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Articles avec #russie tag

Au Kremlin, Poutine et Le Pen prônent la lutte commune contre le terrorisme

Publié le par Felli Bernard

 

 

Vladimir Poutine lors de la rencontre avec Marine Le Pen au Kremlin

Au Kremlin, Poutine et Le Pen prônent la lutte commune contre le terrorisme

© Sputnik. Mikhail Klimentyev
International
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Lors de sa rencontre avec la dirigeante du FN au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine a appelé à «prendre enfin conscience de la menace réelle» du terrorisme et à l’affronter ensemble.

Vladimir Poutine a rappelé à Marine Le Pen que, comme beaucoup d'autres pays, la Russie a à plusieurs reprises été la cible d'attaques terroristes, soulignant du même souffle que la communauté internationale devait faire front commun face au terrorisme.

« Nous vivons tous dans des conditions difficiles. Il nous faut enfin prendre conscience de la réalité de ce danger et conjuguer nos efforts dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le président russe à son interlocutrice.

À son tour, la candidate à la présidence française a noté que Moscou et Paris faisaient partie de ceux qui luttaient réellement contre le terrorisme.
Évoquant également l'attentat de Londres, survenu le 22 mars, la patronne du FN s'est dite favorable à un échange de renseignements plus efficace pour pouvoir protéger le peuple contre la menace terroriste.

Suite à l'attentat meurtrier qui a endeuillé ce mercredi la capitale britannique, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a également prôné une lutte collective contre le terrorisme.

« Aujourd'hui, aucun point de notre planète n'est protégé contre le terrorisme international. Des mesures de lutte contre ce mal sont indispensables. Il ne faut pas concentrer les efforts sur la recherche de menaces fictives, ni sur l'augmentation de budgets pour contrer des menaces inexistantes, il faut que la communauté internationale s'unisse pour dévier des menaces réelles », a déclaré la haute diplomate à la télévision russe.

Le 22 mars en après-midi, un homme a foncé en voiture sur des piétons devant le Parlement britannique, à Londres. L'attaque meurtrière a fait cinq morts dont l'assaillant et une quarantaine de blessés. L'organisation terroriste Daech a revendiqué cet attentat.

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La Russie et la Chine défendent l’Iran contre Trump

Publié le par Felli Bernard

La Russie et la Chine défendent l’Iran contre Trump


Elles ne se joindront certainement pas à de nouvelles sanctions, au contraire



Bhadrakumar

Par M. K. Bhadrakumar – Le 8 février 2017 – Source Russia Insider

Les propos tenus lundi par le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, ainsi que ceux du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont souligné que Moscou a une perspective sur l’Iran diamétralement opposée au président Donald Trump ou à ses hauts fonctionnaires.

 

Se référant à la qualification donnée par Trump à l’Iran d’« État terroriste numéro un », Peskov a souligné que toute amélioration des relations entre la Russie et les États-Unis sera enracinée dans la réalité que les deux pays ont des positions opposées sur de nombreuses questions, et l’Iran est l’une d’entre-elles :

« Nous ne sommes pas d’accord avec la définition (de Trump). Vous savez tous que la Russie entretient des relations chaleureuses avec l’Iran, nous coopérons sur un certain nombre de questions et nous apprécions nos liens économiques qui, nous l’espérons, vont aller plus loin. Ce n’est un secret pour personne que Moscou et Washington ont des opinions diamétralement opposées sur de nombreuses questions de politique internationale et régionale. En attendant, cela ne peut et ne doit pas être un obstacle lorsqu’il s’agit d’établir une communication normale et des relations pragmatiques mutuellement bénéfiques entre la Russie et les États-Unis. »

Lavrov a salué le rôle de l’Iran dans la lutte contre les groupes terroristes :

L’Iran n’a jamais été complice de liens avec le Front al-Nusra ou Daesh. En outre, l’Iran contribue à la lutte contre Daesh. Nous avons longtemps préconisé l’idée de créer un front antiterroriste unifié. Je suis convaincu que l’Iran doit faire partie de notre effort commun si nous évaluons objectivement les contributeurs potentiels à une telle alliance.

En effet, Moscou suivra également de près le programme de politique étrangère de Trump, dans son ensemble. Après une forte condamnation de la Russie par l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, au sujet de la dernière vague de violence dans l’est de l’Ukraine, Trump a téléphoné au président Petro Porochenko à Kiev samedi, et a également discuté de l’Ukraine avec le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg dimanche. Les commentaires de la Maison Blanche (ici et ) étaient soigneusement rédigés, mais le texte de l’OTAN (ici) mentionnait que les relations avec la Russie figuraient dans la conversation avec Stoltenberg.

Fait intéressant, lors d’une conférence de presse à Moscou dimanche, Lavrov a également précisé que les attentes de la Russie concernant l’administration Trump sont enracinées dans le réalisme :

« Nous sommes prêts à faire notre chemin vers l’amélioration des relations avec les États-Unis […] En même temps, nous comprenons qu’il faudra des efforts sérieux des deux parties pour réparer les graves dommages causés à nos relations bilatérales […] Il serait prématuré de parler du type de relations que nous pourrions avoir avec l’administration républicaine. Nous devons attendre […] pour tirer des conclusions à long terme […] une coopération efficace entre la Russie et les États-Unis est possible, mais uniquement dans le respect mutuel des intérêts des uns et des autres. »

De toute évidence, ce n’est pas comme si les sentinelles du Kremlin ne se souciaient plus de verrouiller les portes principales des tours de Spasskaya, Borovitskaya, Troitskaya et Nikolskaya.

Tour Spasskaya – Kremlin

Pendant ce temps, le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé son opposition aux sanctions de Trump contre l’Iran. Un commentaire de Xinhua a également noté que « l’aventure diplomatique et l’antagonisme inconscient » de l’administration Trump concernant l’Iran prônent « une ère d’agressivité de la part du nouveau chef suprême des politiques étrangères des États-Unis ». L’évaluation de Moscou ne peut pas être très différente de celle de la Chine concernant le comportement erratique de l’administration Trump.

Dans l’ensemble, même un bon ami d’Israël comme David Ignatius du Washington Post admet que « Il (Trump) a commencé cette confrontation sans beaucoup de préparation ou de planification stratégique […] L’Iran est un ennemi commode pour Trump. Israël et les États arabes du Golfe partagent l’antipathie de l’administration envers l’Iran. » 

Ignatius met en garde contre les dangers :

« Le Commandement central des États-Unis a des milliers de troupes en Irak et dans le Golfe qui pourraient être vulnérables aux représailles iraniennes […] L’Iran est un adversaire endurci […] Toute confrontation doit tenir compte de la position forte de l’Iran en Syrie et en Irak et de sa capacité à contrecarrer l’engagement de Trump à éradiquer État islamique […] L’Iran tient quelques goulots d’étranglement. Son plus fort effet de levier est en Irak […] Les Iraniens peuvent mobiliser des milliers de miliciens chiites irakiens à travers le pays. Les conseillers américains sont vulnérables aux attaques de ces milices soutenues par l’Iran, comme il y a dix ans.

L’Iran est l’un des défis de politique étrangère les plus difficiles auquel Trump devra faire face, et il devrait faire attention à éviter les actions précipitées mal planifiées qui en feraient sa Baie des cochons. »

C’est un avertissement assez sévère, mais éminemment raisonnable. Dans un discours prononcé lundi à Téhéran, le président iranien, Hassan Rouhani, a vraisemblablement laissé entendre à peu près la même chose, dans un contexte persan, en disant que le «paradigme des négociations » sur l’accord nucléaire iranien constituait un « modèle pour les pourparlers de paix syriens au Kazakhstan ».

