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Des choses que l’on sait beaucoup moins à...

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~~ Des choses que l’on sait beaucoup moins à...

Publié le par Bernard Felli

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~~ Des choses que l’on sait beaucoup moins à propos de l’énorme vague migratoire en Europe
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~~ Des choses que l’on sait beaucoup moins à propos de l’énorme vague migratoire en Europe.

Publié le par Felli Bernard

~~ Des choses que l’on sait beaucoup moins à propos de l’énorme vague migratoire en Europe.

~~ Des choses que l’on sait beaucoup moins à propos de l’énorme vague migratoire en Europe.

01 septembre 2015  Valentin Vasilescu

Des choses que l’on sait beaucoup moins à propos de l’énorme vague migratoire en Europe. L’exode de Libyens, Syriens et Irakiens de ces derniers jours, rappelle l’époque des grandes migrations au début du Xe siècle en Europe, à travers les frontières maritimes de l’Espagne, la Grèce et l’Italie, puis la traversée des frontières de la Macédoine, la Serbie et la Hongrie, à destination de l’Allemagne, l’Autriche et la Suède.

Personne ne peut arrêter cette immense vague de centaines de milliers d’immigrés qui submerge l’Europe, probablement parce qu’il s’agit d’une opération bien organisée par quelqu’un qui aurait un objectif de politique étrangère, en générant une crise humanitaire, avec à la clé la perte de vies de personnes innocentes.

Il a été estimé que pour chaque personne qui vient en Europe en tant que réfugié, le prix minimum à payer est de 3.000 euros et atteint 7 000-14 000 euros. Dans un cas comme celui-ci, il est nécessaire d’établir des liens solides avec d’innombrables réseaux illégaux de traite d’êtres humains. Qui paye, parce que les immigrants sont pauvres, et l’entreprise est bien organisée, nécessitant un financement de dizaines de millions d’euros ?

Le quotidien autrichien « Info Direkt », citant un rapport des services de renseignements militaires, a identifié des organisations non gouvernementales des États-Unis qui financeraient le trafic de migrants vers l’Europe. Plus précisément, il s’agirait d’ONG créées par le Département d’Etat américain et celles du milliardaire juif américain George Soros, père d’une autre organisation bien connue, Human Rights Watch.

Le Général Constantin Degeratu, ancien chef d’état-major de l’armée roumaine et conseiller du président sur la sécurité nationale, affirme que la Russie est à l’origine de la vague migratoire, parce que la Russie aurait fourni des armes au régime de Bachar al-Assad, empêchant l’ensemble du territoire Syrien de se transformer en un califat ISIS.

La Russie tenterait de culpabiliser l’Union Européenne qui a été prise au dépourvu par la vague d’immigrants, étant occupée à organiser de vastes manœuvres militaires en réponse à une menace hypothétique de la Russie. « Ce qui se passe actuellement est une composante de cette agression non-démocratique en Orient par la Russie contre l’Union Européenne » conclut le général Degeratu dans la presse Roumaine.

http://Adevarul.ro/international/Europa/Adevarul-Live-generalul-Degeratu-despre-Criza-imigrantilor-Rusia-CEA-genereaza-Criza-acestei-migratii-excesive-1_55e05dbdf5eaafab2c014a6e/index.html

Le détail le plus intéressant qui ne peut être expliqué est : pourquoi les migrants contournent-ils les riches califats du Golfe : Arabie Saoudite, Koweït, Emirats Arabes Unis, Qatar, Oman ?

Ces endroits enregistrent le plus haut niveau de vie dans le monde et les immigrés peuvent s’intégrer beaucoup plus facilement, parce qu’ils parlent la même langue et partagent la même religion. Pour essayer de répondre à ces questions, sans passer par la propagande lancée par les clichés américains, il faudrait tout d’abord identifier la source de ce qui a causé la catastrophe dans certains des États qui fournissent ces immigrants.

Saddam Hussein a été un obstacle pour la politique étrangère américaine dans la région du Golfe et ils l’ont éliminé par une invasion militaire. Cela n’avait aucune importance que l’Irak fût une république laïque dotée d’un système éducatif gratuit de type européen, avec un réseau avancé d’assistance médicale gratuite. En agissant comme ils l’ont fait, avec une cruauté portée à son paroxysme, les Etats-Unis ont voulu donner un exemple au monde entier.

Après avoir détruit tout ce qu’ils pouvaient détruire en Irak, ils ont mis en place une administration corrompue, composée de leurs serviteurs. Ils ont spécialement sélectionné des personnes incapables de faire face au nouveau phénomène de djihadistes ISIS provenant de Syrie et créé avec l’aide de l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie….

Le rôle d’ISIS est d’effacer tout sur la surface de la terre (vestiges historiques, traditions, objectifs économiques, progrès et civilisation). Les Etats-Unis ont soutenu le « printemps arabe » en 2011, dont les objectifs coïncidaient avec les intérêts américains dans la région, c’est-à-dire la destitution de Kadhafi en Libye et de Bachar al-Assad en Syrie.

La narrative était la « démocratisation » de ces pays, alors que les califats féodaux subordonnés aux Etats-Unis (Arabie Saoudite, Koweït, Émirats Arabes Unis, Qatar, Oman) ne satisfaisaient pas 10 % des règles démocratiques de la Syrie et la Libye.

L’imposition d’une zone d’exclusion aérienne en Libye signifiait la destruction des forces armées et la prise de pouvoir dans ce pays par les hordes islamiques, spécifiquement recrutés par des services secrets occidentaux pour transformer la Libye en un pays en ruines. À cette opération ont participé les Etats-Unis et ses satellites : France, Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Canada, Danemark, Italie, Norvège, Espagne, Turquie (tous les membres de l’OTAN), Jordanie, Qatar, Émirats Arabes Unis et Suède.

