Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

LE REFERENDUM ITALIEN POURRAIT DECLENCHER UNE NOUVELLE CRISE FINANCIERE !

Publié le par Felli Bernard

30 novembre 2016

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-le-referendum-italien-pourrait-declencher-une-nouvelle-crise-bancaire-europeenne.aspx?article=9692420180H11690&redirect=false&contributor=PIECES+OR

 

Le référendum italien pourrait déclencher une nouvelle crise bancaire européenne

 

 

Publié le 30 novembre 2016

 

Rubrique : Actualité de la crise

   
 

Le référendum de ce dimanche en Italie pourrait entraîner une nouvelle crise bancaire en Europe, d’après l’économiste en chef de Manulife Asset Management.

« À mon avis, le plus gros risque est actuellement le secteur bancaire, plus important encore que le risque politique, même s’il en découlerait de l’instabilité », a déclaré à CNBC ce mardi Megan Greene, économiste en chef de Manulife Asset Management.

Les électeurs italiens devront se prononcer sur les réformes proposées de la constitution. Mais la majorité de l’électorat voit plutôt ce référendum comme un vote de confiance envers le Premier ministre et le gouvernement actuel. Le Premier ministre Matteo Renzi a déclaré qu’il démissionnerait si les réformes n’étaient pas validées. On s’attend à ce que le non l’emporte pour ramener l’instabilité politique et financière dans la 3e économie de la zone euro.

« Si une nouvelle crise devait se déclarer dans le secteur bancaire italien, non seulement elle aurait le potentiel de se propager à travers l’Europe mais la solution de Renzi pourrait enfreindre les règles européennes concernant le renflouement des banques. Dans un tel scénario, il saperait énormément l’union bancaire européenne, qui est en fait le seul dossier européen qui a enregistré des progrès depuis le début de la crise, » a ajouté Greene.

Une crise bancaire en Italie est possible si les investisseurs décident de ne plus contribuer à la solution mise en place pour certaines des banques italiennes les plus fragiles. Les gestionnaires de fonds, les assureurs et les banques se sont mis d’accord cette année pour mettre en place un fonds de 5 milliards d’euros destiné à renflouer les banques en difficulté. Ce dispositif a donc apaisé les craintes concernant la stabilité d’un secteur bancaire italien obéré par de nombreux prêts non-productifs (qui présentent des créances en souffrance).

D’après un rapport de ce lundi du Financial Times, qui se base sur des officiels et des banquiers de haut niveau, jusqu’à 8 banques italiennes pourraient être en difficulté en cas de victoire du non au référendum.

Si les sondages devaient s’avérer exacts et que Renzi perd le référendum, les analystes pensent qu’il formera un nouveau gouvernement, des élections anticipées étant peu probables.

« Les investisseurs ne voudront peut-être plus participer (au fonds) en cas d’instabilité politique suite au référendum, » a déclaré Greene à CNBC.

« Ce gouvernement ne pourra rien faire d’autre qu’une réforme électorale, donc l’Italie ne pourra se doter des réformes structurelles dont elle a besoin », a ajouté Greene.

Simultanément, les dirigeants italiens ont minimisé l’impact potentiel du référendum sur les banques et l’Europe. Paolo Gentiloni, ministre italien des Affaires étrangères, a déclaré à CNBC ce lundi que les craintes des marchés concernant un défaut potentiel ne sont pas justifiées.

Gentiloni a déclaré à CNBC que de telles craintes étaient raisonnables en 2011, mais que depuis, la situation s’est améliorée. Il a également ajouté qu’il n’y a aucun risque de contagion à l’Europe. « Nous aurions certainement un pays plus faible et plus instable, mais ce ne serait pas une menace pour l’économie européenne », a-t-il déclaré.

Article de CNBC, publié le 29 novembre 2016

 
 
 
 

Published by marcrousset

Voir les commentaires

Trump se prépare à prendre le contrôle de la Fed

Publié le par Felli Bernard

Trump se prépare à prendre le contrôle de la Fed

Si c’est effectivement le cas, ce sera une révolution. Une vraie bonne nouvelle pour tous ceux qui combattent le pouvoir exorbitant des banksters de Wall Street et leur captation indécente des richesses via la politique monétaire de la Fed ! D’autant plus si ça coïncide avec une “renationalisation” du dollar, qui perdrait son statut de monnaie de réserve mondiale… OD

trump-controle-fed

« Durant les quatre premières années de sa présidence, Donald Trump choisira non seulement trois juges pour la Cour suprême, mais aussi cinq des sept membres du Conseil des gouverneurs de la Fed. Il serait impossible de surestimer l’effet que cela aura sur l’avenir économique de la nation. Avec les deux chambres du Congrès fermement dans les mains du GOP [Parti républicain], nous pourrions voir la banque centrale la plus puissante du monde transformée en une institution purement politique qui suivrait les diktats d’un homme.

Les critiques peuvent penser que ce serait une grande amélioration par rapport à la situation actuelle, dans laquelle la Fed dissimule son allégeance aux banques d’investissement géantes de Wall Street derrière un nuage de relations publiques à propos de «l’indépendance», mais l’idée d’un seul homme contrôlant le prix de la monnaie de réserve mondiale, et donc le prix des actifs financiers et des matières premières à travers le monde, est également inquiétante. Déjà nous avons vu comment la détermination de la Fed à enrichir ses propres affidés a abouti à des bulles titanesques des prix des actifs, les unes après les autres.

Imaginez que ce pouvoir soit confié à un seul individu qui pourrait être tenté d’utiliser cette autorité pour façonner les événements économiques d’une manière qui renforce et perpétue son propre pouvoir politique. Malgré cela, après sept ans d’une dépression induite par des politiques qui ont accru l’inégalité à des niveaux jamais observés depuis l’Âge d’or [fin du XIXe siècle], nous pensons qu’il est grand temps que le président utilise son pouvoir pour choisir les membres qui ramèneront la banque sous le contrôle du gouvernement. Voici plus d’informations à ce sujet sur le Los Angeles Times :

«Donald Trump a lancé une critique sans précédent de la Réserve fédérale pendant la campagne. En tant que président, il pourrait arriver à la remodeler rapidement […] Trump aura la possibilité de nommer jusqu’à cinq nouveaux membres au Conseil des gouverneurs de la Fed, composé de sept personnes, pendant sa première année et demie au pouvoir. Cela inclut un nouveau président pour remplacer Janet L. Yellen, dont le mandat expire au début de 2018 […].

Trump a éreinté Yellen dans les derniers mois de la campagne présidentielle, l’accusant de maintenir le taux de référence ‘artificiellement bas’ pour aider ses camarades démocrates, le président Obama et Hillary Clinton.

‘Je pense qu’elle est très politique et, dans une certaine mesure, je pense qu’elle devrait avoir honte d’elle-même’, a dit Trump sur CNBC à la mi-septembre. Lors du premier débat présidentiel deux semaines plus tard, il a déclaré que ‘la Fed est plus politique que Hillary Clinton’.

Dans sa dernière vidéo de campagne, Trump a inclus des images de la Fed et de Yellen, comme faisant partie de l’‘establishment politique qui a saigné notre pays à blanc’.

‘Jamais auparavant, nous avions vu un président entrant non seulement critiquer la façon dont la politique de la Fed a été exécutée […] mais accuser la présidence de la Fed de saper l’institution par un complot politique avec son adversaire et la Maison Blanche’, a déclaré Pethokoukis. ‘Nous sommes hors des clous dans un territoire inexploré.’»

Nous pouvons présumer sans nous tromper que la Cour suprême va scruter l’attitude amicale de Trump envers les grandes entreprises en matière de laisser-faire, mais la question est la suivante : que peut-on attendre de la Banque centrale une fois qu’elle deviendra le laquais de la Maison-Blanche ?

C’est difficile à dire, principalement parce que Trump épouse souvent deux points de vue apparemment contradictoires en même temps.

Qu’est-ce que je veux dire par là ?

Je veux dire, d’une part, que Trump est un grand supporter du capitalisme de marché libre, non interventionniste, mais d’autre part, c’est un populiste de droite engagé qui semble prospérer avec le soutien des masses, ce qui est clair quand il dit des choses comme celles-ci :

«Vous savez qui est le plus blessé [par les politiques d’argent facile de Yellen] ? Les gens qui ont passé 40 ans de leur vie et économisé une centaine de dollars chaque semaine [à la banque] […] Ils ont travaillé toute leur vie pour épargner et maintenant ce qui se passe, c’est qu’ils sont forcés [d’entrer] dans un marché boursier gonflé [artificiellement] et bientôt, ils seront anéantis.»

Alors, comment le populiste Trump façonnera-t-il son opinion pour décider qui devrait ou ne devrait pas être un membre de la Fed ?

Nous ne le savons pas, mais nous savons que la politique monétaire va changer radicalement après les huit dernières années d’expérimentation improductive, parce que Trump s’est entouré de leaders de l’industrie qui souscrivent à une philosophie entièrement différente de celle actuellement en pratique. Vérifiez cela à partir de l’opinion de l’analyste monétaire Tommy Behnke :

«Certaines des voix économiques les plus raisonnables d’aujourd’hui sont incluses dans le cercle intérieur de (Trump). Ces noms incluent David Malpass, d’Encima Global, qui a co-signé une lettre avec Jim Grant s’opposant au programme d’assouplissement quantitatif de la Fed, inflationniste et déformant ; John Paulson de Paulson & Co., qui a gagné des milliards en court-circuitant le marché du logement avant la Grande Récession [2008, crise des subprimes, NdT] ; Andy Beal, un gars soi-disant libertaire qui blâme la Fed pour la crise du crédit ; et Stephen Moore, de la Heritage Foundation, qui a dit au CSIN en 2012 qu’il était un ‘critique très sévère’ des politiques ‘incroyables d’argent facile de la Fed’ durant la dernière décennie.

Tandis qu’aucun des conseillers économiques de Trump n’est un économiste de l’école autrichienne, ils sont beaucoup plus vautours que la plupart des conseillers économiques des présidents Bush et Obama.»

