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Pourquoi ne pas travailler avec la Russie sur la base des intérêts nationaux ?

Publié le par Felli Bernard

Pourquoi ne pas travailler avec la Russie sur la base des intérêts nationaux ?


Par Robert Shines – Le 9 décembre 2016 – Source Foreign Policy Blog

Voici notre intérêt national

La nouvelle administration américaine et son approche différente en politique étrangère auront un impact sur la Russie, sur plusieurs fronts. Indirectement, les relations de la Russie avec la Chine, sur son flanc est et avec l’Europe sur son flan ouest seront affectées par les nouvelles relations économiques et politique des États-Unis avec ces régions.

Toutefois, la part du lion de l’attention mondiale sera dirigée vers le Moyen-Orient pour voir si la Russie et les États-Unis peuvent forger une relation productive pour l’avenir. Au contraire d’une politique de bisounours en raison d’une prétendue «bromance» entre les dirigeants des deux pays, une approche transactionnelle plus ferme, fondée sur des intérêts communs, sera essentielle pour atteindre des relations productives entre les États-Unis et la Russie, au Moyen-Orient comme dans le reste du monde.

 

Les grandes puissances mettent la sécurité russe en péril (une fois de plus)

Avec le TPP [Trans Pacific Partnership] sur son lit de mort et ne trouvant apparemment plus aucune faveur auprès de la prochaine administration états-unienne, l’Accord de partenariat économique régional (RCEP, acronyme anglais) est le seul restant en ce qui concerne les méga-accords commerciaux asiatiques. Bien que le RCEP ait été officiellement lancé par l’ASEAN, toutes les parties reconnaissent la Chine comme la véritable puissance économique de l’accord. En tant que tel, la Russie devra décider si et dans quels termes elle aimerait rejoindre le regroupement, si elle est vraiment sérieuse au sujet de son pivot vers l’est. Cependant, ce serait presque certainement donner à la Chine encore plus de levier au sein de son « partenariat stratégique », en particulier à la suite de l’accord annoncé pour finalement fusionner l’Union économique eurasienne russe avec l’initiative chinoise de Route de la soie.

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Pour ceux qui n’avait pas fait le lien …

En ce qui concerne l’Europe, la nouvelle administration états-unienne a le potentiel d’affecter les relations entre les États-Unis et la Russie sur deux points clés : la mer Baltique et la mer Noire. En ce qui concerne la récente fermeté de la Russie face à l’Europe, la Pologne et les États baltes ont été les plus exigeants dans la demande de réassurance militaire de la part des États-Unis. Cependant, la militarisation de son enclave de Kaliningrad par la Russie et le renforcement de la demande venant des États-Unis pour que les alliés de l’OTAN augmentent leurs propres dépenses militaires ne font que rendre cette situation plus volatile. Le seul point positif dans cette situation est que l’augmentation des dépenses européennes de défense globale pourrait aider à améliorer le sentiment d’insécurité de l’Europe à l’égard de la Russie. En toute justice, ce sentiment d’insécurité peut aussi être attribué à la Russie.

L’Ukraine constitue le deuxième front européen actuellement dans l’impasse entre les États-Unis et la Russie. Bien sûr, il est différent de la Baltique parce que la crise ukrainienne a été la genèse des hostilités américano-russes actuelles. Il est important de se rappeler toutefois que les hostilités actuelles ne sont qu’un symptôme de nombreux problèmes non résolus depuis la fin de la Guerre froide, à savoir le désir de la Russie d’être intégrée dans une nouvelle architecture globale de sécurité européenne.

