ne vois aucun problème pour les entrainer et les équiper (avec les Européens). Ils ont surtout besoin d’un commandement véritable (…). Or, il n’y a pas actuellement de volonté au sein du gouvernement pour les faire travailler ensemble. » Autre sujet de préoccupation pour notre interlocuteur : « faire le bon choix des hommes. Il ne faut pas exclure ceux qui ont travaillé et travaillent encore dans ce corps. » Sa crainte c’est de voir certains hommes des milices intégrer ce corps, alors que les ex garde-côtes restent « à la maison ».

La frontière sud, tout aussi voire plus importante que la côte

La stratégie européenne de se concentrer sur la côte est aussi criticable. « On a une très longue côte, c’est vrai. Mais on a surtout 5000 km de frontières dans le désert, au sud et au sud ouest, avec cinq pays limitrophes. Cette frontière-là doit être sécurisée. Je l’ai dit à Federica Mogherini le 8 janvier à Tunis, lors d’une réunion entre le Conseil présidentiel et les ambassadeurs de l’UE. Sinon cela ne sert à rien. C’est comme essayer de faire le ménage dans une chambre alors que l’eau continue d’arriver. Il faut d’abord fermer le tuyau… » Une frontière sud par où passent non seulement migrants clandestins mais aussi armes, bagages, argent, etc. Une frontière qui inquiète grandement les pays du Sahel, et la France exposée en première ligne au Mali, au Niger et au Tchad.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Les 5 déclarations les plus folles d'Avigdor Lieberman, nouveau ministre de la Défense israélien

Publié le par Felli Bernard

Avigdor Lieberman
Avigdor Lieberman

Les 5 déclarations les plus folles d'Avigdor Lieberman, nouveau ministre de la Défense israélien

31 mai 2016, 13:05

Source: Reuters

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Avigdor Lieberman est connu pour ses déclarations scandaleuses et ses bourdes, qui en tant qu'ancien ministre des affaires étrangères ont créé quelques incidents diplomatiques pour Israël. RT France a sélectionné le top 5 d'entre elles.

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Sur les Arabes :

Les Arabes Israéliens qui sont contre nous méritent de se faire décapiter à la hache

Avigdor Lieberman n'est pas tendre envers quiconque ne soutiendrait pas inconditionnellement Israël.

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Sur les prisonniers palestiniens :

Je propose de transporter les prisonniers palestiniens en autocars jusqu'à la mer Morte pour les noyer

Partisan d'une ligne dure, le ministre de la Défense prône des mesures radicales envers les palestiniens.

Source: Reuters

Sur l'antisémitisme en Europe :

L'Europe suit une politique hostile aux Juifs, comme à la fin des années 1930

Le ministre de la Défense appelle les Juifs du monde à rejoindre l'Etat Hébreu. La situation sécuritaire dégradée envers les Juifs est un argument choc en sa faveur.

Source: Reuters

Sur la façon dont il faut traiter avec le Hamas :

Nous devons combattre le Hamas comme les Américains ont combattu les Japonais. Les américains ont vaincu le Japon sans occupation terrestre, rendant une occupation militaire absolument superflue

Peu soucieux de paraître diplomate, Avigdor Lieberman se soucie avant tout de son électorat d'extrême-droite, sensible à ses déclarations choc.

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Sur le nucléaire iranien :

Sans perdre de temps, il faut œuvrer au renversement du régime fou de Téhéran

Le ministre de la Défense estime que le programme nucléaire et balistique iranien représente un danger mortel pour Israël et plaide depuis longtemps en faveur d'une attaque militaire contre Téhéran.

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Moscou dément les informations sur les frappes aériennes russes dans la province syrienne d’Idlib

Publié le par Felli Bernard

Moscou dément les informations sur les frappes aériennes russes dans la province syrienne d’Idlib

Moscou dément les informations sur les frappes aériennes russes dans la province syrienne d’Idlib

31 mai 2016, 12:09

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Le ministère de la Défense russe a déclaré que l’aviation russe n’avait pas mené de frappes aériennes dans la province d’Idlib et a démenti les informations présentées par l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

«L’aviation russe n’a eu aucune opération militaire dans la province syrienne d’Idlib», a expliqué le porte-parole de la Défense russe Igor Konachenkov.

Détails à suivre...

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Bâillonner les USA alors qu’ils se préparent à la guerre

Publié le par Felli Bernard

Bâillonner les USA alors qu’ils se préparent à la guerre

Bâillonner les USA alors qu’ils se préparent à la guerre

Par John Pilger

Mondialisation.ca, 30 mai 2016

johnpilger.com 27 mai 2016

Région : États-Unis

Thème: Désinformation médiatique, Guerre USA OTAN

Analyses: Élections USA

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De retour aux États-Unis dans une année électorale, je suis frappé par le silence. J’ai couvert quatre campagnes présidentielles, en commençant par celle de 1968. J’étais avec Robert Kennedy quand il a été abattu et j’ai pu voir son assassin, se préparant à le tuer. Ce fut un baptême à la sauce américaine. Tout comme la violence enragée de la police de Chicago lors de la convention démocrate truquée. Le coup d’envoi de la grande contre-révolution était donné.

Martin Luther King était le premier à être assassiné cette année-là. Il avait osé établir un lien entre les souffrances des Afro-Américains et le peuple vietnamien. Lorsque Janis Joplin a chanté « Liberté est juste un autre mot pour rien à perdre », elle a peut-être parlé inconsciemment pour les millions de victimes de l’Amérique aux confins du monde.

« Nous avons perdu 58.000 jeunes soldats au Vietnam, et ils sont morts en défendant votre liberté. Maintenant, n’oubliez pas ça. » Ainsi parle un guide du Service du National Parks, tel que je l’ai filmé la semaine dernière au Memorial Lincoln à Washington. Il s’adressait à un groupe scolaire de jeunes adolescents en tee-shirts orange vif. Et c’était comme s’il récitait son texte par cœur, renversant la vérité sur le Vietnam dans un mensonge incontesté.

Les millions de Vietnamiens qui sont morts, qui ont été mutilés, empoisonnés et dépouillés par l’invasion américaine, ces millions de Vietnamiens n’ont pas de place historique dans les jeunes esprits. Et je ne parle même pas des quelque 60.000 anciens combattants qui ont été sacrifiés. On a souvent demandé à un de mes amis, un marine qui est devenu paraplégique au Vietnam : « De quel côté vous êtes-vous battu ? »

Il y a quelques années, je participais à une exposition populaire appelée « Le prix de la liberté » à la vénérable Smithsonian Institution à Washington. Des hordes de gens ordinaires, pour la plupart des enfants traînant à travers la grotte un père Noël du révisionnisme, se sont vues dispenser une variété de mensonges : le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki a sauvé « un million de vies » ; l’Irak a été « libéré par des frappes aériennes d’une précision sans précédent ». Le thème était infailliblement héroïque : seuls les Américains paient le prix de la liberté.

La campagne électorale de 2016 est remarquable à plus d’un titre. Il y a la montée de Donald Trump et de Bernie Sanders. Mais il y a aussi la résilience d’un silence persistant sur ce droit divin meurtrier que les Etats-Unis se sont autoaccordé. Un tiers des membres des Nations Unies ont senti la botte de Washington que ce soit à travers le renversement de gouvernements, la subversion de la démocratie ou l’imposition de blocus et de boycotts. La plupart des présidents responsables étaient des libéraux : Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton, Obama.

Le record de perfidie est à couper le souffle et a tellement évolué dans l’esprit des gens que le regretté Harol Pinter a écrit qu’« il n’a jamais eu lieu… Rien ne s’est jamais passé. Même pendant que cela se déroulait, il ne se passait rien. Ça n’a pas d’importance. Ça n’a aucun intérêt. Ça n’a pas d’importance… » Pinter exprimait une forme d’admiration feinte pour ce qu’il appelait une « manipulation clinique du pouvoir dans le monde entier tout en se faisant passer pour une force oeuvrant au bien universel. C’est un cas brillant, même amusant, d’hypnose réussie. »

Prenez Obama. Alors qu’il se prépare à quitter ses fonctions, l’adulation a commencé une fois de plus. Il est « cool ». L’un des présidents les plus violents, Obama a pourtant donné les pleins pouvoirs à l’appareil faiseur de guerres du Pentagone qui avait été discrédité du temps de son prédécesseur. Il a poursuivi plus que n’importe quel président les lanceurs d’alerte — en réalité des diseurs de vérité. Il prononça Chelsea Manning coupable avant même qu’elle ne soit jugée. Aujourd’hui, Obama dirige une campagne mondiale sans précédent de terrorisme et d’assassinat par drones.

En 2009, Obama a promis d’aider « à débarrasser le monde des armes nucléaires » et il a reçu le prix Nobel de la paix. Mais aucun président américain n’a construit autant d’ogives nucléaires qu’Obama. Il a modernisé l’arsenal du « jugement dernier », de l’Amérique, y compris une nouvelle « mini » arme nucléaire, dont la taille et la technologie « intelligente » ont fait dire à l’un des principaux généraux que son utilisation « n’était plus impensable ».