Quatre ans après la « démocratisation » de la Libye, le pays reste un théâtre de lutte pour le partage du pouvoir entre les gangs formés par les États-Unis pour renverser Kadhafi. Ce que les Libyens ont gagné dans la « démocratisation » imposée par les américains, se voit avec les vagues de migration vers l’Europe. Mais le plus important est ce que les Libyens et les Syriens ont perdu à cause de l’imposition des intérêts américains dans leur pays.

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La Libye sous Kadhafi n’avait aucune dette. Le prix du litre d’essence en Libye était 0,14 dollars, alors qu’en France il était de 1,77 dollars. Le prix du pain en Libye était 0,15 USD. L’enseignement public était gratuit et un citoyen libyen admis dans une université étrangère recevait une bourse d’état de 2 500 DOLLARS et une voiture neuve. Le système médical était libre, une infirmière étant payée au moins 1 000 $ par mois.

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Dans tout le pays, il y avait un vaste réseau de magasins pour familles nombreuses, où les prix étaient symboliques. Pour chaque enfant qui naissait, la famille recevait une aide matérielle de 7 000 dollars. Les jeunes mariés percevaient 64 000 dollars de l’État libyen pour acheter un logement, chaque famille ayant son propre domicile. Les intermédiaires dans la vente immobilière avait été interdits par la Loi.

En Libye, il n’y avait pas d’impôts sur les biens immobiliers (maisons, appartements) et l’électricité fournie aux ménages était gratuite.

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L’allocation de chômage était autour de 750 dollars. Chaque entrepreneur qui créait une entreprise recevait une subvention de l’état de 20.000 dollars, en un seul versement. Les citoyens libyens recevaient des prêts de l’Etat, sans intérêt. En 40 années de « dictature » Kadhafi, la population de la Libye avait augmenté de 3 fois, la mortalité infantile avait chuté de 9 fois et l’espérance de vie était passée de 51,5 ans à 74,5 ans. Toujours durant cette « dictature » Kadhafi, les noirs des pays du Sud de la Libye, avaient obtenu des droits égaux aux autres citoyens libyens.

Valentin Vasilescu

Traduction Avic – Réseau International Facebook3K+ Twitter98 Google Pocket Publier un article Imprimer E-mail dictature djihadiste Etats-Unis George Soros golfe Human Rights Watch Irak ISIS kadhafi Libye OTAN Propagande Russie syrie A propos de l'auteur Valentin Vasilescu Valentin Vasilescu Voir tous ses articles Pilote d’aviation, ancien commandant adjoint des forces militaires à l’Aéroport Otopeni, diplômé en sciences militaires à l’Académie des études militaires à Bucarest 1992.

voir les photos et vidéos en cliquant sur le lien :

http://reseauinternational.net/des-choses-que-lon-sait-beaucoup-moins-a-propos-de-lenorme-vague-migratoire-en-europe/

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Kissinger : briser la Russie est devenu...

Publié le par bernard felli

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Henry Kissinger : briser la Russie est devenu...

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Henry Kissinger : briser la Russie est devenu...

Henry Kissinger : briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but…
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Henry Kissinger : briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but…

Publié le par Felli Bernard

Henry Kissinger
Henry Kissinger

Henry Kissinger : briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but…

Un peu de réalisme diplomatique rafraichissant par cette vieille crapule de Kissinger…

Source : The National Interest, le 19/08/2015 Le rédacteur en chef du “The National Interest”,

Jacob Heilbrunn, a interviewé Henry Kissinger début juillet à New York.

Jacob Heilbrunn : Pourquoi le réalisme serait-il aujourd’hui une approche plus difficile des affaires étrangères, ou en tout cas plus aussi importante que lorsqu’il y avait des personnages d’envergure tels que Hans Morgenthau, George F. Kennan, Dean Acheson, puis vous-même dans les années 70 – qu’est-ce qui a changé ?

Henry Kissinger : Je ne pense pas avoir beaucoup changé d’avis sur ce sujet depuis les années 70. J’ai toujours eu une large vision de l’intérêt national, et une grande part du débat opposant réalisme et idéalisme est artificielle. La manière dont le débat est habituellement présenté se divise en un groupe qui voit le pouvoir comme un facteur déterminant des politiques internationales et un autre, les idéalistes, qui pense que les valeurs de la société sont primordiales. Kennan, Acheson ou aucune des personnes que vous avez citées n’avaient un point de vue aussi simplifié. Le point de vue des différents réalistes est que, en analyse de politique extérieure, vous devez commencer par évaluer les éléments qui sont pertinents à la situation étudiée. Et, bien entendu, les valeurs font partie de ces éléments. Le vrai débat se situe entre la priorité relative et l’équilibre.

Heilbrunn : Une des choses qui m’a frappé dans votre nouvelle biographie écrite par Niall Ferguson est sa citation tirée de votre journal personnel en 1964. Vous y suggériez plutôt prophétiquement que “la victoire de Goldwater est un phénomène nouveau dans la politique américaine – le triomphe du parti idéologique dans le sens européen du terme. Personne ne peut prédire comment cela va se finir, puisque c’est sans précédent.”

Kissinger : Lors de la convention, il semblait réaliste, pour quelqu’un comme moi, qui était plus familier avec les politiques de Washington. Plus tard, j’ai eu à connaître Goldwater et l’ai respecté comme un homme intègre et de grandes convictions morales.

Heilbrunn : Certes, mais je m’interroge sur votre interprétation de cette force idéologique qui a émergé en 1964.

Kissinger : Il s’agissait d’une nouvelle force idéologique dans le parti Républicain. Jusqu’alors, le point de vue de Washington fondé sur les modèles européens édictés par l’Histoire dominait la politique des affaires étrangères, insistant sur la mission de l’Amérique d’imposer la démocratie – en employant la force si nécessaire. Ce point de vue n’admettait pas vraiment d’opposition. C’est devenu ensuite la caractéristique des extrémistes, de la gauche comme de la droite, changeant même de camp de temps à autre.