M.K. Bhadrakumar

Article original paru sur Indian Punchline

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Le discours de Poutine face aux agents du renseignement russe

Publié le par Felli Bernard

Le discours de Poutine face aux agents du renseignement russe


Vladimir Poutine a participé à une réunion élargie annuelle du Conseil du Service fédéral de sécurité (FSB) pour discuter des résultats du FSB pour 2016 et des tâches prioritaires pour assurer la sécurité nationale de la Russie.

Par Vladimir Poutine – Le 16 fevrier 2017 – Source Le site du Kremlin via The Saker

Le Président de la Russie Vladimir Poutine :

Bonjour.

Ces réunions annuelles du Conseil du FSB nous donnent la chance de nous rencontrer, en plus d’analyser en profondeur les résultats du travail de l’agence au cours de la période, mais aussi de discuter longuement de toutes les questions importantes de sécurité nationale en général et de définir les priorités pour le futur immédiat et celui à plus long terme.

 

Le FSB joue un rôle clé dans la protection de notre ordre constitutionnel, de la souveraineté de notre pays et dans la protection de nos populations contre les menaces qui pèsent sur le pays et à l’étranger.

Permettez-moi de commencer en disant que les résultats de l’année dernière ont été positifs et qu’ils montrent un bon développement. Cela concerne votre travail de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, une série d’opérations de contre-espionnage réussies, vos efforts pour lutter contre la criminalité économique et dans d’autres domaines.

Vous avez assuré un haut niveau de sécurité pour les grands événements publics, dont l’élection à la Douma ainsi que les élections régionales et locales.

Je tiens à remercier les dirigeants et le personnel pour leur attitude consciencieuse dans leur travail et leur rendement rapide et efficace.

Mais en même temps, les exigences sur la qualité et les résultats de votre travail croissent constamment. La situation mondiale n’est pas devenue plus stable ou meilleure au cours de la dernière année. Au contraire, de nombreuses menaces et défis existants sont devenus encore plus préoccupants.

La rivalité militaro-politique et économique entre les décideurs mondiaux et régionaux et entre les différents pays a augmenté. Nous voyons des conflits sanglants se poursuivre dans un certain nombre de pays au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. Les groupes terroristes internationaux, essentiellement des armées terroristes, bénéficiant d’un soutien tacite et parfois même ouvert de certains pays, prennent une part active à ces conflits.

Lors du sommet de l’OTAN de juillet dernier à Varsovie, la Russie a été déclarée la principale menace pour l’Alliance, pour la première fois depuis 1989, et l’OTAN proclamait officiellement qu’endiguer la Russie était sa nouvelle mission. C’est dans ce but que l’OTAN poursuit son expansion. Cette expansion était déjà en cours avant, mais maintenant ils croient qu’ils ont des raisons plus sérieuses de le faire. Ils ont intensifié le déploiement d’armes stratégiques et conventionnelles au-delà des frontières nationales des principaux pays membres de l’OTAN.

Ils nous provoquent constamment et essaient de nous pousser à la confrontation. Nous voyons sans arrêt des tentatives de s’ingérer dans nos affaires intérieures dans le but de déstabiliser la situation sociale et politique en Russie elle-même.

Nous assistons également à une récente flambée de violence dans le sud-est de l’Ukraine. Cette escalade poursuit l’objectif clair d’empêcher les Accords de Minsk d’aller de l’avant. Les autorités ukrainiennes actuelles ne cherchent évidemment pas à trouver une solution pacifique à ce problème très complexe et ont décidé d’opter plutôt pour l’utilisation de la force. De plus, elles parlent ouvertement d’organiser des actes de sabotage et de terrorisme, en particulier en Russie. Évidemment, c’est une question qui nous préoccupe beaucoup.

Les événements et les circonstances dont j’ai parlé exigent que nos services de sécurité et de renseignement, en particulier le Service fédéral de sécurité, concentrent toute leur attention et leurs efforts sur la tâche primordiale de la lutte contre le terrorisme.

Nous avons déjà vu que nos services de renseignement ont porté de sérieux coups aux terroristes et à leurs complices. Les résultats de l’année dernière le confirment : le nombre de crimes liés au terrorisme a diminué.

Le travail préventif a également donné des résultats. Le FSB et les autres organismes de sécurité, sous la coordination du Comité national antiterroriste, ont empêché 45 crimes liés au terrorisme, dont 16 attaques terroristes planifiées. Vous méritez une gratitude particulière pour cela.

Vous devez poursuivre vos efforts pour identifier et bloquer l’activité des groupes terroristes, éliminer leur base financière, empêcher les soutiens de leurs émissaires de l’étranger et leur activité dangereuse sur Internet et prendre en compte pour ce travail l’expérience russe et internationale dans ce domaine.

Le meurtre de notre ambassadeur en Turquie a été un crime terrible qui a particulièrement mis en lumière la nécessité de protéger nos citoyens et nos missions à l’étranger. Je vous demande de collaborer avec le ministère des Affaires étrangères et le service des renseignements étrangers pour prendre des mesures supplémentaires afin d’assurer leur sécurité.

Vous devez également travailler à renforcer notre coopération antiterroriste avec des partenaires à l’étranger, malgré les difficultés que nous voyons dans différents domaines de la vie internationale. Bien sûr, il est prioritaire d’intensifier le travail avec nos partenaires au travers d’organisations telles que l’ONU, l’OTSC [Organisation du Traité de sécurité collective, NdT] et l’Organisation de coopération de Shanghai.

Il est de notre intérêt commun de rétablir le dialogue avec les services de renseignement américains et avec d’autres pays membres de l’OTAN. Ce n’est pas notre faute si ces liens ont été interrompus et ne se développent pas. Il est évident que tous les pays responsables et tous les groupes internationaux devraient collaborer pour lutter contre le terrorisme, car le simple fait d’échanger des informations sur les canaux de financement des terroristes et sur les personnes impliquées ou soupçonnées de liens avec le terrorisme peut considérablement améliorer les résultats de nos efforts communs.

Nos priorités consistent à supprimer fermement l’extrémisme. Les méthodes de sécurité doivent aller de pair avec des travaux de prévention constants. Il est essentiel d’empêcher l’extrémisme d’attirer les jeunes dans ses réseaux criminels et de montrer un rejet global du nationalisme, de la xénophobie et du radicalisme agressif. Dans ce contexte, le dialogue ouvert avec les institutions de la société civile et les représentants des religions traditionnelles russes revêt une grande importance.

Les services de contre-espionnage sont également confrontés à de plus grandes exigences aujourd’hui. Les données opérationnelles montrent que l’activité des services de renseignements étrangers en Russie n’a pas diminué. L’année dernière, nos services de contre-espionnage ont mis un terme aux activités de 53 officiers des renseignements étrangers et de 386 agents.

Il est important de neutraliser les efforts des services de renseignement étrangers pour accéder à de l’information confidentielle, en particulier aux informations concernant nos capacités militaires et techniques.

Il est donc prioritaire d’améliorer notre système de protection des informations classifiées comprenant les secrets d’État, en particulier pour les agences qui passent à un système électronique de circulation des documents.

Je voudrais vous rappeler que le nombre de cyberattaques sur les ressources d’information officielles a triplé en 2016, par rapport à 2015. Dans ce contexte, chaque agence doit développer sa partie du système étatique et détecter et prévenir les cyberattaques sur les ressources d’information qu’elle contient et en éliminer les conséquences.

Le public s’attend à des résultats plus importants dans des domaines clés tels que la sécurité économique et la lutte contre la corruption. Je vous demande d’être particulièrement minutieux dans le suivi des fonds alloués aux marchés de défense de l’État (un sujet dont j’ai parlé auparavant), aux grands projets d’infrastructure, à la préparation des grands événements internationaux et à la mise en œuvre de programmes fédéraux ciblés et socialement importants. Malheureusement, nous voyons encore de trop nombreux cas de fonds publics détournés ou mal utilisés.