Alors que l’importance de l’Ukraine pour la Russie est actuellement principalement attribuée à sa position géographique, faisant barrière au reste de l’Europe et hébergeant de nombreux gazoducs russes, cela ne constitue pas toute l’histoire. En résumé, lorsque la Russie a vu l’ancienne armée occidentale de la Guerre froide, l’OTAN, offrir des ouvertures à l’Ukraine, la Crimée étant considérée comme le berceau de la civilisation russe et de l’orthodoxie pour certains et une zone de sacrifices russes pendant la guerre de Crimée, la scène était prête pour l’acte actuel d’hostilités américano-russes. Pour souligner l’importance stratégique de l’Ukraine pour la Russie, celle-ci a recouru à la « diplomatie des bombardiers », où les bombardiers stratégiques Tu-22M3 « Backfire » ont été utilisés pour montrer sa résolution. Le placement de ces bombardiers en Crimée est venu à la suite d’un précédent déploiement, tant pour contenir le Japon que pour des patrouilles près des bases militaires étasuniennes dans l’océan Pacifique.

La nouvelle Sainte Alliance.

On a récemment demandé à Sergej Karaganov, conseiller du président Vladimir Poutine, ce que la Russie espère accomplir grâce à son intervention en Syrie. Au-delà même de rétablir la réputation de la Russie comme une grande puissance à la fois régionale et mondiale, Karaganov a déclaré: «… tuer le plus de terroristes aussi loin que possible de nos frontières ». Cette déclaration était similaire à celle d’un précédent gouvernement américain qui disait : « Nous nous battons là-bas pour que nous n’ayons pas à les combattre ici. » Karaganov a aussi souligné l’importance de préserver la stabilité du régime local.

Contrairement aux perceptions occidentales d’une « bromance » Trump-Poutine, ou même d’une « bromance » dictatoriale Poutine-Assad, la politique étrangère de la Russie repose sur des intérêts et non sur des valeurs. Du point de vue russe, des régimes stables dans des pays comme la Syrie, l’Iran et l’Égypte sont plus efficaces pour lutter contre le terrorisme à l’intérieur de leurs frontières, contribuant ainsi aux intérêts antiterroristes de la Russie. Autrement dit, la Russie n’« aime » pas spécialement la Syrie ou Assad. La Russie, une fois de plus, apprécie les avantages qu’un gouvernement syrien stable peut apporter en ce qui concerne les intérêts nationaux russes en général.

Même si c’est une grossière analogie, une comparaison peut être faite avec la formation de la Sainte Alliance à la fin des guerres napoléoniennes en Europe. À cette époque, la Russie formait une alliance avec l’Autriche et la Prusse pour maintenir des valeurs monarchiques face à l’expansion possible des idées républicaines françaises. La puissance de ces idées révolutionnaires était telle que la Russie les considérait encore comme une menace pour sa propre existence même après que Napoléon a été battu militairement et envoyé dans son deuxième et dernier exil. Contre cette menace, la Russie a trouvé des alliés utiles en Autriche et en Prusse, tous deux partageant ses intérêts. Même si les trois puissances partageaient des valeurs similaires, elles ont été clairement surpassées par leurs intérêts communs.

Avançons rapidement jusqu’à aujourd’hui, et nous pouvons clairement voir que la Russie d’aujourd’hui considère le terrorisme comme une menace existentielle en raison de son ventre mou, l’Asie centrale et la région du Caucase. Encore une fois, elle a trouvé des partenaires locaux qui partagent ses intérêts et peuvent l’aider à combattre cette menace, à savoir la Syrie et l’Iran. État islamique constitue également une menace pour ces deux puissances, et constitue à ce titre un point focal pour les intérêts communs entre la Russie, la Syrie et l’Iran. Encore une fois, les bombardiers stratégiques Tu-22M3 Backfire de la Russie ont fait sentir leur présence ici, signifiant l’importance stratégique que la Russie place sur ce front.

Bien que la recherche de la paix au Moyen-Orient soit admirable, le fait de privilégier certains régimes plutôt que d’autres qui partagent les mêmes valeurs place les États-Unis dans une position totalement irréaliste et intenable. Pour combattre plus efficacement EI régionalement, ainsi que pour résoudre les tensions diffuses dans d’autres points chauds du globe, une approche plus pragmatique et transactionnelle des États-Unis envers la Russie est la bienvenue et offre l’opportunité d’améliorer globalement les relations entre ces deux pays.

Robert Shines

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