Heilbrunn : Ces extrêmes attaquèrent tous les deux avec véhémence l’administration Nixon.

Kissinger : Oui.

Heilbrunn : Je me souviens que vous avez indiqué dans vos mémoires que vous étiez encore plus étonné d’être ainsi attaqué par la droite…

Kissinger : J’étais complètement désemparé.

Heilbrunn : Pour prétendument ménager l’URSS.

Kissinger : Et certains comme Norman Podhorezt – qui est devenu un bon ami aujourd’hui – m’ont attaqué de la gauche et de la droite successivement.

Heilbrunn : J’avais oublié qu’il avait commis cet exploit. Au bout du compte, la détente a joué un rôle majeur dans le renversement de l’URSS, n’est-ce pas ?

Kissinger : C’est mon opinion. Nous considérions la détente comme une stratégie dans la conduite du conflit avec l’URSS.

Heilbrunn : Je suis surpris que cela n’ait pas suscité plus d’attention – en Europe la détente était vécue comme devant apaiser l’Europe de l’est et l’URSS, et surmonter le souvenir de la seconde guerre mondiale, alors qu’aux États-Unis nous avons une vision plus triomphaliste.

Kissinger : Vous gardez en tête Reagan qui commence ce processus avec son discours sur l’Empire du mal qui, à mon avis, a eu lieu alors que l’URSS était déjà bien sur la voie de la défaite. Nous étions engagés dans une lutte à long terme, faisant émerger des analyses qui s’opposaient. J’étais dans le courant dur de ces analyses. Mais je me rendais aussi compte de leur dimension diplomatique et psychologique. Nous devions mener cette guerre froide depuis une position dans laquelle nous n’étions pas isolés et depuis laquelle nous profitions des meilleures bases pour conduire des conflits inévitables. Nous avions l’obligation suprême d’éviter la guerre nucléaire qui menaçait la civilisation. Nous cherchions une position nous permettant d’utiliser la force si nécessaire mais toujours en dernier recours et ce de façon évidente (pour tous). Les néoconservateurs, eux, optèrent pour une politique plus absolutiste. Reagan a su exploiter tout le temps qui lui fut alloué à faire preuve de tactique avec talent, et je ne suis pas sûr que tout était planifié ou préconçu. Mais les résultats furent impressionnants. Je crois que la détente (en français dans le texte) fut un prélude indispensable.

Heilbrunn : La Chine est-elle aujourd’hui la nouvelle Allemagne de Guillaume II [1870-1918, NdT] ? Richard Nixon, peu de temps avant sa mort, dit à William Safire qu’il était nécessaire de s’ouvrir à la Chine, mais que nous avions peut-être enfanté un Frankenstein.

Kissinger : On peut dire d’un pays qui a dominé sa région depuis 3 000 ans qu’il est une réalité inhérente. L’alternative aurait été de laisser la Chine être de façon permanente soumise et de connivence avec l’URSS, faisant ainsi de l’Union soviétique – déjà un pays nucléaire de haut niveau – le pays dominant de l’Eurasie avec l’accord tacite de l’Amérique. Cependant, la Chine représente un défi fondamental à la stratégie américaine.

Heilbrunn : Et pensez-vous qu’ils agissent pour un monde centré sur la Chine, ou bien peuvent-ils être intégrés dans une sorte de cadre westphalien, comme vous l’avez souligné dans votre dernier livre, “L’ordre mondial”

Kissinger : Voilà le défi. C’est une question ouverte. C’est notre travail. Nous n’y brillons pas, parce que nous ne comprenons pas leur Histoire et leur culture. Je pense que le fondement de leur pensée est sino-centré. Mais cela peut avoir des conséquences aux répercussions mondiales. Par conséquent, le défi chinois est un problème bien plus subtil que celui de l’URSS. Le problème soviétique était principalement stratégique. Ceci est un enjeu culturel : est-ce que deux civilisations qui, pour l’instant du moins, n’ont pas la même façon de penser, peuvent arriver à un modus vivendi qui générerait un ordre mondial ?

Heilbrunn : Comment estimez-vous les chances d’un véritable rapprochement sino-russe ?

Kissinger : Ce n’est pas dans leur nature, ni l’un ni l’autre

- Heilbrunn : Parce que les Russes souhaiteraient clairement développer des relations plus étroites.

Kissinger : Mais c’est en partie parce que nous ne leur avons pas laissé le choix.

Heilbrunn : Comment pensez-vous que les États-Unis puissent s’extirper de l’impasse ukrainienne – les États-Unis et l’Europe évidemment ?

