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Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ?

Publié le par Felli Bernard

Que se passerait-il si Washington renonçait au jihad ?

La volonté du président Trump de combattre Daesh et d’en finir avec le terrorisme international est extrêmement difficile à mettre en œuvre. En effet, elle porte préjudice aux États qui l’ont organisé et implique une réorientation de la politique internationale. Le nouveau président états-unien ne semble pas en mesure de donner ordre à ses troupes de passer à l’attaque tant qu’il n’a pas trouvé et scellé de nouvelles alliances.

| Damas (Syrie)
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L’opposition que rencontre le président Donald Trump est si forte que le plan de lutte contre Daesh, qui devait être présenté le 22 mars lors d’un sommet de la Coalition à Washington, n’est toujours pas prêt. Sa ligne politique est toujours aussi floue. Seul l’objectif d’éradication du jihadisme a été acté, mais aucune de ses implications n’a été résolue.

Le général Joseph Votel, le patron du CentCom, n’a toujours pas présenté les options sur le terrain. Il devrait le faire uniquement début avril.

Sur le terrain, on se contente donc d’échange d’information entre États-uniens d’un côté, Russes et Iraniens de l’autre. Pour maintenir les choses en l’état, les trois puissances sont convenues de prévenir un affrontement entre Turcs et kurdes. Et des bombardements intenses sont menés contre Al-Qaïda au Yémen et contre Daesh en Irak. Mais rien de décisif. L’attente est de rigueur.

Pour le compte de Londres et de Washington, l’arme du terrorisme international est gérée par la Ligue islamique mondiale depuis 1962. Elle comprend à la fois la Confrérie des Frères musulmans (composée d’arabes) et l’Ordre des Naqchbandis (surtout composé de turco-mongols et de caucasiens).

Jusqu’à la guerre du Yémen, le budget militaire de la Ligue était plus important que celui de l’armée saoudienne, de sorte que la Ligue est la première armée privée au monde, très loin devant Academi/Blackwater. Même s’il s’agit uniquement d’une armée de Terre, elle est d’autant plus efficace que sa logistique dépend directement du Pentagone et qu’elle dispose de nombreux combattants suicides.

C’est la Ligue —c’est-à-dire les Séoud— qui fournit à Londres et à Washington le personnel qui organisa la seconde « Grande Révolte arabe », en 2011, sur le modèle de celle de 1916, mais sous la dénomination de « Printemps arabe ». Dans les deux cas, il s’agissait de s’appuyer sur les wahhabites pour redéfinir les frontières régionales au profit des Anglo-Saxons.

Il ne s’agit donc pas simplement d’abandonner l’arme du terrorisme, mais aussi :
- de rompre l’alliance entre Londres et Washington pour le contrôle du Moyen-Orient élargi ;
- de priver l’Arabie saoudite et la Turquie de l’arme qu’ils développent pour le compte de Londres et de Washington depuis un demi-siècle ;
- de déterminer le futur du Soudan, de la Tunisie et de la Libye.
En outre, il faut également trouver un accord avec l’Allemagne et la France qui ont abrité des dirigeants de la Confrérie depuis 1978 et ont financé le jihad.

D’ores et déjà, nous voyons que le Royaume-Uni ne l’entend pas de cette oreille. Il s’avère que c’est le GCHQ (service d’interception satellitaire britannique) qui a placé la Trump Tower sous écoutes durant la campagne électorale et la période de transition. Tandis que, selon l’Agence jordanienne Petra, l’Arabie saoudite a secrètement financé un tiers de la campagne électorale d’Hillary Clinton contre Donald Trump.

C’est pourquoi le président Trump semble chercher de nouveaux alliés pour lui permettre d’imposer ce changement.

Il organise actuellement une rencontre avec le président Xi Jinping au cours de laquelle il pourrait planifier l’adhésion de son pays à la Banque d’investissement chinoise. Il placerait alors ses alliés devant le fait accompli : si les États-Unis participent à la construction des routes de la soie, il deviendrait impossible au Royaume-Uni, à l’Arabie saoudite et à la Turquie, à l’Allemagne et à la France de poursuivre le jihad en Irak, en Syrie et en Ukraine.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Cabinet noir ? Par François-Bernard Huyghe

Publié le par Felli Bernard

Source : François-Bernard Huyghe, 25-03-2017

Cabinet noir” est devenu en quelques jours un mantra. L’auteur de ces lignes (pas plus d’ailleurs ques ceux de “Bienvenue place Beauveau” qui disent ne pouvoir ni le prouver ni l’infirmer et que nous n’avons pas lus) n’a aucun moyen d’en démontrer l’existence.

Du moins si l’on entend qu’un groupe de très hauts fonctionnaires se réunissent formellemen sous l’égide du Président pour faire des coups tordus contre des adversaires politiques. Nous serions fort étonnés qu’il y ait une structure spécifique avec un nom, une liste de membres, des réunions où l’on dise “et maintenant ouvrons la sécance du cabinet noir” , pourquoi pas des cagoules et des mots de passe comme dans Tintin. En revanche, il n’est pas difficile imaginer une “fonction cabinet noir” ; elle consisterait en une stratégie de remontée de l’information compromettante au plus haut niveau et de déclenchement de campagnes médiatiques ou judiciaires (fuites, suggestions, conversations informelles avec des journalistes ou des magistrats) afin que des affaires tombent au bon moment pour embarasser l’adversaire.
L’argument des “partisans” du cabinet noir repose sur la vraisemblance : vous n’allez pas me faire croire que tout cela est le fruit du hasard, que cette simultanéité est spontanée, qu’il n’y a aucune intentionnalité derrière, que tous ces documents confidentiels dont certains couverts par le secret de l’instruction tombent du ciel dans la corbeille de journalistes militants, que des fonctionnaires, des juges membres d’un certain syndicat, etc..

Les contre-arguments sont soit 1) d’ordre moral et paralysants (vous savez bien que la justice est totalement indépendante (grâce à nous) et vous offensez la République en les soupçonnant, comment oser questionner notre probité ?

Soit 2) des arguments portant sur l’intention des premiers : vous vous trumpisez, vous êtes des complotistes, vous essayez de détourner l’attention de vos fautes véritables en parlant de conspirations imaginaires et d’abus d’autorité inimaginables

Aucun de ces arguments – vraisemblance ou “dignité” – ne porte sur le fond, sur la preuve de faits bruts. Ce qui est normal pour une activité par nature clandestine et sensée ne pas laisser de traces (on imagine mal un verbatim du cabinet noir rangé dans un tiroir de l’Élysée en attendant son prochain occupant).

Si, donc, rien n’est avéré (au moment où nous écrivons le livre n’est même pas en librairie), on peut raisonner par rapport à des exemples historiques :

– “cabinet noir” est d’abord, sous l’ancien régime, le surnom des services qui ouvrent systématiquement (sans doute depuis Richelieu) les lettres qui passaient par les postes royales. C’est notamment le fameux avec le fameux “secret du roi” de Louis XV, où les extraits de correspondances révélatrices sont recopiées et où éventuellement des spécialistes décryptent les messages secrets qu’elles contiendraeint. Nous sommes dans la surveillance pure, sensée disparaître avec la proclamation du principe d’inviolabilité de la correspondance par la Révolution

– Sous la V° République, plusieurs fois, l’opposition accusera le pouvoir soit de la surveiller de façon illégale soit, de surcroît, de monter des machinations pour détruire la réputation de tel ou tel adversaire. Il est avéré (du moins, des décisions de justice ou des inculpations l’attestent) qu’il y a eu, sous Mitterand, des “écoutes de l’Élysée” et une “cellule” qui surveillait des gêneurs comme Jean Edern Hallier ou Edwy Plenel. À l’époque Mitterrand, on sait comment fonctionait le sytème : abus du système des écoutes dites “administratives” (système qui a été réformé depuis), utilisation de policiers, relais médiatiques, etc. Mais cela nous le savons par un jugement du Tribunal de correctionnel de 2005, c’est-à-dire plus de vingt ans après les faits.

– Sous Chirac, on parlera d’un “cabinet noir” dirigé par P. Massoni et Y. Bertand et la DCRG : ils auraient monté des “coups” contre Pasqua, Jospin ou Sarkozy. En 2011, François Hollande déclarait : “Il y aurait à l’Élysée au côté même du président de la République, une cellule qui, avec la police, avec la justice, ferait pression pour que des affaires soient lancées et d’autres étouffées”. Sarkozy n’échappera pas à l’accusation, comme ministre de l’Intérieur puis comme président : anciens des RG qui surveilleraient des journalistes dont ceux de Médiapart, réquisitions illégales auprès d’opérateurs téléphoniques (affaires des “fadettes”)… Sous le présent quinquenat, la façon dont N. Sarkozy a été compromis dans treize affaires, écouté, y compris sous son pseudonume de Bismuth, crée de nouveaux soupçons : tout cela se produit-il spontanément ? Le Tracfin est-il employé comme relais ? Le syndicat de la magistrature ? Tous les arguments que l’on retrouvera dans la rhétorique de Fillon (le fait que des révélations soient orchestrées n’enlevant rien sur le fond au fait que les révélations soient vraies, comme dans le cas des mails fuités du parti démocrate américain).

Savoir s’il existe ou a existé des groupes informels remplissant la fonction cabinet noir, voilà ce dont nous n’avons aucune compétence pour trancher et qui demande des enquêtes de fond.

En revanche, il y a une bonne probabilité que – indépendamment de la moralité ou du respect des principes républicains par la droite ou la gauche – la tentation en soit forte.

La première est que l’aspect surveillance/dissimulation est techniquement de plus en plus facile (voire l’accumulation des révélations sur la surveillance par la NSA, la Cia, le FBI etc qui ne cesse depuis des années : pourquoi cela ne se produirait-il jamais en France). Que des services d’État puisse accumuler les moyens de suveiller, c’est évident. Et que des fonctionnaires qui se trouveraient en présence de pièces compromettantes sur tel ou tel homme politique connu, n’ouvrent jamais le parapluie, ne transmettent jamais à leur hiérarchie ou que les sujets hypers sensibles soient cloisonnés : voilà ce qu’un enfant de huit ans aurait du mal à croire.

Mais après la dissimulation, la stimulation : déclencher des mécanismes de mise en cause, judiciaire et/ou médiatique, pour compromettre (un “kompromat” disent les Russes) si l’on bénéficie de relais idéologiques auprès de fonctionnaires acquis à votre cause ou auprès d’une presse qui, sans vous adorer positivement, est toute prête à faire un scoop en lynchant votre adversaire qu’elle n’aime guère.
Tout savoir sur l’adversaire et jouer des relais d’influence des deux ressorts de nos sociétés post-politiques – règne du droit, indignation médiatique – : pas besoin d’être un esprit machiavélique pour songer à des recettes aussi en accord avec les tendances du temps.

Source : François-Bernard Huyghe, 25-03-2017

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Les relations américano-saoudiennes tournent-elles au vinaigre ?