Trump, qui n’est pas un fan du programme d’achat d’obligations de la Fed, appelé assouplissement qualitatif, a admis qu’il pense que les actions sont dans une bulle, suggérant ainsi qu’il va probablement adopter une approche plus conservatrice de la politique monétaire. Même si cela ne change pas le fait qu’il pourra choisir personnellement la majorité au pouvoir dans le  FOMC, et qu’il sera en mesure d’exiger leur loyauté comme condition de leur embauche. Quelqu’un doute-t-il sérieusement que Trump préférerait plutôt prendre le contrôle de la Fed lui-même que de le laisser dans les griffes des banques coupe-gorge de Wall Street ?

Il ne fait aucun doute que les effets distributifs [inégalitaires] des politiques de la Fed ont contribué à catapulter Trump à la Maison Blanche. Des millions d’Américains de la classe ouvrière qui sont malades des politiques monétaires de goutte-à-goutte et des accords commerciaux éviscérant les emplois, ont trouvé un moyen d’exprimer leur frustration dans la candidature de Donald Trump. Leur colère collective a explosé soudainement dans les urnes le 8 novembre, poussant le magnat de l’immobilier à une victoire sur son adversaire Clinton dans ce que beaucoup appellent le bouleversement politique du siècle. Trump a puisé dans cette source de colère et de frustration en dénonçant «l’establishment politique défaillant et corrompu» dont Hillary Clinton et la Fed sont les vedettes.

Maintenant, il va passer au niveau suivant en lançant une attaque surprise sur la Fed qui dépouillera les banques de Wall Street de leur pouvoir et les laissera se débrouiller toutes seules. Ceci est une publication du New York Times :

«Le point de vue de base de nombreux conseillers de Trump est que la période prolongée de la politique d’urgence a favorisé une bulle dans le marché boursier, déprimé les revenus des épargnants, effrayé le public et encouragé la mauvaise affectation du capital, a déclaré Ian Shepherdson, économiste en chef à Panthéon Macroeconomics. À l’heure actuelle, ce sont des points de vue minoritaires au FOMC, mais les nouveaux nominés de Trump sont susceptibles de changer la donne.»

D’accord, ils vont «changer la donne», alors ils vont devoir le faire au cœur du nid de vipères. La Fed a eu toutes les occasions de montrer où sa loyauté a failli en prenant, à chaque fois, parti pour Wall Street. Il y a une raison pour laquelle 95% de tous les gains réalisés au cours des huit dernières années sont partis entre les mains des 1%, alors que les travailleurs luttaient pour boucler leurs fins de mois. Tout comme il y a une raison pour laquelle les actions ont triplé de valeur au cours des huit dernières années alors que les salaires et les revenus ont stagné et que le rythme de l’économie a ralenti. C’est la politique, idiot.

La Fed a créé les conditions d’une dépression permanente afin de fournir indéfiniment de l’argent pas cher à ses amis, les escrocs dépravés de Wall Street. Maintenant, leur petite fête est terminée.

Ah putain, chouette alors ! »

Mike Whitney, Counterpunch, le 18 novembre 2016

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières

Voir les commentaires

Le nouvel «eldorado du pétrole» est dans l’ouest du Texas

Publié le par Felli Bernard

Le nouvel «eldorado du pétrole» est dans l’ouest du Texas


Par Ugo Bardi – Le 22 novembre 2016 – Source CassandraLegacy

Parfois, j’ai le sentiment de vivre dans un univers libre de faits où les lois de la physique ne tiennent que si vous croyez en elles

Ainsi, l’USGS a sorti un communiqué de presse que les médias ont diffusé immédiatement en parlant d’une grande découverte : 20 milliards de barils, quelque part au Texas dans un endroit appelé Wolfcamp. Bloomberg multiplie ce nombre par le prix actuel du pétrole et propose un titre qui se lit comme suit : Un trésor de 900 milliards de dollars de pétrole, et parle d’un «eldorado» et d’un «cadeau qui continue à donner». USA Today parle de «la plus grande réserve de pétrole jamais trouvée aux États-Unis». Et que diriez-vous des commentaires ? Quelques exemples.

Comme le dira notre nouveau président – DRILL BABY DRILL !!! [Creuse bébé creuse !, NdT]. L’indépendance énergétique, qui amène une belle bague [de mariée] avec elle. Un doigt en direction du Moyen-Orient arabe.
[…]
Je me souviens à la fin des années 1970, lorsque les scientifiques ont dit que nous serions à court de pétrole à la fin des années 1990. Je me demande où ces scientifiques travaillent maintenant. Sur le changement climatique ?
[…]
Ils trouvent constamment plus de réserves. Le président Trump ouvrira [au forage] plus de terrains et d’océans pour «sécuriser» les forages. Une chose a laquelle l’administration Obama n’avait aucune idée de comment faire.
[…]
Mais bien sûr la gauche radicale, déterminée à renvoyer toute la civilisation occidentale à une société de chasseurs-cueilleurs d’il y a 10 000 ans, fera tout son possible pour empêcher cette nation de devenir indépendante énergétiquement et de foutre dehors les barbares nations arabes pétrolières enragées.

Très amusant, et hors de toute réalité ! Mais supposons, pour une fois, que les faits importent. Que devrions-nous dire au sujet de la «plus grande réserve de pétrole jamais trouvée aux États-Unis» ? On peut dire : rien de nouveau n’a été «trouvé» ; La formation Wolfcamp était bien connue et déjà exploitée. L’USGS vient de faire une nouvelle estimation ; probablement valable avec de nouvelles hypothèses. Mais ce n’est que ça : une estimation. Cela ne signifie pas que ces ressources ont été découvertes (notez que l’USGS dit explicitement  «non découvertes»). Donc, ce que tout cela signifie, c’est que, statistiquement, ces ressources devraient être là, mais personne ne peut être complètement sûr et ce ne sera pas la première fois que ces estimations s’avèrent optimistes. (Dans ce cas, le nombre rond 20 milliards est plus que suspect) [se rappeler de la Californie où les estimations ont été réduite de 96% il y a 1 an, NdT]. Mais peu importe. Supposons que ces 20 milliards de barils soient là pour de vrai. Comment ce montant s’accumule-t-il par rapport à la situation pétrolière mondiale ? Voici quelques données, tirées de Bloomberg (pas exactement un repaire de Cassandres).

Comparons ces données avec la consommation mondiale de pétrole qui, selon Index Mundi, est aujourd’hui d’un peu plus de 33 milliards de barils par an. Donc, vous voyez dans le graphique qu’au cours de la dernière décennie au moins, nous avons constamment brûlé plus de pétrole que nous n’en avons découvert. Maintenant, s’il y avait eu d’autres grandes découvertes cette année, elles auraient été assez claironnées pour nous informer. Donc, en ajoutant les 20 milliards de barils de la formation Wolfcamp au maigre total de 2016, nous n’atteindrons probablement toujours pas un total de 33 milliards. En fin de compte, tout ce que nous pouvons dire, c’est que, pour cette année, les découvertes de pétrole étaient un peu moins, plutôt que beaucoup moins, ce que le monde a consommé. Ce serait la nouvelle, si les faits importaient.

Mais ce n’est même pas le point le plus important : l’idée de l’épuisement des ressources n’est pas de savoir combien il en existe, c’est combien il en coûte pour les extraire. Ici, Arthur Berman note que Bloomberg avait calculé la valeur de ce «trésor» à 900 milliards de dollars, comme si «l’huile sortait magiquement du sol sans le coût du forage et l’achèvement des puits, comme s’il n’y avait pas de coûts d’exploitation pour le produire» ; comme s’il n’y avait pas d’impôts ni de redevances. Ensuite, Berman calcule combien il en coûterait pour extraire tout cet «océan» de pétrole et conclut qu’aux prix actuels, il en résulterait une perte nette de quelque 500 milliards de dollars.

Alors, n’êtes-vous pas heureux de vivre dans un monde sans faits ? Vous pouvez continuer à penser qu’il suffit de faire quelques trous dans le sol pour voir jaillir du pétrole dans une abondance sans fin parce que, comme chacun sait, il est vraiment «abiotique». Bien sûr, et vous pouvez également marcher dans le vide, comme Will E. Coyote peut le faire tant qu’il ne se rend pas compte qu’il le fait.

Ugo Bardi

Voir les commentaires

Trump et le général Flynn s’occupent déjà du problème syrien et irakien

Publié le par Felli Bernard

Trump et le général Flynn s’occupent déjà du problème syrien et irakien


Le 23 novembre 2016 –Syrie

Contrairement à la plupart des présidents américains élus, Donald Trump n’attend pas d’être officiellement assermenté le 20 janvier. Les sources exclusives de Debka file à Washington et dans l’armée nous ont révélé qu’il s’est déjà investi, sans le dire, dans le contrôle du rôle de l’armée américaine dans les conflits syrien et irakien. Son conseiller en sécurité nationale, le lieutenant-général Michael Flynn, s’est secrètement mis en contact étroit avec le chef du Conseil de sécurité russe, Nikolai Patrouchev, ainsi qu’avec le président Tayyip Erdogan de Turquie et le roi Abdullah de Jordanie. Leurs discussions secrètes préparent le terrain pour une attaque conjointe sur les bastions d’État islamique en Irak et en Syrie, peu de temps après que Trump se sera installé à la Maison Blanche. Leur plan d’opération impliquerait également les armées régulières turque, jordanienne, irakienne et des pays du golfe Persique.

 

Le rôle d’Israël dans ces négociations secrètes a commencé à apparaître avec les nouvelles dispositions à la frontière du Golan, déjà annoncées par Debka file le 21 novembre :

Israël, la Jordanie et la Syrie ont engagé des discussions secrètes pour la stabilisation de leurs frontières dans le sud de la Syrie en rétablissant le statu quo antérieur qui régnait dans le Golan avant que la guerre civile syrienne ne débute, en 2011.

Cette information est rapportée exclusivement par Debka file grâce à nos sources dans le monde du renseignement, à Washington et Moscou.