Kissinger : L’enjeu n’est pas tant pour les USA de s’extirper de cette impasse ukrainienne que de résoudre cette crise en satisfaisant l’ordre international. Un certain nombre de choses doivent être reconnues. Premièrement, la relation entre l’Ukraine et la Russie revêtira toujours un aspect important dans l’esprit russe. Elle ne pourra jamais se réduire à des rapports ordinaires entre deux états souverains ; certainement pas du point de vue russe et probablement pas non plus du côté ukrainien. Donc ce qui se passe en Ukraine ne peut être résumé selon des principes qui fonctionnent en Europe occidentale, pas si près de Stalingrad ou de Moscou. Dans ce contexte, il convient d’analyser de quelle manière cette crise ukrainienne a émergé. Il est inconcevable que Poutine ait consacré 60 milliards d’euros à la transformation d’une station balnéaire en village olympique d’hiver pour ensuite déclencher une crise militaire une semaine après avoir, lors de la cérémonie de clôture, dépeint la Russie comme partie de la civilisation occidentale. Nous devons donc nous demander comment cela a-t-il pu arriver ? J’ai vu Poutine fin novembre 2013. Il a évoqué beaucoup de problèmes. Il a évoqué l’Ukraine en dernier, en tant que problème économique, que la Russie résoudrait par le biais des taxes et des prix pétroliers. La première erreur fut l’attitude inconséquente de l’Union Européenne. Ils n’ont pas compris les conséquences de certaines de leurs propres exigences. La politique intérieure ukrainienne était telle qu’il était impossible pour Ianoukovich d’accepter les conditions de l’Europe et de pouvoir être réélu, et la Russie ne pouvait pas considérer ces conditions comme purement économiques. Donc le président ukrainien a rejeté les conditions de l’UE. Les Européens ont paniqué et Poutine s’est senti trop sûr de lui. Il a vu cette impasse comme l’occasion idéale pour mettre en œuvre immédiatement ce qui jusqu’alors n’était qu’un objectif à long terme. Il a offert 15 milliards de dollars à l’Ukraine pour qu’elle rejoigne son Union Eurasiatique. Pendant ce temps l’Amérique est restée passive. Il n’y a eu aucune discussion politique d’envergure avec la Russie ou avec l’Europe quant à ce qui se préparait. Chaque camp a agi de façon plus ou moins rationnelle, en fonction de sa petite conception personnelle et erronée de l’autre, pendant que l’Ukraine sombrait dans l’insurrection de la place Maïdan, exactement là où Poutine avait passé dix ans à faire reconnaître le statut de la Russie. Depuis Moscou cela donnait sans aucun doute l’impression que l’Occident avait exploité ce qui avait été conçu comme un festival russe pour extraire l’Ukraine de la sphère d’influence russe. Puis Poutine a commencé à jouer les tsars – comme Nicolas Ier il y a plus d’un siècle [sic]. Je ne veux pas justifier ces tactiques, mais juste les replacer dans le contexte.

Heilbrunn : Un autre pays semble avoir pris le leadership à l’évidence en Europe, et c’est l’Allemagne – par rapport à l’Ukraine comme pour la Grèce -

Kissinger : Ils ne souhaitent pas vraiment assumer ce rôle. Il est paradoxal de constater que 70 ans après avoir défait l’Allemagne et ses velléités de domination de l’Europe, ses vainqueurs semblent maintenant souhaiter que l’Allemagne, en grande partie à cause de ses résultats économiques, dirige l’Europe. L’Allemagne peut et doit jouer un rôle important dans la construction de l’Europe et au sein de l’ordre mondial. Mais ce n’est pas le partenaire idéal, à propos de la sécurité de l’Europe, pour négocier des frontières se trouvant à moins de 300 km de Stalingrad. Les États-Unis n’ont avancé aucun concept de leur propre chef, hormis celui qui voudrait que la Russie intégrât en fin de compte le concert des nations par une sorte de conversion automatique. Le rôle de l’Allemagne est déterminant mais la contribution américaine à la diplomatie ukrainienne est essentielle pour recadrer ce problème dans un contexte mondial.

Heilbrunn : Cette position est-elle une erreur ?

Kissinger : Si nous considérons la Russie comme une grande nation, nous avons d’abord besoin de vérifier si leurs préoccupations peuvent être conciliables avec nos impératifs. Nous devrions explorer les possibilités de créer un statut établissant une zone démilitarisée entre la Russie et les frontières actuelles de l’OTAN. L’Occident hésite déjà à assumer le rétablissement de l’économie grecque. Ce n’est sûrement pas pour intégrer l’Ukraine unilatéralement. On devrait donc étudier l’éventualité d’une coopération entre l’Ouest et la Russie pour une Ukraine non alignée militairement. La crise ukrainienne tourne à la tragédie parce qu’on confond le besoin de l’Ukraine de restaurer à court terme son identité avec des intérêts internationaux à long terme. Je serais partisan d’une Ukraine indépendante dans les frontières actuelles. Je plaide pour ça depuis la chute du mur. Quand on entend que des escadrons musulmans se battent sous le drapeau ukrainien, on constate qu’on a perdu le sens des proportions.

Heilbrunn : C’est un désastre, à l’évidence

Kissinger : Pour moi ça l’est. Ça veut dire que briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but à long terme.

Heilbrunn : Mais nous observons plutôt un retour des néoconservateurs et des faucons libéraux, au moins à Washington DC, qui sont déterminés à briser le gouvernement russe.

Kissinger : Jusqu’à ce qu’ils en assument les conséquences. L’erreur de toutes les guerres américaines depuis la seconde guerre mondiale consiste en cette incapacité à penser une stratégie acceptable chez nous. Depuis la seconde guerre mondiale nous avons démarré cinq guerres avec un grand enthousiasme. Mais les faucons ne gagnent pas à la fin. A la fin ils sont minoritaires. Nous ne devrions pas nous engager dans des conflits internationaux sans être en mesure, dès le début, d’en décrire une conclusion et sans la volonté de soutenir l’effort nécessaire à l’accomplissement de cette conclusion.

Heilbrunn : Mais nous semblons plutôt ne jamais cesser de commettre cette erreur.

Kissinger : Parce que nous refusons d’apprendre de nos expériences. Parce que ces guerres sont déclarées par des personnes qui ne respectent pas les faits historiques. A l’école on n’apprend plus l’Histoire mais seulement une succession d’évènements. Ils traitent ces faits selon des thèmes, hors de leur contexte.

Heilbrunn : Ils les extirpent de tout contexte.

Kissinger : Plutôt de ce qui était le contexte alors – ils les replacent dans un contexte entièrement nouveau.

Heilbrunn : Le genre de livre que vous écrivez – par exemple votre premier ouvrage – ne passerait jamais dans un cours de sciences politiques aujourd’hui parce qu’il n’est pas rempli de théories abstraites. Il enseigne en fait une leçon sur le mode narratif.

Kissinger: C’est pourquoi on m’attaque à droite comme à gauche – parce que je ne corresponds à aucune de leurs catégorisations.

Heilbrunn : Restons dans l’Histoire, quelle est votre opinion sur le rôle de l’Allemagne en Europe aujourd’hui ? Vivons-nous le retour d’un nouveau “problème allemand”, l’Europe du sud la voit comme une puissance occupante, et des relents de nationalisme émergent en Allemagne même – cela ne voudrait-il pas dire qu’il y a une certaine résurgence ?