Une protection fiable de nos frontières nationales contribue grandement à assurer la sécurité globale de notre pays. La priorité ici est de fermer les canaux par lesquels les membres des groupes terroristes et extrémistes internationaux entrent en Russie et d’arrêter fermement toutes les formes de contrebande, des armes aux drogues et aux diverses ressources biologiques.

Bien entendu, nous devons poursuivre les travaux visant à développer l’infrastructure frontalière où elle n’est pas encore suffisamment développée, en particulier en Extrême-Orient et dans l’Arctique.

Chers collègues, permettez-moi de souligner que nous continuerons de renforcer les directions centrales et régionales du FSB et de nous assurer que vous disposiez des armes et du matériel les plus avancés. Nous continuerons également à accorder notre attention aux prestations sociales du personnel du FSB et des membres de leurs familles.

Je souhaite que vous réussissiez à protéger nos intérêts nationaux et la sécurité de notre pays et de notre peuple. Je suis persuadé que vous continuerez à travailler pour la réalisation de vos objectifs avec dignité.

Merci de votre attention.

Vladimir Poutine

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La Russie en Syrie : un superbe documentaire sur les soldats tchétchènes à Alep (video )

Publié le par Felli Bernard

La Russie en Syrie :
un superbe documentaire sur les soldats tchétchènes à Alep


Par Sayed Hasan – Le 29 janvier 2017 – Source sayed7asan

Tandis que les aboyeurs et moralisateurs patentés continuent leur office et versent des larmes de crocodile sur le drame syrien qu’ils ont façonné de leurs propres mains, continuant à imposer un blocus criminel à la Syrie et à soutenir les « égorgeurs modérés », la Russie repousse efficacement le terrorisme aux côtés de la Syrie et de ses alliés et envoie ses propres soldats pour assurer la sécurité des Syriens et leur apporter une aide critique refusée par l’Occident. La présence de soldats tchétchènes à Alep (dont les médias ne parlent plus depuis sa libération), qui fait écho à l’engagement [vidéo sous-titrée en français à partir de 2’58 »] du Président de la République de Tchétchénie Ramzan Kadyrov à mettre ses forces au service de la Russie de Vladimir Poutine dans le monde entier, nous réconcilie avec le concept perverti d’intervention militaire humanitaire en nous montrant son visage authentique.

Vidéo traduite et sous-titrée par Sayed Hasan

Vidéo originale publiée par Youtube

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Bisbilles entre la blanche et la mère

Publié le par #Felli Bernard . http://ombre43.over-blog.com

 

Bisbilles entre la blanche et la mère

5 Février 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie, #Europe, #Etats-Unis

Les Anciens pensaient que le destin - moïra - allouait à chacun sa part de bonheur et de malheur, de fortune et d'infortune. Celui qui désirait plus que ce que la juste mesure du destin lui avait attribué était coupable d'hybris. Les Dieux lui envoyaient alors Némésis, la déesse de la juste colère divine, pour le faire revenir à l'intérieur des limites qu'il avait franchies.

Regarde les animaux qui sont d'une taille exceptionnelle : le ciel les foudroie et ne les laisse pas jouir de leur supériorité ; mais les petits n'excitent point sa jalousie. Regarde les maisons les plus hautes, et les arbres aussi : sur eux descend la foudre, car le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure.

Vladimir Poutine doit sans doute méditer ces lignes d'Hérodote. Non pas que le président russe ait fait preuve d'une quelconque démesure au cours de sa carrière géopolitique ; il a au contraire toujours su calculer subtilement, pondérer, ne pas pousser trop loin son avantage. Mais 2016 lui a apporté trop de fortune, presque à son corps défendant : élection de Trump, victoires en Syrie, Brexit, détricotage du système impérial, ralliement turc, accélération de l'intégration eurasienne... Hybris, involontaire certes, mais hybris quand même.

Facétieux, les Dieux ont frappé là où l'on s'attendait le moins : une querelle peut-être assez sérieuse vient de surgir entre la Biélorussie (la Russie blanche comme on l'appelait encore au début du XXème siècle) et la Mère Russie.

Toujours prête à se raccrocher aux dernières branches qui lui restent, la presse impériale a un instant eu le fol espoir que Minsk quitte l'Union économique eurasienne (UEEA) et l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) regroupant une partie des républiques de l'ex-URSS. En fait, la source de ces "révélations" est pour le moins controversée et le président biélorusse les a lui-même qualifiées de "hoax", rejetant clairement toute idée de départ.

Il n'est reste pas moins que la dispute, elle, est bien réelle, le moustachu Loukachenko montrant sa mauvaise humeur, retirant par exemple ses fonctionnaires de l'administration douanière de l'UEEA. Il a aussi semblé désavouer l'établissement d'une base aérienne russe à Babruysk.

Arrêtons-nous un instant sur ce point qui touche au Grand jeu américano-russe. La constitution du bouclier anti-missile US en Pologne et en Roumanie - officiellement pour contrer la "menace iranienne" (défense de rire) - est vue avec raison à Moscou comme une tentative de containment visant à rompre l'équilibre stratégique.

Ce bouclier accompagne le rideau de fer de bases établi par l'OTAN sur le front occidental de la Russie au cours de ces quinze dernières années.

Moscou a réagi en développant des missiles balistiques théoriquement inarrêtables par n'importe quel système de défense :

Ca se toise dur entre Russes et Américains, et aucun ne va baisser les yeux. A peine les remarques incendiaires d'Ash Carter connues, Moscou a répondu du tac au tac.

Le lendemain, Poutine a gentiment fait remarquer qu'en réponse au déploiement du bouclier anti-missile US en Europe de l'est, soit-disant destiné à contrer les "menaces" iraniennes ou nord-coréennes, la Russie avait fabriqué et testé avec succès des armes capables de percer tout système de défense anti-missile. De fait, cela fait déjà quelques années que la Russie est à l'oeuvre : Boulava, Topol, Sarmat, Rubezh... les nouvelles terreurs balistiques à trajectoire ondulante et autres systèmes de brouillage qui donnent des frissons dans le dos des stratèges militaires du Pentagone.

L'administration Bush voulait prendre le prétexte du trouble du début des années 2000 et de la formidable autorité morale américaine après le 11 septembre pour déséquilibrer le rapport de force avec le seul concurrent stratégique des Etats-Unis : la Russie. Raté, Georgie, play again...

Mais revenons à notre brumeux mois de novembre. Deux jours après le rappel appuyé de Poutine, un épisode amusant dans sa forme, sans équivoque dans le fond, a eu lieu. Lors d'une réunion entre Vladimirovitch et des haut-gradés russes, un document secret a été, par inadvertance bien sûr, capté par les caméras d'une télévision russe et montre le projet d'une torpille atomique capable de percer n'importe quel bouclier anti-missile américain. L'événement a été commenté par RT qui, par le plus grand des hasards, s'est penché avec forces détails sur le pouvoir dévastateur du projectile.

A moins de croire que les Marx Brothers ont envahi l'état-major russe, il s'agit évidemment d'un avertissement sans frais de Moscou à Washington : on peut vous atteindre n'importe quand, n'importe où. Le fait que les Russes aient volontairement gardé un certain flou - en projet, bientôt finalisé ou déjà existant ? - va pousser le Pentagone à dépenser, dans le doute, des tonnes de dollars pour trouver une parade. La guerre psychologique dans toute sa splendeur...