La future administration de Trump à Washington et le président russe Vladimir Poutine sont de la partie, de même que le dirigeant des Émirats arabes unis, le Sheikh Mohamed Bin Sayed Al Nahyan.

Bien qu’étant encore à leur stade préliminaire, les négociations ont produit un premier résultat tangible : une avant-garde de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (la FNUOD) s’est installée du côté syrien du Golan. Elle a pris position dans son ancien camp de base de Fawwar, à 4 km à l’est de Quneitra, qu’elle avait évacué pendant les combats en Syrie. Le corps principal de la force, soit environ 1 000 soldats des Nations Unies et 70 observateurs, devrait reprendre la tâche de reconstituer l’ancienne zone démilitarisée qui séparait Israël et la Syrie en vertu de l’accord d’armistice de 1974.

Cette zone démilitarisée s’étend sur 80 km le long de la chaîne Hermon, jusqu’à la frontière libanaise au nord et jusqu’au triangle israélo-syro-jordanien au sud de la Syrie, puis jusqu’à la frontière jordanienne. Dans cette zone du Golan, longue de 25 km et ayant de 500 mètres à 10 kilomètres de profondeur, les forces israéliennes et l’armée syrienne étaient limitées quant au nombre de soldats et au type d’armes qu’elles étaient autorisées à utiliser. Cette bande de terre retournera à l’administration civile syrienne sous le contrôle de la FNUOD et le point de passage frontalier israélo-syrien sera rouvert dans la zone de Quneitra, sous la supervision conjointe d’officiers de l’ONU, d’Israéliens et de Syriens.

Les accords militaires sont toujours en discussion et des changements peuvent y être introduits.

Le principal obstacle au retour des conditions datant d’avant la guerre syrienne dans cette région frontalière sensible est la présence de forces rebelles syriennes radicales dans le sud de la Syrie, principalement l’armée Khalid bin Walid dont les dirigeants ont prêté serment au commandant d’État islamique Abu Bakr al-Baghdadi.

Ces forces rebelles feront face au choix d’accepter l’autorité de l’armée syrienne ou de mener une ultime bataille.

Israël a un intérêt supplémentaire et impérieux à rétablir la zone de désengagement avec la Syrie dans la mesure où cela ne laisse aucune excuse à une force militaire pour s’installer face au Golan israélien et à la Galilée, comme ce fut le cas ces derniers mois, par l’Iran et son proxy libanais, le Hezbollah, afin d’ouvrir un nouveau front permettant de mener des attaques terroristes contre Israël – comme DEBKA file a été le premier à le révéler.

Un indice indirect au sujet de ces négociations diplomatiques secrètes en cours est venu du président syrien Bachar el-Assad dans une interview qu’il a donnée le 16 novembre à une station de radio portugaise, quand il a dit : «Si – je dis bien si – Trump combat les terroristes, il est clair que nous allons devenir un allié naturel, ensemble avec les Russes, les Iraniens et de nombreux autres pays désirant vaincre les terroristes.»

Les parties ayant des degrés divers de participation à la restauration de la zone démilitarisée contrôlée par l’ONU sur la frontière du Golan sont donc la future administration Trump, Moscou, Damas, Amman, Abou Dhabi et Jérusalem. La Russie, la Jordanie et les Émirats ont, pour la première fois, gagné en importance politique dans la région en raison des changements dans l’équilibre stratégique engendré par la guerre syrienne.

Debka File

Voir les commentaires

Hollande peut-il démissionner Valls ?

Publié le par Felli Bernard

Hollande peut-il démissionner Valls ?

Publié le dans Droit et justice, Pushmobile

Par Éric Verhaeghe.

Avec la polémique lancée sur la déclaration (ou non) de candidature de Manuel Valls à la présidence de la République, une question constitutionnelle se pose : un Président de la République peut-il mettre fin aux fonctions d’un Premier ministre ? Contrairement à ce qu’on imagine, la réponse à cette question ne coule pas de source…

Valls et sa démission face à la Constitution

Constitutionnellement, la fin de fonction du Premier ministre est bornée par l’article 8 de la Constitution :

Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.

Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Littéralement, donc, le texte prévoit l’enchaînement de séquences logiques suivant :

  1. le Président nomme les ministres sur proposition du Premier ministre
  2. le Président met fin aux fonctions des ministres sur proposition du Premier ministre
  3. le Président nomme le Premier ministre
  4. … le Président reçoit la démission du Gouvernement, ce qui met fin au mandat du Premier ministre.

La Constitution n’a donc pas prévu qu’un Premier ministre soit « changé » sans démission du gouvernement. Elle n’a pas non plus prévu une cessation de la fonction du Premier ministre sur décision simple du Président. Il faut que le gouvernement démissionne pour que le Premier ministre perde son poste.

Une amusante situation institutionnelle

Dans l’hypothèse (imaginaire jusqu’à nouvel ordre) où Manuel Valls déciderait d’affronter François Hollande à la primaire, la France connaîtrait donc une situation institutionnelle tout à fait originale. Jusqu’ici, les cas de collision frontale entre un Premier ministre et un Président s’étaient limités aux situations de cohabitation, notamment en 1986, puis en 1993, puis en 1997.

L’une des situations les plus drolatiques fut d’ailleurs celle de 1996, où Jacques Chirac Premier ministre de droite affrontait François Mitterrand, président sortant de gauche. La situation que Manuel Valls pourrait créer ressemblerait à une sorte de cohabitation « de l’intérieur », propre au même camp politique. L’affaire ne manque pas de piment.

Dans la pratique, elle obligerait François Hollande à composer. Constitutionnellement, il n’aurait en effet pas les moyens de casser la nomination de Manuel Valls à Matignon. Il en serait donc réduit à faire contre mauvaise fortune bon coeur, comme Mitterrand le fit avec Chirac en 1986.

Le risque d’une crise de régime

François Hollande serait-il assez irresponsable pour exiger la démission du Premier ministre, lequel aurait les moyens constitutionnels de refuser de la présenter et de s’accrocher à son poste ? Cette tournure extrême des événements serait peu probable, mais François Hollande, avec sa logique de normalité, nous a habitués à la réalisation des improbabilités statistiques.

D’une certaine façon, une telle crise à la tête de l’État constituerait le dénouement logique, presqu’attendu, d’un quinquennat cataclysmique où tous les cas inimaginables jusqu’ici se sont vus : maîtresse furieuse lavant son linge sale dans les librairies, danseuse nourrie à l’Élysée, coiffeur à 10.000 euros par mois à demeure, journalistes présents à tous les étages, conseillers en communication s’attribuant officiellement le beau rôle dans le fonctionnement de l’État par documentaire télévisé interposé, ministre du Budget fraudeur du fisc, on en passe et des meilleures.

Tous ceux qui avaient imaginé que la France était tombée au plus bas avec Nicolas Sarkozy ont découvert qu’avec François Hollande, on pouvait faire pire en creusant le plancher. Dans ces conditions, pourquoi ne pas terminer en beauté par une sorte de gel de la décision exécutive ?

La Constitution n’est plus adaptée à nos mœurs politiques

On voit bien que, derrière ces considérations techniques, le problème majeur de la Constitution de la Ve République est de ne plus correspondre à nos mœurs politiques. François Hollande lui-même en avait eu l’intuition en évoquant la suppression du poste de Premier ministre.

Nul ne sait si ce point-là répond en l’état aux attentes de notre temps. En revanche, il est probable qu’un rééquilibrage de la fonction exécutive en France soit inévitable. Le quinquennat qui vient de s’écouler a en tout cas prouvé avec force que Premier ministre et Président peuvent se marcher sur les pieds et vivre une véritable concurrence dans l’exercice du pouvoir. Dans le même temps, le gouvernement n’aura jamais été aussi impuissant, ni autant privé de véritable influence sur la société.

Qu’on le veuille ou non, la vie de la Ve République touche à sa fin, pour des raisons qui lui sont intrinsèques : les règles de la Constitution concourent à empêcher le renouvellement des élites. Et l’excès de consanguinité chez celles-ci produit de la débilité profonde, et même létale.


En savoir plus sur http://www.contrepoints.org/2016/11/30/273386-hollande-demissionner-valls#5LmXbEZbmAQmcSTU.99

Voir les commentaires

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? par Frédéric Lordon (2)

Publié le par Felli Bernard

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? par Frédéric Lordon (2)

journalisme post-politique

Ce que le journalisme « de combat » contre la post-vérité semble donc radicalement incapable de voir, c’est qu’il est lui-même bien pire : un journalisme de la post-politique — ou plutôt son fantasme. Le journalisme de la congélation définitive des choix fondamentaux, de la délimitation catégorique de l’épure, et forcément in fine du gardiennage du cadre. La frénésie du fact-checking est elle-même le produit dérivé tardif, mais au plus haut point représentatif, du journalisme post-politique, qui règne en fait depuis très longtemps, et dans lequel il n’y a plus rien à discuter, hormis des vérités factuelles. La philosophie spontanée du fact-checking, c’est que le monde n’est qu’une collection de faits et que, non seulement, comme la terre, les faits ne mentent pas, mais qu’ils épuisent tout ce qu’il y a à dire du monde.

Le problème est que cette vérité post-politique, opposée à la politique post-vérité, est entièrement fausse, que des faits correctement établis ne seront jamais le terminus de la politique mais à peine son commencement, car des faits n’ont jamais rien dit d’eux-mêmes, rien ! Des faits ne sont mis en ordre que par le travail de médiations qui ne leur appartiennent pas. Ils ne font sens que saisis du dehors par des croyances, des idées, des schèmes interprétatifs, bref, quand il s’agit de politique, de l’idéologie.

Le spasme de dégoût que suscite immanquablement le mot d’idéologie est le symptôme le plus caractéristique du journalisme post-politique. Comme « réforme » et « moderne », le « dépassement de l’idéologie » est l’indice du crétin. Sans surprise d’ailleurs, le crétin post-politique est un admirateur de la « réalité » — systématiquement opposée à toute idée de faire autrement. Les deux sont évidemment intimement liés, et le fact-checking à distance avec eux. La purgation achevée de l’idéologie laisse enfin apparaître la « réalité », telle qu’en elle-même immarcescible, qu’il n’y a plus qu’à célébrer rationnellement en fact-checkant la conformité des énoncés (post-)politiques à ses « faits ».