Kissinger : Eh bien, il y a des indices. Certaines classes d’âge en Allemagne, les classes d’âge en dessous de cinquante ans, se comportent parfois comme si le pays qui avait voulu refaçonner l’Europe par la force revendiquait à présent le droit de la redessiner par le jugement moral le plus absolu. Ce n’est pas juste d’induire en tentation l’Allemagne de cette façon. Rejeter la faute sur l’Allemagne plutôt que sur soi-même, c’est faire de la politique intérieure facile pour les pays d’Europe du sud. Quel est donc le péché des Allemands en Grèce ? Les Allemands affirment que sous couvert de plan de sauvetage, on perpétue l’irresponsabilité. Ils tentent d’établir un procédé responsable de redressement. Quand je considère le cauchemar qu’a constitué l’inflation dans leur Histoire, j’éprouve de la sympathie pour leur point de vue. Depuis le début de leur Histoire nationale en 1871, l’Allemagne n’a jamais eu à diriger un système international. De 1871 à 1890, Bismarck a réussi un tour de force [en français dans le texte] spectaculaire, mais qui n’était pas viable sur le long terme. Vous ne pouvez pas établir de grande politique si cela requiert un génie à chaque génération. Mais de 1890 à la fin de la seconde guerre mondiale – soit près d’un siècle – l’Allemagne s’est perçue comme assiégée par le monde qui l’entourait. L’Angleterre et la France ont bien plus d’expérience en matière de diplomatie internationale. J’ai donc de la sympathie pour les Allemands et leur dilemme. Ils peuvent aider, leur aide peut être décisive, mais ils ont besoin d’une infrastructure bien plus grande, bien plus mondialisée, à laquelle nous devons contribuer.

Heilbrunn : La génération atlantiste en Allemagne, et la vision qu’elle incarnait a pratiquement disparu.

Kissinger : Et c’est bien dommage.

Heilbrunn : Les plus jeunes hommes politiques de la CDU [Union Chrétienne-Démocrate] que j’ai pu rencontrer ne s’intéressent pas aux États-Unis, ce qui est un tournant spectaculaire, étant donné que toute la politique d’Adenauer était fondée sur l’ancrage à l’Ouest.

Kissinger : C’est en partie leur faute, et en partie la nôtre.

Heilbrunn : J’ai vu Robert McFarlane il y a peu, qui a travaillé pour vous, et sous Reagan également. Il m’a dit : « Le dernier président à avoir fait preuve de pensée stratégique était Richard Nixon. » Est-ce vrai ?

Kissinger : Je pense que c’est vrai. Il avait une vision stratégique d’envergure. A la fin du premier volume des mes mémoires, White House Years, j’ai posé la question ainsi : Que se serait-il passé si l’establishment que Nixon admirait et craignait tout à la fois lui avait montré un peu d’amour ? Se serait-il encore davantage replié sur le désert de sa rancœur, ou cela l’aurait-il libéré ? Je laisse la question ouverte.

Heilbrunn : Faites-vous remonter la plupart des problèmes de la politique étrangère américaine au Viêtnam, à cette fêlure dans le consensus en matière de politique étrangère ?

Kissinger : Je pense que le Viêtnam a été un prétexte. Cela a donné une légitimité à la contestation. Parce qu’après tout, il y a bien eu des manifestations aux Pays-Bas, qui n’avait aucun Viêtnam, et en France.

Heilbrunn : Nixon possédait clairement une énorme expérience en matière de politique étrangère avant de devenir président en 1969.

Kissinger : Et il faisait preuve de réflexion, et son profil psychologique le rendait réticent à avoir affaire à trop de personnes à la fois, il lui a donc fallu réfléchir, lire – il ne pouvait pas appuyer sur un bouton et obtenir une réponse de Google – et voyager. Il n’y avait aucune menace sur sa personne lorsqu’il voyageait à l’étranger, il était donc à l’aise dans nombre d’entretiens avec des chefs d’état étrangers.

Heilbrunn : Il a dû apprendre beaucoup d’Eisenhower également, je présume.

Kissinger : Vous savez, comme toujours chez Nixon, c’était un savant mélange de rancœur et d’admiration, donc rien n’était exempt d’ambiguïté.

Heilbrunn : Jugez-vous Barack Obama comme un réaliste – il renâcle à l’idée de s’impliquer en Ukraine, par exemple – ou pensez-vous qu’une telle réputation est surfaite ?

Kissinger : Eh bien, en ce qui concerne le niveau de vigilance, c’est un réaliste. Mais sa vision est bien plus idéologique que stratégique.

Source : The National Interest, le 19/08/2015 Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source. VUES D’AILLEURS L'interview : Henry Kissinger Source : The Interview: Henry Kissinger 9 réponses à Henry Kissinger :

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Tsipras joue au plus malin avec Poutine, échec...

Publié le par Bernard Felli

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Tsipras joue au plus malin avec Poutine, échec assuré
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Tsipras joue au plus malin avec Poutine, échec assuré

Publié le par Felli Bernard

Alexander Mercouris
Alexander Mercouris

~~ Tsipras joue au plus malin avec Poutine, échec assuré

Un membre de Syriza confirme que Tsipras a tenté de balader la Russie au sujet du projet de gazoduc Par Alexander Mercouris – Le 2 septembre 2015 – Source Russia Insider

Une interview avec un membre de Syriza confirme que les avances de Tsipras à la Russie n’ont jamais été sérieuses et qu’il n’y a jamais eu de consensus politique en Grèce – de même que pour la sortie de l’Euro – pour une telle alliance.

Tsipras : pas vraiment un homme Russia Insider avait déjà dit que les avances du Premier ministre grec, Tsipras, envers la Russie au début de cette année pendant les négociations avec les institutions européennes étaient des manipulations et ne montraient aucune intention de s’aligner aux côtés de la Russie. De même nous disions que Tsipras tentait d’utiliser la Russie comme épouvantail afin de paniquer les Européens et les amener à des concessions.