James Bradley, l’auteur du best-seller « Flags of Our Fathers » et fils de l’un des Marines américains qui ont soulevé le drapeau sur Iwo Jima a dit : « [Un] grand mythe que nous voyons se jouer est celui d’Obama comme une sorte de gars paisible qui essaie de se débarrasser des armes nucléaires. Il est le plus grand guerrier nucléaire qui soit. Il nous engage dans une course ruineuse en dépensant un billion de dollars pour plus d’armes nucléaires. D’une certaine manière, les gens vivent dans ce fantasme : parce qu’Obama donne quelques vagues conférences de presse et des allocutions et parce qu’il se prête à des opérations photo où il a l’air sympa, il donne l’impression d’être attaché à la politique actuelle. Ce n’est pas le cas. »

Sur la montre Obama, une seconde guerre froide est en cours. Le président russe est un méchant pantomime ; les Chinois n’en sont pas encore réduits à leur sinistre caricature à nattes — comme à l’époque où tous les Chinois étaient bannis des Etats-Unis —, mais les guerriers médiatiques y travaillent.

Ni Hillary Clinton, ni Bernie Sanders n’ont mentionné quoi que ce soit à ce sujet. Il n’y a aucun risque ni aucun danger pour les Etats-Unis et pour nous tous. Pour eux, le plus grand déploiement militaire sur les frontières russes depuis la Seconde Guerre mondiale n’a pas eu lieu. Le 11 mai, la Roumanie a été mise en ligne avec une base de « défense antimissile » de l’Otan qui mettent les missiles américains de première frappe en joue vers le cœur de la Russie, la deuxième puissance nucléaire mondiale.

En Asie, le Pentagone envoie des navires, des avions et des forces spéciales aux Philippines pour menacer la Chine. Les États-Unis encerclent déjà la Chine avec des centaines de bases militaires qui s’étirent dans un arc partant de l’Australie jusqu’à l’Asie en passant par l’Afghanistan. Obama appelle cela un « pivot »

En conséquence directe de cela, la Chine aurait selon certaines sources changé sa politique d’armement nucléaire, passant du statut de non-utilisation en premier à celui de haute alerte. Elle a également mis en mer des sous-marins dotés d’armes nucléaires. L’escalator s’emballe.

C’était Hillary Clinton qui, en tant que Secrétaire d’État en 2010, avait élevé les revendications territoriales concurrentes de quelques rochers et récifs de la mer de Chine méridionale à un statut de question internationale ; l’hystérie de CNN et de la BBC avait suivi ; la Chine construisait des pistes d’atterrissage sur les îles disputées. Dans son exercice de guerre titanesque de 2015, l’opération Talisman Sabre, les Etats-Unis se sont entraînés à « bloquer » le détroit de Malacca à travers lequel passe la majeure partie du pétrole et du commerce de la Chine. Ce n’est pas passé aux infos.

Clinton a déclaré que l’Amérique avait un « intérêt national » dans ces eaux asiatiques. Les Philippines et le Vietnam ont été encouragés et soudoyés pour poursuivre leurs revendications et leurs vieilles inimitiés contre la Chine. En Amérique, les gens sont conditionnés pour voir toute position défensive chinoise comme offensive, si bien que le terrain est préparé pour une rapide escalade. Une stratégie similaire de provocation et de propagande est appliquée à la Russie.

Clinton, la « candidate des femmes », laisse une trace de coups sanglants : au Honduras, en Libye (ajoutons l’assassinat du président libyen) et en Ukraine. Ce dernier pays est maintenant un parc à thème de la CIA grouillant de nazis ainsi que la ligne de front d’une guerre à venir avec la Russie. Ce fut à travers l’Ukraine — littéralement, la « frontière » — que les nazis d’Hitler ont envahi l’Union soviétique, qui a perdu 27 millions de personnes. Cette catastrophe épique demeure dans les esprits russes. La campagne présidentielle de Clinton a reçu de l’argent de tous, mais surtout de l’un des dix plus grands fabricants d’armes du monde. Aucun autre candidat n’a été jusque-là.

Sanders, l’espoir de beaucoup de jeunes Américains, n’est pas très différent de Clinton dans sa vision possessive qu’il a du monde, au-delà des États-Unis. Il a soutenu le bombardement illégal de la Serbie par Bill Clinton. Il soutient le terrorisme par drone d’Obama, la provocation de la Russie et le retour des forces spéciales (escadrons de la mort) en Irak. Il n’a rien à dire sur les menaces lancinantes qui pèsent sur la Chine et le risque de plus en plus accru d’une guerre nucléaire. Il est d’accord sur le fait qu’Edward Snowden devrait passer en jugement et il appelle Hugo Chavez — comme lui, un social-démocrate — « un dictateur communiste mort ». Il promet de soutenir Clinton si elle est nommée.

L’élection de Trump ou de Clinton est l’ancienne illusion d’un choix qui n’a pas le choix : les deux faces d’une même médaille. En désignant les minorités comme bouc émissaire et en promettant de « rendre l’Amérique grande à nouveau », Trump est un populiste national d’extrême droite ; mais le danger d’une Clinton peut être encore plus mortel pour le monde.

« Seul Donald Trump a dit quelque chose de significatif et de critique sur la politique étrangère américaine », écrit Stephen Cohen, professeur émérite d’histoire russe à Princeton et NYU, l’un des rares experts russes aux Etats-Unis qui parlent des risques d’une guerre.

Dans une émission de radio, Cohen fait référence aux questions critiques que seul Trump avait soulevées. Parmi elles : pourquoi les Etats-Unis se projettent-ils « partout sur le globe » ? Quelle est la vraie mission de l’OTAN ? Pourquoi les États-Unis poursuivent-ils toujours un changement de régime en Irak, en Syrie, en Libye, en Ukraine ? Pourquoi Washington traite-t-elle la Russie et Vladimir Poutine en ennemi ?

L’hystérie contre Trump dans les médias libéraux sert l’illusion d’un « débat libre et ouvert » et de « la démocratie à l’oeuvre ». Ses vues sur les immigrés et les musulmans sont grotesques, mais le chef des déportations de personnes vulnérables en Amérique n’est pas Trump, c’est Obama dont la trahison des personnes de couleur est l’héritage : tel est l’entreposage d’une population carcérale principalement noire, aujourd’hui plus nombreuse que le goulag de Staline.

Cette campagne présidentielle ne devrait pas porter sur le populisme, mais sur le libéralisme américain, une idéologie qui se considère comme moderne et donc de qualité supérieure. Elle détiendrait l’unique vérité. Ceux qui sont sur son aile droite ressemblent d’une certaine manière aux impérialistes chrétiens du 19e siècle, investis d’une mission divine de convertir ou de coopter ou de conquérir.

En Grande-Bretagne, c’est le blairisme. Le criminel de guerre chrétien Tony Blair est parti avec ses préparatifs secrets pour l’invasion de l’Irak en grande partie parce que la classe et les médias politiques libéraux ont craqué pour son « cool Britannia ». Dans le Guardian, les applaudissements étaient assourdissants ; on l’a qualifié de « mystique ». Une diversion connue comme la politique identitaire, importée des États-Unis, avait bien évidemment toutes ses bonnes grâces.

La fin de l’Histoire a été annoncée, les classes ont été abolies et la question du genre promue comme féminisme ; beaucoup de femmes sont devenues des députés néotravaillistes. Lors de leur premier jour au Parlement, elles ont suivi les instructions et ont voté la réduction des avantages des parents isolés, la plupart étant des femmes. La majorité d’entre elles a également voté en faveur d’une invasion qui a produit 700.000 veuves irakiennes.

Leur équivalent aux États-Unis, ce sont les bellicistes politiquement correctes du New York Times, du Washington Post et du réseau télévisé qui dominent le débat politique. Je regardais un débat déchaîné sur CNN au sujet des infidélités de Trump. Il était clair, disaient-ils, qu’un tel homme à la Maison Blanche ne pourrait pas être digne de confiance. Aucun enjeu n’a été soulevé. Rien sur les 80 pour cent d’Américains dont le revenu a chuté au niveau de celui des années 70. Rien sur la dérive à la guerre. La sage consigne semble être de se « boucher le nez » et de voter Clinton : tout le monde, mais pas Trump. De cette façon, vous arrêtez le monstre et préservez un système en manque d’une nouvelle guerre.