Il faut avoir fait l’expérience de regards de sidération bovine confrontés à l’idée que la « fin des idéologies », le « refus de l’idéologie », sont des summum d’idéologie qui s’ignorent pour se faire plus précisément une idée du délabrement intellectuel d’où sont sortis simultanément : la « réalité » comme argument fait pour clôturer toute discussion, c’est-à-dire évidemment la négation de toute politique comme possibilité d’une alternative, la noyade de l’éditorialisme dans les catégories du « réalisme » et du « pragmatisme », la place de choix donnée par les médias à leurs rubriques de fact-checking, la certitude d’être à jour de ses devoirs politiques quand on a tout fact-checké, le désarroi sincère que les populations ne se rendent pas d’elles-mêmes à la vérité des faits corrects, et cependant la persévérance dans le projet de soumettre toute politique à l’empire du fact-checking, à en faire la vitrine d’une presse moderne qui, très significativement, pousse sur le devant de la scène ses Décodeurs et sa Désintox’.

Mais voilà, les décodeurs recodent sans le savoir, c’est-à-dire, comme toujours les inconscients, de la pire des manières. Ils recodent la politique dans le code de la post-politique, le code de la « réalité », et les désintoxiqueurs intoxiquent — exactement comme le « décryptage », cette autre abysse de la pensée journalistique, puisque « décrypter » selon ses ineptes catégories, c’est le plus souvent voiler du plus épais brouillard.

Le fact-checking qui, épouvanté, demandera dans un cri de protestation si c’est donc qu’« on préfère le mensonge à la vérité », est sans doute ici hors d’état de saisir l’argument qui n’a rien à voir avec l’exigence élémentaire d’établir correctement des faits, mais plutôt avec l’accablant symptôme, après Trump, d’une auto-justification des médias presque entièrement repliée sur le devoir fact-checkeur accompli. Trump a menti, nous avons vérifié, nous sommes irréprochables. Malheureusement non. C’est qu’un Trump puisse débouler dans le paysage dont vous êtes coupables. Vous êtes coupables de ce qu’un Trump n’advient que lorsque les organes de la post-politique ont cru pouvoir tenir trop longtemps le couvercle sur la marmite politique.

Différences et préférences

Car voilà toute l’affaire : la post-politique est un fantasme. Elle est le profond désir du système intégré de la politique de gouvernement et des médias mainstream de déclarer forclos le temps de l’idéologie, c’est-à-dire le temps des choix, le désir d’en finir avec toutes ces absurdes discussions ignorantes de la « réalité », dont il nous est enjoint de comprendre que, elle, ne changera pas. Mais c’est le désir de ce système, et de ce système seulement. Pour son malheur, le peuple obtus continue, lui, de penser qu’il y a encore matière à discuter, et quand toutes les institutions établies de la post-politique refusent de faire droit à cet élémentaire désir de politique, alors ce peuple est prêt à saisir n’importe quelle proposition, fût-ce la pire, pourvu qu’elle soit celle d’une différence (5). Tout le fact-checking du monde n’ôtera jamais que la politique est l’exercice de la différence quand il est, lui, le prononcé silencieux de la fin des différences, ce qui reste quand on a décidé qu’il n’y aurait plus de différences : le règne vide et insignifiant des « faits » — mais pour mieux laisser inquestionné, dans l’arrière-plan, le signifié-maître : le monde est comme il est.

Il reste alors une seule ligne de repli au journalisme mainstream, au journalisme de la post-politique qui se croit le journalisme de la vérité : concéder qu’il reste bien en effet une différence, mais une seule, et qu’elle est hideuse au point que tout devra lui être préféré — « tout » devant s’entendre adéquatement comme l’ensemble des sacrifices à consentir « hélas » à la « réalité ». Maintenir cette configuration du problème post-politique, n’admettant comme extérieur que la politique innommable de l’extrême-droite, requiert alors d’opérer le déni radical de la différence de gauche. Et si jamais celle-ci commence à faire son chemin, de la combattre impitoyablement.

C’est bien en ce point que ce système laisse affleurer ses propres préférences, ses haines inavouables. Disons ici carrément ceci : plutôt qu’une différence de gauche, il préférera prendre le risque de la différence d’extrême-droite, dont il doit bien pressentir que ses propres efforts, dérisoirement inefficaces, ne suffiront plus longtemps à en empêcher l’advenue. Et voilà, au bout de ses échecs à endiguer quoi que ce soit, où il finira d’impuissance : s’il faut en passer par l’expérience d’extrême-droite, ainsi soit-il ! Elle sera tellement ignoble qu’elle aura au moins le mérite de remonétiser le discours de la vertu, et la « réalité » sera ré-installée dans ses droits en une alternance à peine.

Le Pen ne sortira pas de l’euro, Trump préservera la déréglementation financière, la Grande-Bretagne du Brexit ne sera pas exactement un enfer anticapitaliste

Au reste, il s’en trouvera bien quelques-uns au sein du grand parti post-politique pour apercevoir que les rapports de l’extrême-droite et de la « réalité » sont en fait loin d’être si distendus que le fact-checking pourrait le faire croire : Marine Le Pen ne sortira pas de l’euro, Trump a déjà fait savoir qu’il préserverait la déréglementation financière, la Grande-Bretagne du Brexit ne sera pas exactement un enfer anticapitaliste. À coup sûr, ce sont les migrants, les étrangers, et en France tous ceux qui ne respirent pas la souche, qui connaîtront leur douleur. Mais, d’une part, un républicanisme autoritaire caparaçonné d’islamophobie s’en accommodera parfaitement. Et, d’autre part, la post-politique de la morale cachera sa joie de se refaire la cerise aussi facilement — le dernier espoir pour les ventes de Libération, du Monde et de L’Obs, c’est bien le FN.

Le déni de l’homogénéité (pauvre Décodeur)

Si donc, du point de vue de la « réalité », le choix est entre le bien et un moindre mal, dont on expliquera qu’on le tient cependant pour le sommet du mal, alors il faut se mettre à tout prix en travers du vrai mal, mais sans pouvoir dire ouvertement que c’est lui qu’on considère comme tel : le mal d’une autre différence, le mal qui ne croit pas à la « réalité », celui qui pense que les définitions implicites de la « réalité » sont toujours mensongères, au moins par omission, qu’elles occultent systématiquement d’où sont venus ses cadres, qui les a installés, qu’ils n’ont pas toujours été là, par conséquent qu’il est possible d’en inventer d’autres. Ce mal à combattre sans merci, c’est la différence de gauche.

On ne s’étonnera pas de lire sous la plume d’un décodeur demi-habile la puissante critique de « lémédia » (6), injuste réduction à l’uniformité d’un paysage si chatoyant de diversité. « Lesjours.fr ou Le Chasseur Français  » ne racontent pas la même chose nous apprend le penseur-décodeur, de même qu’« Arte c’est [pas] pareil que Sud Radio ». Comme c’est profond, comme c’est pertinent. « L’actualité sociale [n’est pas] présentée de manière identique dans L’Humanité et dans Valeurs Actuelles  » poursuit-il si bien lancé, et n’est-ce pas tout à fait vrai ? On pense aussitôt à Gilles Deleuze : « on connaît des pensées imbéciles, des discours imbéciles qui sont faits tout entiers de vérités ». Misère de la pensée fact-checkeuse.

Dans le registre qui est pourtant le sien, pour ne pas trop le secouer quand même, on pourrait demander à notre décodeur combien de fois par an il entend citer L’HumanitéPolitis ou Le Monde Diplomatique dans la revue de presse de France Inter, ou ailleurs, combien de fois il voit leurs représentants à la télé ou dans les radios. Voudrait-il avoir l’amabilité de se livrer à ce genre de décompte ? (on lui signale qu’Acrimed s’y livre à sa place depuis deux décennies et que, de même, jamais un article d’Acrimed n’est cité dans lémédia bariolés). Au hasard, puisqu’il décode au Monde, pourrait-il fact-checker vite fait combien de reprises ont salué l’édifiante enquête de Politis sur les méthodes managériales de Xavier Niel (7), où l’on comprend tout de même une ou deux choses sur ce qui conduit de la violence néolibérale aux rages qui saisissent les classes salariées ?

La gauche, l’inadmissible différence

Sauf pour cette forme de cécité intéressée qui tient des variations de queues de cerises pour des différences ontologiques, lémédia existent bel et bien, on peut même en donner la caractéristique constitutive : la haine commune de la gauche que, significativement, tous nomment de la même manière : « extrême-gauche » ou « gauche radicale », quand ça n’est pas le risible « gauche de la gauche », cet aveu involontaire que ce qu’ils appellent usuellement « la gauche » est bel et bien à droite. Sans surprise, cette haine est portée à son comble dans les médias de gauche de droite, où le culte de la « réalité », c’est-à-dire le schème fondamental de la pensée de droite, a été si profondément intériorisé que le reconnaître mettrait à mal des engagements de plusieurs décennies — au service de la « réalité » —, et pire encore, des représentations intimes de soi, des luttes personnelles trop incertaines pour s’efforcer de croire qu’on est « quand même de gauche ».

Il suffit d’observer dans ces médias le traitement comparé, textuel, iconographique et politique, des personnalités de gauche (de vraie gauche) et des personnalités du centre, voire carrément bien installées à droite, pour se faire une idée de leur lieu réel — encore ce week-end dans Libération, « NKM, la geek, c’est chic », oui, c’est d’une insoutenable violence. S’il y a des endroits où l’on fait sans merci la chasse à la différence de gauche, à cette différence qui pense que le monde présent n’est pas la « réalité », parce qu’il n’a pas toujours été ce qu’il est, qu’il l’est devenu par l’effet d’une série de coups de force, dont la plupart d’ailleurs ont été politiquement accomplis par des gouvernements « de gauche », et symboliquement validés par des médias « de gauche », s’il y a des endroits où cette différence fait l’objet d’une traque éradicatrice, ce sont bien, en effet, « lémédia ».