Nous avions aussi dit que malgré que les Russes, au début, désiraient les aider, ils ont promptement compris que Tsipras n’était pas très chaud, et après un certain moment leurs offres se sont faites progressivement moins généreuses.

Notre vision était isolée. Plus généralement, le reste des médias internationaux interprétait les avances de Tsipras différemment. En fait, il y avait de nombreuses discussions inquiètes – ou confiantes – sur le fait que la loyauté de la Grèce envers l’Europe était en balance, et sur la façon dont elle se préparait à se tourner vers la Russie et les BRICS. La confirmation que ce que nous disions était correct nous parvient maintenant de Stathis Kouvelakis, ancien membre du Comité central de Syriza, proche de Panayiotis Lafazanis, ancien ministre grec de l’Énergie, qui maintenant dirige Unité Populaire, le nouveau groupe de l’Aile Gauche composé d’anciens membre de Syriza qui s’opposent au dernier accord de refinancement.

Lanfazanis, en tant que ministre de l’Énergie a négocié le contrat du gazoduc avec les Russes. Il a eu plus d’intenses discussions avec les Russes que n’importe quel officiel du gouvernement grec. Des commentaires de la part de quelqu’un aussi proche de lui, qui fut aussi membre du Comité central de Syriza dans toute sa rigueur, peuvent de ce fait être considérés comme crédibles. Voici ce que Kouvelakis a déclaré dans une interview au quotidien français l’Humanité : » …sur le fond les Russes n’ont jamais compris ce que les Grecs désiraient. Ils ont été extrêmement méfiants dès qu’il sont eu l’impression que le rapprochement de la Grèce allait vers une utilisation des négociations comme un outil pour peser sur les institutions européennes.

Les photos en compagnie de Poutine avaient pour but d’exercer une pression, mais tout cela restait très superficiel, ils pouvaient toujours dire que cela n’allait pas vers des conclusions concrètes. Et les Russes n’ont pas apprécié d’être promenés avec ça . » C’est exactement ce que nous disions. Cela n’est pas simplement un fait historique. Nous avons aussi dit que le contrat du gazoduc négocié avec la Russie par Lanfazanis était condamné.

Certains continuent à refuser ce fait, dans l’espoir que le contrat puisse être réanimé, mais les Russes n’ont aucune raison de se faire de telles illusions. Il est vrai que les Grecs, en diverses occasions ces dernières semaines, ont assuré aux Russes qu’ils étaient toujours engagés dans le projet de gazoduc. On a pu le voir pour ce que c’était, une tentative de Tsipras pour garder un peu de crédibilité envers ses anciens supporters en ne se précipitant pas pour enterrer un contrat qui était populaire chez eux. La réalité est qu’avec une Grèce aujourd’hui sous tutelle minutieuse des institutions européennes, il n’y a plus aucune possibilité que le projet se réalise.

Les Européens peuvent dire que cela contrevient à la loi européenne – pour être précis au Third Energy package – et, avec la Grèce sous leur coupe, il n’y a aucune possibilité pour les Grecs d’en tirer quoi que ce soit. Cela signifie que ce n’est qu’une question de temps pour que le projet de gazoduc subisse le même sort que le projet South Stream. Une seule chose pourrait sauver le projet, c’est la victoire électorale d’Unité Populaire. Pour Unité Populaire, avec actuellement moins de 10% dans les sondages, c’est tout à fait improbable. Même si Unité Populaire gagne, et que le projet de gazoduc peut être sauvé, le réalignement avec la Russie, que certains souhaitent ou craignent n’est guère probable. Ainsi qu’il ressort de l’interview de Kouvelakis – aujourd’hui un des leaders d’Unité Populaire – au sujet des relations avec la Russie, celui-ci a des choses réellement intéressantes à dire : «Développer les relations avec la Russie ou avec la Chine n’est pas exactement la même chose.

Les intérêt des Chinois sont le commerce et les affaires. Nous ne voulons pas des privatisations qui tentent les Chinois ; mais en même temps, ils ont proposé de créer une agence de la banque des BRICS. Avec la Russie c’est une affaire différente, essentiellement une vision géopolitique : pour les Russes, les intérêts économiques sont subordonnés à cette vision géopolitique. Il est aussi évident que développer des relations avec la Russie ne signifie pas du tout que Poutine est politiquement ou idéologiquement proche de nous. C’est une question de relations internationales.»

Ces sentiments ne sont pas moins manipulateurs que ceux de Tsipras. Plutôt qu’une volonté sérieuse de construire une relation solide basée sur des intérêts mutuels de confiance, il y a l’affirmation arrogante que la Grèce peut utiliser à son profit la supposée importance géopolitique qu’elle a pour la Russie. Une telle approche, si elle est toujours en cours, ne peut qu’amener à un échec car elle surestime l’importance de la Grèce vis-à-vis de la Russie, importance qui est en réalité assez mince. Il est tout simplement faux de déclarer que les Russes subordonnent leurs intérêts économiques à leurs buts géopolitiques. C’est une analyse occidentale courante, mais il n’y a aucune preuve qui le confirme. Il continue à y avoir une grande croyance, ou un espoir, que le véritable regard que les Grecs et les Russes ont les uns sur les autres est basé sur la même foi orthodoxe, que ce n’est qu’une question de temps pour arriver à un alignement politique entre la Grèce et la Russie.

Ceux qui entretiennent un tel espoir se préparent à une grande déception. Quand un des leaders du principal parti de gauche grec anti-européen ne peut penser ses relations avec la Russie qu’en termes de manipulation, les perspectives d’un partenariat sincère entre la Grèce et la Russie n’existent tout simplement pas.