Publié le par Felli Bernard

Les relations américano-saoudiennes tournent-elles au vinaigre ?

Par Gregory Copley – Le 17 Mars 2017 – Source oilprice.com

Trump and Mohammad
Le temps le dira, mais les cris de « victoire à Washington » par le vice-prince héritier et ministre de la Défense, Mohammed bin Salman, semblaient creux et peut-être même apocryphes. Il avait besoin d’un signe de succès quand il est sorti de sa réunion à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump, le 14 mars 2017 : l’Arabie saoudite est à court d’options et pousse ses alliés traditionnels ─ dont certains n’en sont pas satisfaits ─ à manifester de la solidarité, en particulier au sujet des guerres au Yémen, en Irak, en Syrie et en Libye. À une époque où les fortunes économiques du Royaume sont délicates et s’aggravent, cela présage de pressions politiques internes.

Le prince Mohammed semblait vouloir pousser le Président Trump dans le camp saoudien ─ et parler pour tous les musulmans et comment l’administration Trump serait bonne pour eux ─ mais il était, en fait, soucieux d’exorciser l’amitié apparemment florissante du président avec le président égyptien, Abdul Fattah al-Sisi, qui est maintenant la Némésis du prince Mohammed. L’animosité saoudo-égyptienne s’est donc étalée jusqu’à Washington, car il est devenu évident que la nouvelle administration américaine ne poursuivra pas automatiquement les politiques du Moyen-Orient de l’ancienne administration américaine.

Les enjeux sont d’une importance mondiale pour les États-Unis, mais si Washington devait choisir, elle choisirait le poids géopolitique (Méditerranée-Suez-Mer Rouge) et culturel de l’Égypte.

La récente rivalité de l’Arabie saoudite avec l’Égypte ─ ou plutôt, les tensions entre le vice-prince héritier Saoudien Mohamed et le président égyptien al-Sisi ─ a signifié que le gouvernement de chaque État a essayé d’influencer les États-Unis pour l’avoir à son côté, mais Washington n’a pas donné de signe fort de sa préférence. Il ne souhaite pas complètement s’aliéner l’Arabie saoudite à ce stade, ou son voisin le Qatar, état wahhabite, mais la position stratégique de l’Égypte ne peut être ignorée.

Ainsi, le Prince saoudien Mohammed bin Salman a rencontré le Président Donald Trump le 14 mars 2017, et a affirmé que la réunion était « un tournant historique » dans les relations américano-saoudiennes. Mais les sources de la Maison Blanche ont déclaré à la Défense et aux Affaires étrangères qu’il n’y avait rien de tel et que ─ le langage corporel de Trump pendant les réunions le montrait ─ Trump ne ressentait aucune alchimie avec le jeune officiel saoudien. Malgré cela, le Prince a autorisé une déclaration d’après réunion qui a déclaré que Donald Trump était « un véritable ami des musulmans qui servira le monde musulman d’une manière inimaginable », et que la réunion était « un énorme succès » et un « tournant historique » du point de vue des relations bilatérales entre les deux pays.

Les déclarations officielles de la Maison-Blanche étaient froides. L’équipe de Trump n’a pas été impressionnée par le vice-prince héritier. De l’autre côté, la première action du Président Trump le 23 janvier 2017 (son premier jour au bureau), a été d’appeler le président égyptien al-Sisi, et les deux parties ont commenté positivement cet échange. Le Président al-Sisi avait rendu visite à M. Trump avant que celui-ci ne prenne ses fonctions et il le rencontrera de nouveau lors d’une visite officielle à Washington du 1er au 4 avril 2017. Il est significatif que les dirigeants saoudiens et égyptiens aient tourné le dos à l’ancienne administration américaine du Président Barack Obama, mais pour des raisons différentes. Maintenant, l’administration Trump essaie de déterminer quelle serait probablement la stratégie la plus expéditive des États-Unis pour la région, et être contraint par l’Arabie saoudite (et la Turquie et les EAU) à un conflit plus large au Yémen et en Syrie / Irak n’est pas considéré comme bénéfique.

Mais le prince Mohammed a déjà engagé l’Arabie saoudite sur un chemin d’où il est difficile de faire marche arrière gracieusement. En conséquence, Riyad a poussé ses amis d’autrefois plus profondément dans un engagement à combattre dans ses guerres avec elle, ou pour elle. Le Prince Mohmamed continue d’exiger que le Pakistan entre en conflit au Yémen, bien que Riyad soutienne cette guerre comme une guerre contre la secte chiite de l’islam (et donc contre l’Iran), alors que le Pakistan a une part significative (20% ou plus) de chiites. Entrer en guerre au Yémen, pour le Pakistan, serait peut-être se précipiter dans une guerre civile chez lui. Pourtant, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, qui a bénéficié de sa longue amitié avec l’Arabie saoudite, a maintenant du mal à rejeter les revendications de Riyad.

Ainsi, non seulement à Washington, mais dans d’autres couloirs de pouvoir, les demandes d’aide de l’Arabie saoudite ne sont pas bien accueillies et sont perçues comme stridentes et désespérées. De plus en plus, Washington en particulier voit l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar comme opposés aux USA dans les guerres contre Daesh (État islamique) aussi bien au Yémen qu’en Libye. Le Yémen est déjà largement revenu à au moins ses anciennes identités à deux États.

Le Pakistan doit également tenir compte de ses relations de longue date avec l’Iran, que l’Arabie saoudite s’est engagée à détruire.

En effet, il y a une compréhension graduelle, même à Washington, que, géopolitiquement, l’Iran est plus important que l’Arabie saoudite, en dépit de la réalité que les clercs iraniens ─ qui sont arrivés au pouvoir en 1979 à cause des mesures actives et délibérées de l’époque, du fait du président Jimmy Carter ─ se sont révélés être l’obstacle majeur au rétablissement d’une position stratégique iranienne stable, et la question des armes nucléaires iraniennes est politiquement (mais peut-être pas militairement) vexante pour les États-Unis.

Washington réexamine maintenant à quel point les États-Unis de Richard Nixon (1969-1974) avaient réussi à trouver un équilibre entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Mais ensuite, les USA ont pu traiter avec le Shah d’Iran et le ministre des Affaires étrangères Ardeshir Zahedi d’une part, et le roi Faisal bin Abdel-Aziz al Saoud (1964-1975) de l’autre. Dans tout cela, sans parler de la Russie et de la République populaire de Chine, la mer Rouge, le golfe Persique et le Levant sont devenus un grand terrain de jeu, tout comme la Turquie.

Gregory Copley

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Traduit par Hervé, vérifié par Julie, relu par M pour le Saker Francophone

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Ségolène Royal, la très coûteuse méritocratie « à la française »

Publié le par Felli Bernard

Ségolène Royal, la très coûteuse méritocratie « à la française »

Ah, Ségolène Royal ! Plus qu’une histoire, cette politicienne – incrustée dans la vie politique française depuis un demi-siècle comme un gravier dans un fruit trop mûr – est un véritable poème qui a su faire rimer dépense avec insouciance et qui, à en juger les dernières actualités la concernant, n’a pas fini de nous occuper.

Ségolène, c’est une habituée de ces colonnes : véritable ressort comique dès que la période s’essouffle en vaines analyses sur des politiques désastreuses, elle a toujours su rebondir, d’un poste à l’autre, volant d’une polémique ridicule à une citation consternante avec le brio que seuls les meilleurs humoristes savent déployer.

Alors que son mollasson de concubin est longtemps resté dans son ombre, elle a su se faire une solide réputation en politique dès sa sortie de l’ENA : jouant des coudes et de promesses subtilement démagogiques en assurant – je cite« aux paysans qu’elle [va] leur donner des cours d’anglais dans les villages pour qu’ils puissent exporter leur chabichou », elle finit par se faire élire député des Deux-Sèvres, mandat qui la propulsera dans le parcours politique qu’on lui connaît depuis.

Cette élection sera l’occasion pour elle de tester son influence puisqu’à sa demande insistante, le président Mitterrand lui accordera une subvention de 50 millions de francs, pour les communes du Marais poitevin des Deux-Sèvres : jeune mais rapidement dans le moule, elle vient alors d’amorcer cette vigoureuse habitude de dépenser l’argent des autres dont elle ne se débarrassera plus jusqu’à nos jours.

Et avec quelle ferveur, quel appétit notre nouvelle député se sera lancée dans cette distribution !

De poste en poste, elle aura à chaque fois compensé ses échecs politiques et ses plantages électoraux mémorables par une aptitude toujours renouvelée à laisser derrière elle de gros cratères fumants en termes de finances, à tel point qu’on en vient même à se demander si elle n’a pas utilisé cette gestion catastrophique des finances publiques comme vengeance subtile de chacune de ses vestes électorales.

Désolé Ségo. Encore raté.

Il ne faudrait pas, en effet, oublier ses résultats plus que douteux en Région Poitou-Charentes qui provoquent maintenant des migraines à foison chez le nouvel exécutif régional. La facture semble bien salée pour le contribuable local puisque des dettes de plusieurs douzaines de millions d’euros ont été contractées le temps de son passage sur la Région. L’ouragan Ségolène a soufflé en tempête.

Ses interventions dans la vie de certaines entreprises, régulièrement marquées de l’agitation médiatique, se sont soldées – avec là encore une constance qui force l’admiration – par des faillites et la mort du petit cheval. Là encore, plusieurs millions de la poche du contribuable auront été « ventilés » dans les hauts fourneaux de la dépense publique.

Doit-on revenir sur les histoires de routes solaires, typique d’un projet mal conçu, mal pensé, mal mis en pratique mais très très bien financé à fonds publics perdus, et poussé de toutes ses forces par une Dame Aux Caméras quasi-hystérique sur la question alors qu’absolument tout indique, dès le départ, un échec cuisant ?

Son acharnement dans la transition énergétique ou l’organisation, aux forceps, d’une COP21 aussi ridicule que stérile, auront coûté et coûtent encore par leurs effets délétères un maximum d’argent au contribuable qui avait pourtant d’autres postes de dépenses plus importants à pourvoir. Las, il devra faire avec de nouvelles contraintes énergétiques traduites d’ailleurs dans une loi ALUR illisible et qui aggrave une crise de logement déjà trop prégnante en France. Ce n’est pas grave, c’est lui qui paye, après tout.

Bref, si l’on doit additionner les retombées des actions de la député, la ministre ou la présidente de région, la facture totale pour le contribuable qu’il soit local ou national, doit rapidement grimper au-delà du milliard d’euros, qui ne seront jamais recouvrés d’une façon ou d’une autre.

Mais voilà : en France, ce genre d’erreurs coûteuses n’est pas un handicap et pourrait même passer pour un atout tant il semble qu’à chaque nouvelle catastrophe financière, à chaque nouvelle branlée électorale mémorable, elle se soit retrouvée propulsée encore plus haut.