John Pilger

Article original en anglais :

Silencing the United States as It Prepares for War

Traduit de l’anglais par Incestig’Action

La source originale de cet article est johnpilger.com

Copyright © John Pilger, johnpilger.com, 2016

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Le président égyptien demande justice pour une chrétienne agressée et déshabillée en pleine rue

Publié le par Felli Bernard

Le président égyptien demande justice pour une chrétienne agressée et déshabillée en pleine rue

Le président égyptien demande justice pour une chrétienne agressée et déshabillée en pleine rue

31 mai 2016, 07:25

Source: Reuters

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Abdel Fattah al-Sissi s’est engagé à ce que justice soit rendue à un chrétienne de 70 ans qui avait été agressée par une foule de musulmans, son fils ayant eu des relations sexuelles avec une jeune musulmane.

L’incident s’est déroulée dans la ville d'Al-Minya, à 300 kilomètres au sud du Caire, le 20 mai. Environ 300 musulmans ont violé le domicile d’une chrétienne dont le fils serait soupçonné d’avoir eu des relations intimes avec une jeune musulmane contre la volonté de la famille de cette dernière. Le fils n’était pas chez lui, la foule enragée s’en est prise à la vielle dame, l’a déshabillant et l’entrainant, nue, dans la rue.

Les agresseurs ont ensuite pillé et brûlé sa maison - ainsi que les autres se trouvant aux alentours.

Source: Reuters

Ces violences avait été passées sous silence par la police et les médias égyptiens. Seulement une dizaine de jours plus tard le président, Abdel Fattah al-Sissi, a fini par qualifier cette agression de «regrettable», promettre de faire reconstruire les maisons aux frais de l’Etat et demander que les coupables soient punis.

A l’heure actuelle, à Al-Minya, des villageois chrétiens déclarent toujours recevoir régulièrement des menaces de la part de leurs voisins musulmans.

«Personne n’a rien fait et la police n’a pris aucune mesure de sécurité pour anticiper l’attaque», a dénoncé le prêtre chrétien d'Al-Minya, Anba Makarios.

Depuis la révolution égyptienne de 2011 et le passage au pouvoir des Frères Musulmans jusqu’en 2013, l’attention portée sur les droits des chrétiens s’est effondrée alors même qu’ils représentent 10 % de la population du pays. Les coptes sont souvent devenus l’objet d’agressions sous prétexte de vengeance religieuse. Après l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi, leur situation s’est un peu améliorée mais il reste du travail aux autorités pour revenir à la stabilité de la situation antérieure.

Lire aussi : Chrétiens enlevés, églises ciblées : RT explore une ville assyrienne assiégée par Daesh (EXCLUSIF)

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L’Otan appelle les alliés à se préparer face à la menace potentielle de la Russie, par AFP

Publié le par Felli Bernard

31

Mai

2016

L’Otan appelle les alliés à se préparer face à la menace potentielle de la Russie, par AFP

Tirana – L’assemblée parlementaire de l’Otan a appelé lundi les alliés à se tenir prêts à répondre à la menace potentielle de la Russie contre l’un d’entre eux, à l’issue d’une session de trois jours à Tirana.

C’est là que tu te rends compte que l’Albanie fait partie de l’OTAN (depuis 2009…)…

Le défi en provenance de la Russie est réel et sérieux, a déclaré l’Américain Michael Turner, président de l’assemblée qui a réuni quelque 250 parlementaires des 28 pays membres de l’Alliance.

La déclaration adoptée à l’unanimité déplore l’usage de la force par la Russie contre ses voisins et les tentatives d’intimidation des alliés de l’Otan.

Ah, Irak Libye, Syrie, pays qui ont échappé à l’emploi de la force par leurs voisins – mais pas par l’Occident…

Dans ces circonstances, l’Otan n’a pas d’autre choix que de considérer l’éventualité d’une action agressive de la Russie contre un membre de l’Alliance comme une menace potentielle, et d’adopter des réponses adaptées et proportionnées, ajoute la déclaration.

La déclaration appelle les alliés à fournir des garanties aux pays membres, situés notamment à l’est de la zone Otan, qui estiment que leur sécurité est menacée.

L’Otan a interrompu tous les aspects pratiques de sa coopération avec la Russie à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie, et en raison du soutien de la Russie aux séparatistes dans l’est de l’Ukraine, mais l’Alliance a annoncé qu’elle aurait des discussions avec la Russie avant le sommet de l’Otan prévu les 8 et 9 juillet à Varsovie.

La Russie qui soutient quelques Russes bombardés par leur armée en Ukraine, c’est mal.

La France qui soutient des djihadistes en Syrie, c’est bien.

En avril, le Conseil Otan-Russie avait tenu sa première réunion depuis juin 2014 mais les discussions se sont soldées par de graves désaccords concernant l’Ukraine et d’autres sujets, bien que le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg eut assuré à l’époque que les échanges avaient été fructueux.

L’Otan a procédé à un renforcement militaire sur son flanc est pour augmenter la rapidité du déploiement de ses forces en cas de répétition d’une crise comme celle de l’Ukraine. Lors de leur sommet à Varsovie, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance atlantique doivent parachever ce renforcement militaire.

Mais la Russie affirme que ce renforcement de la présence de troupes avec leurs équipements de combat en Europe de l’est représentait une menace pour sa sécurité.

Lors d’une visite lundi en Pologne, Jens Stoltenberg a déclaré que l’Otan envoyait un signal clair à tout adversaire potentiel (signifiant) qu’une attaque contre la Pologne serait considérée comme une attaque contre l’Alliance toute entière.

La Russie a dénoncé le déploiement en Roumanie et en Pologne d’éléments du bouclier antimissile américain qu’elle considère comme une menace pour sa sécurité. L’Otan assure que ce système aurait un rôle purement défensif, devant servir à intercepter des missiles balistiques pouvant venir du Proche-Orient…

Le bouclier antimissile n’est pas dirigé directement contre la Russie, il est dirigé contre des menaces venant de l’extérieur de la zone euro-atlantique, a réaffirmé le secrétaire général de l’Otan.

Rappel :

L’assemblée parlementaire de l’Otan a assuré néanmoins que l’Alliance étudierait les moyens de réduire les tensions avec la Russie tout en abordant les violations inacceptables par la Russie des normes internationales.

OB : Je vous rappelle que quand on lit “normes internationales” ou “lois internationales”, sans en citer une seule, c’est du flan 9 fois sur 10

(©AFP / 30 mai 2016 21h51)

Source : Romandie.com, 30/05/2016

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Donc évidemment, avec une telle déclaration, la Russie va devoir réagir… Bien joué…

Rappel :

N.B. vous notez visuellement dans ce schéma que, par habitant, l’OTAN dépense donc en moyenne bien plus que la Russie… En fait, 980 $ contre 630 $/hbt, soit la bagatelle de 50 % de plus...

C’est là où on voit qu’il y a un sérieux problème avec nos gouvernants…

23 réponses à L’Otan appelle les alliés à se préparer face à la menace potentielle de la Russie, par AFP

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Incendies au Canada : Trudeau refuse l’aide de la Russie mais accepte celle de l’Afrique du Sud

Publié le par Felli Bernard

Incendies au Canada : Trudeau refuse l’aide de la Russie mais accepte celle de l’Afrique du Sud

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Incendies au Canada : Trudeau refuse l’aide de la Russie mais accepte celle de l’Afrique du Sud

30 mai 2016, 20:34

© capture d'écran : Twitter

Alors que le Premier ministre Justin Trudeau a refusé l'aide de la Russie au début du mois de mai, un avion d'Air Canada ramène 300 pompiers de l'Afrique du sud vers l'Alberta dans le cadre du programme «Working on Fire» .

L'avion est parti le 29 mai de Johannesburg avec l'équipe de «Working on Fire» composée de pompiers de toute l'Afrique du Sud, et devrait arriver à Edmonton, dans la province canadienne de l'Alberta, dans la soirée du 30 mai. Selon le média sud-africain eNCA, les soldats du feu demeureront un mois au Canada. «Nous sommes immensément fiers que la communauté internationale des pompiers ait reconnu les compétences et l'expertise de Working on Fire en matière de prestation de services essentiels intégrés de gestion des incendies à l'échelle internationale», a indiqué Llewellyn Pillay, le directeur de Working on Fire, dans un communiqué.

Les autorités albertaines ont annoncé la semaine dernière que près d'un millier de pompiers en provenance d'autres provinces canadiennes, des Etats-Unis et de l'Afrique du Sud sont attendus pour prêter main forte aux brigades actuelles qui combattent le feu depuis un mois.

Lire aussi

Cette nouvelle a de quoi étonner, puisque plusieurs pays, dont la Russie, avaient offert de porter assistance au Canada pour combattre les feux en Alberta au début du mois de mai, mais le Premier ministre Justin Trudeau avait alors jugé qu’une aide internationale n’était pas requise. «C’est certain qu’à travers le monde les gens ont été marqués par cette catastrophe et ont été très généreux dans leur offre d’aide. La réalité, c’est qu’avec toute l’aide que les gens au pays, y compris les provinces, ont offerte pour répondre à cette catastrophe, nous n’avons pas besoin d’aide de gens de l’extérieur du pays en ce moment», avait ajouté Justin Trudeau. Quelques internautes ont d'ailleurs relevé cette inconsistance du Premier ministre canadien.