Or l’étouffement systématique de la différence de gauche, celle qui s’en prendrait ouvertement à la mondialisation libérale, qui fracturerait le verrou à toute politique progressiste possible de l’euro, qui contesterait l’emprise du capital sur toute la société, et même : remettrait en question les droits de la propriété lucrative sur les moyens de production, organiserait juridiquement le contrôle politique des producteurs sur leur activité, cet étouffement ne laisse ouvert que le soupirail de l’extrême-droite, porte des Trump au pouvoir car ceux-ci arrivent lancés avec bien plus d’avance que des Sanders, dont lémédia, en effet, ont tout fait pour qu’il ne vienne pas déranger la candidate chérie (8), comme ils font tout pour abaisser Corbyn, traîner Mélenchon dans la boue, tous noms propres à lire ici plutôt comme des noms communs, comme les appellations génériques d’une possibilité de différence. Oui lémédia existent, bons apôtres du dépassement de l’idéologie en proie à des haines idéologiques incoercibles : par haine de Sanders, ils ont eu Trump ; par haine de Corbyn, ils maintiendront May ; à Mélenchon ils préféreront tacitement Le Pen — mais attention, avec des éditoriaux grandiloquents avertissant qu’il y a eu « un séisme ». Et si d’aventure le désir d’une différence de gauche désinvestissait ces personnages trop institutionnels et souvent trop imparfaits, pour prendre la rue sérieusement, c’est-à-dire, par-delà le folklore du monôme, avec la menace de conséquences, lémédia n’y verraient plus que des « casseurs », comme lors de Nuit Debout quand, passé le moment du ravissement citoyen, le cortège de tête a commencé à affoler les rédactions, interloquées d’« une telle violence ».

L’écroulement ?

C’est qu’un système signale son impuissance à ses points de stupéfaction, qui le voient désemparé d’incompréhension aux situations qu’il a lui-même contribué à produire. On sait qu’on se rapproche de ces points lorsque, résultat nécessaire de la prohibition des différences, la confusion s’accroît, nourrie par le commentaire médiatique, lui-même de plus en plus désorienté. Alors des électeurs de « gauche » affolés se précipitent à une primaire de droite ; on débat gravement de la légitimité d’une telle participation ; on laisse un pur produit du système se qualifier lui-même d’anti-système quand une telle bouffonnerie devrait lui valoir le ridicule universel ; on commentera bientôt son livre intitulé Révolution, et le sauf-conduit accordé sans sourciller à une pareille imposture lexicale livrera en effet l’essence réelle de lémédia, leur commune collaboration au dévoiement des mots, à l’effacement de toute perspective de transformation sociale dont le signifiant historique, « révolution », recouvre désormais la suppression des 35 heures et la libéralisation des autocars. Car il faut imaginer comment aurait été reçue la Révolution d’un Macron dans les années 70, à l’époque où lémédia n’avaient pas encore acquis leur consistance d’aujourd’hui : dans un mélange d’outrage, de rires et d’épluchures. Dans un formidable télescopage où le fortuit exprime inintentionnellement toute une nécessité, c’est sur Macron, précisément, que L’Obs fait sa une le jour même de l’élection de Trump — Macron, l’agent par excellence de l’indifférenciation, du règne de la non-différence, le carburant de la différence d’extrême-droite.

Lorsque la gauche officielle, celle que lémédia accompagneront jusqu’à la décharge, devient à ce point de droite, qui peut s’étonner que la droite pour continuer d’avoir l’air de droite, c’est-à-dire différente de la gauche, n’ait d’autre solution que d’aller encore plus loin à droite, et que tout le paysage soit alors emporté d’un seul mouvement ? Mais poussé par qui ? Sinon par cette « gauche » elle-même et sémédia. Pacte de responsabilité, CICE, TSCG, loi travail, étranglement de l’AP-HP, massacre social passivement observé à La Poste : les commandements douloureux mais incontestables de la « réalité » — elle, hors fact-checking. Et pendant la destruction qui trumpise infailliblement toutes les sociétés, lémédia soutiennent à bout de force la « gauche-qui-se-confronte-au-réel (elle !) », cet asile de la démission politique, cette pauvreté pour têtes farineuses, qui ont trouvé leur dernière redoute dans ce rogaton de pensée.

Plutôt l’abîme que la vraie gauche, voilà à la fin des fins le choix implicite, le choix de fait, de lémédia. C’est que les protestations outragées d’une telle imputation n’en pourront mais : de quelque manière que les individus recouvrent leurs actes en paroles, ce sont bien ces actes qui trahissent leur préférences de fait, leur préférences réelles. Après avoir tout fait pour ne laisser aucune chance à la seule différence opposable à la différence d’extrême-droite, on dira alors que, comme Trump, Le Pen est arrivée… parce que le bas peuple ne croit plus à la vérité. Voilà où en est la pensée de lémédia. Qui n’auront bien sûr, pas plus à ce moment qu’aujourd’hui, aucune responsabilité dans l’état des choses.

Un système qui ne possède plus aucune force de rappel, plus aucune régulation interne, plus aucune capacité de piloter une réelle transition politique à froid ne mérite que de disparaître. Il va. Le propre d’un système aussi rigidifié, aussi hermétique à son dehors, et incapable d’enregistrer ce qui se passe dans la société, c’est qu’il ne connait pas d’autre « ajustement » que la rupture, et qu’il suffit de très peu de temps pour le faire passer de l’empire écrasant qui barre tout l’horizon à la ruine complète qui le rouvre entièrement.

Frédéric Lordon

38 réponses à Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? par Frédéric Lordon

Commentaires recommandés Pour lire les 38 réponses,cliquez sur le lien

Voir les commentaires

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? par Frédéric Lordon (1)

Publié le par Felli Bernard

29
Nov
2016

Source : Le Monde Diplomatique, Frédéric Lordon, 22-11-2016

cc The Man-Machine

Un système qui, le lendemain de l’élection de Donald Trump, fait commenter l’événement par Christine Ockrent — sur France Culture… — et le surlendemain par BHL interviewé par Aphatie, n’est pas seulement aussi absurde qu’un problème qui voudrait donner des solutions : c’est un système mort. On ne s’étonnera pas que le thème des morts-vivants connaisse un tel regain d’intérêt dans les séries ou dans les films : c’est l’époque qui se représente en eux, et c’est peut-être bien le sentiment confus de cette époque, à la fois déjà morte et encore vivante, qui travaille secrètement les sensibilités pour leur faire apparaître le zombie comme le personnage le plus parlant du moment.

Les morts-vivants

On objectera sans doute que les morts-vivants sont plutôt des trépassés qui reviennent, alors qu’en l’occurrence l’époque, si toute vie s’en est retirée, n’en finit pas de mourir. Institutions politiques, partis en général, parti socialiste en particulier, médias, c’est tout le système de la conduite autorisée des opinions qui a été comme passé à la bombe à neutrons : évidement radical au-dedans, ou plutôt chairs fondues en marmelade indifférenciée, seuls les murs restent debout, par un pur effet d’inertie matérielle. Au vrai, ça fait très longtemps que la décomposition est en marche, mais c’est que nous avons affaire à un genre particulier de système qui ignore ses propres messages d’erreur-système. Dès le 21 avril 2002, l’alarme aurait dû être généralisée. Mais ce système qui enseigne à tous la constante obligation de « changer » est lui d’une immobilité granitique — tout est dit ou presque quand Libération, l’organe du moderne intransitif, fait chroniquer Alain Duhamel depuis cent ans. Il s’en est logiquement suivi le TCE en 2005, les étapes successives de la montée du FN, le Brexit en Grande-BretagneTrump aux États-Unis, et tout le monde pressent que 2017 s’annonce comme un grand cru. Voilà donc quinze ans que, désarçonné à chaque nouvelle gifle, vécue comme une incompréhensible ingratitude, le système des prescripteurs fait du bruit avec la bouche et clame que si c’est ça, il faut « tout changer » — avec la ferme intention de n’en rien faire, et en fait la radicale incapacité de penser quoi que ce soit de différent.

Mais avec le temps, le travail de l’agonie devient mordant, et le système se sent maintenant la proie d’une obscure inquiétude : commence même à lui venir la conscience confuse qu’il pourrait être en cause — et peut-être menacé ? Sans doute réagit-on différemment en ses différentes régions. Le Parti socialiste n’est plus qu’un bulbe à l’état de béchamelle, dont on mesure très exactement la vitalité aux appels de Cambadélis, après l’élection de Trump, à resserrer les rangs autour de Hollande (ou bien aux perspectives de lui substituer Valls).

On ne s’étonnera pas que le thème des morts-vivants connaisse un tel regain d’intérêt : c’est l’époque qui se représente en eux

C’est la partie « médias », plus exposée peut-être, qui exprime un début d’angoisse terminale. A la manière dont elle avait pris la raclée du TCE en 2005 — une gigantesque éructation contre le peuple imbécile (1) —, on mesure quand même depuis lors un effet des gifles à répétition. Alors les médias, un peu sonnés à force, commencent à écrire que les médias pourraient avoir eu une responsabilité. Le propre du mort-vivant cependant, encore debout mais en instance de mourir, c’est que rien ne peut plus le ramener complètement vers la vie. Aussi, la question à peine posée, viennent dans l’instant les réponses qui confirment le pur simulacre d’une vitalité résiduelle, et la réalité de l’extinction en cours. Y a-t-il responsabilité des médias ? « Oui, mais quand même non ».

La protestation sociologique des médias

Comme le système prescripteur du changement pour tous n’a aucune capacité de changement pour lui-même, défaut qui signe d’ailleurs la certitude quasi-évolutionnaire de sa disparition, il s’arrange pour poser la question sous la forme qui le remette aussi peu que possible en question : non nous ne sommes pas « coupés », et nous ne vivons pas différemment des autres ; oui nous avons fait notre travail, la preuve : nous avons tout parfaitement fact-checké.