Car Ségolène, c’est aussi une politicienne qui a toujours été droit dans le décor : elle aime ce qui l’entoure, elle chérit l’environnement au point d’avoir commencé sa carrière de ministre ainsi (sous Bérégovoy), jusqu’à culminer avec son récent poste au titre pompeux de Ministre de l’Environnement, des Petits Oiseaux et des Petites Fleurs, de l’Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur la pluie, le beau temps, les températures qui changent et les vents qui tournent. Eh oui : peu importe les échecs du parcours, chaque étape semble toujours plus haute.

On pourrait croire ici à une erreur de casting, une faille dans le système qu’elle aurait exploité avec talent.

Du talent ? Il n’en est rien.

Cette application très particulière de la méritocratie à la française est tout à fait habituelle et se traduit jusque dans son étape ultime, à savoir le recasage des rebuts de la politique dans les institutions internationales diverses et variées. On a déjà vu, à de nombreuses reprises, l’un ou l’autre cacique usé poussé à la sortie dans une retraite dorée, depuis Delors à la Commission en passant par DSK au FMI ou, plus récemment, Moscovici, comme commissaire inodore, incolore et sans saveur.

Pour Royal, il en va de même : pour bons et loyaux mauvais et coûteux services rendus à la Nation, Ségolène se voit maintenant enquillée dans les listes de prétendants au poste d’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), une institution internationale comptant plus de 6500 fonctionnaires et disposant d’un budget d’un peu plus de 5 milliards de dollars par an, soit tout juste assez pour l’ambition catastrophique et la puissance des fléaux que compte nous infliger notre impétueuse ministre.

On lui souhaite bien du plaisir dans cette candidature (notamment à apprendre l’anglais ou user de diplomatie), et beaucoup, beaucoup de lucidité pour le panel d’experts qui devra désigner le meilleur candidat au poste afin d’éviter le passage de l’ouragan Ségo sur une institution encore en bon état.

En attendant, pour les Français, la catastrophe sera dure à éviter : désignée au PNUD, la France gagnera de nouveaux points au Bingo international de la nation la plus moquée ; recalée, la politicienne ne pourra pas s’empêcher de revenir au pays qui a pourtant déjà largement trinqué.

Pourtant, 63 ans, c’est le bon âge pour partir en retraite et laisser le monde tranquille, ne trouvez-vous pas ?

Retraite : il est temps !

 

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Vers un effondrement de civilisation ? par François Roddier

Publié le par Felli Bernard

Vers un effondrement de civilisation ?
par François Roddier

mardi 28 mars 2017, par Comité Valmy

 

François Roddier

Vers un effondrement de civilisation ?

Le scientifique François Roddier, astronome et physicien, spécialiste des questions de thermodynamique et de leurs rapports avec l’évolution des civilisations, donne ici une interprétation thermodynamique de l’hypothèse de l’effondrement de notre civilisation. Bien plus qu’un “sujet à la mode” et malgré qu’il le soit parfois dérisoirement, l’hypothèse de l’effondrement de notre civilisation est d’abord une très haute et très pressante exigence intellectuelle et spirituelle des événements de notre temps présent, ceux que nous voyons défiler chaque jour dans une sorte de vertige métahistorique. Nul ne peut y être indifférent parmi ceux qui n’acceptent pas une soumission aveugle et mécanique au Système. Chacun y apporte la contribution de son savoir et de ses connaissances, dans son domaine et dans l’esprit de la recherche d’une compréhension générale.
dedefensa.org

***

Vers un effondrement de civilisation ?

Après avoir lu l’article «  Welcome To The Next Awakening » de Neil Howe, j’ai mis sur la version anglaise de mon blog anglais un texte «  About secular cycles » en accord avec les grandes ligne cet article et en donnant une explication générale. Depuis Pepe Escobar et maintenant Alastair Crooke ont aussi publié des articles sur ce sujet et dedefensa, commentant l’article de Crooke, a écrit « Il y a maintenant plusieurs années qu’on ne mesure plus les possibilités de crise aux seuls chiffres du chômage, de la Bourse ou de la croissance, mais que le sentiment général est celui d’une crise de civilisation en train de se préparer ou déjà en train de se dérouler, affectant par définition tous les domaines, un bouleversement à la fois métahistorique et eschatologique. »

C’est bien une énorme crise de civilisation qui est en train de se préparer. J’ai donc traduit et en partie repris mon texte pour le présenter ici sur ce blog dont je me sens très proche : entropie oblige !

Dans un livre intitulé « The Fourth Turning : An American Prophecy » (1), William Strauss et Neil Howe affirment qu’en Amérique (et par extension, dans la plupart des autres sociétés modernes) l’histoire se déroule selon un cycle récurrent de quatre générations, impliquant que l’Amérique se dirige maintenant vers un « quatrième tournant » durant lequel le populisme, le nationalisme et l’autoritarisme étatisé pourraient être à la hausse. L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis est aujourd’hui largement considérée comme un tournant dans la vie politique de ce pays. Cela semble confirmer leur prédiction.

J’ai déjà parlé des cycles économiques et de l’ évolution des opinions politiques sur mon propre blog. Comme je suis arrivé à une conclusion analogue à celle de Strauss et Howe, cela m’incite à résumer ici plusieurs billets de ce blog.

Des cycles récurrents ont été signalés depuis longtemps en économie, d’abord par Clément Juglar en 1862, puis par Joseph Kitchin en 1920. Ce sont des cycles économiques dont les périodes typiques sont inférieures à 10 ans. Un économiste russe, Nicolaï Kondratiev, a été le premier à montrer l’existence de cycles économiques ayant une période beaucoup plus longue, typiquement de 45 à 60 ans. L’économiste autrichien Joseph Schumpeter a interprété ces cycles comme dus à la récurrence dans les innovations, processus qu’il a qualifié de « destruction créatrice », tandis que Simon Kuznets et plus récemment Thomas Picketty ont montré leur relation avec la répartition inégale du revenu.

Figure 1. Les cycles séculaires de Turchin et Nefedov

Dans leur livre publié en 2009 (2), les historiens Peter Turchin et Sergei A. Nefedov ont montré l’existence de cycles séculaires en histoire. Ces cycles démographiques sont de même longueur que ceux de Howe et Strauss, avec des virages successifs, appelés « phases », décrits comme une phase de dépression suivie d’une phase d’expansion puis d’une phase de stagflation. Selon leur description, l’élection de Trump marquerait le début d’une phase de crise.

Dans mon propre livre (3), j’ai expliqué que les sociétés humaines sont des « structures dissipatives », un terme d’abord inventé par Ilya Prigogine. Les physiciens réalisent aujourd’hui que toutes les structures dissipatives de l’univers s’auto-organisent suivant un processus universel appelé « transition de phase continue ». Ce processus a été mis en évidence pour la première fois en physique des particules et en cosmologie. Un physicien danois nommé Per Bak (4) a montré qu’il s’applique aussi bien aux écosystèmes, à notre cerveau ou à l’économie humaine. Il l’a nommé « criticalité auto-organisée ».

La criticalité auto-organisée consiste en cycles de même nature que les cycles de Carnot d’un moteur thermique, autour d’un point critique. Les oscillations consistent en une transition de phase lente dite continue suivie d’une transition rapide dite abrupte. La transition continue, aussi appelée macro-évolution, donne naissance aux grands animaux, aux plantes de longue durée de vie, ou aux grandes structures économiques telles que l’URSS et l’Europe. Les biologistes appellent cette phase « sélection K ».

Au cours de la transition de phase abrupte, appelée aussi microévolution, les grandes structures se dégradent ou disparaissent et donnent naissance à des structures plus petites et plus adaptables telles que des petits animaux, des petites plantes ou des structures économiques comme les villes en transition. Les biologistes appellent cette phase « sélection r ».

Selon ce schéma, nos civilisations actuelles aborderaient une transition de phase abrupte durant laquelle les États-Unis ou la communauté européenne pourraient se scinder au moins partiellement comme l’a fait le bloc soviétique. Suivra ensuite une lente transition de phase dite continue durant laquelle l’humanité toute entière pourrait progressivement former une seule et même civilisation planétaire.

Pour explorer davantage ce processus, j’ai identifié les cycles économiques à des cycles de Carnot décrits par les variables traditionnelles P, V, T, mais pour lesquels P reflète ce que les économistes appellent la « demande » et joue le rôle d’une pression sociale. La variable V représente le « volume » de la production (quantité d’objets manufacturés). La variable T mesure ce que j’ai appelé la «  température » de l’économie, et que l’on peut assimiler à ce que les économistes appellent « l’offre ». Le revenu $ joue le rôle de l’entropie. Dans un état stable, l’équilibre entre l’offre et la demande est donné par l’équation P.dV = T.d $. (avec les variables habituelles l’équation est P.dV = T.d S).

À un instant donné, l’état d’un ensemble économique peut être représenté par un point dans l’espace (P, V, T). L’ensemble des points se trouve sur une surface décrite par une équation d’état de l’économie. Cette équation d’état est analogue à celle des fluides condensables. Comme un fluide, une économie peut se condenser en deux phases distinctes : une économie de gens riches et une économie de gens pauvres. Ces deux économies se dissocient l’une de l’autre à l’intérieur d’un certain domaine représenté en sombre sur la figure 2a ou à l’intérieur du pli dans la figure 2b.

Figure 2. L’état d’une économie peut être décrit par un point sur la surface ci-dessus. C est appelé point critique, d’où le nom de criticalité auto-organisée.

La figure 2a représente l’équation bien connue de Van der Waals pour les gaz réels mais tournée de 90° dans le sens direct. Les trois axes de coordonnées sont toujours P, T, V maintenant désignés sous leur appellation économique de demande, offre et production. La production économique étant une grandeur extensive, celle-ci est maintenant portée sur un axe vertical en fonction des deux grandeurs intensives que sont l’offre (vers l’arrière) et la demande (vers la gauche). Les courbes dites « isothermes » sont les lignes le long desquelles l’offre reste constante. La figure 2b représente la même surface avec une vue perspective. À mesure que l’économie évolue, son point représentatif tourne autour du point critique C, passant d’une phase de dépression à une phase de dilatation, puis à une phase de stagflation, processus qui rappelle l’image de Schumpeter d’une tornade.

La figure 2 montre que pendant la phase de crise deux économies coexistent dans le même pays, de la même manière que deux phases, comme le liquide et le gaz, coexistent dans le même fluide lors d’une transition de phase abrupte. À tout moment, la production peut chuter du niveau supérieur, où l’ancienne économie basée sur les énergies fossiles s’effondre, jusqu’au niveau inférieur où une nouvelle économie fondée, espérons-le, sur des énergies renouvelables, prend le relai.

Figure 3. Modèle de métamorphose de Mensch. Entre les flèches a et b, les économies successives se chevauchent comme dans la fig. 2.

Ce schéma se compare bien au « modèle de métamorphose » développé par l’économiste allemand Gerhard Mensch dans les années soixante-dix (5). Ce modèle est représenté sur la fig. 3 reprise de son livre. Aujourd’hui, le modèle de métamorphose de Mensch est largement utilisé chez les économistes schumpeteriens. Il a même été utilisé par des historiens tels que Giovanni Arrighi (6).