Les Russes ont également installé des Iskander dans leur enclave de Kaliningrad, court-circuitant le premier rideau otanien :

Parmi les autres réponses du Kremlin se trouve notre fameuse base de Babruysk, au plus près du "front". Les discussions ont commencé en 2013 et, sans surprise, les stratèges américains se sont cabrés. Quelques (petites) protestations ont eu lieu en 2015, sans doute liées aux habituelles et suspectes "ONG" américaines comme le National Endowment for Democracy (présence non négligeable en Biélorussie) ou l'Open Society de Soros, dont le but est de harceler les adversaires de l'empire et placer des régimes "US-compatibles". Ces manifestations, quoique franchement congrues, ont été rapportées avec lyrisme par les officines médiatiques liées aux ONG en question.

Ironie du sort : alors que l'élection de Trump met en veilleuse les menées de ces congrégations impériales, c'est Loukachenko qui, pour des raisons complètement différentes, reprend le flambeau. Et nous en revenons à la querelle entre Minsk et Moscou. Que s'est-il donc passé ?

Il y a trois niveaux d'explication. Le premier est la décision du gouvernement biélorusse de supprimer le régime de visa pour les ressortissants de 80 pays. Or il n'y a plus de frontière entre les deux Etats depuis 1997 et le traité d'Union de la Biélorussie et de la Russie, renforcé au fil des ans et notamment en mars 2015 :

La Biélorussie et la Russie respecteront dorénavant les visas décernés mutuellement par les deux pays aux citoyens de pays tiers, tout comme les interdictions d’entrée des étrangers et de sortie de leurs citoyens respectifs.

La décision unilatérale de Minsk d'accorder un régime préférentiel de visa a dû étonner à Moscou, qui a logiquement réagi en établissant des zones frontalières avec son voisin. Le Kremlin n'a certainement pas envie de voir entrer librement sur son territoire agents américains et autres sbires ukrainiens. Ne craignant visiblement pas le paradoxe ni le ridicule, Loukachenko a fulminé contre l'arbitraire de la décision russe. Comment dit-on L'hôpital se fout de la charité dans sa langue ? Que cache donc l'incohérence du président biélorusse ?

En réalité, un conflit bassement matériel sur le prix du gaz et du pétrole. Les Russes demandent que Minsk règle une partie de sa dette gazière, ce que refuse le sémillant moustachu qui souhaite porter l'affaire devant la justice. Ukraine II, le retour... Je m'étonne que la MSN n'en ait pas encore profité pour "prouver" le danger de la dépendance au gaz russe, mais ça ne saurait tarder.

Toutefois, il y a peut-être un troisième niveau d'analyse derrière les coups de menton du Biélorusse. Dans un article intitulé Comment le Kremlin est en train d'annexer inexorablement la Biélorussie, au ton forcément un peu biaisé mais généralement bien informé, le Temps donne quelques clés :

Dans les médias, l’économie, l’énergie et la sphère militaire, Moscou avance ses pions avec assurance. Malgré ses protestations véhémentes, l’autoritaire président Loukachenko a déjà échoué à protéger la souveraineté de son pays

Pour son premier voyage en Europe depuis la levée des sanctions imposées contre son régime jugé répressif, le président biélorusse Alexandre Loukachenko s’est rendu samedi dernier à Rome auprès du pape François. Histoire de distraire un pays dont toutes les routes semblent mener à Moscou.

Mais dans les rues de la très propre et ordonnée capitale Minsk, les gens ne sont pas dupes. Beaucoup préfèrent désormais le président russe Vladimir Poutine à leur indéboulonnable leader, au pouvoir depuis vingt-deux ans. «Loukachenko n’a pas d’influence. Il n’est même pas capable de redresser l’économie», maugrée Vadim, ingénieur au chômage, réduit à être chauffeur de taxi. «Poutine, c’est autre chose. Il est le seul capable de résister à l’hégémonie des Etats-Unis.» Olga, une jeune employée des télécoms, dit également préférer le chef du Kremlin. «Le népotisme de notre président bloque le développement du pays. Je pense que nous vivrions mieux si nous ne faisions qu’un avec la Russie.»

La progression du sentiment prorusse est facilitée par «la nullité de la télévision biélorusse. Du coup, les Biélorusses regardent les chaînes russes», peste un professionnel des médias, qui tient à rester anonyme. «Leur propagande est une énorme menace pour notre sécurité nationale et même pour l’identité biélorusse. Poutine empêche Loukachenko de bloquer les chaînes russes en le menaçant de sanctions. C’est pourquoi de nombreux Biélorusses se sentent mentalement russes et admirent son dirigeant.»

[...] «La Russie contrôle déjà totalement notre secteur gazier. Avec Astravets, Moscou contrôlera le marché de l’électricité et pourra régler à sa guise la balance entre gaz et nucléaire. Son objectif numéro un est de conserver une influence énergétique en Europe de l’Est.»

Face à une domination aussi évidente, Alexandre Loukachenko tente de se rattraper sur les apparences. Il joue au patron de kolkhoze, rabrouant vertement ses ministres en public, envoyant des piques aux dirigeants russes. «La Biélorussie n’est pas le garçon de courses de la Russie», a-t-il encore vociféré le 22 avril dernier lors de son allocution annuelle devant le parlement. N’empêche qu’il prend grand soin à ce que n’émerge pas de force politique davantage pro-russe que lui. «Le président comprend qu’en cas de tension imprévue, de telles forces pourraient être plus utiles que lui au Kremlin», analyse le politologue Artiom Schreibman.

[...] La Russie a déjà truffé son petit voisin occidental de ses systèmes antiaériens et ne compte pas en rester là. «Moscou veut une base chez nous pour y déployer des bombardiers dont la tâche sera de détruire le bouclier antimissile que Washington installe en Roumanie et en Pologne», explique l’expert militaire Alexandre Alesin. Selon lui, le président biélorusse y est hostile, car il craint de voir son petit pays entraîné dans un conflit avec l’Occident, «mais il sera bientôt contraint de céder aux pressions russes». L’annexion de la Crimée, où se trouve la base navale russe de Sébastopol, a déjà montré que le Kremlin passe à l’offensive lorsqu’il perçoit le risque de basculement d’une zone militairement stratégique.

L’idée qu’Alexandre Loukachenko n’a plus de marge de manœuvre face à Moscou est largement partagée. Certains vont plus loin. «A terme, la Biélorussie sera avalée, prédit Irina Krylovitch. Les Russes avancent doucement mais sûrement, répétant le travail de sape observé en Ukraine. Cela prendra peut-être cinq ou dix ans et ce sera lié au cycle électoral russe. Loukachenko sera le premier et le dernier président biélorusse.»

Il n'est pas dit que cette dernière prédiction se réalise - la Russie ayant plutôt intérêt à conserver un Etat tampon sur sa frange occidentale - mais la tendance générale est évidente. C'est sans doute dans ce contexte qu'il faut replacer les sauts de cabri en forme de chant du cygne de Loukachenko.

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[Vidéo] Vladimir Poutine commente les attaques contre Donald Trump

Publié le par Felli Bernard

Parce que c’est encore mieux en vidéo…

Source : Youtube, 18-01-2017

Extrait de la conférence de presse tenue par Vladimir Poutine et Igor Dodon (président de la Moldavie) le 17 janvier 2017.

Source : Youtube, 18-01-2017

Merci à Thalie…

5 réponses à [Vidéo] Vladimir Poutine commente les attaques contre Donald Trump

  1. Antarès Le 23 janvier 2017 à 02h11
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    Faut lire les gros titres des journaux français qui n’ont retenus de ses déclarations que sa phrase sur les prostituées, à savoir qu’elles sont les meilleurs du monde.

    Ce qui est pas mal aussi c’est l’article du Hufftington post dont on ignore s’ils font en fait la promotion de Sacha Baron Cohen ou s’ils font bel et bien une news sur les déclarations de Poutine.