Dans un mouvement aussi sincèrement scandalisé que touchant de candeur, Thomas Legrand, par exemple, proteste sur France Inter qu’on puisse trouver la presse « déconnectée » : n’est-elle pas désormais « peuplée de pigistes et de précaires » (2) ? Il faut vraiment être arrivé au bout du chemin pour n’avoir plus d’autre ressource que de transformer ainsi le vice en vertu, et se faire un rempart de la prolétarisation organisée des soutiers, providentielle garantie sociologique d’une commune condition qui rendrait sans objet les accusations de « déconnexion ». Mais on en est là. Des hipsters précarisés jusqu’au trognon servent de bouclier humain à des éditorialistes recuits qui, désormais étrangers à toutes les régulations de la décence, n’hésitent plus à en faire un argument.

Comme on veut cependant donner tous les gages de la meilleure volonté réflexive, on concède qu’on doit pouvoir encore mieux faire pour connaître ce qui agite les populations réelles, et l’on promet de l’enquête, du terrain, de la proximité, de l’immersion, bref de la zoologie. On se demande alors si le contresens est l’effet d’une rouerie de raccroc ou d’une insondable bêtise. Car si l’élection de Trump a révélé « un problème avec les médias », ça n’est que très superficiellement de « ne pas l’avoir vue venir » : c’est plutôt d’avoir contribué à la produire ! L’hypothèse de la bêtise prend immanquablement consistance avec les cris d’injustice que pousse sur Twitter un malheureux présentateur de France Info : « Mais arrêtez de dire que c’est un échec de la presse, c’est d’abord un échec de la politique ! C’est pas la presse qui donne du taf aux gens »Ou encore : « C’est dingue de se focaliser uniquement sur les médias. La désindustrialisation de la Rust Belt ce n’est pas à cause des journaux ». Tranchant de la forme, puissance de l’analyse — l’époque.

« C’est dingue de se focaliser uniquement sur les médias »

Tout y est, et notamment que « la presse » ne se reconnaît aucune responsabilité depuis vingt ans dans la consolidation idéologique des structures du néolibéralisme, qu’elle n’a jamais réservé la parole à ceux qui en chantaient les bienfaits, qu’elle n’a jamais réduit à l’extrême-droite tout ce qui, à gauche, s’efforçait d’avertir de quelques inconvénients, de la possibilité d’en sortir aussi, qu’elle n’a jamais fait de l’idée de revenir sur le libre-échange généralisé une sorte de monstruosité morale, ni de celle de critiquer l’euro le recommencement des années trente, qu’elle n’a jamais pédagogisé la flexibilisation de tout, en premier lieu du marché du travail, bref qu’elle n’a jamais interdit, au nom de la « modernité », du « réalisme » et du « pragmatisme » réunis, toute expression d’alternative réelle, ni barré absolument l’horizon politique en donnant l’état des choses comme indépassable — oui, celui-là même qui produit de la Rust Belt dans tous les pays développés depuis deux décennies, et fatalement produira du Trump avec. Mais non, bien sûr, la presse n’a jamais fait ça.

Le petit bonhomme de France Info ne doit pas écouter sa propre chaîne qui, en matière économique, éditorialise à un cheveu de BFM Business, comme toutes les autres au demeurant, raison pour quoi d’ailleurs le pauvre est devenu strictement incapable d’avoir même l’idée d’une différence possible, l’intuition qu’il y a peut-être un dehors. De ce point de vue on pourra égailler autant qu’on veut des bataillons de pigistes précarisés dans la nature avec pour feuille de route « le retour au terrain », on ne voit pas trop ce que cette dispersion pourrait produire comme révisions éditoriales sérieuses, qui auraient dû survenir il y a longtemps déjà, et ne surviendront plus quoi qu’il arrive. On en a plus que l’intuition à cette phénoménale déclaration d’intention du directeur du Monde qui annonce avoir constitué une « task force » (sic) prête à être lâchée à la rencontre « de la France de la colère et du rejet » (3), et l’on mesure d’ici l’ampleur des déplacements de pensée que des enquêtes ainsi missionnées vont pouvoir produire auprès de leur commanditaire. Il est vrai que celui-ci n’hésite pas à témoigner d’un confraternel ascendant à l’endroit des « médias américains confrontés à leur 21 avril. Nous avons eu aussi le référendum de 2005. On a appris à être plus vigilants ». La chose n’avait échappé à personne.

Si l’élection de Trump a révélé « un problème avec les médias », ça n’est que très superficiellement de « ne pas l’avoir vue venir » : c’est plutôt d’avoir contribué à la produire !

L’intuition tourne à la certitude quasi-expérimentale quand, au lendemain d’un désastre comme celui de l’élection américaine, on peut lire qu’Hillary Clinton « avait le seul programme réalisable et solide »(Jérôme Fenoglio, Le Monde), que « la réaction identitaire contre la mondialisation alimente la démagogie de ceux qui veulent fermer les frontières » (Laurent Joffrin, Libération), que « le choix de la presse[finalement il y en avait un ?] était le triste choix de la rationalité contre le fantasme » (Thomas Legrand, France Inter), que « la mondialisation n’est pas seule en cause [car c’est] la révolution technologique [pourrait-on être contre ?] qui est autant, sinon plus, responsable du démantèlement des vieux bassins d’emploi, c’est elle qui porte la délocalisation du travail, bien plus que l’idéologie [sic]  » (Le Monde), scies hors d’âge, qu’on lit à l’identique depuis 2005, enfermées dans l’antinomie de la mondialisation ou du quatrième Reich, produits de série emboutis sur enclumes éditorialistes, l’ironie tenant au fait qu’on aura rarement vu propagandistes de la flexibilité frappés d’une telle rigidité, puisqu’il est maintenant acquis que, ayant perdu toute capacité de révision cognitive, ils iront jusqu’au bout du bout, d’un pas mécanique, les bras devant à l’horizontale.

Le fulgurant éditorialiste du Monde devrait pourtant se méfier de ses propres analyses, dont une part pourrait finir par s’avérer fondée : c’est qu’on sait déjà ce qu’il va écrire fin avril-début mai 2017, qu’on pourrait même l’écrire dès aujourd’hui à sa place, et qu’une telle simplicité donne immanquablement des envies d’automatisation — la fameuse technologie —, à moins, il est vrai un cran technologique en dessous, qu’on ne fasse tirer au sort la construction de phrases par un singe, dans un sac où l’on aura mélangé des cubes avec écrit : « protestataire », « populisme », « colère », « tout changer », « repli national », « manque de pédagogie », « l’Europe notre chance », et « réformer davantage ». Substitution par le système expert ou bien par le macaque, il est exact en tout cas que l’emploi de l’éditorialiste du Monde, lui, n’aura pas été victime, selon ses propres mots, de « l’idéologie ».

La « politique post-vérité » (misère de la pensée éditorialiste)

On en finirait presque par se demander si l’indigence de ses réactions ne condamne pas ce système plus sûrement encore que l’absence de toute réaction. C’est que pour avoir depuis si longtemps désappris à penser, toute tentative de penser à nouveau, quand elle vient de l’intérieur de la machine, est d’une désespérante nullité, à l’image de la philosophie du fact-checking et de la « post-vérité », radeau de La Méduse pour journalisme en perdition. L’invocation d’une nouvelle ère historique dite de la « post-vérité » est donc l’un de ces sommets que réserve la pensée éditorialiste : une nouvelle race de politiciens, et leurs électeurs, s’asseyent sur la vérité, nous avertit-elle (on n’avait pas vu). Des Brexiteers à Trump, les uns mentent, mais désormais à des degrés inouïs (plus seulement des petits mensonges comme « mon ennemi c’est la finance »), les autres croient leurs énormités, on peut donc dire n’importe quoi à un point nouveau, et la politique est devenue radicalement étrangère aux régulations de la vérité. C’est une nouvelle politique, dont l’idée nous est livrée là par un gigantesque effort conceptuel : la « politique de la post-vérité ». Soutenue par les réseaux sociaux, propagateurs de toutes les affabulations — et à l’évidence les vrais coupables, ça la presse l’a bien vu.

Car, on ne le dit pas assez, contre la politique de la post-vérité, le journalisme lutte, et de toutes ses forces : il fact-checke. On ne pourra donc pas dire que le journalisme a failli face à Trump : sans relâche il a compulsé des statistiques et retourné de la documentation — n’a-t-il pas établi qu’il était faux de dire que tous les Mexicains sont des violeurs ou qu’Obama n’était pas américain ? Mais voilà, la post-vérité est une vague géante, un tsunami qui emporte tout, jusqu’aux digues méthodiques du fact-checking et du journalisme rationnel, et les populations écumantes de colère se mettent à croire n’importe quoi et n’importe qui. Au fait, pourquoi en sont-elles venues ainsi à écumer de colère, sous l’effet de quelles causes, par exemple de quelles transformations économiques, comment en sont-elles arrivées au point même de se rendre aux pires mensonges ? Cest la question qu’il ne vient pas un instant à l’idée du journalisme fact-checkeur de poser.

Il est d’ailleurs mal parti pour en trouver les voies si l’on en juge par les fortes pensées de ses intellectuels de l’intérieur, comme Katharine Viner, éditorialiste au Guardian, à qui l’on doit les formidables bases philosophiques de la « post-vérité ». Et d’abord en armant la percée conceptuelle de connaissance technologique dernier cri : les réseaux sociaux, nous explique Viner, sont par excellence le lieu de la post-vérité car ils enferment leurs adhérents dans des « bulles de filtre », ces algorithmes qui ne leur donnent que ce qu’ils ont envie de manger et ne laissent jamais venir à eux quelque idée contrariante, organisant ainsi la végétation dans le même, l’auto-renforcement de la pensée hors de toute perturbation. Mais on croirait lire là une description de la presse mainstream, qui ne se rend visiblement pas compte qu’elle n’a jamais été elle-même autre chose qu’une gigantesque bulle de filtre ! Ainsi excellemment partie pour un exercice décapant de remise en cause, Katharine Viner en vient logiquement à conclure que Trump « est le symptôme de la faiblesse croissante des médias à contrôler les limites de ce qu’il est acceptable de dire » (4). Le tutorat moral de la parole publique, spécialement celle du peuple et des « populistes », voilà, sans surprise, le lieu terminal de la philosophie éditorialiste de la « post-vérité ». Comprendre ce qui engendre les errements de cette parole, pour lui opposer autre chose que les postures de la vertu assistée par le fact-checking, par exemple une action sur les causes, ne peut pas un instant entrer dans une tête d’éditorialiste-de-la-vérité, qui comprend confusément que, « les causes » renvoyant à ce monde, et l’hypothèse d’y changer quoi que ce soit de sérieux étant par principe barrée, la question ne devra pas être posée....