Le circuit de la figure 2a représente un cycle économique arbitraire autour du point critique. Projetée dans le plan production/demande, son aire représente l’énergie dissipée au cours d’un cycle. Celle-ci étant positive, la rotation a nécessairement lieu dans le sens des aiguilles d’une montre. Par analogie avec les fluides, la partie du cycle située dans la zone sombre a été représentée par une « isotherme » de condensation, ici un segment de droite verticale.

Cette zone sombre est dans un plan vertical. Il parait naturel de l’identifier à une zone d’effondrement de l’économie, zone baptisée «  falaise de Sénèque » par Ugo Bardi. Dans cette zone d’instabilité, la production s’effondre verticalement, quelle que soit l’offre (température) ou la demande (pression) correspondante. L’effondrement de la production s’interprète alors par le fait que les gens pauvres ne peuvent plus acheter ce que produisent les gens riches. Peu à peu l’ensemble de la population s’appauvrit.

Le cycle économique de la figure peut être suivi et interprété de la façon suivante. Si l’on part du pied de la falaise, la production économique commence par passer par un minimum. Cette partie du cycle se caractérise par une pénurie de biens matériels et une demande grandissante. Elle est clairement identifiable à la phase de dépression de Turchin et Nefedov. On arrive ensuite dans la partie gauche du cycle durant laquelle la production économique reprend. Cette partie se caractérise par des inégalités de richesses faibles et une absence quasi-totale de chômage. L’offre tend à satisfaire la demande et la production augmente. La paix et le bien-être s’étendent de sorte que la population tend à croître. C’est la phase dite d’expansion de Turchin et Nefedov.

Une fois satisfaite, la demande tend à décliner mais, liée aux investissements, l’offre se maintient. On arrive dans la zone chaude de l’économie de luxe. Celle-ci suit des lois proches de celles des gaz parfaits. L’offre y maintient la demande, de la même façon que la température maintient la pression dans une chaudière. Les gens riches sont de plus en plus nombreux, mais peu à peu la production stagne et le chômage s’installe. C’est la phase de stagflation de Turchin et Nefedov. On arrive alors au bord de la falaise de Sénèque du haut de laquelle la production économique s’effondre. Les sociétés tombent en faillite, les populations se soulèvent et les gouvernements sont renversés. C’est la phase de crise de Turchin et Nefedov.

Semblables à Sisyphe, les civilisations portent le fardeau de la production le long de leur ascension économique, jusqu’au sommet de la falaise d’où elles voient le fruit de leur labeur s’écrouler. Au pied de la falaise de nouvelles civilisations prennent le relais.

François Roddier

Notes

(1) « The Fourth Turning : An American Prophecy », Broadway (1997).

(2) « Secular cycles », Princeton (2009).

(3) « La thermodynamique de l’évolution, un essai de thermo-bio-sociologie », Parole (2012)

(4) « How Nature Works », Springer (1996).

(5) Stalemate in Technology, Ballinger, English ed. (1979).

(6) The Long Twentieth Century, Verso (1994, 2010).

Source : cet article de notre ami François Roddier a été publié le 20 mars 2017 sur site dedefensa.org.

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Les derniers sont les premiers

Publié le par Felli Bernard

Les derniers sont les premiers

27 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie

Non, chers lecteurs, ce titre ne vous invite pas à une exégèse biblique. Vous l'avez deviné, il se rapporte simplement à la propagande chaque jour plus grotesque de la presstituée qui vise à faire croire que ce qui est blanc est noir et que s'il pleut, il fait beau. Les (petites) manifestations d'hier en Russie allaient évidemment attirer les médias occidentaux comme des mouches et nous avons effectivement assisté à un festival.

Dans la course au ridicule que se livrent l'imMonde et le Fig à rot, le second l'a pour une fois emporté haut la main grâce à son inénarrable correspondant à Moscou, le bien-nommé Pierre (poisson d') Avril. Ca commence dès le titre : "Navalny condamné après les manifestations monstres en Russie". Malheureusement pour lui et à son corps défendant, le journalope est tout de même obligé de donner un chiffre - 8 000 manifestants à Moscou. Vous avez bien lu : huit mille. Diablement monstrueux en effet pour une ville de 15 millions d'habitants...

Remarquez, d'autres ont fait encore plus fort. The Reagan Battalion, une publication en ligne du genre tabloïd néo-conservateur, parle sans rire de "millions de manifestants contre le régime dictatorial de Poutine". On le voit, il aurait au moins fallu la Sibérie entière pour tous les accueillir :

Dès lors, le toujours excellent Russia Insider a beau jeu de moquer l'invraisemblable hypocrisie ambiante, en dressant notamment le parallèle avec l'énorme regroupement au Yémen le même jour pour protester contre la guerre saoudienne. Pour Associated Press, l'une des trois agences qui fournissent quasi exclusivement la MSN, ils ne sont que quelques milliers :

Vous me direz, c'est toujours mieux que la presse française saoudisée qui, ne s'embarrassant visiblement plus de complications, n'en parle même pas. Dans le fabuleux (au sens premier du terme) monde des salles de rédaction, Saint-Matthieu est revenu : les premiers sont les derniers, les derniers sont les premiers.

Un dernier mot sur Navalny. On a vu avec le putsch néo-nazi du Maïdan que le système impérial et son bras médiatique, qui n'ont pas de mots assez durs pour fustiger les "racistes", "fascistes" et autres "antisémites" quand ça les arrange (si possible contre les partis anti-système qui montent partout en Occident), peuvent soudain devenir bien silencieux face aux vrais. Navalny est un cas d'école. Souvent épinglé pour des propos tangents, cet antisémite notoire parle régulièrement de "désinfection nécessaire" visant à "éliminer les cafards". Quant l'heure n'est pas au Poutine-bashing, nos médias vont jusqu'à l'admettre (ici, ici ou ici).

Mais que vienne un événement susceptible de mettre en difficulté le maître honni du Kremlin et c'est l'amnésie volontaire dans un grand élan de schizophrénie propagandiste ; on oublie tout, Navalny devient un pauvre petit opposant emprisonné par l'ogre de Moscou, un combattant de la liberté victime de l'oppression. Les néo-cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...

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OUI, LE CABINET NOIR EXISTE !

Publié le par Felli Bernard

OUI, LE CABINET NOIR EXISTE !
(L’Imprécateur)

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Fillon a mis sur la place publique ce qui n’est plus un secret pour personne : le pouvoir socialiste utilise l’appareil d’État pour détruire ses adversaires politiques. Revoilà posée la question du “Cabinet Noir de l’Élysée” dont Hollande et  la Gauche nient l’existence.

Des “cabinets noirs”, beaucoup de gouvernements républicains en ont eu. Après tout, le renseignement sur l’état de la nation et les dangers intérieurs et extérieurs fait partie de la mission du ministre de l’Intérieur et il y a des services dédiés à cette activité. Le cabinet noir, lui, est toujours secret, c’est-à-dire qu’il n’apparaît pas dans l’organigramme ni le budget de l’Élysée ou du ministère de l’Intérieur qui est l’endroit le plus logique pour le domicilier. Il doit être secret parce qu’il traite les sujets “hors-la-loi”, tels que protéger les secrets personnels du Président. Chez Mitterrand, c’était François de Grossouvre * qui avait la mission de protéger l’anonymat des maitresses, et Christian Prouteau celui de sa fille Mazarine. On le sait parce que François de Grossouvre a été suicidé, ce qui a provoqué une enquête, confidentielle cela va de soi, et Prouteau a été jugé en 2005 avec une douzaine de ceux qui travaillaient avec lui dont sept ont été condamnés.

François de Grossouvre devait suivre Mitterrand partout.

Avec François Hollande, c’est pire. Il se sert du cabinet noir non seulement pour protéger ses maitresses, mais aussi pour attaquer ceux qu’il considère comme ses ennemis, dans l’opposition comme dans son propre parti. Finie la présomption d’innocence, fini le secret de l’instruction, fini le respect de la vie privée, finis les droits de la défense, fini le secret professionnel de l’avocat de la défense, finie l’indépendance de la Justice… Tout est espionné, écouté, filmé, analysé et disséqué par les agents du cabinet noir de l’Élysée. Rien d’officiel bien entendu, personne ou presque n’est payé par l’Élysée qui souvent ne fait que mettre des bureaux et du matériel à leur disposition. Ils sont une centaine, dit-on, et sont détachés de ministères comme la Justice (magistrats) ou l’Intérieur (policiers), de l’Armée (hackers, informaticiens), ou d’autres administrations. Ils n’ont pas de service officiel avec un chef et celui-ci n’est pas Hollande directement, mais Jean-Pierre Jouyet, ce qui apparut quand il s’impliqua personnellement pour piéger Fillon dans un restaurant proche de l’Élysée en laissant “fuiter” à la presse que Fillon lui avait demandé d’accélérer les enquêtes sur les affaires supposées concernant Sarkozy pour tuer politiquement celui-ci, ce que Fillon nia mais en fut le dommage collatéral.

Ce cabinet noir monte des affaires de toutes pièces et savoir si Fillon ou Le Pen, ou même Bruno Le Roux, sont coupables ou non de supposés délits commis dans un cadre parfaitement légal n’a guère d’importance. La seule question qui se pose vraiment est de savoir à qui profite le crime. Le pouvoir socialiste a transformé la presse en Inquisition médiévale (ou stalinienne) où peu importe que le présumé-coupable le soit ou non, l’important est qu’il avoue et signe des aveux. Mais l’inquisition médiatique n’arrive plus à cacher la main de la Gauche derrière ce lynchage.

Alors, y a-t-il un cabinet noir de l’Élysée ? Bien sûr, n’en déplaise à la journaliste (de Gauche mais excellente par ailleurs) Sophie Coignard qui fréquente beaucoup l’Élysée et affirmait à C dans l’Air ne l’avoir jamais trouvé. Évidemment.

Comme certaines planètes extra-galactiques sont découvertes par l’analyse des perturbations d’orbites ou l’ombre qu’elles provoquent sur leur étoile, l’existence du cabinet noir de l’Élysée se déduit de l’avalanche inédite d’ennuis qui s’abat sur les opposants. Tout cela est trop articulé, trop cadencé, pour ne pas être orchestré. Et pour orchestrer, il faut quelqu’un à la baguette, Jouyet le Secrétaire Général de la Présidence, mais avec un exécutant efficace, le colonel Bio-Farina. Pour l’avocat de Castelnau (il fut mis en examen dans l’affaire de l’ex-président de PACA Jean-Noël Guérini), « Tout au long de son mandat, François Hollande a passé son temps à abîmer les institutions et saper l’autorité de l’État. À croire qu’il a décidé de complètement les détruire. C’est une situation grosse de dangers. L’opération Macron est une tentative avérée de continuer comme si de rien n’était. Dire que le télévangéliste est l’héritier en tout point de l’actuel président de la république est une évidence. Mais les méthodes utilisées pour le faire advenir [à la Présidence] à base de violations des libertés publiques et des principes républicains… [sont dangereuses pour la République] ».