La Russie avait notamment offert d’envoyer ses énormes appareils anti-incendie BE-200, ayant une capacité de 12 tonnes d’eau et volant jusqu'à 700 km/h pour combattre le brasier.

Source: Reuters

Le gouvernement de l'Alberta signale que l'incendie de Fort McMurray est toujours hors de contrôle. Il couvre maintenant 5 800 kilomètres carrés et s'étend jusque dans la province voisine de Saskatchewan. En tout, près de 2 300 pompiers combattent 14 incendies actifs dans tout l'Alberta.

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Guerres hybrides : 5. Briser les Balkans (III)

Publié le par Felli Bernard

Guerres hybrides : 5. Briser les Balkans (III)

Guerres hybrides : 5. Briser les Balkans (III)

Par Andrew Korybko (USA) – Le 20 mai 2016 – Source Oriental Review

Partie 1Partie 2

Jusqu’à présent, cette recherche a montré la concurrence intense de la nouvelle guerre froide qui se déroule dans les Balkans entre les mondes unipolaire et multipolaire. Ce dernier travaille avec véhémence pour amener ses projets conjoints transnationaux dans la région, alors que le premier est prêt à faire tout ce qu’il faut pour les arrêter. Ce contexte situationnel prépare le terrain pour enquêter sur les vulnérabilités socio-politiques de chacun des pays des Balkans avant d’entreprendre un examen détaillé de leurs scénarios de guerre hybrides les plus probables.

Le Balkan Stream et la Route de la soie des Balkans sont envisagés pour traverser directement les Balkans centraux (le méga-projet multipolaire de la Chine étant actuellement le seul politiquement réalisable des deux), faisant de ce corridor d’États un point géostratégique central de la guerre hybride, avec une attention particulière accordée à la République de Macédoine et à la Serbie. À contrario, une très faible attention déstabilisatrice est dirigée vers les pays des Balkans de l’Est comme la Roumanie et la Bulgarie, principalement en raison de leur isolement par rapport à des facteurs régionaux perturbateurs tels que la crise des réfugiés (dont il sera longuement question dans cet article).

S’il y a une façon dont ces derniers pays pourraient jouer un rôle dans les guerres hybrides, elle n’est pas particulièrement pertinente pour les scénarios qui seront éventuellement discutés, sauf pour la pression structurelle que la Bulgarie peut exercer sur une Macédoine affaiblie (comme elle a essayé de le faire en mai 2014). Si important que soit ce facteur, il n’est toujours pas l’une des variables fondamentales de la guerre hybride en soi, et peut plutôt être considéré comme une action complémentaire afin de maximiser toute déstabilisation en cours au sein de l’État ciblé. La Roumanie pourrait remplir le rôle opposé. Elle pourrait un jour se retrouver victime d’une guerre hybride soutenue par une Hongrie hyper-nationaliste, désireuse d’attiser des troubles dans un emplacement centré autour de Szekely Land, essentiellement habité par sa diaspora ethnique. Même si c’est certainement une possibilité intéressante à explorer plus en profondeur pour les chercheurs (et il y a quelques raisons pour lesquelles cela peut éventuellement se produire), il n’y a pas de connexion directe avec la loi de la guerre hybride stipulant que :

Le grand objectif derrière chaque guerre hybride est de perturber les projets transnationaux conjoints multipolaires à travers des conflits d’identité (ethniques, religieux, régionaux, politiques, etc.) provoqués de l’extérieur au sein d’un État de transit ciblé.

Aucun projet conjoint transnational multipolaire n’est en projet en Bulgarie [À priori si, le South Stream, mais il est bloqué ?? – NdT] et / ou en Roumanie, ce qui les retire donc de l’équation primaire des guerres hybrides en ce qui concerne l’objet spécifique de cette recherche. Cela dit, cela ne justifie pas l’inclusion de la Hongrie à la place, car Budapest est le nœud le plus au nord de la Route de la soie des Balkans. De même, les pays des Balkans occidentaux, qui ne sont pas directement ciblés par les guerres hybrides par exemple, seront inévitablement affectés (et certains auront un rôle à y jouer) par une telle guerre contre les pays des Balkans centraux, étant donné le caractère indissociable des relations régionales. Par conséquent, eux aussi seront inclus dans ce chapitre, comme la Grèce, bien entendu, qui relie les deux projets multipolaires proposés dans le couloir des Balkans centraux.

Le chapitre commence par détailler les trois variables les plus régionalement perturbatrices potentiellement susceptibles d’exploser à tout moment, avant d’aborder dans le chapitre suivant ce qui décrit les trois facteurs les moins volatils (mais pas les moins importants) qui ont également une incidence négative sur les Balkans. Ensuite, un chapitre examine les vulnérabilités socio-politiques particulières de chaque pays susceptibles de déclencher des guerres hybrides ou d’être exacerbées par celles-ci. Certains scénarios prévus seront présentés ensuite, mais pas avant le dernier chapitre qui décrit le scénario le plus probable du groupe, une guerre hybride contre la Macédoine, qui sera exploré en profondeur.

Crise des réfugiés

La plus grande migration humaine que l’Europe ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale fait partie intégrante d’une stratégie américano-turque d’affaiblir l’UE et, comme prévu, elle a également eu d’énormes conséquences pour les pays de transit des Balkans. Pour décrire sommairement ce qui a transpiré, les États-Unis et le chef de file secret de ses alliés du Moyen-Orient ont créé les conditions destructrices nécessaires pour inviter une énorme vague d’émigration en provenance de Syrie. Alors que les citoyens de ce pays se sont dispersés dans toutes les directions, la Turquie a fini par en recueillir la plus grande quantité, plus de 2 millions. La plupart des gens qui ont fui vers la Turquie étaient des sympathisants anti-gouvernementaux, des terroristes et des islamistes, chacun ayant quitté le pays dans les premiers jours du conflit, craignant le châtiment légal devant l’avance de l’armée arabe syrienne libérant les territoires et les villes occupés précédemment. Un enlisement s’est rapidement produit, cependant, et il aurait perduré si l’intervention anti-terroriste russe n’avait changé toute la dynamique du conflit sur le terrain.

Pendant ce temps, cependant, la majorité des réfugiés de la Syrie ont toujours été des déplacés de l’intérieur. Ils sont largement composés de personnes fuyant les zones sous contrôle terroriste pour des emplacements administrés par le gouvernement, où plus de 70% de la population du pays réside en toute sécurité. En ce qui concerne les réfugiés (les sympathisants anti-gouvernementaux, les terroristes et les islamistes, pour la plupart) qui ont fui en Turquie, ils ont été détenus dans des camps pré-construits pendant des années et on leur a strictement interdit de quitter les lieux. Cette politique a été appliquée avec l’espoir que les individus de facto emprisonnés pourraient être plus facilement cajolés par les services de renseignement américains et turcs et former une grande armée anti-gouvernement pour être redéployés dans leur patrie. Cette politique n’a pas réussi et la Turquie s’est donc retrouvée avec une masse grandissantes de bouches à nourrir tout en ne recevant rien d’eux stratégiquement en retour, et confrontée au ressentiment croissant de la majorité de la population dû à leur présence. En réponse à l’échec de leur plan politico-militaire visant à l’utilisation des réfugiés contre la Syrie, les États-Unis et la Turquie ont ainsi décidé de les rediriger contre l’Europe, chacun pour ses propres fins égoïstes.

L’utilisation stratégique préconçue à grande échelle de flux de population humaine dirigée comme une arme asymétrique a été officiellement théorisée par Kelly M. Greenhill dans son livre de 2010 Les armes de la migration de masse : les déplacements forcés, la coercition et la politique étrangère, mais il est probable que sa publication n’a pas été une première pour qu’une telle stratégie néfaste soit pensée. L’importance du référencement de son travail est de prouver que le concept de l’utilisation des réfugiés comme des armes stratégiques délibérées ou involontaires et facilement niables n’est pas sans précédent, et le livre de Greenhill peut avoir joué un rôle déterminant pour convaincre les décideurs américains de bricoler avec sa théorie et de la mettre en pratique. Les théâtres des Révolutions de couleur à l’échelle du Printemps arabe et la guerre hybride ultérieure en Syrie ont donné lieu à des conditions socio-politiques parfaites pour tester une application réelle du concept, et les prochaines sous-sections vont documenter les intérêts particuliers que la Turquie et les États-Unis essayent de promouvoir au moyen de cette arme post-moderne.