.

Frédéric Lordon

38 réponses à Politique post-vérité ou journalisme post-politique ? par Frédéric Lordon

Commentaires recommandés

Voir les commentaires

Chomsky à Paris] La honte du “journalisme” français

Publié le par Felli Bernard

29
Nov
2016

Petit billet d’humeur…

On ne présente plus Noam Chomsky .

En 1979, le New York Times le qualifiait de “sans doute le plus important intellectuel vivant de nos jours.” (Noam Chomsky is arguably the most important intellectual alive today”)

Noam Chomsky is arguably the most important intellectual alive today

25 ans plus tard, un vote mondial l’élisait “Intellectuel le plus influent au monde” :

chomsky-most

Eh bien quand Chomsky, qui va sur ses 88 ans, est de passage à Paris, il ne se trouve AUCUN média mainstream pour me contacter pour venir assister à sa conférence “politique” et en faire un compte-rendu aux Français – nos “journalistes”  ont j’imagine le Savoir révélé, comme ils le montrent souvent…

Je précise que la presse Internet sera là, elle. RIP Presse Mainstream, peut-être trop occupée par d’autres sujets 🙂 (Source – mais ils en avaient aussi parlé en 2013…) :

 

Et ils se plaignent après que les lecteurs les fuient…

Je termine donc par ce propos de Chomsky de 1998 (Dans Deux heures de lucidité) :

“À bien des égards, la France est restée repliée sur elle-même depuis la fin de la guerre. Les Français devraient s’en inquiéter. […]

Prenez les camps soviétiques. En 1950, tout le monde, du moins en Occident, connaissait l’existence du goulag. Lorsque les livres de Soljenitsyne sont arrivés, ce fut important, mais on n’a pas appris grand-chose qu’on ne savait déjà. En France, au contraire, ce fut une révélation dont les intellectuels parisiens se sont aussitôt attribués le mérite. Ils n’avaient que trente ans de retard ! […]

La France est le seul pays où Eric Hobsbawn a eu autant de difficultés à être traduit. [NdT : pour L’âge des extrêmes] La France est restée relativement isolée en philosophie, en littérature et dans certains domaines scientifiques. C’est un pays très replié sur lui-même, où un certain nombre d’intellectuels se préoccupent peu de ce qui se passe dans le reste du monde.  Je ne parle bien entendu que d’une poignée d’intellectuels parisiens. Mais ce groupe est très influent. Ils créent leur propres mythes sur tout et sur rien, le tiers-monde, le maoïsme, etc. En tous cas, c’est dogmatisme, sans prise sur le monde réel.” [Noam Chomsky]

Parions qu’avec un tel accueil, il ne change guère d’avis sur notre pays…

On lira donc avec intérêt la critique de la presse par Lordon publiée ce jour.

16 réponses à [Chomsky à Paris] La honte du “journalisme” français

Commentaires recommandés

POUR LIRE LES COMMENTAIRES ? CLIQUEZ SUR LE LIEN !

Voir les commentaires

http://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/la-russie-voit-deja-la-france-se-tourner-vers-moscou/?nl_ref=25869414

Publié le par Felli Bernard

La Russie voit déjà la France se tourner vers Moscou

Médias et conservateurs russes jubilent après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite. Avec en arrière-pensée, la question de la levée des sanctions.

Le Kremlin a accueilli avec retenue la victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre. « Le président Poutine a déjà exprimé son attitude à l’égard des primaires [françaises] en répondant récemment aux questions des journalistes. Moscou suit les processus électoraux dans d’autres pays, y compris en France, avec respect et à la distance requise », a indiqué lundi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, interrogé sur une éventuelle préférence de Vladimir Poutine.

Le président russe n’a nul besoin d’afficher publiquement sa préférence, et risquer une situation embarrassante en cas d’échec. Ses lieutenants, les médias d’État et leurs commentateurs attitrés se chargent de diffuser un message sans ambiguïté.

Estampillé « candidat favori du Kremlin », l’ancien premier ministre français a très bonne presse en Russie, grâce à ses relations cordiales avec Vladimir Poutine, sa volonté de lever les sanctions contre la Russie et une convergence sur le dossier du terrorisme islamiste.

Sputnik, l’agence de communication internationale du Kremlin, n’hésitait pas à manier l’ironie, en titrant : « Quand Poutine remporte la primaire en France », et en raillant les « médias internationaux » qui voient partout la « main du Kremlin ». Une ironie voilant à peine la satisfaction de voir des adversaires frustrés « Et puis si un candidat soutient Moscou, que faire, enrager et crier sa colère ? », poursuit l’auteur anonyme.

Jubilation des conservateurs

À Katehon, un think-tank ultra-conservateur et proche du Kremlin, la jubilation ne se cache pas derrière un miroir : « primaire en France : nouvelle victoire de Poutine » titre une publication sur le site de l’organisation. « Victoire de Fillon – défaite des Atlantistes » signale une autre analyse s’appuyant sur les déclarations du président du Comité d’information du Conseil fédéral russe, Alexeï Pouchkov. « Si Fillon gagne, le tandem Berlin – Paris se dissoudra, en ce qui concerne la Russie. Merkel ne se retrouvera plus qu’avec la Pologne et les pays Baltes. Ce sera presque la solitude », se réjouit d’ores et déjà Pouchkov.

Quasiment tous les commentateurs pro-Kremlin estiment que les dés sont joués et que le camp honni du président Hollande n’a aucune chance. « La France va radicalement se tourner vers Moscou en mai 2017 avec une probabilité de 90% », prédit le politologue Sergeï Markov. Il se dit presque certain de voir s’affronter au second tour des présidentielles « deux amis de Moscou : François Fillon et Marine le Pen. Tous deux sont des adversaires des sanctions et des partisans de la souveraineté de la France face à Washington, Berlin et Bruxelles ».

Des relais LR solides à Moscou

Des positions que les représentants russes du parti Les Républicains ne démentiront pas. Une soixantaine de leurs membres ont fêté la victoire de leur candidat préféré François Fillon, dans un hôtel de luxe situé juste en face du Kremlin. Parmi eux, Emmanuel Quidet, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (dont le conseil économique est co-présidé par l’oligarque et ami de Vladimir Poutine Guennadi Timtchenko) et Philippe Pégorier, responsable du parti pour les « relations gouvernementales Russie », directeur d’Alstom en Russie et ancien président de l’Association of European Business.

Un élu FN convié par la chambre de commerce à Moscou

La chambre de commerce et d’industrie France-Russie brise un tabou en sollicitant l’intervention d’un élu Front national.

EurActiv.fr

Les deux hommes d’affaires défendent avec véhémence la politique du Kremlin et s’opposent avec tout autant de fermeté aux sanctions économiques contre la Russie. Leur loyauté n’est pas passée inaperçue : ils ont tous deux été décorés par le ministre des affaires étrangères Sergueî Lavrov pour « leur action au service de la coopération internationale ». Philippe Pégorier a en outre été décoré cet été de « l’ordre de l’amitié » par le président Poutine lui-même. François Fillon dispose donc de relais solides auprès du Kremlin. À moins que ce ne soit l’inverse.

Voir les commentaires

Syrie: Les fronts djihadistes s’effondrent – L’Egypte entre dans la lutte

Publié le par Felli Bernard

Syrie: Les fronts djihadistes s’effondrent – L’Egypte entre dans la lutte

alep-terroristes

L’armée arabe syrienne (AAS) et ses alliés ont fait d’énormes progrès dans Alep-Est. Là, comme apparemment partout ailleurs, les fronts du djihad s’effondrent. Les dissensions dans l’opposition, qui reflètent celles de ses sponsors, perturbent tous leurs mouvements. La discrète campagne aérienne russe à l’arrière des fronts « rebelles » a réduit leurs réserves en matériel et en hommes.

Les forces égyptiennes vont bientôt se joindre à  l’alliance syrienne. Du fait que plusieurs enclaves « rebelles » ont été éliminées soit par les combats soit par des accords de paix, des troupes syriennes vont pouvoir se rendre disponibles pour de nouvelles campagnes. Il a été indiqué en termes clairs à la Turquie qu’elle devait renoncer à ses plans pour la Syrie (et l’Irak). Avec plus de forces disponibles et la solide protection (aérienne)  russe, la AAS  va pouvoir faire mouvement vers Idleb dans le nord du pays ainsi que vers Raqqa à l’est.

Le front du djihad dans la partie nord-est du chaudron d’Alep, a été percé hier, et toutes ses défenses se sont complètement effondrées. Les djihadistes ont dû faire retraite et le tiers nord d’Alep-Est détenu par les djihadistes est en train de tomber rapidement aux mains des forces gouvernementales syriennes. La principale raison de la défaite des djihadistes est – tenez-vous bien – le « manque d’hôpitaux »:

« Les révolutionnaires se battent farouchement, mais l’intensité des bombardements et des combats, le nombre de morts et les blessés et le manque d’hôpitaux, jouent tous un rôle dans l’effondrement de leurs fronts », a déclaré un responsable de Jabha Shamiya, un des plus grands groupes qui lutte contre Assad dans le nord de la Syrie.