    Ou libération qui retient aussi : “Car une autre occasion que Poutine ne rate jamais, c’est celle de critiquer la décadence de l’Occident : […]”

    Mais le meilleur c’est encore de comparer les titres et articles français à ceux internationaux…
    Et c’est là qu’on se dit qu’il y a un problème.

  2. Michel Donceel Le 23 janvier 2017 à 03h07
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    À voir absolument… Pas tellement pour ce qu’il dit ( encore que ce sont surtout les détails qui importent, aucun politicard occidental n’oserait parler ainsi des prostituées, à la fois avec gentillesse, compassion et humour ), mais surtout pour la manière dont il le dit. L’humour a décidément déserté l’Occident, où désormais seules la haine et la méchanceté ( les vraies, pas celles qu’on attribue à l’Autre quand il n’est pas politiquement correct ) en tiennent lieu.

  3. Fritz Le 23 janvier 2017 à 07h27
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    C’est curieux, ce matin sur Europe 1, “le vrai-faux de l’info” n’était pas consacré à la teneur exacte des propos de Vladimir Poutine, mais aux mensonges de Donald Trump.
    http://www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/combien-de-personnes-etaient-presentes-pour-linvestiture-de-de-donald-trump-2958073

  4. Duracuir Le 23 janvier 2017 à 09h58
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    Il est vrai que ça a un effet euphorisant de voir le président des USA traité comme un Chavez ou un Poutine.
    Sidérant.
    Ils doivent être devenus très cons pour oser à ce point.

  5. Dominique Le 23 janvier 2017 à 11h26
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    Bonjour. Un journaliste russe peut-il poser dans une conférence de presse à un Président étasunien une double question de plus d’une minute sans être interrompu ni même recevoir le moindre signe d’impatience ?

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Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»

Publié le par Felli Bernard

Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»

Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»© Edgar Su / Mike Segar
Xi-Jinping et Donald Trump.

Les menaces de Donald Trump contre Pékin pourraient aboutir à un conflit économique pour l'expert en géopolitique David Gosset. Selon lui, il se fourvoie en voulant imposer une politique unipolaire et anti-Route de la Soie dans un monde multipolaire.

 

RT France : Depuis plusieurs semaines, Donald Trump menace de rétablir les droits de douane sur les produits chinois mais parle aussi de revenir sur le principe de la Chine unique. La peur d'une guerre commerciale plane chez de nombreux spécialistes et dans les médias chinois. Ce risque est-il réellement envisageable ?

David Gosset (D. G.) : Malheureusement, Donald Trump a une attitude très dure à l'égard de la Chine. Cela dépasse les paroles et la rhétorique : il y a aussi les personnalités qui l'entourent. Peter Navarro est un anti-chinois. Son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn a écrit le livre The Field of fight dans lequel il décrit la Chine comme un ennemi des Etats-Unis. Son secrétaire d'Etat parle de refuser tout accès à la Chine en mer de Chine méridionale... Cela va bien plus loin qu'une rhétorique anti-chinoise. En ce sens, le risque est grand qu'on rentre dans une guerre commerciale entre les deux pays. C'est très malheureux car un tel conflit ne pourra pas faire de gagnants. Il n'y aura que des perdants des deux côtés.

Ce que Donald Trump ne veut pas voir, c'est que nous sommes rentrés dans un monde véritablement multipolaire. Dans le cas de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, les entreprises américaines seront durement touchées car la plupart des entreprises technologiques du pays produisent beaucoup en Chine. Il ne faut pas oublier non plus que Pékin a d'autres grandes régions du monde avec qui échanger. L'ASEAN fête ses 50 ans cette année. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que Xi-Jinping ait choisi la Suisse, l'Europe et le forum de Davos pour son premier voyage de 2017.

Enfin, la force de la Chine a été, reste et restera l'immensité de son marché intérieur. Je pense, et j'espère, que la Chine va rester patiente, elle l'a été jusque là. Il va falloir maintenant observer les prochaines semaines. Voir comment la situation évolue avec la prise de pouvoir réelle de l'administration Trump. Malheureusement, on risque de rentrer dans une période de tensions sino-américaines. Il faut espérer que la rationalité va l'emporter mais cela prendra du temps. Il y a un vrai changement d'attitude américaine vis-a-vis de la Chine qui se traduit par un véritable durcissement. Donald Trump le sait. Quand il prend le téléphone pour parler directement à Tsai Ing-wen la responsable de Taiwan - une première depuis 1979 - il sait très bien que c'est une provocation majeure. Il a continué après dans les médias comme la FOX ou le Wall Street Journal à déclarer que le principe de reconnaissance de la Chine unique était négociable. Sauf que pour les Chinois, ce n'est absolument pas le cas. C’est une position nouvelle et très dure. Cela ne peut pas ne pas provoquer des tensions. Jusqu'à présent la Chine a fait preuve de, ce que j'appelle, patience stratégique. La réponse à toutes ces provocations a été le discours de Xi-Jinping à Davos.

Donald Trump me donne l'impression qu'il veut agir comme si nous vivions toujours dans un monde unipolaire organisé autour de la puissance américaine

Donald Trump est en train de développer de nouvelles formes d'unilatéralisme. Une ambition qui a mon sens est fantaisiste dans un monde multipolaire. La Chine, quant à elle, est dans une attitude internationaliste et soucieuse de l'universel. Avec les Nations unies, elle réfléchit à améliorer la gouvernance mondiale, ce qui n'intéresse pas Donald Trump qui ne pense qu'aux Etats-Unis. Au regard des échanges commerciaux, l'unilatéralisme ne peut pas être envisagé comme le président américain le désire. Les Etats-Unis font partie de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et ne peuvent pas aller contre ses règles. Selon les accords qu'ils ont signés avec l'OMC, les Etats-Unis ne peuvent pas imposer des taxes et instaurer des barrières douanières. Donald Trump me donne l'impression qu'il veut agir comme si nous vivions toujours dans un monde unipolaire organisé autour de la puissance américaine alors que la réalité est à la multipolarité. Nous vivons un moment important, peut-être même historique. Soit la Chine et les Etats-Unis arriveront à s'entendre et pourront alors régler tous les grands problèmes du monde d'aujourd'hui. Soit ils rentreront dans une sorte de bipolarité et d'opposition qui ressemblera à une nouvelle guerre froide. Dans ce cas, le monde entier en souffrira. Il est un peu tôt pour se prononcer sur la tournure que prendront ces relations mais on est en droit d'être inquiet.

Le cauchemar d'une partie des stratèges américains serait la réussite du projet de la nouvelle Route de la Soie

RT France : Dans ce bras de fer qui s'annonce entre les deux puissances, quelle place pourra avoir l'Europe, elle qui est un partenaire privilégié de la Chine et des Etats-Unis ?

D. G. : C'est un point important. Une guerre commerciale entre les deux pays affecterait évidemment aussi l'Europe. Je pense que s'il devait y avoir une dégradation des rapports sino-américains, la Chine cherchera à intensifier ses relations économiques et politiques avec l'Europe. Dans un premier temps, l'Europe ne souffrira pas de la détérioration des liens entre Pékin et Washington. Mais si ce conflit était amené à durer, nous serions tous perdants. 