Pas vraiment classés à Droite, trois journalistes, Didier Hassoux du Canard Enchaîné, Christophe Labbé qui a rejoint le palmipède il y a quelques mois après avoir été au Point pendant de longues années, et Olivia Recasens qui a quitté l’hebdomadaire il y a quelques semaines, ont publié une enquête nourrie aux meilleures sources. Ils racontent comment le chef de l’État se serait servi du cabinet noir pour discréditer ses concurrents à la Présidentielle de 2017. Élection à laquelle il se préparait à concourir en duel face à Nicolas Sarkozy, avant de se prendre les pieds dans le tapis et de finalement disparaître du jeu. Leur livre (Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat) prouve et même aggrave les charges pesant contre l’Élysée révélées en octobre 2013 par Valeurs Actuelles. Il faut être logique, si la Gauche dit que les enquêteurs du Canard sont excellents quand ils accablent Fillon, elle ne peut pas dire qu’ils sont mauvais quand ils enquêtent sur les crimes de Hollande, Jouyet et leur cabinet noir.

François Hollande a utilisé le ministère de l’Intérieur et ses outils de surveillance et de collecte d’informations pour servir (sans succès) un intérêt politique : sa réélection et maintenant l’élection de Macron. Il utilise aussi la presse, n’hésitant pas à faire fuiter opportunément des informations compromettantes sur ses opposants jusque dans son propre camp, comme ce fut le cas manifestement contre Manuel Valls. L’espionnage politique au sommet de l’État semble être devenu une pratique courante, tout comme les nominations au sein de l’appareil judiciaire : la procureur Houlette, le juge Tournaire, pour pouvoir mener et contrôler en permanence  les affaires politico-financières du moment. À lire les trois auteurs, les écoutes téléphoniques et la diffusion de leurs transcriptions sur des “blancs” (notes sans en-tête ni signature remises à des journalistes “amis”) se sont généralisées. La production de ces notes blanches sur la vie privée de concurrents et sur les affaires judiciaires touchant à la politique a explosé depuis 2012. Méthodiquement, chaque adversaire politique fait l’objet d’un traitement individuel avec une utilisation systématique de leviers variés : campagnes de presse, divulgations de procédures judiciaires, révélations et menaces sur la vie privée de candidats potentiels à la présidentielle. Les auteurs du livre l’affirment : « Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du Président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. »

Dans l’Élysée off , Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, en 2016, confirmaient : « Oui, il y a bien un cabinet noir à l’Élysée. » Les informations collectées transitent par Jean-Pierre Jouyet, le Secrétaire Général de l’Élysée, qui les « distille ensuite au Président de la République ». Le système ne veut pas de candidat de droite à la présidentielle. Qu’il se soit appelé Sarkozy ou maintenant Fillon ou Marine Le Pen.

Fillon « a affaire aux mêmes juges [du Syndicat de la Magistrature] que Nicolas Sarkozy : Serge Tournaire, Aude Buresi ; au même service d’enquête, l’OCLCIFF (Office Central de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales) ; au même parquet, le PNF ; les journalistes qui bénéficient de la violation du secret de l’instruction pour publier leurs scoops sont aussi précisément les mêmes. La technique des “poupées russes” ou des “filets dérivants” se révèle d’une efficacité redoutable : une affaire permet d’en ouvrir une autre, et ainsi de suite. Diaboliquement efficace pour convaincre l’opinion publique de la culpabilité d’un homme politique. Mais aussi, de moins en moins discrète, c’est l’objet de cette enquête : montrer comment, depuis le sommet de l’État, sont orchestrées les cabales politiques, judiciaires et médiatiques ». 

Le Cabinet Noir de Hollande est une structure clandestine, aux ramifications complexes. Il utilise beaucoup Tracfin (le service de renseignement financier de Bercy), ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. Là, cent-vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n’importe qui. Chaque semaine, le patron de Tracfin prend le chemin de l’Élysée pour assister, avec les directeurs des six autres services secrets, à la réunion organisée par le coordinateur du renseignement. Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction et la transmette officiellement à la justice ou la laisse fuiter à un journaliste. « Sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, des consignes sont données… mais oralement », précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq (dont Tournaire), dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy, Fillon et Marine Le Pen. Des habitués de la méthode des poupées russes.

Mais il n’y a pas de cabinet noir, affirme l’Élysée…

L’Imprécateur

* Grand copain de jeunesse de Mitterrand à l’Action Française, François Durand de Grossouvre était fils de banquier (Banque de Salonique et Sté Générale de Beyrouth), il trouvait chaque soir une fille pour Mitterrand. Il les draguait avec sa très belle voiture, souvent de jeunes journalistes. De Grossouvre avait connu Maurras, Bousquet et Darnand, mais aussi Pierre Mendès-France à qui il présenta Mitterrand à la fin 1944. Membre du Service d’Ordre Légionnaire (SOL) de Darnand à Vichy, il réussit une fois passé dans la résistance en fin 1943 à faire croire que s’il avait fait partie du SOL, c’était pour l’infiltrer ! Après la guerre, il devint propriétaire de la Générale Sucrière et obtint la licence de fabrication Coca-Cola. Il créa L’Express avec Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il finançait les campagnes de Mitterrand et fut le parrain de Mazarine. En 1981 il fut nommé conseiller spécial de Mitterrand responsable des chasses présidentielles, ce qui lui permettait effectivement de chasser filles et politiques à gagner à la cause de Mitterrand. Le 7 avril 1994 vers 19:30, il est trouvé mort dans son bureau voisin de celui de Mitterrand d’une balle dans la tête du 357 mg que lui avait offert Mitterrand. Pas d’enquête balistique ! Le rapport d’autopsie précise que le corps présentait « une luxation  de l’épaule gauche et une ecchymose à la face » mais la version suicide n’est pas remise en cause par l’Élysée. Or Grossouvre était un excellent tireur et connaisseur en armes expérimenté. Un tel homme ne se luxe pas l’épaule en tirant. Le capitaine Barril (Guerres secrètes à l’Élysée) soutient la thèse de l’assassinat déguisé en suicide : des éléments étayent cette version :

  • l’absence d’enquête sérieuse, notamment auprès des personnes présentes ce soir-là à l’Élysée ;
  • la disparition de la totalité de ses notes au Président de la République, de nombreuses autres archives et surtout du manuscrit de « souvenirs » que François de Grossouvre rédigeait ;
  • la luxation de l’épaule gauche de la victime, découverte lors de l’autopsie, qui pourrait être due au fait qu’il aurait été maintenu de force lors du « suicide » ;
  • la dégradation continue des relations entre la victime et François Mitterrand rapportée par des familiers ;
  • des remarques de François de Grossouvre vers la fin de sa vie affirmant qu’il se sentait menacé : « ils vont me tuer… » ;
  • les suicides en série : Pierre Bérégovoy, le capitaine Pierre-Yves Guézou (chef des écoutes au cabinet noir de l’Élysée) ;
  • les pressions, menaces et mises en examen des enfants de Grossouvre qui effectuaient des recherches sur la mort de leur père.

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Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

Publié le par Felli Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 27 mars 2017

Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

 
 
La Turquie est dans une impasse en Syrie. Le rêve d’Erdogan d’aller sur Raqqa et Deir Ezzor, ou même la ville d’Alep, a été bloqué par un accord entre les États-Unis et la Russie. Ses forces proxy sont coincées au nord-est de la ville d’Alep et n’ont aucun moyen d’aller plus au sud, à l’est ou à l’ouest. Elles ont conquis un morceau de terre rurale qui ne donne pas de levier de négociation à Erdogan, mais beaucoup de maux de tête potentiels. Un petit contingent russe s’est installé dans l’enclave kurde du nord-ouest de la Syrie autour d’Afrin, bloquant tout mouvement turc sérieux contre cette zone.

 
 
 
La Turquie et ses financiers au Qatar, au Koweït et en Arabie saoudite ont perdu le combat pour la Syrie. Toujours tacitement soutenus par les États-Unis, ils en sont aux tentatives désespérées pour essayer d’avoir un certain pouvoir de négociation à la prochaine ronde de négociations à Genève. Il est probable que cela échoue encore. Leurs forces proxy situées dans le nord-ouest, dont al-Qaïda, se sont déplacées du nord vers la ville de Hama. Au cours des derniers jours, ils ont capturé 11 petits villages qui n’étaient que légèrement défendus. Les forces aériennes russes et syriennes sont en train de les bombarder et une contre-attaque de l’armée syrienne est en préparation et va bientôt les repousser.
Parallèlement à l’attaque de Hama, on a aussi assisté à une tentative pour occuper le terrain dans la périphérie est de Damas et dans le sud autour de Deraa. L’attaque de Damas n’a rien donné. Aucun terrain n’a été pris et gardé par les Takfiris et la contre-attaque avance. L’attaque contre Deraa n’a pas réussi à briser les lignes de défense de l’armée syrienne.
Le chef du gang de propagande des « Casque blancs » a été tué dans le sud de Deraa dans une attaque à la bombe artisanale lancée par les forces alignées à al-Qaïda. Ce n’était pas un bon Samaritain. Il a également commandé la division du 18 mars, un groupe insurrectionnel payé par l’étranger pour se battre contre l’État syrien.
Un grand mouvement de l’armée syrienne vers la province  d’Idleb pour la libérer des Takfiris est toujours en préparation. Aucune date n’a été fixée pour son lancement.
À l’est de la ville d’Alep, l’armée syrienne avait bloqué toutes les avancées des groupes armés proxy turques. Elle a progressé vers le sud pour reprendre le terrain tenu par État islamique et fait de bons progrès. La plus grande ville de la région, Deir Hafar, était aujourd’hui quasiment encerclée par l’armée syrienne, lorsque les combattants de l’État islamique ont soudainement fui. La ville est maintenant de nouveau entre les mains du gouvernement. [Les sources étaient fausses sur ce point. Deir Hafar est effectivement entouré mais pas encore entre les mains du gouvernement. – 27 mars 11h10] L’armée syrienne va continuer à se déplacer vers le sud et le sud-est vers Raqqa et Deir Ezzor.
La force proxy américaine dans le nord-est de la Syrie, les anarcho-marxistes kurdes du PKK / YPG, ont avancé sur Raqqa. Raqqa se trouve légèrement au nord de l’Euphrate. La seule voie au sud et à l’ouest de Raqqa qui a été laissée ouverte passe par le barrage de Tabqa, un barrage de l’Euphrate qui crée le lac Assad.
Hier, les États-Unis et leurs forces proxy ont lancé une attaque surprise pour prendre le barrage (carte). Des hélicoptères ont transporté des combattants YPG au sud de l’Euphrate, et des ferrys improvisés (vidéo) ont transporté leur équipement lourd en traversant le lac. Les hélicoptères Apache et l’artillerie lourde étatsunienne ont couvert le mouvement. Ils ont bloqué la route entre Raqqa et Alep à l’ouest et ils se déplacent maintenant vers la ville de Tabqa, directement par le sud du barrage. En même temps, un groupe YPG / PKK se dirige du nord vers le barrage. On craint que les combattants d’État islamique ne fassent sauter le barrage, mais les premiers à se noyer dans l’inondation conséquente seraient tous les combattants d’EI et leurs familles installées à Raqqa et au-delà.
Dans les régions plus au sud et à l’est, il y a des combats entre l’armée syrienne et les groupes d’EI, autour de Palmyre et à Deir Ezzor. La situation y semble assez stable, avec de légères avancées tentées par les forces gouvernementales syriennes.
Israël a récemment fait quelques éclats, en bombardant les forces gouvernementales syriennes près de Palmyre. C’était à l’encontre de certains aspects de l’accord que les gouvernements russe et israélien avaient passé. Alors que la Russie n’empêchera pas les attaques israéliennes contre les transports d’armes du Hezbollah en direction du Liban, elle va montrer son désaccord si Israël frappait (de nouveau) toute force syrienne combattant EI ou d’autres jihadistes. Israël a été prévenu par un lancement de missiles anti-aériens syriens. Le gouvernement de Netanyahou, à Tel-Aviv, en a fait toute une histoire. Mais il ne s’agit là que d’une simple posture, destinée au public israélien. Netanyahou est sous enquête judiciaire et se bat pour sa survie politique.
On ne sait toujours pas comment l’administration Trump envisage de procéder au sujet de la Syrie. Le mouvement au sud de l’Euphrate pourrait bloquer les forces gouvernementales syriennes et les empêcher de se déplacer plus à l’est, vers l’enclave de Deir Ezzor qui est toujours assiégée par EI. Mais la traversée de l’Euphrate peut aussi être un mouvement purement militaire sans intention politique, pour simplement permettre la prise du barrage de Tabqa. En tant que mouvement purement militaire, il a tout son sens. S’il s’agit d’un mouvement politique, cela pourrait compliquer une situation déjà bien confuse.
Par Moon of Alabama – Le 23 mars 2017
Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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« Pourquoi la Russie se rue-t-elle sur l’or ? » L’édito de Charles SANNAT