Le lecteur doit garder à l’esprit que la plupart des réfugiés qui ont été lancés contre l’Europe n’étaient pas ce qu’une imagination stéréotypée en aurait pensé au premier abord. Beaucoup d’entre eux ne sont pas des gens de tous âges en guenilles et mal nourris (en dépit de la fausse perception que les médias américains d’influence ont construite dans les grandes largeurs), mais des jeunes hommes plutôt en bonne santé avec des milliers d’euros en espèces à leur disposition. Ces individus agressifs et bien nourris sont l’exemple type des personnes qui ont pris d’assaut l’Europe et on fait leur chemin de la Grèce vers l’Allemagne avec un air de défi. La plupart d’entre eux l’ont fait dans l’espoir de recevoir une généreuse compensation et / ou d’exploiter la mentalité sociale libérale progressiste de leurs nouveaux hôtes afin de mettre en place une base d’opérations pour la diffusion de l’islamisme (qui n’est pas la bienvenue dans les zones libérées par l’armée arabe syrienne laïque). Bien que de véritables réfugiés soient certainement pris dans le flux, la description précédente résume bien la situation de la majorité de ceux qui sont déjà entrés en Europe de cette manière et qui ont, de facto, favorisé la Turquie et les objectifs stratégiques des États-Unis contre le continent.

La motivation la plus importante d’Ankara en militarisant les réfugiés contre l’UE était de faire chanter le bloc pour faire redémarrer le processus d’admission de la Turquie, qui était au point mort, et de se faire payer grassement pour supprimer le problème socio-politique qu’elle avait intentionnellement déclenché. Ces deux objectifs principaux ont été remplis le dernier jour de novembre 2015, lorsque l’UE a déclaré un «nouveau départ» des relations bilatérales avec la Turquie, en promettant de «redynamiser» le processus d’adhésion à l’UE ainsi que 3 milliards d’euros pour faire face à la négociation de la crise des réfugiés. Près d’un million de réfugiés étaient entrés en Europe par ce point et, compte tenu des caractéristiques socio-idéologiques que la plupart d’entre eux incarnent, on peut aussi dire que la politique étrangère néo-ottomane de la Turquie y a gagné une cinquième colonne importante de soutien dans l’UE. C’est très important, étant donné que ces personnes pourraient se révéler des atouts précieux dans la poursuite de la projection probable de l’influence turque dans les Balkans comme une forme de compensation géopolitique pour l’échec des ambitions néo-ottomanes d’Ankara dans le Moyen-Orient.

Les objectifs des États-Unis dans la campagne des réfugiés sont beaucoup plus importants que ceux de la Turquie. Washington vise à semer les graines d’une perturbation démographique à long terme dans les principaux États membres de l’UE. L’idée est de d’affaiblir et de fragmenter selon des lignes identitaires certains pays aux compositions ethniques et / ou culturelles jusque-là quasi-homogènes (en particulier l’Allemagne, la Suède, la France dans une certaine mesure, et l’Italie à un faible degré). C’est envisagé pour fabriquer un état de siège tendu et persistant qui pourrait rendre les conditions sur le terrain plus faciles à manipuler pour une révolution de couleur qui serait lancée si l’un des leaders de ces pays se comportait de manière trop indépendante dans ses relations avec la Russie et la Chine. Un parfait exemple de cela dans le futur pourrait être la coopération énergétique de l’Allemagne avec la Russie à travers Nord Stream II. Si les Européens de l’Est ne parvenaient pas à saboter le projet, alors les tensions intérieures découlant du conflit migratoire déborderaient de plusieurs côtés, entre les réfugiés, leurs rivaux fascistes et les citoyens ordinaires. Ces tensions pourraient être mises à profit à large échelle via une Révolution de couleur pour atteindre cet objectif, même si celle-ci est menée sous un prétexte complètement différent.

En outre, la guerre des réfugiés que les États-Unis mènent contre l’Europe a incité de nombreux États à recourir à leurs forces armées comme première ligne de défense dans la manipulation et l’organisation des masses. Ceci, à son tour, a donné à leurs forces armées un rôle plus visible dans la protection de la société. Imprégnées d’une nouvelle importance, en particulier celle de recueillir le plus d’appui de leur population, il est prévisible que les dépenses de défense de nombreux États européens vont rester au niveau actuel ou, de manière prévisible, augmenter afin de répondre à leurs nouvelles exigences de sécurité. La pertinence de cet effet avec la grande stratégie américaine est que les États-Unis font pression sur leurs homologues de l’OTAN pour qu’ils augmentent autant que possible leurs budgets de défense, preuve en est le discours d’adieu de l’ancien secrétaire à la Défense, Robert Gates, en juin 2011. La campagne des réfugiés a rempli cet objectif stratégique, puisque les dépenses militaires européennes vont probablement augmenter pour cette raison. Elles seront ensuite partiellement redirigées vers l’OTAN et subventionneront les efforts des États-Unis pour contenir la Russie.

L’arme américaine des migrations de masse ne cible pas uniquement l’UE, mais vise aussi à semer le chaos et la discorde tout le long de la voie de transit des Balkans. La part du lion de près d’un million de réfugiés devenus cette arme qui a coulé vers l’Europe a voyagé vers sa destination par la route des Balkans centraux, en traversant la République de Macédoine et la Serbie, les deux principaux États clés pour le Balkan Stream et la Route de la soie des Balkans. Ce ne fut pas fortuit, parce qu’ils auraient pu voyager par l’Albanie ou la Bulgarie, mais les trafiquants d’êtres humains (dont beaucoup agrémentent aussi leur commerce de contrebande de drogue et d’armes et sont des actifs du renseignement américain) ont été avertis que l’accès à ces routes entraînerait leur arrestation (et pas seulement la détention de leur clientèle). Ils ont donc évité cette voie et ont concentré tous leurs efforts pour s’infiltrer en Macédoine et davantage à contre-courant.

Le flux régulier et concentré de milliers d’êtres humains, à travers les points de contrôle frontaliers préparés à n’en traiter qu’une fraction, a rapidement submergé les autorités de tutelle et a créé des coûts financiers, sociaux et politiques inattendus pour les États de transit. La manière désordonnée dont la plupart des réfugiés sont entrés et ont traversé chacun de ces États avant que la Macédoine ne construise une clôture à sa frontière à la mi-novembre 2015, a contribué au chaos, et la tension régionale qui en a résulté était prévisible. La Hongrie, la Slovénie et la Croatie ont construit leurs propres clôtures frontalières. Cela a conduit à une recrudescence ultra-déstabilisante de réfugiés, en amont, en Macédoine et en Serbie, depuis leur porte géographique d’accès, la Grèce, qui a refusé de faire quoi que ce soit pour arrêter la flambée de ce flux humain vers le nord. L’effet de cette clôture a aiguisé le dilemme de sécurité entre les Balkans occidentaux et centraux . En effet, ils se sont sentis littéralement emmurés par ces derniers, qui leur promettaient d’avoir à gérer des camps de réfugiés dans tout le pays pour abriter les individus que l’Europe ne serait pas capable de recevoir.

Les perturbations sociales qu’un tel plan pourrait créer seraient suffisantes pour faire s’effondrer l’ensemble des Balkans centraux, car l’afflux de simplement 100 000 réfugiés non intégrables et non assimilables dans leurs sociétés, du fait de leurs différences civilisationnelles, aurait surchargé les tensions domestiques et inévitablement mené, d’une manière ou d’une autre, à une forme de déstabilisation à grande échelle. Par exemple, quelques réfugiés mécontents ont brûlé une partie de leur camp en Slovénie à la fin octobre, simplement parce qu’ils étaient mécontents de voir leur entrée en Autriche retardée. Cela laisse imaginer l’ampleur de la violence que des milliers d’entre eux pourraient libérer s’ils étaient piégés dans les Balkans centraux, et encore plus si certains d’entre eux étaient armés par des groupes terroristes comme un UCK réactivé ou une organisation similaire.

Ces réfugiés bloqués sont donc susceptibles de développer une mentalité d’assiégés et d’être incités à une violence à grande échelle par une poignée de provocateurs professionnels habiles à la psychologie des foules. Ces masses en armes pourraient alors être facilement dirigées pour participer, aux côtés des éléments nationaux, à une Révolution de couleur visant un changement de régime (soi-disant pour protester contre leurs conditions de vie), ou à une guerre non conventionnelle (une expression militante pure et simple de leur identité islamiste, peut-être en réponse à des pressions intérieures contre eux). Une autre forme que cela pourrait prendre est celle d’une lutte enragée des réfugiés bloqués pour sortir de ces pays des Balkans centraux transformés en camp pour rejoindre l’Europe centrale. Un peu à la manière dont la Légion tchécoslovaque a ravagé les restes de l’Empire russe pour atteindre le même emplacement (bien que beaucoup plus spectaculaire et sur une distance beaucoup plus longue).

En tout cas, il est impossible de prédire la forme exacte que toute déstabilisation substantielle par des réfugiés pourrait éventuellement prendre, mais ce qu’il faut comprendre à la lecture de cette section, c’est que les réfugiés pourraient facilement être transformés en bombes à retardement de type stay-behind par les États-Unis et des provocateurs régionaux. Les Balkans centraux ont besoin de les sortir de leurs pays d’une manière sûre et organisée autant que possible (à l’exception de ceux qui, bien sûr, veulent sincèrement faire partie des sociétés serbe et macédonienne et ont légalement le droit international de le faire comme de véritables réfugiés).