Alexander Mercouris

Traduit par Gabriel, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone  993 www.pdf24.org Send article as PDF Publié le septembre 5, 2015Auteur sakerCatégories Alexander Mercouris, Economie, Energie-Pétrole-Gaz, Grèce, Poutine, Russie, Tsipras, Union européenneÉtiquettes Economie, energie pétrole gaz, grèce, poutine, Russie, UE

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Les réfugiés syriens et la crise identitaire...

Publié le par Bernard Felli

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Les réfugiés syriens et la crise identitaire française
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Les réfugiés syriens et la crise identitaire française

Publié le par Felli Bernard

 Les réfugiés syriens et la crise identitaire française

~~ Les réfugiés syriens et la crise identitaire française

Posted on 4 septembre 2015 by Éric Verhaeghe Réfugiés syriens Ce texte a été lu1813fois Le sort des réfugiés syriens et la réaction négative des Français à leur accueil n’en finit pas de poser question: pourquoi une majorité se dégage-t-elle contre l’accueil de réfugiés venus d’un pays traditionnellement allié de la France (la Syrie fut sous mandat français durant l’entre-deux-guerres), victimes d’une guerre dont l’absurde politique arabe de Nicolas Sarkozy est largement la cause?

Pour les intérêts français dans le monde, et singulièrement dans le bassin méditerranéen, cette attitude de blocage est en effet suicidaire et compromet des siècles de coopération. On pourrait disserter longtemps pour savoir si cette froideur vis-à-vis des réfugiés est ou non une tradition française.

Il semble bien que, à l’époque de la guerre d’Espagne, déjà, les Français ne s’étaient pas précipités pour ouvrir leurs bras à des réfugiés victimes de la guerre, et certains exilés espagnols n’en gardèrent pas forcément de bons souvenirs.

Les Juifs qui fuirent le nazisme n’ont pas subi un meilleur sort sous Vichy. On se gardera donc d’opposer l’attitude actuelle des Français à une très hypothétique tradition d’accueil en France. Il n’en reste pas moins qu’on sent bien, de façon diffuse, toute l’exaspération des Français vis-à-vis d’une arrivée raisonnable de réfugiés en France, et les raisons de ce refus interrogent.

Venant des Britanniques, par exemple, ce n’est guère surprenant: la Grande-Bretagne veut préserver sa vieille tradition d’égoïsme insulaire, qui profite du système sans payer. Mais la France?

La question de la crise identitaire

Il est difficile de ne pas mettre en abîme le refus français de l’accueil et la silencieuse mais profonde crise identitaire que traverse le pays. Contrairement aux usages autorisés, je vais même mettre les pieds dans le plat en écrivant clairement les chuchotements que j’entends dans la vie quotidienne: pour beaucoup de Français, le poids des populations musulmanes a atteint et même dépassé un seuil critique qui compromet notre identité.

Ce sentiment de « trop plein » est assez fascinant d’ailleurs, pour deux raisons. D’abord, il est extrêmement diffus, tu, occulté, mais particulièrement vivace dans les quartiers populaires.

Moi qui vis dans le 19è arrondissement, dans la circonscription de Cambadélis, j’assiste depuis 2 ans à peu près à son montée, inversement proportionnelle à la dégradation évidente des rapports avec l’intégration des populations musulmanes. Je m’en faisais d’ailleurs la réflexion hier en retrouvant ma fille au parc où elle a l’habitude de jouer. Il y a dix-huit mois, le port du voile y était minoritaire et même exceptionnel. Hier soir, une majorité de femmes présente était voilée. Des nourrices qui ne se voilaient pas il y a un an portent le voile aujourd’hui.

Intuitivement, cette modification très rapide de notre paysage urbain pose forcément problème. Quand le phénomène se limite à une perception visuelle, après tout, le pire n’est pas arrivé. Mais fin juillet, en emmenant ma fille (de 2 ans, je le répète) dans un jardin public à la frontière du XXè arrondissement et des Lilas, j’ai flippé. Le fait qu’elle était la seule blanche du square ne m’a pas gêné. En revanche, un groupe d’Africains noirs dont le plus âgé avait 12 ans squattait les jeux, et c’est un enfant africain de quatre ans qui a physiquement voulu agresser ma fille pour l’empêcher de profiter du toboggan.

Comme je suis intervenu pour calmer le jeu, ma fille a dû jouer pendant un bon quart d’heure entourée par une ronde de petits Africains silencieux, immobiles, qui la regardaient comme une bête curieuse, comme une intruse qui n’avait rien à faire là. J’imagine que ce ressenti d’être devenu un étranger dans mon propre pays, d’avoir un enfant rejeté ou mis au ban de la communauté parce qu’il est blond aux yeux bleus est un sentiment très répandu en France, surtout dans les quartiers qui accueillent des immigrés, et qui suscite une exaspération bien plus grande que la mienne.

Tout cela pousse forcément un grand nombre de nos concitoyens à se dire: les réfugiés syriens que nous accueillons maintenant vont grossir les rangs de tous ceux qui nous disent « Français, la France ne vous appartient plus! » Le retour à nos racines celtiques Du coup, la crise identitaire française prend une autre visage fascinant: elle nous oblige à nous demander – « qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui »?

Très longtemps, être Français signifiait être républicain. C’était au fond la conception révolutionnaire qui dominait: est Français celui qui veut l’être. En furetant de-ci de-là, notamment sur Internet, je m’aperçois de façon amusée que cette vision cède de plus en plus le pas au mot « Gaulois ». Se sentir « Gaulois » est devenu une affirmation courante, qui marque une différence avec le « Français de souche » connoté d’extrême droite. Être français (dans une acception de plus en plus répandue même de façon implicite), ce n’est pas appartenir à une race « de souche », ni simplement vouloir appartenir à la communauté, c’est, d’une façon ou d’une autre, porter l’héritage culturel des populations qui occupaient ce territoire il y a 2.500 ans.