Publié le par Felli Bernard

https://www.insolentiae.com/pourquoi-la-russie-se-rue-t-elle-sur-lor-ledito-de-charles-sannat/

« Pourquoi la Russie se rue-t-elle sur l’or ? » L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Si la Russie investit de manière massive dans le métal jaune, c’est que l’or reste fondamentalement le seul actif « monétaire » permettant d’assurer l’indépendance d’une nation et sa souveraineté.

Cette affirmation nécessite quelques explications et vous allez très vite comprendre pourquoi je ne partage que très partiellement l’avis de Jim Rickards que vous allez lire un peu plus bas.

Vous vous souvenez sans doute pour la France des amendes records infligées à nos banques en particulier la BNP mais aussi la Société Générale par exemple, mais ce fut finalement le cas pour de nombreuses banques européennes.

Leur crime ? Avoir commercé avec des dollars. Dès que vous utilisez un dollar, vous relevez des législations américaines et les Américains, désormais, se saisissent de toutes les transactions qu’ils surveillent. Ils peuvent même, et le font tous les jours sur des milliers de transactions, bloquer vos dollars le temps de vérifier que vous n’êtes pas un vilain et horrible terroriste, ce qui prendra le temps… que ça prendra !

En clair, si vous voulez être indépendant des Américains, il ne faut pas utiliser de … dollars !

Les Russes ont bien compris la leçon, et d’ailleurs les banques russes n’ont pas été mises à l’amende, elles, contrairement aux banques françaises !!

Non Poutine n’achète pas de l’or parce que le dollar va s’effondrer !

Il n’y a aucune raison que le dollar ne s’effondre plus que les autres monnaies ! Il peut se déprécier certes, mais pourquoi diable s’effondrerait-il ? Si la Chine vend tous ses bons du Trésor, alors le marché obligataire s’effondre et ses titres ne vaudront rien. Nous sommes dans des processus de réajustements progressifs et de… négociations !

Poutine se déleste de ses actifs en dollars comme les bons du Trésor parce que les Américains peuvent à tout moment les lui « annuler » ! Les USA ont passé une loi disant globalement que tout ennemi des États-Unis se verra sucrer ses créances. En clair, les USA peuvent d’une simple décision annuler les bons du Trésor détenus par les Russes… et ruiner une partie de leur épargne.

Prenez donc en considération ces deux aspects, à savoir que dès que vous commercez en dollars, vous êtes sous les lois américaines et que vos fonds peuvent être gelés à n’importe quel moment pour n’importe quelle durée, et que si vous détenez des bons du Trésor, on peut vous dire que, comme vous n’êtes pas gentil, eh bien vous ne serez pas remboursé.

Une fois que vous avez compris cela, vous avez compris que le dollar ne s’effondrera pas, et que ce n’est pas du tout pour cela que Poutine achète de l’or mais parce que l’or est LA monnaie, l’actif de stockage de valeur neutre par nature.

L’or ne connaît ni frontière, ni religion, ni politique, ni pays.

Un kilo d’or c’est partout dans le monde et depuis la nuit des temps… un kilo d’or !

Enfin, quand vous avez votre kilo d’or, celui qui le veut doit venir le chercher, ce qui signifie dans le cas de la Russie, aller le chercher à Moscou, ce que ni Hitler ni Napoléon n’ont jamais réussi à faire.

J’ai bien vu que quelques européens, Hollandouille en tête, iraient bien envahir Moscou et déclarer la guerre à Poutine, mais de vous à moi, je crois que ce serait une idée relativement suicidaire !

Voici ce qui se disait donc à ce sujet sur le site de Sputnik (les Russes donc) qui citent Jim Rickards, et je suis persuadé que la véritable raison que je viens de vous expliquer n’est pas du tout évoqué ici… Je trouve cela surprenant, et … je ne sais pas encore pourquoi !

72 tonnes d’or de plus pour la Russie !!

« Les tensions géopolitiques, la guerre des monnaies, les craintes au sujet de l’éventuelle dévaluation du dollar, de l’euro et d’autres grandes monnaies ont contraint les banques centrales à chercher des moyens de diversifier leurs réserves. La Russie a misé sur l’or.

Ces dernières années, la Russie a considérablement augmenté ses réserves d’or, vendant, en même temps, des obligations du gouvernement américain, écrit Holger Zschäpitz, chroniqueur économique pour le quotidien allemand Die Welt.

Ainsi, en février, la Banque centrale de Russie a augmenté ses réserves d’or de 9,3 tonnes, ce qui porte le montant total de l’or en Russie à plus de 1 650 tonnes, un record depuis l’effondrement de l’URSS.

L’or est un des actifs d’investissement les plus stables et les plus fiables. Selon le conseiller politique et auteur James Rickards, en achetant du métal précieux la Russie cherche à se protéger de l’influence des fluctuations de l’économie mondiale, notamment de l’économie américaine.

«Poutine achète de l’or parce qu’il prévoit qu’à long terme la confiance dans le dollar va tomber et que le dollar serait utilisé comme une arme contre la Russie», a estimé M. Rickards, ajoutant que dans cette perspective, «l’or est un investissement excellent».

«Poutine n’est pas guidé par des émotions, mais par des considérations d’ordre étatique, ses intérêts personnels et les intérêts du pays», a souligné l’analyste.

Le journal allemand ajoute que de nombreux experts, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, ne savaient pas si le président russe Vladimir Poutine continuerait à réduire la dépendance économique des États-Unis.

«Mais les dernières données dissipent tous les doutes : depuis novembre dernier, les réserves d’or de la Russie ont augmenté de 72 tonnes», informe Holger Zschäpitz.

Pour mieux comprendre les motivations de Moscou, M. Zschäpitz attire également l’attention sur le fait que la Russie vend rapidement ses titres américains.

Selon les données de Bloomberg, depuis 2014 la Russie a vendu des titres américains pour une valeur totale de 60 milliards de dollars (55,6 mds EUR). En conséquence, Moscou ne possède plus actuellement que pour 86 milliards de dollars de titres US (79,5 mds EUR).

«Si, précédemment, le Kremlin a été l’un des plus grands créanciers des États-Unis, aujourd’hui Moscou est sorti du top 10. Des pays comme l’Irlande, la Suisse ou le Brésil, ont prêté à l’Amérique plus que la Russie», a conclu le chroniqueur. »

Et au fait, pour vous, quelles sont vos réserves d’or personnelles ? Car à titre individuel, seul l’or assure également votre indépendance par rapport aux gouvernements, aux monnaies, et aux banques. À bon entendeur…

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

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Yémen AN III : La guerre huis-clos d’un « rogue state », par René Naba

Publié le par Felli Bernard

Pour mémoire, René Naba est un écrivain et journaliste, spécialiste du monde arabe. De 1969 à 1979, il est correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France-Presse (AFP) à Beyrouth puis de 1979 à 1989, il a été responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP.

Source : Madaniya, René Naba24/03/2017

«Le Yémen est le cimetière de ses envahisseurs. Evitez le». Recommandation du Roi Abdel Aziz Al Saoud, fondateur de la dynastie wahhabite, à ses héritiers.

UNE PROMENADE DE SANTÉ QUI VIRE AU CAUCHEMAR

Le baptême de feu du Roi Salmane Ben Abdel Aziz au Yémen, le 25 Mars 2015, deux mois après son accession au trône, se voulait une démonstration de force et de vigueur du monarque, au terme de dix ans de léthargie induite par son prédécesseur le nonagénaire Abdallah.

Œuvre de son fils, le prince Mohammad Ben Salmane, le prince héritier du prince héritier, l’expédition punitive de ce monarque octogénaire, de surcroît pâtissant d’une maladie handicapante (Alzheimer), contre le plus pauvre pays arabe, a tourné au cauchemar. La promenade de santé a viré au voyage au bout de l’enfer.

Le souverain, prudent, avait pourtant pris toutes les précautions : Pour la première guerre frontale de la dynastie wahhabite depuis la fondation du Royaume il y a près d’un siècle, une coalition de sept pays avait été mise sur pied alignant 150. 000 soldats et 1.500 avions. Une task force secondée par des mercenaires des compagnies militaires privées du type Blackwater de sinistre mémoire et la connivence tacite des « Grandes Démocraties Occidentales».

Le châtiment se devait être exemplaire et dissuader quiconque se dresserait contre l’hégémonie saoudienne dans la zone, particulièrement les Houthistes, secte schismatique de l’Islam orthodoxe sunnite, d’autant que la dynastie wahhabite considère comme sa chasse gardée absolue, son sas de sécurité, le Yémen, ce pays situé à la droite (yamine) sur le chemin de La Mecque, selon sa signification étymologique.