Grande Albanie

Ce projet géopolitique séculaire a refusé de se mettre en sommeil depuis que les Ottomans ont pris officiellement des mesures pour l’actualiser en 1912. Dans l’intention de rester concentrée sur le sujet des guerres hybrides, cette section n’est pas une analyse historique approfondie des manipulations démographiques jusqu’à aujourd’hui, et elle traitera ce sujet comme le point de départ moderne pour la naissance de la Grande Albanie.

Les Ottomans, alors dans une phase de retraite impériale multidirectionnelle, voulaient adopter une politique classique de diviser pour mieux régner, dans une tentative désespérée de conserver leur empire des Balkans. La fusion des quatre vilayets séparés (divisions provinciales de l’époque ottomane) dans un vilayet albanais était censée faire de ce groupe ethnique le kapo régional du Sultan, en lui donnant une participation dans le Califat par intérêt pour la préservation de leur unité territoriale artificiellement agrandie. Mais si on regarde le temps historique, la guerre pour l’indépendance des Balkans a éclaté presque exactement à ce moment-là, écrasant les ambitions de la Grande Albanie et libérant toute l’Europe de la domination ottomane, sauf un petit ruban de la Thrace orientale.

A la suite de cette guerre et de celle qui a suivi après que la Bulgarie eut trahi ses voisins et alliés, le gouvernement provisoire albanais a tenté en vain de faire valoir que ses frontières devaient correspondre à peu près à celles de l’Albanie du temps du grand Vilayet, cette structure impériale ottomane qui était censée faire avancer les intérêts de la Grande Albanie. Mais cette politique a échoué. Heureusement, cet effort a été repoussé par l’intervention diplomatique étrangère au cours de la Conférence de Londres de 1912-1913, et les frontières du pays ont été officiellement délimitées dans leurs formes actuelles. Néanmoins, les ambitions irrédentistes de Tirana n’ont jamais cédé, et les dirigeants du pays sont restés encore fanatiquement accrochés à la promotion de leur projet géopolitique.

Le radicalisme racial qui imprégnait la mentalité albanaise à l’époque était idéologiquement compatible avec le fascisme, et les seuls opposants principaux à ce Zeitgeist étaient les guérillas communistes qui, il faut le dire, se sont battues courageusement contre leurs occupants italiens. La plus grande partie de la population, cependant, a été séduite par le nationalisme racial promu de force par Rome, qui a pris la décision stratégique de faire revivre le diviser pour mieux régner des rêves du sultan en soutenant le projet géopolitique de la Grande Albanie. Dans les deux cas, l’hégémon impérial a cherché à utiliser cette construction artificielle afin d’attiser les divisions des Balkans et d’empêcher la région de s’unir contre lui. Si on regarde les frontières modernes, cette itération du vilayet albanais a vu Tirana annexant une partie du Monténégro, de la Serbie et de la République de Macédoine, qui faisait partie du Royaume de Yougoslavie à l’époque. L’illégalité suprême et les prétextes totalement fabriqués par lesquels l’Italie fasciste a ravivé la Grande Albanie sont les raisons pour lesquelles les puissances alliées ont révoqué son imposition génocidaire après leur victoire et ont exigé un retour aux frontières de l’Albanie à leur emplacement d’avant-guerre.

Au cours du demi-siècle, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, la conspiration pour une Grande Albanie a trompeusement donné l’impression que cela n’avait été qu’un accroc. Sous Enver Hoxha, l’Albanie est devenue l’un des pays les plus isolés au monde, perdant l’URSS comme allié et finalement aussi la Chine, sans faire de percées diplomatiques occidentales pour compenser. La situation absolument lamentable du pays a contribué à un flux d’immigrés, dont beaucoup se sont installés dans ce qui était alors le district autonome du Kosovo-Metohija (1945-1963) et ensuite la province autonome du Kosovo-Metohija (1963-1974).

Avec des taux de natalité plus élevés que la population indigène, les Albanais migrateurs ont pu rapidement devenir une majorité écrasante en peu de temps. Cependant, compte tenu de l’adhésion du gouvernement aux préceptes du communisme, il a refusé de reconnaître ces changements démographiques comme un problème de sécurité nationale. Bien au contraire, en conformité avec l’idéologie communiste aveugle à toute idée de nationalité, les Albanais ont célébré le fait que le district / province était une entité majoritairement non slave en Yougoslavie (littéralement la terre des Slaves du Sud) en lui accordant une autonomie encore plus importante qu’auparavant. La Constitution yougoslave de 1974 a transformé la division administrative de la province socialiste autonome du Kosovo, un statut qu’elle a conservé jusqu’à ce que Slobodan Milosevic l’annule pour revenir à son état antérieur en 1990.

L’effet cumulatif des années communistes a permis de faire incuber l’idée de la Grande Albanie et de transmettre les conditions d’actualisation géopolitique dans la province du Kosovo à la suite de la dissolution de la Yougoslavie. L’État croupion qui en est issu était beaucoup plus vulnérable à une guerre terroriste dirigée de l’extérieur que la République fédérative socialiste de Yougoslavie des dernières décennies, relativement plus forte et beaucoup plus unifiée. Le nouveau contexte international a également été plus favorable pour mener des conflits identitaires. En toute justice, les autorités yougoslaves n’ont sans doute jamais pensé qu’un scénario réaliste pourrait se produire, où le Kosovo pourrait être volé de force à leur pays. Pensant plutôt qu’elles pourraient utiliser les Albanais, elles ont favorisé cette cinquième colonne pour exercer une influence sur leur patrie d’origine voisine. Quelle qu’ait été leur raison de départ, les calculs des autorités yougoslaves au Kosovo se sont lamentablement retournés contre elles et ont finalement facilité le rappel du démon de la Grande Albanie par la force de l’OTAN.

La fin de la Guerre froide a entraîné un nouveau calcul géopolitique partout dans le monde, en particulier dans les Balkans avec la dissolution de la Yougoslavie, provoquée par les États-Unis. Cela a ouvert des possibilités pour la promotion de la grande stratégie américaine dans la région, fondée d’abord et avant tout sur la diminution des capacités de projection de puissance de la Serbie, le cœur des Balkans. Prenant en compte les six vulnérabilités socio-politiques (séparation ethnique, historique, religieuse, administrative, socio-économique et géographique) les plus susceptibles d’être manipulées dans le déclenchement d’une guerre hybride ou de ses composants séparés, la Révolution de couleur et la guerre non conventionnelle, les États-Unis ont choisi de cibler la province du Kosovo et d’en faire leur prochaine priorité dans la guerre contre la Serbie (elle-même un sous-élément de la guerre asymétrique contre la Russie).

Après avoir incubé et avoir été activement autorisés à se renforcer pendant des décennies, les facteurs socio-politiques les plus favorables à une guerre albanaise non conventionnelle contre la Serbie étaient déjà en place, et tout ce qui était nécessaire était un commandement externe tactiquement habile pour prendre les devants dans la gestion de l’insurrection terroriste. Les États-Unis ont allègrement rempli ce rôle, car ils étaient désireux d’établir ce qui allait se révéler l’une de leurs plus grandes bases à l’étranger, le Camp Bondsteel, crucialement situé à un carrefour géostratégique et capable de projeter sa puissance sur toute la péninsule. Ainsi a commencé la campagne terroriste pour l’éclatement de la patrie serbe historique, loin du reste de l’État serbe, avec l’espoir que cet acte d’une violence géopolitique dramatique aurait un impact psychologique sur des générations de citoyens serbes et laisserait infuser en leur sein une conception malveillante de l’auto-culpabilité qui les rendrait beaucoup plus faciles à manipuler dans le futur.

La guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie de 1999 a été lancée avec l’appui traditionnel des terroristes albanais pratiquant le nettoyage ethnique qui, sinon, auraient été vaincus par les forces armées serbes. A ce niveau, les insurgés ont bénéficié d’un soutien clandestin considérable des États-Unis, mais même avec cela, ils n’ont pas été en mesure de faire basculer la dynamique des combats de manière décisive et de réussir dans leur campagne militaire. En réponse, les États-Unis ont commencé à promouvoir des mensonges dans les médias facilement manipulables, montrant que toutes les victoires militaires serbes contre les terroristes étaient en fait des cas de génocide sans motif. Ils ont capitalisé, grâce au travail de la presse, sur l’image négative et fausse de la Serbie et de son président Milosevic, montrée pendant la guerre civile de Bosnie, afin de rendre ces mensonges crédibles. En pratique, l’effet produit a été une vision unilatérale du conflit soigneusement élaborée, qui a été promue par les grands médias américains d’influence mondiale et a convaincu l’opinion publique internationale que les Serbes commettaient de scandaleuses violations des droits de l’homme contre des civils albanais sans défense. S’appuyant sur un pré-conditionnement d’après-guerre froide sans précédent, les États-Unis ont donc été en mesure d’exploiter cette fabrication largement diffusée afin de vendre leur première grande intervention humanitaire, dont les conséquences ont été la rupture de la province du Kosovo de la Serbie et la construction à suivre du Camp Bondsteel, ses deux buts géopolitiques envisagés.