L’idée est amusante et méritera d’être examinée dans quelques décennies à l’aune d’une histoire plus longue. Entre les manuels scolaires qui nous apprenaient « Nos ancêtres les Gaulois », puis l’éloge de l’exception culturelle française faite par Astérix, jusqu’au sentiment gaulois qui prend forme aujourd’hui, la recherche de nos racines tribales est plutôt étrange. Mais au fond, l’histoire de France depuis cent ans, c’est celle d’une lente résurgence gauloise, comme un souvenir d’enfant qui remonte peu à peu à la surface, au fil des expériences sensorielles.

On s’amusera ici des discussions interminables sur l’origine étymologique du Noël, pour illustrer cette quête sourde de nos racines gauloises. Le mot « Noël » est-il une étrange déformation du latin « Natalis Dies », ou une transformation du francique « Neu helle », lumière nouvelle? La question manifeste assez bien, me semble-t-il, cet attachement à des racines enfouies. La France est le seul pays de la Chrétienté à désigner le 25 décembre par un mot (datant du 12è siècle) qui ne fait pas consciemment référence à la naissance du Christ. Rien n’exclut qu’elle soit le seul pays de la Chrétienté à désigner le 25 décembre par une référence explicite à la religion celtique, à une fête indo-européenne de la lumière, que Celtes et Germains pratiquaient chacun à leur façon. Cette querelle de spécialiste souligne que, derrière le roman français raconté par les Républicains et par les Chrétiens, il existe une vieille saga celtique qui continue probablement à nous définir, à nous guider, sans que nous ne nous en souvenions plus consciemment. Cette lente remontée à la surface du Celte qui sommeille en nous est à la fois cocasse et réjouissante, parce qu’elle nous rappelle que Brenn avait envahi Rome bien avant que César n’envahisse la Gaule.

Après tout, l’histoire des vainqueurs qui prétend que Rome a apporté la civilisation aux Gaulois est peut-être une vaste imposture: ce sont les Gaulois qui ont civilisé les Romains! Crise identitaire et question sociale Mais ces questions sont évidemment très éloignées de la préoccupation identitaire actuelle, où je vois bien le sujet majeur qui se pose aux « Gaulois ».

A titre d’exemple, quand j’ai demandé une place en jardin d’enfant à la mairie du 19è arrondissement, le cabinet du maire m’a demandé de fournir une facture récente de mon entreprise pour prouver que celle-ci existait bien! Le Kbis que j’avais donné ne suffisait pas. Cette mesure discriminatoire m’a fait bondir: moi, contribuable, Français, je suis soupçonné de tricher… pour obtenir une place dans un service public qui me coûte 800 euros par mois! Arrivé au jardin d’enfant, je m’aperçois que les prénoms chrétiens sont extrêmement minoritaires dans le groupe où se trouve ma fille. Si j’en crois ce qu’on me dit dans l’entourage de ce service public, une majorité d’enfants portant des prénoms musulmans ne paient pas le jardin d’enfant, ou paient très peu.

Personnellement, je m’en fous, mais je me mets à la place du Français moyen qui subit ce traitement: il y a là un paradoxe extravagant que seule la pensée unique des bobos permet d’occulter. Pour quelle raison des contribuables nationaux sont-ils moins bien traités, face aux services publics, que des personnes exonérées d’impôts et de nationalité étrangère? Pour quelle raison les amateurs de saucisson sont-ils négativement discriminés par rapport aux consommateurs de hallal? Je comprends bien l’importance, ici, de la pensée bobo: je suis forcément coupable de la colonisation, je dois donc me faire pardonner, et le fait que je pose la question qui fâche fait de moi un horrible raciste.

Ce serait tellement mieux si je décidais d’aller habiter avec les Blancs, si je déménageais, ou même si je ne faisais pas d’enfant, et si je tenais ensuite un discours doucereux et totalement hypocrite sur la lutte contre le racisme (hypocrite car aucun bobo du Vè arrondissement n’accepterait d’envoyer ses enfants dans une école où la mixité existe)…

Ces raisonnements qui me sont régulièrement apportés m’exaspèrent, et comme je suis un caractériel grande gueule, je le dis toujours ouvertement. Les gens bien élevés font autrement: ils se taisent et votent Front National. Et c’est bien le sujet qui traverse ce pays: la question de base des Français moyens qui doivent payer à tire-larigot au nom d’une solidarité dont il ne profite jamais, en s’entendant dire qu’ils n’en font pas assez et qu’ils sont racistes, pose aujourd’hui un problème critique.

Pour un nouvel édit de Nantes La France n’en est pas à sa première crise religieuse. Elle avait réglé la précédente par un édit d’Henri-IV qui avait défini clairement les droits et devoirs de chaque entité. Comme j’appartiens au groupe des utopistes qui pensent que l’identité française se définit d’abord par l’ouverture aux autres et le respect de chaque culture, je considère qu’il est désormais urgent de proclamer un nouvel édit de Nantes.

Dans celui-ci, il faut clairement préciser les droits de la communauté musulmane. En particulier, il faut qu’un enfant musulman né en France ait les mêmes chances qu’un enfant chrétien: une école de qualité, qui le prépare à un diplôme de qualité, et une absence totale de discrimination à l’embauche. Le mérite d’un Musulman doit égaler le mérite d’un Chrétien. Ce nouvel édit doit préciser de façon extrêmement claire les obligations et les devoirs des musulmans, juste contrepartie de leurs droits.

Dans mon esprit, ces obligations doivent inclure une interdiction du port du voile dans les espaces communs, un engagement clair et positif sur des principes républicains, et un renoncement aux menus de substitution dans les cantines. Manger du porc, boire du vin, de l’alcool, fait partie des traditions françaises, gauloises diront certains, et je vois mal que cet héritage millénaire soit remis en cause sous prétexte qu’une minorité d’habitants actuels considère qu’il doit en être ainsi.

J’ai la conviction que ce n’est que dans cette clarté des règles du jeu, où chacun trouvera un avantage, que la crise identitaire française sera surmontée.

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