Je suis convaincu que Donald Trump n'aime pas vraiment l'idée d'une Union européenne. J'ai l'impression que lui et ses conseillers sont en train d'essayer de diviser l'Eurasie, ou du moins les groupements qui fonctionnent au sein de l'Eurasie. Le cauchemar d'une partie des stratèges américains serait la réussite du projet de la nouvelle Route de la Soie. Ce projet signifierait une coopération plus grande entre l'Europe et la Chine en incluant l'Afrique. Si ce projet d'axe Afrique-Eurasie devait véritablement marcher, les Etats-Unis se retrouveraient de facto marginalisés. On en revient à la théorie de Brzezinski et du grand échiquier. Or, qu'est-ce que Donald Trump est en train de faire ? Il essaie de créer des problèmes en Extrême-Orient. Il a soutenu des gens comme Nigel Farage en faveur du Brexit. La désunion au cœur de l'Europe ne peut que servir aux Etats-Unis pour garder un poids en Europe. Donald Trump est l'anti-nouvelle Route de la Soie : pas de coopération internationale, tout doit tourner autour des intérêts américains et surtout pas de cohésion au sein du grand continent eurasiatique.

L'idée que Donald Trump va réussir à utiliser Poutine pour qu'il contienne Xi-Jinping ne peut pas être suivie d'effets. La Chine est devenue absolument vitale pour la Russie

RT France : Le rapprochement que veut mettre en place Donald Trump avec Moscou pourrait-il remettre en cause le partenariat entre la Russie et la Chine ?

D. G. : Je ne crois pas que son rapprochement avec la Russie contredise cette idée d'un Donald Trump «anti nouvelle Route de la Soie». Le président américain sait que la Russie est plus faible économiquement que ce que Vladimir Poutine veut le montrer. Certains analystes pensent que Donald Trump veut utiliser la Russie pour contenir la Chine, comme Kissinger a utilisé Pékin pour contenir l'URSS au moment de la guerre froide. Mais là aussi, c'est irréaliste ! La grande différence c'est que l'Union soviétique et la Chine au moment de la guerre froide n'avaient pas d'interdépendances économiques. Ils échangeaient très peu. Or aujourd'hui, le premier partenaire commercial de la Russie, c'est la Chine. L'idée que Donald Trump va réussir à utiliser Poutine pour qu'il contienne Xi-Jinping ne peut pas être suivie d'effets. La Chine est devenue absolument vitale pour la Russie. Donald Trump va essayer mais il n'y arrivera pas.

Je pense que son projet un peu fou d'anti-nouvelle Route de la Soie, va se traduire par l'imposition par la Chine de son modèle de sagesse d'une route de coopération, de développement et de paix. Un modèle, je pense, que nous Européens, Russes et Africains devons co-construire. Idéalement, cette Route de la Soie est ouverte aux Américains. Mais l'Amérique de Donald Trump ne semble pas vouloir la co-construire. Ce qui m'étonne, c'est que la presse francophone ne semble pas prendre la mesure de la gravité de ce sujet et des conséquences de la détérioration des relations sino-américaines. L'année 2017 pourrait être décrite comme une année à très grand risque politique du fait de ce durcissement. C'est une situation assez unique depuis la fin de la guerre du Vietnam. La grande question de ces prochaines semaines sera de voir si Donald Trump sera finalement prêt à revenir à la raison et à travailler avec la Chine pour un monde plus inclusif et juste.

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« PAIX RUSSE » EN SYRIE ! (L’Imprécateur)

Publié le par Felli Bernard

« PAIX RUSSE » EN SYRIE !
(L’Imprécateur)

Vladimir Poutine a annoncé le 29 décembre que le gouvernement syrien et l’opposition syrienne armée s’étaient entendus sur l’instauration d’un cessez-le-feu et l’amorce de négociations. Ce cessez-le-feu est valable pour tout le territoire syrien. Il a été approuvé par “les principales forces” de la rébellion. Au total, sept groupes rebelles, dont le puissant Ahrar al-Cham, ont signé. Ils participeront aux négociations de paix à deux exceptions près, mais de taille, les deux groupes classés dans la liste des terroristes à éradiquer par l’ONU : le groupe État Islamiste et Fateh al-Cham, alias El-Nosra, alias Al-Qaïda, actuellement allié de la très disparate et inefficace coalition américaine. Les négociations de paix commenceront en janvier à Astana au Kazakhstan. La réunion d’Astana précédera des négociations inter-syriennes qui doivent être organisées par l’ONU le 8 février à Genève.

« Il y a quelques heures, s’est produit un événement que nous n’attendions pas seulement depuis longtemps, mais pour l’avènement duquel nous avons beaucoup travaillé. Trois documents ont été signés : le premier sur l’arrêt des combats, le second sur les mesures de contrôle du régime de cessez-le-feu, le troisième sur l’ouverture de pourparlers de paix. » (Vladimir Poutine, le 26 décembre, cité par le quotidien russe Kommersant). Poutine a cependant précisé qu’après trois jours de calme la trêve est encore fragile et qu’il faudra beaucoup de patience pour trouver un accord sur lequel tous les participants auront du céder quelque chose. Rien d’étonnant à cela, c’est la base même de toute négociation.

Le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou, a déclaré pour sa part que « les militaires menaient depuis deux mois des pourparlers avec les leaders de l’opposition syrienne par l’intermédiaire de la Turquie ».

L’opposition syrienne contrôle en gros le centre et le nord de la Syrie, mais uniquement des régions plus ou moins désertiques. Il est curieux que si des pourparlers étaient en cours entre Russes et opposition syrienne, aucune mention n’en a été faite dans la presse occidentale. Au moins quelques-uns des centaines d’espions, officiers de renseignement, présents en Syrie aussi bien à Damas qu’à Alep ont dû le découvrir et ils n’en auraient pas informé leurs gouvernements ?

Ne serait-ce pas plutôt que ceux-ci étaient parfaitement au courant et qu’ils ont fait pression sur leurs médias pour que la chose reste secrète afin de leur éviter une “perte de face” catastrophique ?

Serge Lavrov, ministre russe des Affaires Étrangères avec son homologue turc. (Photo Reuters publiée par Gazeta.ru le 28 décembre.)

Les deux hommes viennent de concrétiser la nouvelle alliance russo-turque. 

La réaction outrée des medias occidentaux montre que c’est bien de cela qu’il s’agit, car Poutine écarte a priori les États-Unis et la France des négociations prévues, ce qui démontre que la politique diplomatique menée par John Kerry, Laurent Fabius et maintenant Jean-Marc Ayrault a été un énorme échec en Syrie.

Un seul exemple, la réaction du quotidien gouvernemental et socialiste français L’Obs : « Un cessez-le-feu en trompe l’œil : Cet arrêt des combats doit cependant être relativisé : il n’est qu’un nouveau cessez-le-feu parmi des dizaines qui, soit ne sont jamais entrés en vigueur, soit se sont très rapidement effondrés. Ce cessez-le-feu sera d’autant plus relatif que deux des plus importants groupes rebelles, l’organisation djihadiste “État islamique” (Daech) et l’ex-Front al-Nosra (Al-Qaïda), rebaptisée Fateh al-Cham, en sont exclus. Mais pour le Kremlin, l’essentiel est sans doute l’effet d’annonce, le coup de relations publiques, qui vise à faire oublier les accusations de “crimes de guerre” voire de crimes contre l’humanité” lancées à l’encontre des forces russes en Syrie ».

Il n’est pas faux de dire que toutes les tentatives et annonces de cessez-le-feu tentées par Obama et Hollande ont échoué jusqu’ici. Cela a tenu à leur mauvaise préparation et à l’évidente volonté franco-américaine d’en écarter le gouvernement légal et légitime de la Syrie. Sans oublier la toute aussi évidente volonté franco-américaine de faire main basse sur le pétrole et le gaz syrien, irakien et libyen par la déstabilisation systématique de ces trois pays, autant pour complaire à l’Arabie Saoudite que pour nuire à l’ennemi qui justifie les agressions de l’OTAN, la Russie, et à l’ennemi des Arabes sunnites, l’Iran. Quant aux “crimes de guerre” et “crimes contre l’humanité”, on en reparlera quand nos médias montreront ce qui se passe à Mossoul sous le bombes franco-américaines.