Après avoir réussi en Serbie, au moins pour le moment, le projet géopolitique de la Grande Albanie a orienté ses ambitions contre la République de Macédoine. L’une des étapes les plus significatives à prendre en compte dans ce sens a eu lieu lorsque 360 000 réfugiés albanais ont inondé le le pays pendant la guerre contre la Yougoslavie en 1999. Cela a complètement bouleversé l’équilibre démographique existant dans ce pays (66,6% de Macédoniens et 22,7% d’Albanais dans le recensement de 1994, soit 1 295 964 et 441 104 respectivement), créant temporairement une situation où les Albanais ethniques étaient anormalement plus de 40% de la population à la mi-1999.

Bien que ces chiffres tendent plus tard à se dégonfler avec un grand nombre de Serbes albanais rapatriés dans la province maintenant occupés du Kosovo (lors du recensement de 2002, le plus récent du pays, les Albanais constituaient 25,1% de la population soit 509 083 individus), ils se sont brièvement enhardis avec l’organisation sœur de l’UCK, l’Armée de libération nationale (NLA), lançant une insurrection terroriste violente en Macédoine en 2001. Tout comme c’était arrivé en Serbie, les médias occidentaux ont immédiatement commencé à dénigrer les contre-offensives libératrices du gouvernement comme une forme de génocide, et au bord de la défaite de l’ALN, les États-Unis sont intervenus pour sauver les terroristes assiégés dans Aracinvo et faire appliquer une résolution occidentale dictée aux parties au conflit, connue comme l’Accord d’Ohrid.

Ce texte est largement reconnu comme l’octroi de la plus grande quantité de droits politiques à une minorité dans le monde, et il exige essentiellement que presque aucune décision importante ne puisse être prise par le gouvernement macédonien sans l’approbation de la majorité des parlementaires ethniques albanais. Cette configuration démographique garantit la représentation proportionnelle en fonction de leur part dans la population, donc théoriquement, les législateurs doivent actuellement des comptes à seulement 12,5% de la population qui détient un pouvoir de veto sur ce que le reste de leurs homologues décident et qui, eux, représentant 87,5% de la population. Aussi disproportionné que cela puisse paraître, c’est la solution que les États-Unis ont cherché à appliquer à la République de Macédoine, en grande partie en raison de leur conviction qu’ils pouvaient réussir à utiliser la population albanaise en tant que proxy éternel pour contrôler le comportement du pays.

Il s’est avéré que les USA ont mal évalué la base albanaise de Macédoine, puisque la majorité a constaté l’échec construit dans la province voisine occupée du Kosovo et n’a pas voulu cela dans son pays, qui était stable. De nombreux Albanais ont désavoué le projet de Grande Albanie appuyé par Tirana et ont commencé à coopérer avec le gouvernement démocratiquement élu et légitime, pensant qu’ils pourraient gagner plus pour eux-mêmes en travaillant avec les autorités dans le nouveau cadre d’Ohrid qu’en luttant militairement contre elles dans la poursuite irréaliste de quelque chose de mieux. Depuis lors, deux partis albanais concurrents se sont formés dans le pays : le Parti démocratique d’Albanie (DPA), qui est dans une coalition gouvernementale avec le VMRO, beaucoup plus grand; et l’Union démocratique pour l’intégration (DUI), qui est alignée avec l’opposition SDSM, des révolutionnaires colorés qui ont essayé de renverser l’État au début de 2015.

La population albanaise en Macédoine n’est pas naturellement encline à la révolte contre l’État, ce qui est la raison pour laquelle Tirana et Washington ont redéployé l’UCK en mai 2015 pour lancer des attaques coordonnées contre le gouvernement, en appui à la révolution de couleur en cours à l’époque. S’ils avaient réussi leurs plans, le pays aurait sûrement plongé dans une guerre hybride, mais les autorités macédoniennes ont attaqué le repaire des terroristes à Kumanovo et évité ce scénario destructeur. À son crédit, le peuple albanais n’a pas pris la présence de l’UCK en Macédoine comme un signal pour des émeutes en soutien terroriste de la Grande Albanie, ce qui prouve que la grande majorité de ce groupe démographique veut sincèrement continuer à faire partie de la République de Macédoine (au grand dam des États-Unis et des plans géostratégiques de l’Albanie). Néanmoins, comme on le verra dans le dernier chapitre se concentrant sur le scénario de guerre hybride en Macédoine, on ne peut écarter que les partisans du DUI puissent être convaincus de changer d’avis et de prendre les armes contre l’État. Des efforts sérieux de Tirana et Washington sont en cours pour les faire basculer dans cette direction.

Le révisionnisme de Dayton

Les origines du conflit le plus sanglant en ex-Yougoslavie remontent très loin dans le passé, mais le déclencheur le plus direct a été la sécession de la Bosnie-Herzégovine de la Yougoslavie après un référendum contesté tenu entre le 29 février et 1er mars 1992. Le leader musulman Alija Izetbegovic, qui était également directeur de la présidence, a déclaré l’indépendance de l’entité le 3 mars, attisant l’agitation immédiate de la communauté serbe qui était absolument opposée au changement et avait largement boycotté le vote précédent. Le soi-disant accord de Lisbonne qui a été discuté avant le référendum a pris une nouvelle dimension dans l’urgence, car il a semblé être la seule alternative à une guerre civile dans le nouvel État non reconnu. Pendant un bref moment et après d’intenses négociations, les trois côtés (musulmans, Croates et Serbes) l’ont finalement signé à des conditions modifiées. Le succès diplomatique a été soudainement gâté par Izetbegovic qui, après une rencontre avec l’ambassadeur américain en Yougoslavie Warren Zimmerman, a retiré inopinément sa signature le 28 mars et a incité la vague d’agitation qui allait bientôt dégénérer en guerre civile.

L’idée américaine derrière l’encouragement à pousser à l’échec de l’accord de Lisbonne était de provoquer les conditions d’une guerre anti-serbe à l’intérieur du pays. Les Serbes ont habité une grande partie de la Bosnie moderne et même des parties de la Croatie depuis des siècles, et cette situation démographique était un fait internationalement reconnu et bien documenté en 1991. Les États-Unis avaient peur que les communautés serbes – qui se retrouvaient brusquement citoyennes involontaires de ces deux États nouvellement déclarés – se liguent pour rallier une réunification avec leurs frères serbes. Si elles réussissaient, cela donnerait à Belgrade une profondeur stratégique précieuse pour lui permettre de conserver son statut de leader régional. La seule façon d’empêcher cela était de nettoyer ethniquement les Serbes de ces territoires clés et de repeupler ceux-ci avec des Croates et des musulmans. Les données démographiques modifiées devraient alors perturber ce scénario et supprimer un obstacle majeur au contrôle des Balkans par les proxy des États-Unis. Afin de lancer les événements de nettoyage ethnique anti-serbe, les États-Unis avaient besoin de susciter un conflit armé, et la meilleure façon de le faire était de convaincre Izetbegovic de se retirer brusquement de l’accord de Lisbonne. En échange, il recevrait la reconnaissance américaine de l’indépendance de la Bosnie, qui bien sûr est intervenue peu de temps après, le 6 avril.

Tout comme les États-Unis s’y attendaient, le conflit qui en a résulté s’est avéré extrêmement sanglant, provoquant une déstabilisation sans précédent pour l’ensemble de ses participants. Ce qu’ils n’avaient pas anticipé, cependant, était que les Serbes garderaient la haute main et fixeraient la plupart de leurs territoires ethniquement habités en Bosnie et Croatie, respectivement appelée Republika Srpska et République serbe de Krajina. Cela a représenté un problème majeur pour les États-Unis, qui avaient encouragé un conflit armé dans le but de nettoyer ethniquement les Serbes de ces régions précises, mais ceux-ci avaient étonnamment fortifié leurs positions et bien gagné leur droit d’y rester. Cet état de choses était totalement inacceptable pour les États-Unis, car cela a également révélé que les hommes de Washington par procuration étaient mal formés et incapables de gagner la guerre par eux-mêmes. Les luttes intestines entre eux étaient désastreuses pour la cause anti-serbe globale que les États-Unis avaient envisagée, et plus les Croates et les Bosniaques se battaient entre eux, plus il est devenu évident qu’une alliance imprévue entre les Serbes et les Croates se formait pour diviser la Bosnie entre eux et invalider totalement les plans géostratégiques pour un «protectorat tampon pro-américain» entre eux.