Mais « La tempête de la fermeté » s’est révélée catastrophique, malgré le blocus naval de la Ve flotte américaine de la zone (Golfe persique-Océan Indien), en dépit du puissant coup de main de la France à un mini-débarquement de troupes loyalistes à Aden, depuis la base militaire française de Djibouti. Malgré l’encadrement français des troupes saoudiennes assuré par le contingent de la Légion Étrangère stationné sur la base française d’Abou Dhabi, « Zayed Military City».
Malgré l’aménagement d’une base arrière saoudienne dans le ville portuaire d’Assab (Érythrée), sur la Mer Rouge, pour le recrutement et la formation des cadres de l’armée loyaliste pro saoudienne.

LA PROBLÉMATIQUE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DU YÉMEN : UN COCKTAIL EXPLOSIF À BASE DE CORRUPTION ET DU QAT

Le déclin des revenus pétroliers
Le revenu moyen annuel du Yéménite s’élève à 950 dollars par an (660 euros) du fait d’une guerre civile larvée depuis des décennies, du déclin de la production du pétrole, de la corruption et de la surconsommation du Qat.
La production de pétrole au Yémen a dégringolé ces six dernières années, passant de 450 000 barils par jour à 180 000 barils. Cette tendance était contrebalancée par les prix élevés du pétrole, qui constitue toujours 80% des revenus du gouvernement. Mais cette manne s’effondre, alors qu’une part toujours plus grande de l’argent est utilisée pour combattre les Houthistes.
Les Yéménites consacrent plus de 6% de leur PIB (Produit intérieur brut) aux dépenses militaires, ce qui les place au 7e rang mondial.

Corruption
Peu de pays peuvent rivaliser avec le Yémen en matière d’intensité et de créativité de la corruption. Parmi les près de 100 000 combattants que les généraux yéménites dirigent, un tiers environ sont des « soldats-fantômes », qui soit n’existent pas, soit ne se présentent jamais. Les officiers qui commandent ces fantômes gardent pour eux leurs salaires, revendent leurs armes et leurs couvertures, et alimentent ainsi le marché noir. Des fonds non-militaires sont également détournés, des hommes d’affaires engrangent d’énormes profits par le biais de contrats à fournisseurs uniques. Et il y a aussi les mezaniyya, ces subventions que le gouvernement accorde régulièrement aux tribus traditionnelles pour les aider à préserver leurs structures ; l’argent finit en fait souvent dans les poches des dirigeants tribaux.

Le Qat
Enfin, le Qat, un des gros postes de dépenses des Yéménites, ravage les budgets des familles, en même temps que leur santé. Cette plante dont l’effet stimulant est comparable à celui de l’amphétamine est d’usage répandu non seulement au Yémen mais aussi dans la totalité de la Corne de l’Afrique. Sa culture se fait au détriment de l’agriculture. Gros consommateurs de Qat, nombreux sont les yéménites qui consacrent le quart de leur revenu à cette drogue, au détriment des autres postes de dépenses du budget familial (éducation, santé, alimentation, habillement).

LE STATUT MINORITAIRE DES CHIITES

Au delà de cette problématique, les Houthistes, secte minoritaire de l’Islam, pâtissent de la même stigmatisation que les Chiites de Bahreïn en ce que le primat sunnite du Monde arabe frappe de suspicion toute revendication égalitaire qui battrait en brèche leur hégémonie, en accusant les contestataires d’être des « agents à la solde de l’Iran».

En fait, les Houthistes et leurs alliés souhaitent une participation plus active à la vie politique du pays, en proportion de leur importance démographique, au partage des richesses, de même que le respect du statut juridique relevant de leur confession. Le code de l’héritage faisait aussi partie des enjeux, car chez les sunnites, l’héritier mâle obtient le double de la part de la fille, alors que chez les Houthistes et, de manière générale, chez les chiites, l’héritage se fait à part égale entre filles et garçons.

Dans ce conflit hégémonique régional, l’Iran représente une double menace d’abord en temps qu’ « État révolutionnaire » dans une zone hyper conservatrice, ensuite qu’en tant que pouvoir fonctionnant sur le système électif, un système honni par les autocrates du Golfe, deux notions mortelles pour une monarchie absolutiste qu’est la dynastie wahhabite.

Le levier chiite-sunnite apparaît dans ce contexte comme un moyen détourné pour justifier ce combat contre un pays dont l’exemple pourrait contaminer l’ensemble des pétromonarchies. Le Sultanat d’Oman se refuse à cette logique éradicatrice en ce qu’il considère ce conflit régional comme une source d’affaiblissement de tous les protagonistes et un justificatif à une plus grande mainimise étrangère sur cette zone pétrolifère. Une façon de témoigner de son indépendance en secouant la tutelle trop lourde des Saoudiens

LES HOUTHISTES TAILLENT DES CROUPIÈRES À LEURS ADVERSAIRES

Malgré la disproportion des rapports de force, les Houthistes ont réussi à tailler des croupières à leurs adversaires. Et dès les premiers jours du conflit, ce fut la débandade. Les troupes saoudiennes ont déserté leurs postes face aux rebelles leur laissant près de 30 blindés en guise de prises de guerre. Au total 400 soldats saoudiens ont été tués au premier semestre du conflit.
La coalition sunnite, elle-même, s’est lézardée. Le Pakistan a refusé d’y participer de crainte d’être instrumentalisé. L’Égypte a pris ses distances face à la montée en puissance d’Al Qaïda, l’allié tacite des wahhabites, sur une base sunnite. Et les Émirats Arabes Unis ont levé le pied après quinze mois de combat.
Le 13 Août 2015 fera date dans les annales de cette guerre : les troupes d’Abou Dhabi, fer de lance de l’assaut contre Aden, bien que bénéficiant d’un encadrement technologique français depuis la base de Djibouti et la base aéronavale française de Cheikh Zayed, à Abou Dhabi même, ont essuyé de lourdes pertes en hommes et en matériel. Cent soldats ont été tués et une douzaine de chars Leclerc détruits ou endommagés. Le quotidien libanais « Al-Akhbar » ira même jusqu’à titrer qu’« Aden a été le cimetière des Chars AMX Leclerc », la fierté de l’armement français.

Fin août enfin, un terrible attentat contre une position pétro monarchique à Marib faisait 92 tués dans les rangs des assaillants notamment 45 soldats d’Abou Dhabi, 10 saoudiens et 5 qataris. Avec en prime la capture par Al-Qaïda pour la péninsule arabique de plusieurs soldats émiratis de même que leur équipement blindé.

PRIME DE 7.500 DOLLARS PAR SORTIE AÉRIENNE ET UNE BENTLEY POUR CHAQUE PILOTE SAOUDIEN

Un désastre absolu en dépit de la présence de pilotes mercenaires français et américains, opérant dans les rangs saoudiens, alléchés par des primes de l’ordre de 7.500 dollars par sortie aérienne. Avec en surprime, une Bentley offerte par le prince Walid Ben Talal pour chacun des 100 pilotes saoudiens participant au bombardement du Yémen. Sans doute une façon très personnelle de développer le patriotisme, le sens du devoir et le goût du sacrifice au sein des forces armées saoudiennes.

SUD YÉMEN VERSUS SUD D’ARABIE

L’Arabie saoudite répliquait, en septembre 2015, avec l’intervention au sol de la coalition pétro monarchique, donnant une nouvelle dimension au conflit, conduisant les Houthistes, les contestataires de la « Pax Saoudiana », à porter la guerre sur le territoire même du Royaume.

L’opération terrestre saoudienne paraissait tout autant destinée à purger le traumatisme infligé à l’opinion locale après le lourd bilan de Marib et à calmer les craintes des parrains occidentaux quant à l’aptitude militaire saoudienne à mener à bonne fin cette guerre… qui apparaît sans fin.

TURPITUDES ET IMPOSTURES

A – La triple imposture de Tawakol Kkarmane
La guerre pétro monarchique contre le Yémen a mis en relief la triple imposture du Prix Nobel de la Paix 2011 et les turpitudes occidentales.
Unique femme membre de la confrérie des Frères Musulmans à avoir décroché un Prix Nobel de la Paix dans l’histoire de l’Humanité, Tawakol Karmane a ainsi rallié l’Arabie saoudite dans la Guerre du Yémen contre son propre pays, dans une démarche qui révèle sa triple imposture.

  • En tant que Prix Nobel de la Paix, elle a donné sa caution à une guerre
  • En tant que femme, elle a rallié le pays le plus régressif en matière des droits de l’Homme
  • En tant que Yéménite, elle a rallié les agresseurs de son propre pays

B- Les turpitudes occidentales
Complices tacites de l’agression pétro monarchique contre le Yémen, les pays occidentaux n’ont pipé mot ni contre les graves violations du droit humanitaire internationale, ni, pis, contre l’instrumentalisation des groupements djihadistes dans la guerre anti-houthistes.

Ainsi le Parti Al-Islah, la branche yéménite des Frères Musulman, a fait office de fer de lance du combat anti-houthistes bien que la confrérie soit inscrite sur la liste noire des organisations terroristes, alors qu’Al Qaida, la matrice des groupements djihadistes, opérait une percée remarquée dans le sud Yémen.

LE HADRAMAOUT SOUS LA COUPE D’AL QAIDA

Sans craindre la contradiction, l’Arabie saoudite s’est appliquée, à la faveur de la nouvelle guerre du Yémen, à aménager une plate-forme opérationnelle pour Al-Qaïda, son ennemi intime, dans la Hadramaout (Sud-Yémen) afin de disposer d’un débouché maritime qui lui permettrait de contourner le détroit d’Ormuz, à portée de tirs de l’Iran.
Au Sud Yémen même, une sourde lutte d’influence oppose d’ailleurs l’Arabie saoudite et Abou Dhabi sur le degré de coopération avec le parti Al-Islah, bête noire d’Abou Dhabi, en superposition à un conflit latent entre les Frères Musulmans et « Al-Qaïda pour la Péninsule Arabique » pour le contrôle du sud Yémen. Les Émirats ont d’ailleurs suspendu leur participation à la guerre le 16 juin 2016, au terme de 15 mois d’engagement, laissant sur le tapis 52 tués, et 3 hélicoptères abattus.

Le Hadramaout est ainsi tombé sous la coupe d’Al-Qaïda. Paradoxalement, à la faveur d’un coup de pouce de la France, grâce à un mini débarquement des troupes pro saoudiennes à Aden, parties de la base militaire française de Djibouti et à l’encadrement français des troupes saoudiennes assuré par le contingent de la Légion étrangère stationné sur la base aéroterrestre française d’Abou Dhabi.

Le Hadramaout, la plus importante province du Sud Yémen, représentant le cinquième du territoire sudiste, est ainsi en passe de devenir un sanctuaire d’Al-Qaïda, qui y fait régner sa loi, accaparant ses richesses, le transit de marchandises via le port de Moukalla et les royalties prélevées sur le transit du pétrole.