Ce sont la Russie, l’Iran et la Turquie qui vont encadrer les négociations de paix.

L’invitation faite à la Turquie par Poutine montre sa grande intelligence et sa grande connaissance de la géopolitique internationale. En invitant la Turquie, avec laquelle la Russie était encore à couteaux-tirés il y a quelques mois, Poutine la détache du bloc OTAN americano-européen. L’Europe et l’OTAN vont-ils en tirer la conclusion qui s’impose : l’exclusion de la Turquie de l’OTAN et l’arrêt immédiat des négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe que l’Union Européenne menée en contradiction avec la volonté des peuples européens ?

Non. Car l’islamisation de l’Europe par la Turquie reste à l’ordre du jour dans les plans à long terme de l’Union Européenne et de l’élite financière mondiale menée par les institutions financières Goldman Sachs, Rothschild, Lazard, etc. Elles pensent qu’elles réussiront à saboter les négociations de paix lancées par la Russie avant leur conclusion qui signerait la mainmise de Moscou sur tout le Moyen-Orient, jusqu’ici chasse gardée anglo-saxonne. Mieux vaut la continuation de la guerre en Syrie que de voir la Syrie redevenir ce que Sergeï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères annonce : « Nous sommes partisans du maintien de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de la Syrie et nous nous prononçons encore et toujours pour que la République arabe syrienne demeure un État uni, pluriethnique, pluriconfessionnel, démocratique et laïque » (Nezavissimaïa Gazeta, quotidien moscovite).

Sans compter que la paix en Syrie signifierait 10 à 15% de migrants en moins en Europe, peut-être même dans quelques mois le retour en Syrie des Syriens déjà arrivés en Europe et compromettrait, ou au minimum retarderait, le Grand Remplacement que la communauté financière internationale souhaite ardemment.

C’est pourquoi trois pays se sont abstenus lors du vote de l’ONU à une très large majorité d’une résolution approuvant « l’importante avancée que constitue l’initiative de paix russo-turco-iranienne en Syrie » (ONU) : les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

La nouvelle alliance russo-turque est déjà effective sur le terrain : l’agence de presse turque Dogan a fait état le 30 décembre de raids par l’aviation russe à Al-Bab (nord), bastion de l’EI en Syrie que des rebelles syriens appuyés par Ankara tentent de prendre. Et la lutte contre l’autre groupe terroriste continue. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), « Les affrontements sont sporadiques et s’accompagnent de frappes aériennes menées par des hélicoptères (russes) contre des positions de groupes rebelles et de Fateh al-Cham », ex-branche syrienne d’al-Qaïda appelé autrefois Front el-Nosra.

Poutine fait ce qu’il a annoncé. Il fait ce que sont incapables de faire en Syrie Américains et Français.

Hélicoptères d’attaque russes en Syrie (photo Reuters)

La claque est d’autant plus violente pour Hollande et Obama que l’armée syrienne, la Coalition Nationale Syrienne (CNS), principale composante de l’opposition en exil et la “Haute autorité syrienne pour des négociations” regroupant un grand nombre d’ensembles islamistes d’opposition, ont confirmé leur participation aux négociations auxquelles Poutine les a invité ! « Actuellement, tout semble prêt pour un cessez-le-feu et l’instauration d’un dialogue direct entre le Gouvernement et les forces de l’opposition qui souhaitent préserver l’intégrité territoriale de la Syrie et sa souveraineté. Les troupes d’opposition qui ne se soumettront pas au cessez-le-feu seront reconnues comme terroristes au même titre que l’État islamique et le Front Al-Nosra » (Source ONU).

Il y a depuis peu en Syrie beaucoup de troupes iraniennes, de confession chiite. D’autre part, l’opposition armée syrienne est soutenue par la Turquie, une opposition qui ne compte plus sur les pays occidentaux (notamment la France) jugés velléitaires, impuissants et dont les intentions ne semblent pas claires. « Sans la Turquie, l’entrée en contact avec l’opposition était quasi impossible, estime l’un des experts onusiens. Les Américains se sont révélés incapables d’exercer de l’influence sur elle, toutes leurs propositions conduisaient à l’impasse. Se tourner vers la Turquie a permis de régler le problème d’Alep. Par ailleurs, Ankara contrôle l’Armée syrienne libre, et c’est sur le territoire turc qu’ont eu lieu les tentatives de réunir toute l’opposition syrienne. Même si elles furent infructueuses, le fait est que la Turquie a des contacts solides avec elle. »

Quand les pays occidentaux vont-ils comprendre que les Arabes préfèrent toujours les forts qui affirment leur force, comme Poutine et Erdogan, plutôt que les jérémiades verbeuses d’un Obama ou la mollesse inconsistante d’un Hollande, les deux étant en outre déjà effacés de la scène politique mondiale ?

Cela dit, Le quotidien en ligne Gazeta.ru relève que cette initiative de paix pourrait se heurter à deux obstacles : le premier est que l’accord n’inclut pas les forces kurdes, sur lesquelles Moscou et Ankara s’opposent. Poutine voudrait faire une place aux Kurdes dont les troupes se sont bien battues contre l’EI, Erdogan a peur de la revendication nationaliste kurde. Le second est le projet stupide de résolution franco-britannique à l’ONU, qui prévoit la mise en place de sanctions contre la Syrie. Comme si celle-ci, en ruines, avait besoin de sanctions quand c’est un vaste Plan Marshall qu’il lui faudrait. Mais la haine de Bachar el-Assad domine toujours dans les cervelles d’oiseaux de la diplomatie franco-anglo-saxonne.

Pour voir et lire les articles originaux de Nezavissimaïa Gazeta et Gazeta.ru, cliquer sur leur nom dans le texte.

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Pour Poutine, le Japon c’est pas encore ça…

Publié le par Felli Bernard

Pour Poutine, le Japon c’est pas encore ça…


… en outre le Japon a plus besoin de la Russie que l’inverse, pour le moment


Bhadrakumar

Par M. K. Bhadrakumar – Le 22 décembre 2016 – Source Russia Insider

À Tokyo, il y a une ombre de tristesse, à propos des résultats de la visite tant attendue au Japon du président russe Vladimir Poutine la semaine dernière (15-16 décembre). L’amère déception est en fait auto-infligée, dans la mesure où le battage publicitaire à l’approche de la visite – comme si Poutine venait avec une formule magique pour régler le différend territorial sur les îles Kouriles – était complètement irréaliste.

 

Quand Poutine a poliment refusé l’offre japonaise d’un compagnon pour sa chienne Akita, cela aurait pu être une allusion subtile signifiant qu’il voulait voyager sans bagages au Japon. Quoi qu’il en soit, il était téméraire d’imaginer que l’offensive japonaise de charme persuaderait la Russie d’abandonner sa souveraineté sur les Kouriles – au moins, pas tant que le Japon ne sera pas sorti de l’orbite américaine, ce qui n’est bien sûr pas pour demain.

Poutine est allé à la réunion au sommet avec le Premier ministre Shinzo Abe dans une position de force et il est dans l’air du temps que les négociations avec la Russie ne sont pas faciles en ce moment. Celle-ci a réussi à renverser la stratégie de contention de l’administration Barack Obama, et il est douteux que Donald Trump la relance pour isoler et encercler la Russie – et cela, même si l’ensemble de l’establishment américain de sécurité et de politique étrangère prévoit de mettre les bâtons dans les roues du plan de Trump pour améliorer les relations entre les États-Unis et la Russie. C’est une chose.