Par conséquent, afin de déplacer toute la dynamique du conflit, les États-Unis ont mené une initiative diplomatique pour mettre fin à l’aspect croato-musulman de la guerre civile en Bosnie et rabibocher les deux côtés dans une alliance anti-serbe coordonnée sous la stricte supervision américaine. Le fruit de l’élaboration de cette stratégie a été l’accord de Washington, signé le 18 mars 1994. À partir de là, le conflit s’est réduit à deux camps opposant les Croates et les musulmans aux Serbes, comme les USA l’avaient envisagé à l’origine. Les contours remodelés du conflit bosniaque étaient avantageux pour la promotion de la grande stratégie américaine, car ils avaient maintenant une coalition de terrain semi-coordonnée qui pourrait être dirigée de façon décisive contre les communautés serbes de Bosnie et de Croatie, accomplissant ainsi le nettoyage ethnique que les États-Unis avaient initialement prévu par procuration.

L’OTAN, en ayant joué un rôle actif dans le combat depuis la fin de 1992, a largement aidé les Croates et les musulmans. La participation du bloc s’est intensifiée progressivement au fil des ans. Elle avait commencé avec l’opération Garde maritime en novembre 1992, destinée à inspecter les cargaisons maritimes, puis a évolué vers l’opération Deny Flight en avril 1993 pour faire respecter une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays. L’OTAN s’est engagée dans une politique de conformité sélective dans chaque cas, en adoptant des doubles normes pour faire basculer l’avantage contre les Serbes à chaque fois que c’était possible. L’accord de Washington a évoqué la possibilité pour la première fois depuis le début du conflit qu’une offensive coordonnée OTAN-Croatie-musulmans, dont l’enjeu final serait d’éliminer les Serbes. Dès ce moment, les trois côtés ont commencé à intriguer pour savoir comment y parvenir. La façon la plus simple, ont-ils pensé, serait pour l’OTAN de prendre les devants avec le bombardement des positions serbes. Des attaques sporadiques ont eu lieu tout au long de 1994.

Ce que la coalition trilatérale a finalement préparé, cependant, est l’opération Tempête de la Croatie et l’opération Deliberate Force de l’OTAN, qui ont secoué les communautés serbes à l’été 1995 et produit une catastrophe humanitaire à grande échelle, obligeant la Serbie à se rendre. Pour la mettre en perspective historique, l’alliance OTAN-Croate-musulmans a été officialisée en mars 1994. Il a fallu près d’un an et demi pour la former décemment et fournir des forces sur le terrain avant le début des deux opérations. Les conseillers américains ont été d’une importance critique et les entrepreneurs militaires privés MPRI ont aidé les Croates dans leur attaque en août. Celle-ci a finalement été lancée du 4 au 7 août 1995 et a abouti à la destruction complète de la République serbe de Krajina. Suite à l’offensive, l’OTAN a entamé l’opération Deliberate Force du 30 août au 20 septembre 1995, dans un effort pour effacer la Republika Srpska et compliquer encore la crise humanitaire déjà écrasante frappant des centaines de milliers de réfugiés serbes, qui ont inondé le territoire de la Krajina serbe. Chose intéressante, les États-Unis ont utilisé le prétexte soigneusement manipulé d’une intervention humanitaire pour répondre à l’information déformée diffusée par les médias dominants du massacre de Srebrenica afin de justifier leur intervention. Celle-ci a changé la donne, amenant la guerre civile de Bosnie à une conclusion dramatique.

La guerre civile de Bosnie a finalement pris fin avec les Accords de Dayton qui ont été signé entre la Bosnie, la Croatie et la Serbie le 14 décembre 1995. Le document lui-même est assez vaste, mais ses composantes les plus notables sont les suivantes:

  • Une nouvelle Constitution bosniaque avec des systèmes présidentiel et parlementaire compliqués.
  • Une fédéralisation du pays entre la Bosnie-Herzégovine et la Republika Srpska.
  • Une élaboration des compétences et des responsabilités fédérales et étatiques.
  • L’imposition de non-citoyens dans des positions juridiques clés.
  • Et la formation non citoyenne de l’Office du Haut Représentant pour superviser l’accord.

Même les plus mal informés des observateurs politiques peuvent conclure de ce qui précède que l’Accord de Dayton a été méticuleusement conçu pour préserver artificiellement l’unité nominale de l’État bosniaque, tout en le rendant globalement ingouvernable et sous la domination des États étrangers. Aucune des parties belligérantes qui ont signé l’accord ne s’attendait probablement à ce qu’il dure aussi longtemps. Elles ne le voyaient pas comme une solution permanente, mais plutôt comme une mesure temporaire pour désamorcer les tensions et retourner à un semblant de normalité jusqu’à ce qu’une meilleure approche puisse être acceptée ultérieurement.

Ce document profondément vicié a engendré beaucoup de discorde entre tous les côtés depuis sa mise en œuvre, et il a été clair dès le départ qu’il est loin d’être une panacée politique. La seule évolution positive à laquelle il a conduit, cependant, est la grande autonomie de la Republika Srpska, qui a largement permis d’apaiser la population serbe et de préserver la paix. Bien que certains détails de l’Accord de Dayton, comme les particularités législatives et l’autorité juridique déraisonnable – compte tenu du fait que certains non-citoyens peuvent potentiellement être mis en place pour la renégociation entre les parties –, la seule clause non négociable est l’autonomie de la Republika Srpska. Mais malheureusement, l’annulation de ce principe garanti par la Constitution est exactement ce que Sarajevo semble sournoisement désireux de faire, sous le commandement de ses clients occidentaux.

2015 a été l’année qui a vu les tentatives les plus inflexibles pour réviser l’Accord de Dayton au détriment de la Republika Srpska. La première provocation a été la résolution unilatérale du Royaume-Uni à l’UNSC condamnant les événements de Srebrenica, dépeignant trompeusement les Serbes comme les seuls agresseurs et impliquant que leur entité fédérale a été fondée sur des motifs génocidaires. La Russie a opposé son veto à la proposition au début de juillet pour ces mêmes raisons, mais l’effort britannique a révélé que les puissances occidentales dans leur ensemble ont des intentions sérieuses pour secouer le cocotier en Bosnie et créer un faux prétexte juridique pour déposséder la Republika Srpska de sa souveraineté. Dans le même temps, Sarajevo a annoncé que le Bureau de la Cour et du procureur avaient autorité sur la Republika Srpska, ce qui est manifestement contraire à la Constitution de Bosnie, incitant le président Dodik à proclamer qu’il soumettrait la question à référendum si les Bosniaques persistaient dans cette voie.

Quelques mois plus tard, en novembre, Sarajevo a sorti une autre agression juridique contre la souveraineté de la Republika Srpska, au moment où la Cour constitutionnelle décidait que la Journée annuelle de la République de l’entité était discriminatoire et ne devait plus être célébrée. Le verdict a été divisé selon des lignes ethniques, avec les juges musulmans et internationaux passant outre le vote de la majorité des Serbes et des Croates, qui étaient opposés à l’initiative. En réponse, le président Dodik a déclaré que la Republika Srpska organiserait un référendum sur l’opportunité de reconnaître la décision de la Cour constitutionnelle. Il a exigé que les juges étrangers soient définitivement retirés du cadre juridique du pays et que la décision antérieure soit inversée, menaçant de retirer les représentants de son État des institutions fédérales si les modifications n’étaient pas introduites dans les 120 jours.

Il est évident qu’il y a une poussée coordonnée par Sarajevo pour provoquer la Republika Srpska en prenant des mesures constitutionnelles autour des garanties de souveraineté qui pourraient ensuite être perversement retournées dans une sorte d’action anti-bosniaque agressive dans le cadre d’une campagne de diffamation coordonnée. Les autorités fédérales ne font pas cela de leur propre initiative, cependant, car il est évident qu’elles y sont poussées par les puissances occidentales à qui elles sont redevables, à savoir les États-Unis. C’est la raison pour laquelle leur partenaire le plus proche au Conseil de sécurité de l’ONU, le Royaume-Uni, a essayé de pousser la Résolution Srebrenica, formulée de manière délibérément trompeuse pour créer un prétexte permettant d’abolir la souveraineté de la Republika Srpska en vertu d’un scénario à venir. L’objectif global est d’éliminer cette entité serbe diasporique comme cela a été fait avec la République serbe de Krajina en 1995, peut-être par des moyens similaires et sous un faux prétexte autour de la Constitution. Les allégations, fabriquées de toutes pièces, que la Republika Srpska tente de réviser unilatéralement l’Accord de Dayton sont hypocrites à l’extrême, car c’est Sarajevo et la partie croato-musulmane du pays qui le fontt, pas l’entité serbe. La grande vision des États-Unis est d’utiliser la violence à venir en Republika Srpska (que ce soit au niveau fédéral ou via du terrorisme) comme un piège inversé de type Brzezinski pour aspirer la Serbie et la détruire une fois pour toutes. Car en fin de compte une victoire américaine dans la guerre contre la Serbie seraient une défaite irréversible pour la Russie dans la région.

Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides: l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride.

Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone

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