C’est sûrement la destruction du dernier hôpital pour les chats transsexuels d’Alep par un missile thermobarique nucléaire qui a fait basculer la situation. C’est, je crois, la première fois qu’un argument de propagande aussi ridicule est apporté pour expliquer une défaite totale.

En réalité, les forces syriennes évitent les pertes en utilisant leur écrasante puissance de feu pour ouvrir la voie avant que leur infanterie n’avance. Cela écrase toutes les lignes de défense que les « rebelles » peuvent mettre en place avant même le début des combats réels. Seuls des soldats bien entraînés au combat et très disciplinés pourraient soutenir un tel feu et offrir une réelle résistance. Les « rebelles » n’en sont pas capables.

La carte d’Electronic Resistance montre les progrès de l’AAS aujourd’hui:

alep-image

Environ 1 500 civils se sont échappés d’Alep-Est vers l’AAS (de nouveaux rapports parlent de 4 000 – cela prouve que les « rebelles » ont retenu ces civils en otage). On a vite fait de s’apercevoir que la propagande des 200 000, 250 000, 300 000 civils d’Alep-Est, martelée par les Etats-Unis et les Nations Unies, est bien l’absurdité (et le racket financier) qu’on pensait. Les zones récupérées sont presque vides de toute population civile. Comme nous l’avons montré à la mi-octobre, il y avait dans Alep-Est probablement de 4 à 5000 djihadistes (moins maintenant), la moitié d’entre eux d’al-Qaida même, et probablement 20 000 civils, la plupart des membres de la famille des combattants. (Il est fort possible que même ces estimations soient trop élevées.)

À l’est de la ville d’Alep, un mouvement turc vers Al-Bab a été stoppé par un raid aérien syrien sous protection russe. Les plans d’Erdogan pour une entité alignée sur la Turquie comprenant au moins Al-Bab, Raqqa et Manbij sont partis en fumée. Elijah Magnier fait une excellente analyse des intérêts qui président aux différents mouvements dans la région et à ce qui s’y passe : Un an après, jour pour jour, la Russie se venge et arrête la Turquie aux portes d’al-Bab.

Au sud de la Syrie, autour de Damas, deux autres petites enclaves « rebelles » ont renoncé et ont conclu des accords de paix avec le gouvernement. On laisse aux combattants qui disent vouloir mourir sur le champ de bataille la possibilité de se relocaliser à Idleb où ils seront ensuite éliminés (ou – plus vraisemblablement – d’où ils fuiront en Europe).

La poche du djihad à l’est de Ghouta a diminué au cours des dernières semaines et se réduit à une ville vide de taille moyenne et à quelques villages. Elle sera nettoyée dans les jours prochains. Une tentative djihadiste pour reprendre une poche djihadiste dans l’ouest de Ghouta a échoué:

Qalaat Al Mudiq @QalaatAlMudiq – 3:49 – 26 nov 2016

Les rebelles ont commencé une nouvelle bataille dans #la province de Quneitra pour briser le siège de W. # Ghouta. Le bombardement préventif est en cours.

[Beaucoup de tweets parlant de « progrès » et de « succès »]

Qalaat Al Mudiq @QalaatAlMudiq – 6h53 – 27 novembre 2016

@QalaatAlMudi. La bataille s’est arrêtée après des désaccords entre les groupes impliqués pour briser le siège de W. # Ghouta & Khan Ash Sheikh. L’évacuation va commencer

De puissants courants égyptiens, surtout militaires, avaient réussi à chasser les Frères Musulmans du gouvernement [coup d’état du 3 juillet 2013, ndt]. Les Frères Musulmans soutenaient les djihadistes en Syrie et en Libye et devenaient de plus en plus radicaux. L’armée égyptienne a agi sous la pression des Saoudiens qui avaient offert une énorme quantité d’aide économique à condition qu’il y ait un nouveau gouvernement. Riyad considérait les Frères Musulmans comme un danger. Puis les priorités saoudiennes ont changé. Les Wahhabites se sont subitement réconciliés avec les idéologues de l’islam politique des Frères Musulmans. Avec la Turquie gouvernée par les Frères musulmans et le Qatar qui soutient les Frères Musulmans, les nouveaux dirigeants saoudiens ont renforcé leur campagne pour faire appliquer la loi islamiste en Libye, en Irak, en Syrie et au Yémen.

Cela a changé la situation pour l’Égypte. La Turquie et le Qatar sont devenus des ennemis ainsi que leurs forces par procuration en Libye. Lorsque les Saoudiens ont officiellement demandé au gouvernement de Sissi en Égypte de soutenir les Frères musulmans, ça a sonné la fin de l’alliance. Les Frères Musulmans sont l’ennemi de l’Égypte, et on ne les laissera plus jamais revenir au pouvoir. L’Egypte a également rompu avec les États-Unis qui avaient soutenu les frères Musulmans partout. Par contre, les relations avec la Russie sont redevenues amicales.

Le Caire croit que l’installation de n’importe quelle sorte de régime islamiste en Syrie mettrait en danger l’Egypte. (Israël pourrait facilement envoyer les djihadistes qu’il soutient activement dans les hauteurs du Golan syrien vers la péninsule du Sinaï.) L’Egypte croit également que le régime saoudien actuel tombera avant la fin de 2017 à cause des luttes internes. Elle offre donc maintenant son aide efficace à la Syrie pour combattre ses ennemis.

Il y a quelques semaines, une délégation militaire égyptienne composée de hauts gradés est venue en Syrie pour discuter de leur participation à la campagne sous commandement syrien et russe. On dit que des avions et des hélicoptères égyptiens ont été envoyés sur un aéroport du gouvernorat syrien de Hama. L’Egypte dispose d’une grande armée terrestre et d’un accès maritime à la Syrie. Voilà quelques informations sérieuses sur les troupes au sol :

La France avait construit deux navires d’assaut amphibie Mistral pour la Russie mais, dans le cadre des sanctions contre l’Ukraine, elle n’a pas eu le droit de les livrer à la Russie. Ils ont finalement été vendus à l’Egypte. Là, ils ont été équipés d’hélicoptères et d’appareils électroniques russes. On dit que ce sont des officiers russes qui les commandent.

Chaque navire peut amener sur la côte un bataillon complet, environ 400 à 900 hommes et tout leur équipement. Il suffit que les deux navires égyptiens fassent deux voyages chacun de Suez à Latakia pour qu’une brigade d’infanterie complète, avec tous son soutien logistique, arrive en Syrie en quelques jours. Les hélicoptères russes à bord des Mistrals assureraient le soutien aérien. La flotte russe stationnée à l’est de la Méditerranée couvrirait les mouvements.

Il s’agirait d’une unité militaire entièrement organisée, capable de se battre de façon cohérente et indépendante. Une telle unité est beaucoup plus précieuse que les forces chiites irrégulières que les Iraniens ont engagées pour aider en Syrie. Ces dernières ont besoin de l’appui logistique et du commandement de l’armée syrienne. Les Égyptiens peuvent faire tout seuls ce qu’on leur donne à faire. Pour des raisons géopolitiques (à savoir le canal de Suez) ni les États-Unis, ni la Turquie, n’oseraient leur faire quoi que ce soit.

Actuellement, environ 4 000 Irakiens et 4 000 Iraniens forment les forces chiites fournies par l’Iran en Syrie. 400 officiers des services de Renseignement iraniens sont là pour les conseiller et les diriger. Le Hezbollah a envoyé quelque 2 000 soldats de ses unités spéciales Redwan. En plus de son système de défense aérienne, la Russie a des forces spéciales et des éléments de commandement sur le terrain. La force égyptienne avec quelque 4 000 soldats ne représenterait pas une énorme force numérique, mais ce serait une force de combat unie et efficace. Le soutien politique qu’une telle unité symbolise est certainement d’une importance similaire sinon plus grande.

La France, qui soutient fiévreusement les djihadistes en Syrie, serait très embarrassée par un tel mouvement. Le monde entier ferait des gorges chaudes de sa sanction contre la Russie si les Mistrals « égyptiens » venaient soutenir le gouvernement syrien sous commandement russe.

Si un tel mouvement égyptien se produit, une campagne du gouvernement syrien vers Raqqa devient tout à coup non seulement possible, mais même probable. L’armée égyptienne a une certaine expérience de la lutte contre les Djihadistes dans le Sinaï. Elle n’a pas trop peur d’avoir des pertes et elle déteste les islamistes. Elle peut aisément renforcer ses propres unités sur le terrain autant que nécessaire. Si l’Égypte se décide, ISIS à Raqqa ne sera qu’un apéritif et tous les plans américains pour une « principauté salafiste » dans l’est de la Syrie et l’ouest de l’Irak s’écroulent.

Avec tout ce qui précède et un président Trump susceptible de retirer le soutien des Etats-Unis aux djihadistes en Syrie la fin de la guerre est en vue.

Même si le Qatar, et d’autres, continuent leur soutien, comme il le dit, les Djihadistes n’auront aucune chance contre une alliance beaucoup mieux organisée autour du gouvernement syrien.

Le Conseil européen pour les affaires étrangères, qui est fortement influencé par les États-Unis, vient de publier un nouveau document sur la Syrie destiné aux gouvernements de l’UE: Premier test de Trump – Politique européenne et siège d’Alep.

Le sous-titre se lit comme suit:

Il n’y a plus de réel espoir de déposer Assad. L’Europe doit plutôt travailler à un horrible accord qui permettrait au peuple syrien d’échapper au pire.

Un meilleur titre aurait été: Comment l’UE s’est carrément plantée en suivant servilement les Etats–Unis dans leur délire et en s’opposant à Assad et à la Russie.

L’UE est si désunie et manque tellement de vision qu’elle n’arrive même pas gérer le chantage de l’aspirant sultan de la Turquie. Si l’UE bloquait tous les crédits et cessait de soutenir l’économie turque, la faillite frapperait le gouvernement d’Erdogan en quelques mois. Poutine a montré comment il fallait gérer ce type. Comment se fait-il que personne à Bruxelles (ou à Berlin) ne soit capable de retenir la leçon?

Moon of Alabama

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>