Deuxièmement, Abe se trouve un peu coincé. Obama ne l’a jamais vraiment aimé à un niveau personnel, mais les relations américano-japonaises ont néanmoins prospéré ces dernières années, grâce au rôle crucial du Japon dans le pivot des États-Unis vers l’Asie. Abe lui-même était plus qu’heureux de grimper dans la locomotive de la stratégie du pivot, étant donné qu’elle est dirigée contre la Chine. Le Japon, à lui seul, n’a pas les moyens d’égaler les prouesses croissantes de cette dernière. La perspective de la présidence de Donald Trump inquiète Abe, pour dire le moins.

Sans surprise, le Japon a besoin de la Russie plus que l’inverse, en ce moment. La Russie a donc joué avec sagesse ses cartes diplomatiques, en proposant à terme immédiat le renforcement du partenariat économique, tout en maintenant le différend territorial dans les coulisses et en permettant la poursuite des discussions pour un traité de paix.

La Russie n’a plus besoin de balancer des carottes politiques sous le nez du Japon pour que ce dernier l’aide à briser l’« isolement » dû aux sanctions occidentales menées par les États-Unis. La Russie ne permettra pas non plus que les relations avec le Japon affectent son entente avec la Chine, qui fait maintenant partie intégrante de sa stratégie globale.

Lors de la conférence de presse avec Abe, Poutine a doucement glissé une nouvelle condition préalable pour résoudre le différend territorial, à savoir, que les Américains ne devraient pas être autorisés à s’installer sur aucune des quatre îles, si elles passaient sous le contrôle du Japon. C’est-à-dire qu’Abe aurait à renégocier les paramètres du traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon avec Washington.

De même, la Russie a proposé des activités économiques conjointes sur les îles en litige, mais a ajouté un avenant stipulant que les entreprises japonaises opérant dans les Kouriles devraient payer des impôts à la Russie. C’est retourner le couteau dans la plaie, car cela équivaut à ce que les compagnies japonaises acceptent la juridiction russe sur les îles. Abe comprend que Moscou fait une offre « à prendre ou à laisser », mais il semble n’avoir pas d’autre option que d’accepter la formule russe. La diplomatie est après tout l’art du possible.

Abe espère vendre au public japonais l’idée d’activités économiques conjointes dans les Kouriles, en attendant une résolution du conflit qui se produira bien un jour. Mais ce sera un long voyage pour Abe. Toshihiro Nikai, secrétaire général du Parti libéral-démocrate au pouvoir, a déclaré aux médias que « la majorité du public japonais est déçue par les résultats ». Il a prévenu que cela devrait être une leçon pour montrer que « les négociations territoriales ne sont pas faciles ».

Un éditorial de Mainichi Shimbun a déclaré que le sommet « a brisé nos espoirs que des pourparlers répétés feraient avancer la question des Territoires du Nord et ne nous laisse que l’option de réfléchir à la dure réalité de la situation ». Le journal a mis le doigt sur la raison évidente de la volte-face de Poutine :

L’administration américaine est en train de passer du président Barack Obama, qui est à l’origine de l’introduction des sanctions internationales contre la Russie, au président élu Donald Trump, qui préconise la coopération avec la Russie […] Cette dernière a probablement commencé à revoir sa politique envers le Japon en rapport avec le prochain changement de gouvernement aux États-Unis […] L’administration Abe est confrontée à la nécessité de revoir drastiquement sa politique étrangère pour déterminer comment procéder aux négociations territoriales avec Moscou.

Cependant, Abe n’est pas quelqu’un qui peut être aisément dissuadé. Il a déjà divulgué son intention de se rendre en Russie au début de l’année prochaine pour rester en contact. Il est fondé à penser, dans son jugement, que l’humeur en Russie pourrait radicalement changer, si les espoirs actuels de celle-ci dans un changement pour le mieux de ses relations avec les États-Unis se révélaient être une chimère. Ce qu’on peut dire, pour le présent, est que Poutine a pris le dessus sur Abe, comme l’a bien évalué un commentaire de Nikkei Asian Review :  « L’optimisme s’évanouit pour les relations Japon-Russie. »

M.K. Bhadrakumar

Article original paru chez Indian Punchline

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La Russie atteinte au chœur

Publié le par Felli Bernard

La Russie atteinte au chœur


Par Slobodan Despot − Le 25 décembre 2016 − Source blog.despot.ch

La disparition tragique du chœur Alexandrov en mer Noire ce 25 décembre 2016 est bien plus qu’une tragédie aérienne. C’est un coup historique et une catastrophe nationale, plus douloureuse encore que la perte du Koursk en l’an 2000. Car cet ensemble de haute volée, connu à l’Ouest comme «les chœurs de l’Armée rouge», était la voix même de la Russie invaincue. Par la magie du chant, il était devenu l’un des piliers d’une miraculeuse réconciliation nationale, entre rouges et blancs, qui a jeté un pont par-dessus des millions de cadavres et conduit en moins d’une génération à la résurrection de l’Empire.

 

Ce que les commissions de révision, les livres d’histoire, les lois et les tribunaux n’auraient jamais pu accomplir, la musique et la spiritualité l’ont fait, tout naturellement. Ce que recelait le chœur Alexandrov, c’était le patrimoine le plus inaliénable de toutes les Russies. «Ceci est à nous!», pouvaient se dire tous les Russes, de tous les bords et opinions. «On pourra nous envahir, on pourra plagier nos chants, mais on ne pourra jamais nous les enlever!» Les airs russes, qui ont tant marqué la musique universelle, plongent leurs racines dans le chant de l’humanité première. Ils sont classiques et populaires, solennels et gaillards, amoureux et martiaux, débridés et funèbres. Ils sont toute la vie! C’est pourquoi le chœur Alexandrov pouvait enchaîner l’hymne national et Daft Punk sans faute de goût.

La diplomatie secrète de l’âme slave

Parmi mes amis et parents serbes, la consternation est tout aussi profonde. La disparition de ce grand chœur le même jour évoque un autre martyre collectif qui est dans toutes les mémoires : l’exécution de tous les lycéens de la ville de Kragujevac par les Allemands, le 21 octobre 1941, parmi des milliers d’autres otages. La grande poétesse Desanka Maksimović en a tiré un poème bouleversant que tous les Serbes connaissent, le Conte sanglant : «Cela se passait dans une contrée de paysans / dans les montagnes des Balkans. / Y mourut en martyr / tout un régiment d’étudiants / en un seul jour.»

A l’époque où la Russie regardait impuissante la destruction de la Serbie sous les bombes de l’OTAN et le dépeçage du Kosovo par les bandits anglo-saxons aidés des mafias albanaises, les reprises de vieux hymnes serbes par les chœurs de l’Armée rouge portaient un message de fraternité qui consolait les cœurs et maintenait la foi dans une alliance que les rapports de force avaient enterrée. C’était une diplomatie clandestine qui empruntait les canaux chiffrés de l’âme slave. Le clin d’œil était parfaitement compris: «Leur temps passera, et nous nous retrouverons!»

«Leur» temps est en train de passer, en effet, et ce n’est pas sans pleurs ni grincements de dents. Si cet invraisemblable accident n’est pas qu’une blague du hasard, si quelqu’un a vraiment voulu frapper la Russie, il a visé juste. Il a frappé au cœur. Juste en-dessous du président ou du patriarche.

Et pourtant il ne pouvait viser plus faux! Le chœur de l’armée n’a rien inventé. Il n’était que la plus belle voix de la Russie éternelle, une voix qui se reconstruira avec le temps. Ce coup au chœur ne fera que renforcer l’esprit de bravade de ce peuple magnifique et dément. Ses chants lui confèrent un cœur immense qui se rit de la mort. Et chaque Russe est tombé dedans tout petit, comme Obélix dans son chaudron de potion magique.

Slobodan Despot

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