Le Hadramaout est à Al-Qaïda ce que le Nord de la Syrie est à Daesh, un levier terroriste aux mains des Saoudiens quand Daesh remplit une fonction identique pour le compte de la Turquie.
Français et Saoudiens projetaient d’aménager une plate-forme territoriale pour le président yéménite en exil, Abdel Rabo Mansour Hadi, afin d’y asseoir symboliquement son pouvoir sur le territoire national, mais, en embuscade, Al-Qaïda a raflé la mise, dans un mauvais remake d’un mauvais film. Les belligérants saoudiens et leurs alliés français paraissent avoir perdu de vue le fait que le Yémen est la patrie d’origine du fondateur d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden.

Embourbée depuis deux ans au Yémen, en dépit de l’armada qu’elle a mobilisée, la dynastie wahhabite baigne dans la plus grande confusion, s’appuyant ainsi sur le mouvement Al-Qaïda, de même que sur le parti Al Islah, proche des Frères musulmans, deux formations inscrites sur la liste noire des pétromonarchies, promues à nouveau au rang de partenaires de l’ombre.

La guerre frontale contre le Yémen visait à terrasser le petit voisin, afin de l’arrimer définitivement à la sphère d’influence saoudienne et à l’aseptiser de toute velléité contestataire. A défaut, la dynastie wahhabite chercherait à provoquer une nouvelle partition du Yémen, pour réinstaller son homme de paille, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui a déserté le pouvoir sous les coups de butoir de ses adversaires Houthistes.

LE BILAN AU TERME DE 18 MOIS DE CONFLIT

Une enquête du Guardian en coopération avec le Yemen Data Project soutient que plus du tiers des attaques aériennes menées par l’Arabie saoudite ont visé des sites civils et pas de sites militaires tenus par les rebelles chiites.

  • Au moins 8. 600 bombardements aériens ont été menés par la coalition saoudienne : 3.577 ont touché des sites militaires et 3.158 des sites « non militaires »
  • Au moins 942 bombardements ont visé des zones résidentielles, 114 des marchés, 34 des mosquées, 147 des infrastructures scolaires et 26 des universités

En savoir plus

La guerre du Yémen a fait près de 10.000 morts depuis le 25 mars 2015, selon un bilan des Nations Unies publié le 30 août 2016, au terme de 18 mois de conflit.
Ce bilan, le dernier en date d’une instance officielle internationale, ne précise pas la proportion de civils parmi les victimes. Il représente plus du double de celui qui était jusqu’à présent dressé par les responsables et organisations humanitaires.
Ce bilan est susceptible de s’alourdir car certaines régions sont privées d’infrastructures médicales et les victimes sont parfois inhumées sans avoir été enregistrées, a précisé le coordonnateur humanitaire de l’ONU, Jamie McGoldrick.

Au conflit armé s’est ajoutée une grave crise humanitaire et alimentaire frappant la population yéménite. Le conflit a provoqué le déplacement de trois millions de Yéménites et contraint 200.000 personnes à l’exil. Sur une population de 26 millions d’habitants, 14 millions ont besoin d’une aide alimentaire, tandis que sept millions souffrent de l’insécurité alimentaire et que que plus de 21 millions de personnes (soit 80% de la population du pays) sont privées d’un accès suffisant aux denrées et aux services de première nécessité, eau potable, soins médicaux, électricité et fuel. Plusieurs hôpitaux ont été bombardés en 2016, poussant l’ONG Médecins sans frontières à évacuer son personnel de six centres de soins le 18 août 2016.

UNE GUERRE À HUIS CLOS

La guerre du Yémen se déroule à huis clos. Aucune voix de la grande conscience humaine, pas plus Bernard Kouchner, Fondateur de « Médecins sans frontières », que Bernard Henry Lévy, le théoricien du botulisme, n’ont pris la peine de dénoncer ce massacre en circuit fermé, encore moins Laurent Fabius, l’ancien ministre des Affaires étrangères, dont les partenaires syriens d’Al Qaida, Jabhat an Nosra, font du « bon travail en Syrie».

Au terme de deux ans de boucherie en circuit fermé, les Nations Unies ont donné à savoir que l’Arabie Saoudite avait utilisé des armes non conventionnelles (armes à sous-munition, voire armes chimiques) et pourrait s’être rendue coupable de crimes de guerre voire de crimes contre l’humanité. Mais le Royaume, fort de sa puissance financière, a menacé de couper les vivres à l’ONU et à la totalité des agences spécialisée, notamment l’UNRWA (Agence de Secours pour les Réfugiés Palestiniens) s’il devait faire l’objet de poursuites.

Pis la dynastie wahhabite a laissé planer la menace d’une Fatwa d’Oulémas Sunnites décrétant l’ONU « Ennemi de l’islam». Un comportement digne d’un état voyou.
Le bombardement d’un 4 me hôpital géré par « Médecins sans frontières » au Yémen –un hôpital pour enfant- en Août 2016, sera fatal à la réputation saoudienne, entraînant le départ partiel des conseillers militaires américains, soucieux de ne pas cautionner des « crimes de guerre».
Le bombardement d’une cérémonie funéraire, le 8 octobre 2016 à Sanaa, qui a fait 140 morts parmi les civils, a accentué les préventions occidentales, à l’égard de la conduite de la guerre par les Saoudiens, incitant les États Unis à se démarquer encore plus de leurs alliés pétro monarchiques en spécifiant publiquement que la coopération saoudo américaine dans ce domaine ne constitue pas « un chèque en blanc».

Camouflet supplémentaire, une immense manifestation de soutien aux Houthistes a eu lieu samedi 20 août 2016 à Sanaa, contrôlée par les rebelles chiites alliés à l’ancien président Ali Abdallah Saleh depuis septembre 2014, en réplique aux bombardement réguliers de la ville par les Saoudiens.

LE PRÉSIDENT NOMINAL DU YÉMEN EN EXIL EN ARABIE SAOUDITE ET LE CHEF DES FRÈRES MUSULMANS YÉMÉNITES, EN EXIL EN TURQUIE

La réunion quadripartite le 26 Août à Djeddah entre John Kerry et ses collègues d’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes et du Royaume Uni en vue de dégager une « sortie de crise honorable » pour les pétromonarchies a suscité de vives réactions des autres protagonistes islamistes redoutant leur mise à l’écart.

Daech a revendiqué trois jours plus tard, le 29 Août, un attentat à Aden faisant 60 morts parmi les recrues de la nouvelle armée yéménite commanditée par les Saoudiens et le Chef du Parti Al Islah, Mohammad Abdallah Al Badoumi, depuis sa résidence de Turquie, a annoncé la constitution d’un Front des groupements islamistes radicaux yéménites, par l’alliance de son mouvement avec le groupement salafiste, le Parti Al Rachad (la sagesse), en vue de mener une guerre confessionnelle de longue durée contre les Houthistes.

Pour le lecteur arabophone http://www.al-akhbar.com/node/263964

Drôle de pays dont le président nominal Abdel Hadi Abed Rabbo Mansour vit en exil à Djeddah sous les fourches caudines de son parrain saoudien et le chef des Frères Musulmans yéménites, un des acteurs majeurs du théâtre des opérations,vit, lui, en exil en Turquie sous la houlette de son mentor néo-ottoman… tels de fantoches manipulés par leurs commanditaires

LA LOI JASTA : UNE TUILE SUPPLÉMENTAIRE

Tuile supplémentaire : Alors que le Royaume est enlisé dans un conflit sans fin au Yémen, le congrès américain a en effet voté La Loi JASTA [Justice Against Sponsors of Terrorism Act]. L’adoption de cette loi le 9 septembre 2016 autorisant les Américains à poursuivre le Royaume saoudien en dédommagement des dégâts subis par les pirates de l’air, a placé l’épée de Damoclès en suspension au dessus de la dynastie wahhabite.

15 des 19 auteurs des attentats du 11 septembre à New York et Washington étaient Saoudiens. L’attaque a été commanditée par Al-Qaïda. Les raids contre les symboles de l’hyperpuissance américaine avaient fait 3.000 morts.

La Mairie de New York, réclame à elle seule un dédommagement de 95 milliards de dollars en compensation de la destruction des tours du World Trade Center, des destructions annexes et les pertes humaines des services publics (pompiers, policiers). Au total, le préjudice américain est estimé à près de Trois trillions de dollars (trois mille milliards de dollars).

À l’image de son partenaire saoudien, le pouvoir socialiste français baigne lui aussi dans la confusion la plus totale, car son alliance avec l’incubateur du djihadisme planétaire obère son discours sur une « guerre de civilisations », que Manuel Valls, Premier ministre, ne souhaite pas perdre. En s’alliant avec ses ennemis ? En une nouvelle illustration de la rationalité cartésienne ?

L’Arabie Saoudite s’est imposée sur le marché international des armes comme la deuxième puissance importatrice, derrière l’Inde, avec 9,7 milliards d’euros d’armes importées entre 2010 et 2015, selon Amnesty International. Ce chiffre ne tient pas compte des armes légères. Parmi les plus gros exportateurs mondiaux, figurent, par ordre décroissant, les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

L’action du gouvernement François Hollande a été particulièrement fructueuse sur ce plan, avec un record de 15 milliards d’euros de commandes d’armement signées en 2015, suivie par les États-Unis (6 milliards de dollars) et le Royaume Uni (4 milliards), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
« Le Yémen est le cimetière de ses envahisseurs. Évitez le». Recommandation du Roi Abdel Aziz Al Saoud, fondateur de la dynastie wahhabite, à ses héritiers. Visiblement les héritiers n’en ont cure de ce conseil et ils en paient le prix…. au prix fort.

Quatre pétro monarchies (Arabie, Qatar, Koweït, Émirats Arabes Unis) ont conclu en 2016 des transactions militaires de l’ordre de 40 milliards de dollars avec les États-Unis. Cette transaction d’une telle importance intervenant en pleine récession économique de ces pays, -de surcroît protégées par un chapelet de bases militaires le long du golfe arabo-persique-, apparaît comme une police d’assurance contre toute tentative de déstabilisation de ces pays, alors que l’Arabie et le Qatar sont particulièrement dans le viseur de l’opinion internationale pour leu rôle dans la promotion du terrorisme islamique à l’échelle internationale.
Riyad et Doha passent pour avoir dépensé, à eux deux, près de quarante milliards de dollars en six ans, dans les guerres de Libye, de Syrie et du Yémen. Pour la plus grande satisfaction de l’Otan et d’Israël, un état supposé être l’ennemi officiel du Monde arabe.

La moralité -tout le moins la morale du grand capital- qui pourrait se dégager de la guerre du Yémen est la suivante : Le dollar est Roi et le Roi du pétrodollar s’intronise ipso facto le Roi des Rois, tout en recyclant au passage ses pétrodollars dans les circuits de la finance mondialisée. Une morale de voyous d’un état voyou.

Source : Madaniya, René Naba24/03/2017

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